Léon Cordes

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Léon Cordes
Alias
Leon Còrdas
Naissance
Siran (Hérault)
Décès (à 74 ans)
Montpellier
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture occitan

Léon Cordes, né à Siran le et mort à Montpellier le , est un écrivain du Minervois, poète et scénariste, s'exprimant essentiellement en langue d'oc.

Il est le père de l'acteur et sculpteur français Michel Cordes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1913 à Siran, dans l'Hérault, il est , par sa trisaïeule, le descendant de gentilhommes verriers connus à Saint Pons (Hérault), depuis le 15ème siècle; il passe son enfance à Minerve, où, depuis le 17ème siècle, ses ancêtres, viticulteurs de père en fils, lui ont légué, outre une propriété de vignes, un attachement à la terre dont il restera, sa vie durant, l'infatigable laboureur. Il mènera de front, avec la même énergie, le travail de cette terre et la promotion de la langue occitane dont il sera , sa vie durant, le chantre et l'ardent promoteur. Après la mort de son père au cours de la bataille de Verdun, sa mère l'inscrit en 1924 à l'institut Saint Joseph de Limoux où les fils de "propriétaires" apprennent, à cette époque, leur futur métier.

Dès 1929, il reprend en main la propriété de Siran. Il écrit très jeune ses premiers poèmes en Oc, passionné par cette langue que son grand-père, sculpteur et poète et son grand oncle, conteur populaire, font résonner à ses oreilles comme elle résonne dans les échanges quotidiens des gens du Minervois. C'est dans ce pays maintes fois célébré, dans sa garrigue et dans ses vignes, dans la vie de ces gens de la terre qu'il puise son inspiration et l'esthétique de son œuvre.

À quinze ans, il écrit ses premiers poèmes, en occitan et en français. Il s'inscrit au collège "Occitania" en 1929 dont il suit les cours par correspondance. L'auteur occitan Marcel Carrières lui fait connaître "La Société d'Estudis Occitans" et les travaux normatifs de Louis Alibert. À Siran, il participe très jeune à des spectacles de théâtre, déclamant notamment : " Lo sermon del curat de Cucunhan" [ Le sermon du curé de Cucugnan] d'Achille Mir. Il lit Musset, Rostand, puis découvre Verlaine. L'occitanisme lui fait découvrir les textes de Josep Sebastià Pons et les premiers essais de Max Rouquette. À 18 ans, il achète une anthologie des troubadours qui ne le quittera jamais.( Il les retranscrira d'ailleurs en occitan moderne en 1975 dans son anthologie: "Trobadors al segle XX" [Troubadours au XXème siècle].

Il se lie avec Charles Camproux, alors professeur à Narbonne et avec Ernest Vieu qui fut l'homme du théâtre occitan le plus remarquable de l'entre-deux guerres. En 1934, il fait son service militaire à Montpellier où il rencontre les jeunes activistes militants du Nouveau Languedoc: Roger Barthes, Max Rouquette, Combarnous, Jean Lesaffre et leur aîné, l'impétueux Pierre Azéma, directeur de la revue Calendau et qui défend dans le Félibrige les thèses fédéralistes. En 1935, Camproux publie "Per lo Camp Occitan" [pour le camp occitan] qui apporte aux jeunes de l'époque des éléments de doctrine où ils vont se reconnaître nombreux. Il crée à Narbonne le journal "Occitania" et le Parti Occitaniste auquel Léon Cordes adhère immédiatement. Il y était, selon les termes de l'époque: " Delegat a la Propaganda Paisana" [délégué à la propagande paysanne].

Dès 1928, la Compagnie Théâtrale d'Ernest Vieu sillonne le Bas-Languedoc, jouant et créant des pièces de félibres régionaux. Cet auteur, acteur, metteur en scène réussit à créer une dynamique et un engouement aussi bien du côté de la création que du côté du public. Dès 1933, Léon Cordes suit la troupe, lit des poèmes en public, puis interprète ses propres oeuvres théâtrales souvent mises au répertoire de la compagnie. Partis du Félibrige, Ernest Vieu et Léon Cordes mettent leurs espoirs dans l'occitanisme et croient fermement, à ce moment là, aux possibilités de renouvellement du théâtre en créant l'Office du théatre d'Oc, organisme de diffusion et de "promotion". Des premières pièces de Léon Cordes: La Matalena, La novia, Tres per un, Prudòm de la luna, c'est cette dernière qui fut le plus jouée avant guerre. Il collabore en 1939 à de nombreuses parutions dans les revues Terre d'oc, L'ase negre, Occitania, il dirige deux troupes de théâtre: une à Argeliers (Aude) où le goût des tréteaux date de Marcelin Albert et l'autre à Montouliers (Hérault) où il a trouvé la compagne de sa vie, Germaine Clerc, fille, elle aussi de vigneron. Ces petites troupes de village joueront, au profit des prisonniers de guerre retenus en Allemagne,: "Cantarana" (écrite en 1938), Quand se parla d'amor" (1941), L'enfant de la bona novela (1941), Lo camìn noù (1943).

De 1940 date son premier recueil de poèmes: Al mirar d'aquesta riba. Suivra Aquarèla en 1946 où s'affirme une voix profondément originale et qui fera honneur à la nouvelle collection de publication occitane "Messatges". Après la guerre, Léon Cordes prend de la distance avec l'institution félibréenne tout en gardant l'amitié de certains félibres. Il anime à La Livinière, près de Siran, une troupe, "Lo Quadrilh", spectacle mixte de danse et de théâtre où il dit contes et poèmes.

C'est avec cette troupe, en s'appuyant sur plusieurs années de cours de cinéma par correspondance (sic) qu'il tournera un court métrage Le Minervois, dont l'original est aujourd'hui perdu. À Montouliers et Argeliers, il avait cotoyé les "89 d'Argeliers", qui, entraînés par Marcelin Albert firent éclater la puissante et mémorable révolte du Midi de 1907 où de monstrueuses manifestations ( 600.000 personnes au moins à Montpellier) et une grève des maires avaient contraint le parlement et le gouvernement Clémenceau à voter des lois pour mettre fin à la mévente des vins du Midi. Ainsi en 1947, écrit-il, en français, encouragé par Philippe Lamour et diverses personnalités, un scénario sur cette épopée intitulée : "La route des gueux". Le projet n'aboutissant pas, Philippe Lamour lui conseille d'écrire un roman qui, une fois publié, devrait permettre la réalisation du film. Nouvel échec, le roman ne sera pas publié alors.

En 1949, " Set Pans", sera son premier roman occitan, dans une veine néo-réaliste, qui, dans l'esprit de Léon Cordes serait la trame d'un film reprenant une année entière du cycle viticole. Aux privations nées de la guerre succèdent dix années de sècheresse consécutives qui dévastent le vignoble minervois, Siran qui est un des secteurs les plus touchée voit sa population régresser de moitié. Cette situation le pousse à vendre sa propriété de vignes en 1953, et c'est alors, qu' une société "à capitaux occitans" lui propose de tenir une laverie automatique (sic) à Montpellier dont les revenus, pensent les investisseurs ( dont plusieurs universitaires) pourraient financer la promotion de l'occitan! Il saisit cette proposition croyant par ailleurs que c'est désormais à Montpellier que se développe le mouvement occitan. Cette entreprise se soldera par un échec, la perte financière de son investissement, et l'abandon de l'activité au bout de deux ans. Il achète alors, à Lattes, près de Montpellier un terrain de 63 ares et y crée une petite exploitation maraîchère. Il y fait batir sa maison: L'Ortalana et s'y installe en famille: il avait alors 3 enfants (une quatrième naîtra en 1965), à qui il ne s'adressera toute sa vie qu'en occitan! C'est encore la terre aimée et retrouvée, mais il a désormais peu de temps pour écrire, son exploitation subit, par ailleurs, plusieurs inondations du Lez. Malgré l'exigence du travail, il présente en 1955 sa pièce "La font de bonas gracias" qui obtient le prix Théodore Aubanel. Cette pièce diffusée sur Radio-Montpellier le consacre écrivain de théâtre. D'autres pièces, La banda negra (1961), L'anel (1968), seront publiées mais jamais jouées; il n'y avait plus alors, en Languedoc, de troupe susceptible de les monter.

En 1964 paraît Branca torta, un nouveau recueil de poèmes dont certains , déjà très célèbres, figurent dans de nombreuses anthologies. En 1966, la ville de Lodève lui commande une pièce: Lo mistèri Frocan qu'un changement de municipalité ne permettra pas de porter à la scène.

Il vend L'Ortalana en 1969 et s'installe à Montpellier. Il est engagé par Jean Deschamps, pour un an, au Centre Dramatique National du Languedoc.

À partir de 1970, il donne des soirées poétiques avec lectures et contes, reprend Lo sermon del curat de Cucunhan, collabore avec des chanteurs, Fulbert Cant et Gisèle Pierra, monte le spectacle "Escotatz" où il déclame ses nouveaux poèmes publiés dans "Dire son sì" 1975). Suivront des nouvelles: Los Macarels I et II (1974 , 1982), une enquête ethnographique: Lo pichot libre de Menerba, un roman: La Batalha dels teules, Trobadors al segle XX (1975), et un manuel d'apprentissage de l'occitan: L'occitan fondamental. Il est alors l'un des écrivains occitans les plus lus.

En 1982, Jean Fléchet l'engage pour écrire en occitan le scénario de son film L'Orsalher dont il sera également acteur. En 1984, il écrit une nouvelle pièce de théâtre: Menerba 1210 et travaille avec acharnement et succès à faire jouer cette fresque contant la lutte cathare dans les lieux mêmes où elle se déroula 8 siècles auparavant, à Minerve, où il a passé son enfance. En 1985, dans le majestueux canyon de ce village, 10.000 spectateurs se presseront pour applaudir un texte puissant, transcendé par une mise en scène de grande envergure réalisée par son propre fils: l'acteur Michel Cordes.

Le cancer dont il souffrait depuis quelques années et qu'il avait farouchement combattu pour aboutir à la réalisation de Menerba 1210, viendra à bout de ses forces. Il décède à Montpellier le 9 octobre 1987.

En 1997, l'ensemble de ses poèmes, dont le lyrisme illustre à merveille la perception de l'homme avec ses proches, sa relation à la terre, à sa langue, sa philosophie d'être pensant , d'occitan, seront réunis et édités par le Centre International de Documentation Occitane (CIDO).

Aujourd'hui, en 2015, une de ses filles, Magali Cordes-Jarque relisant le manuscrit de son premier roman : La route des gueux, écrit en français pour les raisons déjà évoquées, sollicité par les Editions Christian Salès, espère que la publication qui est en cours permettra, de faire connaître, à la fois, l'œuvre de son père et la grande épopée de 1907, épisode historique ignoré par bon nombre de français.

Hommage posthume: Le collège occitan de Montpellier et la médiathèque de Siran portent son nom.

L' ensemble de son œuvre est déposée au CIRDOC ( Centre interrégional de documentation occitane), à Béziers.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Sieis poèmas per dire, 1940;
  • Flor de Santa Estela (1940, sous le pseudonyme Prudòm de la luna)
  • Aquarela, 1946;
  • Branca torta, 1964
  • Dire son si 1975;
  • Respelida de Centelhas, Siran, 1960;
  • Se conti que conte (1980) ;
  • Fial de Fum.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Matalena 1932
  • La Nòvia : 1935 ;
  • Tres per un : 1938 ;
  • Prudòm de la luna 1936-1937;
  • Cantarana 1938
  • L'enfant de la Bona Novèla 1940;
  • Remenbrança 1941;
  • Lo camin nòu 1943
  • Quand se parla d'amor 1944
  • Lo Miralh : 1948 ;
  • La banda negra : 1962 ;
  • La font de bona gràcia - prèmi Teodore Aubanèl : 1955 ;
  • Lo monumen t1965;
  • Lo mistèri Frocan 1966;
  • L'anel 1968;
  • lo cop del lapin 1970;
  • Menèrba 1210;
  • Cabucèlas e Picapol 1983
  • Castelboc 1984;

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

  • La route des gueux écrit en français en 1947, à paraître fin mai 2016;
  • Sèt pans - (roman 1977) ;
  • La batalha dels teules (roman 1979) ;
  • Los macarèls 1e 2 (novèlas 1974) ;
  • Amics novèls (contes per dròlles 1973)

Histoire et ethnographie[modifier | modifier le code]

  • Le petit livre de Minerve / Lo pichòt libre de Menèrba, préface de René Nelli, illustrations de Jean-Luc Séverac, Lodève, 1974.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Petit, Leon Còrdas/Léon Cordes : Notice biographique, bibliographie, iconographie..., Béziers et Montpellier, CIDO et Association Occitania, 1985.
  • (oc) Jean-Frédéric Brun, « Òmes d'Occitània, Leon Còrdas nos a quitats », dans la revue Oc, no 8, julhet (juillet) 1988, p. 37-38.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]