Le Roi des aulnes (poème)

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Le Roi des aulnes (poème)
Erlkoenig Jena 01.jpg

Statue représentant le Roi des aulnes à Iéna.

Informations générales
Titre
ErlkönigVoir et modifier les données sur Wikidata
Auteur
Création
Date
Inspiré de
Contenu
Personnages
Incipit
« Wer reitet so spät durch Nacht und Wind? Es ist der Vater mit seinem Kind… »Voir et modifier les données sur Wikidata
Explicit
« …Erreicht den Hof mit Mühe und Not; In seinen Armen das Kind war tot »Voir et modifier les données sur Wikidata
Illustration de Moritz von Schwind.

Le Roi des aulnes ( Erlkönig en allemand ) est un poème de Johann Wolfgang von Goethe écrit en 1782.

La créature évoquée dans le poème est un Erlkönig (roi des aulnes), personnage représenté dans un certain nombre de poèmes et ballades allemandes comme une créature maléfique qui hante les forêts et entraîne les voyageurs vers leur mort.

Par une nuit d'orage, un père chevauche, à travers une forêt sombre, avec son jeune fils dans ses bras. L'enfant croit voir dans l'obscurité la forme du roi des aulnes et il est effrayé. Le père calme son fils : ce qu'il voit n'est seulement que "le brouillard qui traîne". Mais la figure fantomatique ne quitte pas l'enfant. Avec un discours persuasif, le roi des aulnes invite le "gentil enfant" à venir dans son royaume pour se distraire avec ses filles. Mais l'enfant est agité. Encore une fois le père essaie de trouver une explication naturelle à ses hallucinations : ce ne serait que le bruissement des feuilles et le reflet d'arbres centenaires. Mais la vision est plus menaçante, et le fils est pris de panique. Lorsque le roi des aulnes finit par saisir l'enfant, le père perd son sang-froid et essaie de galoper aussi vite qu'il peut pour atteindre la ferme. Mais il y arrive trop tard : l'enfant est mort dans ses bras.

Texte original et adaptations en français[modifier | modifier le code]

Texte original Adaptation par
Jacques Porchat (1861)[1]
Adaptation par
Charles Nodier

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht!
Den Erlenkönig mit Kron' und Schweif? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh' mit mir!
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh'n?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“ –

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt!“
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset's, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il porte l'enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, c'est un brouillard qui traîne.

— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d'or.

— Mon père, mon père, et tu n'entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
— Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C'est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

— Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t'endormiront, à leur danse, à leur chant.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
— Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

— Je t'aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j'userai de violence.
— Mon père, mon père, voilà qu'il me saisit !
Le roi des aulnes m'a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l'enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L'enfant dans ses bras était mort.

Quel est ce chevalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud.

« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d'effroi ton visage ?
— Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
— Mon fils, c'est un banc de brouillard.

— Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mère possède de nombreux habits d'or.

— Mon père, mon père, et n'entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
— Sois calme, reste calme, mon enfant !
C'est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

— Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s'occuperont bien de toi
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
— Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

— Je t'aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j'utiliserai la force.
— Mon père, mon père, maintenant il m'empoigne !
Le Roi des Aulnes m'a fait mal ! »

Le père frissonne d'horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant,
Il arrive à grand-peine à son port ;
Dans ses bras l'enfant était mort.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Le poème de Goethe contient un certains nombre de non-dits que le lecteur doit interpréter. Il n'est pas clair d'où l'enfant connaît le mot Roi des aulnes (Erlkönig) et pourquoi il lui fait peur malgré une gentillesse initiale. À la fin du poème le temps de narration change pour le prétérit. Il n'est pas dit de quoi l'enfant meure. L'enfant peut également signifier la part d'enfant chez un homme.

La plupart des interprétations du poème postule la non-existence de ce que le garçon perçoit. Ils voient, comme le père dans le poème, l'Erlkönig comme une simple hallucination en raison de la peur et de la fièvre, comme une expression de la maladie du garçon, à laquelle il succombe à la fin de la ballade.

Un deuxième groupe d'interprètes pense que l'attitude rationnelle du père dans le poème et des interprètes qui partagent son point de vue est fausse et que l'expérience de l'enfant est réelle. La croyance que, des terrains marécageux recouverts d'aulnes (Erlenbrüchen), des forces magiques et des maléfices émanaient était jadis commune. La référence à l'aulne fait référence au mot danois ellerkonge qui signifie « roi elfique », cette référence est tout à fait intentionnée par Goethe. Il se peut que le poème parlent sans détours de pouvoirs magiques qui enlèvent la vie du corps d'une jeune personne sans défense[2].

Certains vers comme Viens, cher enfant, viens avec moi ! ou Je t'aime, ta beauté me charme, et, si tu ne veux pas céder, j'userai de violence évoquent un abus sexuel sur mineur ; c'est pourquoi certains auteurs pensent que le poème est en rapport avec un viol. Ainsi le sociologue allemand Rüdiger Lautmann décrit le Roi des aulnes non comme un pédophile mais comme un violeur[3].

En 2005, lors de la 55e Semaine de psychothérapie de Lindau, la psychanalyste Luise Reddemann a exposé sa thèse selon laquelle le poème serait le cauchemar d'une victime de violence sexuelle : d'un côté le père comme bon père, de l'autre le roi des aulnes comme méchant père[4]. La mort de l'enfant dans cette interprétation est souvent une mort mentale.

Selon d'autres interprètes, la figure du Roi des aulnes incarne les premiers sentiments inconscients de la puberté. Il représente la nature masculine du garçon. Suite à l'excursion nocturne dans la vie démoniaque, le garçon est privé de son innocence et finalement forcé de quitter son enfance. Sa mort symbolise la fin inéluctable de son insouciance et son inévitable entrée dans le monde des adultes. Sa nature masculine va littéralement chercher le garçon qui fuit. Le galop du père cherche à ramener le fils à la maison parentale protectrice et ainsi le sauver. Les tentatives et la lutte désespérée du père ne peuvent rien face aux impulsions naturelles de l'enfant et le père ne peut stopper le temps qui avance et l'éveil de la sexualité chez son fils.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Mise en musique[modifier | modifier le code]

Première page du lied de Franz Schubert

Le poème a été souvent mis en musique :

Dans la musique pop, la ballade a été souvent utilisée:

  • En 2002 est apparue une version du poème par Achim Reichel dans le CD Wilder Wassermann.
  • Le groupe Neue-Deutsche-Härte Rammstein a écrit une adaptation du Erlkönig dans la chanson Dalai Lama de l'album Reise, Reise.
  • Le groupe « Hypnotic Grooves » l'a traité dans l'album Rosebud: Songs of Goethe and Nietzsche (1999), dans le cadre de "Weimar - Ville du patrimoine mondial en 1999" et l'a faite interpréter par Jo van Nelsen.
  • En 2000, le Roi des Aulnes a été mis en musique par l'acteur suisse Daniel Bill dans une version rock sur le CD Scream in the night.
  • sur le Jenzig-Album der Neofolk-Gruppe „Forseti“ on trouve également une version de la ballade.
  • Josh Ritter l'a traitée avec The Oak Tree King en 2007 au Verbier Festival.
  • Le Paganfolk-Projekt Falkenstein a interprété la Ballade dans son Album Urdarbrunnen paru en 2008.
  • Une version pop a été écrite par l'auteur-compositeur ERLKÖNIG et l'artiste vidéo VJ. Vanessa.
  • Le groupe allemand a capella « Maybebop » a présenté en 2013 une adaptation du Erlkönig de Schubert.
  • En 2015, une nouvelle adaptation écrite par Philonico voit le jour. La chanson s'intitule Retiens-les. Elle a été composée et interprétée par Pixote Diaz, JC Benitez et Philonico.
  • Le groupe Epica s'inspire de ce poème pour l'écriture de la chanson "Once Upon A Nightmare" présente sur l'album The Holographic Principle (2016)

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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