Jardins de Cocagne

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Jardins de Cocagne
logo de Jardins de Cocagne

Création 1978
Fondateurs Reto Cadotsch
Forme juridique coopérative
Siège social Genève
Sociétaires 400 ménages
Activité maraîchage,
agriculture contractuelle
Produits légumes biologiques
Effectif 13 dont 8 jardiniers/ères (2014)
Site web www.cocagne.ch

Les Jardins de Cocagne forment une coopérative maraîchère fondée en 1978 à Genève, en Suisse. Les Jardins de Cocagne constituent la première réalisation européenne d'agriculture contractuelle de proximité (ACP, en Suisse) ou Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP, en France).

Il n'y a pas de lien entre « Les Jardins de Cocagne » de Genève et le « Réseau Cocagne » français créé en 1991.

Historique[modifier | modifier le code]

La coopérative est créée en 1978 par une trentaine de personnes et un jardinier, d'abord sous forme expérimentale[1]. La première base a été une villa avec 2 000 m2 à Cartigny[2]. Puis un terrain a été loué et cultivé à Corsinge sur la commune de Meinier[3], sa mise en vente en 1985 provoque le déménagement de la coopérative à Sézegnin en 1987.

La cheville ouvrière du projet est Reto Cadotsch, un ingénieur agronome intéressé par les expériences agricoles en France, plus particulièrement par un groupe de vétérinaires qui avaient conclu des forfaits avec les paysans dont ils soignaient les vaches. Il rencontre des membres de la Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans et le fondateur de ce mouvement de « Paysans travailleurs », Bernard Lambert. À Genève, Reto s'allie à des personnes qui avaient déjà passé des accords avec des paysans pour obtenir des produits agricoles contre des heures de travail à la ferme, ou qui pratiquaient les achats collectifs directs.

Depuis 1994, les Jardins de Cocagne sont aussi présents sur deux marchés genevois[4].

En 1991, Cocagne devient membre de l'association des groupements de producteurs biologiques suisses (label bourgeon).

Au terrain principal de Sézegnin, où se trouvent l’entrepôt et les serres de culture, se sont ajoutées des parcelles cultivées à Cartigny, Eaumorte (Avully) et Landecy (1,5 hectares, 2005)[5].

Reto Cadotsch témoigne en 2018 : « Ce n'est pas seulement une idée, c'est une conviction politique. (…) On a perdu 50% des insectes, on a perdu 30% des oiseaux à la campagne, il y a plein de signes alarmants : notre manière de produire l’alimentation va dans un mur. (…) Il faut trouver de nouvelles formes et en témoigner dans la société. (…) On a envie d’arriver à quelque chose ensemble et on se mobilise pour cette cause, c'est ça qu’on partage. »[2].

Description[modifier | modifier le code]

Préparation des 400 « cornets » pour la livraison hebdomadaire.
Livraison hebdomadaire dans un quartier de Genève (novembre 2014).
Stand au marché de Plainpalais.

Les Jardins de Cocagne réunissent en 2014 un peu plus de 400 ménages consommateurs de légumes[6]. Sur plusieurs surfaces de quelques hectares situées dans le canton de Genève, une équipe de jardiniers et jardinières maraîchers cultivent des légumes biologiques pendant toute l’année. Une fois par semaine, l’ensemble de la récolte est mise en cornets puis livrée à une quarantaine de points de distribution. Cette taille de 400 ménages est considérée comme optimale, les Jardins de Cocagne soutiennent la création d'autres coopératives poursuivant les mêmes buts[7].

Les coopératrices-teurs participent aux travaux des champs ou de livraison pendant 3 ou 4 demi-journées par an. Les jardiniers et jardinières sont salariés de la coopérative, qui leur garantit des conditions décentes de travail et de salaire[8].

Le capital de la coopérative (machines et installation) est constitué de parts sociales acquises par les membres de la coopérative. Il est demandé à chaque membre d’acheter quelques parts sociales. Les frais de production sont couverts par les cotisations pour les parts légumes. Le prix annuel moyen des parts varie en fonction du revenu.

Les Jardins de Cocagne offrent également la possibilité d'acheter d'autres produits alimentaires, sur commande, ainsi qu'un stand sur les marchés de Plainpalais et de Rive (Cité-centre).

Le mode de fonctionnement a pour but de valoriser une relation directe entre jardiniers-producteurs et ménages-consommateurs. Ceux-ci acceptent de partager les aléas de la production et savent d'où viennent leurs légumes et comment ils sont produits. Les jardiniers tiennent compte des désirs et des besoins culinaires des coopérateurs-trices. Toute la production est valorisée, les pertes dues à la non-commercialisation des légumes sont réduites au minimum.

Souveraineté alimentaire[modifier | modifier le code]

Les contacts avec des organisations qui défendent les mêmes principes, comme Uniterre (syndicat paysan) et Via Campesina (syndicat paysan international) ont amené Les Jardins de Cocagne à réfléchir au concept de souveraineté alimentaire et de droit à une agriculture de proximité[9],[10].

Un autre aspect mis en avant par la coopérative est l’indépendance vis-à-vis des grands semenciers (sont nommés Syngenta, Monsanto, Bayer, Limagrain, DuPont de Nemours) et des semences hybrides F1. Plus des trois quarts des légumes « bios » sur le marché seraient produits à partir de telles semences hybrides. En 2016, les jardiniers affirment que la coopérative produit une partie de ses semences et contrôle l’origine des semences achetées, de telle manière que la grande majorité des produits de la coopérative sont issus de semences « à pollinisation ouverte » (reproductibles), sauf une variété de navet et une autre de tomate qui n’ont pas encore été remplacées[11].

La solidarité Nord et Sud[modifier | modifier le code]

Dent-de-lion livrée en mars 2015, époque de la « soudure » .

La coopérative a créé en 1985 une association « Cocagne Solidarité Nord et Sud ». Des contacts entre des migrants africains à Paris et Reto Cadotsch sont à l’origine de ce projet[12].

Volet Sud[modifier | modifier le code]

La coopérative verse 1% de la valeur de sa production afin de promouvoir des projets de développement en Afrique de l'Ouest, au Mali, au Sénégal et en Mauritanie. L'association est membre de la Fédération genevoise de coopération (FGC), ce qui lui donne accès à des fonds des collectivités publiques genevoises et de la Direction du développement et de la coopération (DDC). De 1984 à 2016, plus de 60 projets d’organisations paysannes fondées par d’anciens migrants ont été soutenus[12]. En 2014, l'association gère une dizaine de projets.

Cinq associations du bassin du fleuve Sénégal ont été soutenues par Cocagne depuis 1998 environ. Elles informent, sensibilisent et traitent les personnes vivant avec le VIH (sida)[13].

Volet Nord[modifier | modifier le code]

Le volet Nord a commencé à se développer en 2001, il concerne essentiellement les visites et les stages, deux projets soutenus par le Canton et la Ville de Genève, ainsi que par d'autres institutions.

Des visites du jardin sont proposées au grand public (dès 7 ans) et en particulier aux classes scolaires visant à sensibiliser les enfants à des questions liées à la nature, la nourriture et l'agriculture[14].

Cocagne est aussi un espace d'insertion professionnelle qui offre une collaboration et des possibilités de stage à des jeunes ou moins jeunes qui cherchent à renouer avec une activité professionnelle ou qui souhaitent démarrer une formation dans l'agriculture.

Fédération romande[modifier | modifier le code]

Terrains de Sézegnin, avec au fond le Jura
Terrain de Cartigny
Terrain d’Eaumorte (Avully)
Terrain de Landecy, avec au fond le Salève

À la suite du développement d'initiatives analogues dans le domaine de l'agriculture de proximité, les Jardins de Cocagne participent à la création d'une « Fédération romande d'agriculture contractuelle de proximité » (FRACP) en 2008. Elle comprend une vingtaine d'adhérents : fermes privées, associatives, coopératives, ou encore institutionnelles[15]. La fédération obtient l'agroPrix 2009[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christiane Pasteur, « Quarante ans d’une aventure militante et comestible », Le Courrier,‎ (lire en ligne)
  • Luca Ferracin, Les jardins de Cocagne : une coopérative maraîchère alternative à Genève (1978-1987), Genève, , 87 p.
  • Jasmine Aemmer, Fonctionnement d'entreprise et développement durable : la coopérative "Les Jardins de Cocagne", Genève, Haute école de gestion de Genève (HEG-GE), , 75 p.
  • « Trente ans de «Jardins de Cocagne» et pas une ride », 20 minutes,‎ (lire en ligne)
  • Josianne Bodart Senn, « Les Jardins de Cocagne : de la campagne genevoise au développement local en terre africaine », Éducation permanente, Fédération suisse pour l'éducation des adultes (FSEA), nos 2001/2,‎ , p. 32-35 (lire en ligne)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les Jardins de Cocagne : regards sur 40 ans, Sabine Bally (réalisation) et David Huwyler (image et son), septembre 2018, 17 minutes 30. Avec les témoignages de Reto Cadotsch, Maryelle Budry, Claude Mudry, Raymond de Morawitz et Marguerite Lambert Dayer. [voir en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « 1978 - Création de la coopérative Les Jardins de Cocagne (Genève) », Organisations et Société civile, sur Information sur le développement durable (IS@DD), groupe Écologie humaine de l'Institut des sciences de l'environnement (ISE) de l'Université de Genève - cms.unige.ch, (consulté en août 2014).
  2. a et b Film : regards sur 40 ans, 2018.
  3. André Crettenand, « Les Jardins de Cocagne menacés », Journal de Genève, 24 juillet 1985.
  4. May Piaget, « Cultiver ses légumes en communauté n'est plus l'apanage des «babas cools» : Une coopérative produit des légumes depuis 1979 », Journal de Genève, 2 avril 1994.
  5. « Historique : Depuis les débuts », sur www.cocagne.ch (consulté le 9 septembre 2017).
  6. « Comment ça marche ? », site des Jardins de Cocagne..
  7. « Les Jardins de Cocagne font des petits un peu partout », Anne Virlogeux, Le Courrier, 1er août 2005.
  8. « Nous voulons une rémunération équitable des producteurs », Marc Menichini, Le Courrier, 30 mars 2008.
  9. « La souveraineté alimentaire a fait salle comble à l'Alhambra », Pablo de Roulet, Le Courrier, 13 janvier 2009.
  10. « La mentalité d'entrepreneur indépendant est un mythe dans le monde agricole », Marc Menichini, Le Courrier, 5 novembre 2014. Entretien avec Rudi Berli, agriculteur aux Jardins de Cocagne.
  11. Communication des jardiniers du 5 mai 2016. Les exceptions sont le navet Tokyo F1, et la tomate Paola F1 qui appartient in fine à Limagrain.
  12. a et b Les jardins de Cocagne, Solidarité Nord et Sud, bulletin 70, juin 2016.
  13. Christophe Koessler, « « Le sida n'est plus tabou » », Le Courrier,‎ , p. 9.
  14. « Visite des Jardins de Cocagne, exploitation d'agriculture contractuelle de proximité », Développement durable: répertoire de visites et de bonnes pratiques, sur www.ge.ch, République et canton de Genève (consulté le 7 janvier 2016).
  15. « Alain Douard: agroPrix 2009: Les lauréats 2009 sont Romands! », sur Terre&Nature, www.terrenature.ch, (consulté le 29 août 2014).
  16. « Une belle reconnaissance pour un secteur en vogue », Les lauréats, sur www.agropreis.ch, L'agroPrix (consulté le 2 décembre 2016) : « Voilà trente ans que les premiers projets fonctionnent, et plutôt bien! Autour des grandes agglomérations, le potentiel de développement est encore gigantesque. Les consommateurs souhaitant manger local et en accord avec les saisons sont en effet toujours plus nombreux ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]