La Grande Odalisque

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La Grande Odalisque
Jean Auguste Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814.jpg
Artiste
Date
Commanditaire
Type
Dimensions (H × L)
91 × 162 cm
Mouvement
No d’inventaire
RF 1158
Localisation
Musée du Louvre (Aile Denon, 1er étage), Paris

La Grande Odalisque est un tableau de Jean-Auguste-Dominique Ingres peint en 1814 sur une commande de Caroline Murat, sœur de Napoléon Ier et reine consort de Naples (commande non payée pour cause de chute de l'Empire)[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le mot odalisque, du turc odalık, désigne une femme de chambre qui servait le harem du sultan : sont donc présents des éléments et objets divers évoquant cette dimension orientale, comme un éventail, des bijoux ou un turban. Ingres peint une femme nue vue de dos selon l'archétype de l'époque, c'est-à-dire sous la forme d'une femme nue offerte aux regards se prélassant de façon lascive[réf. nécessaire].

On remarque au premier abord le dos particulièrement long (trois vertèbres supplémentaires sont présentes[2]) et l'angle peu naturel formé par la jambe gauche. Mais ces déformations sont voulues par Ingres, qui préfère volontairement sacrifier la vraisemblance à sa vision de la beauté. Cela se confirme par ses croquis, aux proportions parfaites : la déformation n'est intervenue que dans la mise en œuvre finale. Ingres ne cherche donc pas à rendre compte de la réalité anatomique du nu mais soumet son modèle à sa manière ; comme il l'avait fait pour La Baigneuse (1808, conservée au musée du Louvre). La Grande Odalisque fut mal accueillie[3], lors de sa présentation au Salon de 1819[4].

Style[modifier | modifier le code]

Toutes les caractéristiques de l'artiste se retrouvent dans ce tableau : la perfection formelle, l'extrême minutie, la grande sensualité, les déformations anatomiques, le goût pour les formes géométriques, etc.

Ingres a visité Florence et y a découvert les peintres italiens. On voit notamment l'influence de Raphaël dans les courbes de cette œuvre. Il est d'ailleurs proche du « groupe des barbus » (dans l'atelier de David) qui revendique une perfection formelle et un retour aux sources pré-maniéristes.

La toile était une commande de Caroline Murat, sœur de Napoléon Ier et reine consort de Naples ; mais cette commande ne sera finalement pas payée à Ingres à cause de la chute de l'Empire[5]. La Grande Odalisque devait avoir pour pendant un autre nu : La Dormeuse de Naples. Ce dernier disparut en 1815.

Copie[modifier | modifier le code]

Jules Flandrin a réalisé une copie de La Grande Odalisque en 1903 qui est exposée au Musée Ingres à Montauban.

Pastiches, références et détournements[modifier | modifier le code]

Le Nu allongé de 1917 de Modigliani reprend la pose et les courbes de La Grande Odalisque[6].

En 1964, l'artiste français Martial Raysse, dans sa série Made in Japan[7], recadre La Grande Odalisque d'Ingres pour en faire un portrait dans le style du pop art américain. Ce pastiche, à travers l'inclusion de bijoux de pacotille, relègue l'Odalisque au rang de produit de grande consommation.

En 1985, le péruvien Herman Braun-Vega transporte La Grande Odalisque en pleine campagne. Dans une lumière partiellement ombragée, elle se retrouve offerte à la curiosité d'enfants péruviens. Le titre de ce tableau Pourquoi pas eux ?[8] nous indique qu'il s'agit d'un plaidoyer pour la vulgarisation de la culture ("Ce garçon qui touche le genou d’un nu d’Ingres, touche la culture occidentale même s’il ne le sait pas." Herman Braun-Vega[9]). Il récidive en 2010 avec son tableau la ronde au crépuscule au bord du pacifique[10]La Grande Odalisque, délocalisée en bord de mer, est cette fois accompagnée, en plus de personnages de la réalité quotidienne péruvienne, de nus féminins de Matisse et Picasso.

En 1989, Le collectif artistique féministe Guerrilla Girls s'approprie La Grande Odalisque pour leur premier poster couleur. Sur ce poster l'odalisque porte un masque de Gorille et pose la question "Les femmes doivent-elles être nues pour entrer au Metropolitan Museum?".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Massimo Visone, « Caroline Murat, la Grande Odalisque et les «Bains de mer» sur le môle de Portici », Bulletin du Musée Ingres, no 84,‎ , p. 6-22 (lire en ligne).
  2. Jean-Jacques Lévêque, L'aube de l'impressionnisme : 1848-1869, ACR, , 658 p. (ISBN 9782867700583, lire en ligne), p. 206.
  3. Dominique Massonaud, Le Nu moderne au salon (1799-1853), Grenoble, 2005, p. 65.
  4. « Une Odalisque | Musée du Louvre | Paris », sur www.louvre.fr (consulté le ).
  5. Jean Pierre Cuzin, Ingres et les modernes, 2008, p. 154.
  6. Jean-Pierre Cuzin et Dimitri Salmon, Ingres, regards croisés, Paris, Éditions Mengès, , 290 p. (ISBN 978-2-844-59129-6), p. 154
  7. « Made in Japan - La grande odalisque », sur Centre Pompidou (consulté le )
  8. « Pourquoi pas eux ? », sur braunvega.com (consulté le )
  9. (es) Roberto QUIROZ, « Un cebichito con Rembrandt », VSD,‎ (lire en ligne)
  10. « La ronde au crépuscule », sur braunvega.com (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]