Requin bécune

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Isogomphodon oxyrhynchus
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Requin bécune
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Chondrichthyes
Ordre Carcharhiniformes
Famille Carcharhinidae

Genre

Isogomphodon
Gill, 1862

Nom binominal

Isogomphodon oxyrhynchus
(Müller et Henle, 1839)

Statut de conservation UICN

( CR )
CR A2ad+3d+4ad :
En danger critique d'extinction

Isogomphodon oxyrhynchus Le Requin bécune (Isogomphodon oxyrhynchus) est une espèce de requins, de la famille des Carcharhinidae, et est le seul membre existant de son genre. Il habite les eaux tropicales peu profondes du nord-est de l'Amérique du Sud, de Trinidad au nord du Brésil, préférant les habitats boueux tels que les mangroves, les estuaires et les embouchures des rivières, bien qu'il ne tolère pas l'eau douce. Ce requin est relativement petit atteignant habituellement 1,5 m de longueur. Le Requin bécune est reconnaissable entre autres grâce à son museau allongé, aplati et pointu, ses yeux minuscules et ses grandes nageoires pectorales en forme de pagaie.

Les Requins bécune sont des prédateurs pour les petits poissons. Il est vivipare et les femelles donnent naissance de 2 à 8 petits tous les deux ans pendant la saison des pluies. Cette espèce est capable de déplacer le calendrier de son cycle de reproduction de plusieurs mois en réponse à l'environnement.

Inoffensif pour l'être humain, le Requin bécune est pêché pour l'alimentation et comme prise accessoire dans les pêcheries artisanales et commerciales. Limitée dans son aire de répartition et se reproduisant lentement, l'espèce a été évaluée comme étant en danger critique d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La population actuelle est extrêmement faible, avec probablement moins de 250 individus.

Description[modifier | modifier le code]

Comme son nom en anglais l'indique (daggernose shark se traduit par "requin nez-poignard"), le Requin bécune a un museau très long, aplati et se terminant en un triangle effilé[1]. Les yeux sont circulaires et minuscules, avec des membranes nictitantes (une troisième paupière protectrice). Les narines sont petites, sans rabat nasal proéminent. Il y a des sillons courts mais profonds aux coins de la bouche sur les deux mâchoires. Les dents étroites et érigées sont petites et sans cuspide[1]. Les dents supérieures sont légèrement plus larges et plus plates que les dents inférieures[2] avec des bords dentelés plutôt que lisses[1]. Chaque mâchoire est garnie de plus de 45 rangées de dents[1].

Le corps est solidement construit, avec de grandes nageoires pectorales, larges et en forme de pagaie[1] qui proviennent de la cinquième fente branchiale. La première nageoire dorsale prend naissance sur la moitié postérieure des bases de la nageoire pectorale. La deuxième nageoire dorsale a environ la moitié de la taille de la première et est située au-dessus ou légèrement en avant de la nageoire anale. La nageoire anale est plus petite que la deuxième nageoire dorsale et présente une encoche profonde dans la marge arrière. La nageoire caudale a un lobe inférieur bien développé et est précédée d'une encoche en forme de croissant sur le côté supérieur du pédoncule caudal.

La longueur maximale enregistrée est de 152 cm[3]. Il existe des enregistrements non corroborés d'individus mesurant de 2 à 2,4 m de long, qui pourraient être des confusions avec des espèces de requins à l'apparence similaire, comme le Requin tisserand (Carcharhinus brevipinna). Le poids maximum connu est de 13 kg[1].

La peau est grise ou gris-jaune sur le dessus et blanche sur le dessous du corps, sans marque notable[1].

Dimorphisme sexuel[modifier | modifier le code]

Les femelles sont généralement plus grandes que les mâles.

Denture[modifier | modifier le code]

Le Requin bécune étant le seul représentant encore en vie du genre Isogomphodon, il possède une denture particulière comparé aux autres requins. Les dents supérieures sont assez faciles à caractériser. En effet, ce sont de fines pointes dont les tranchants s'allongent loin sur les racines et forment de petits renflements qui débordent sur la face intérieure des racines mais qui ne se développent jamais au point de constituer de vraies cuspides. Les racines sont légèrement dissymétriques avec une branche plus compressée que l'autre tandis que la bordure inférieure des racines forme un arc de cercle régulier. Les dents inférieures sont plus banales et peuvent être confondues plus facilement avec celles d'autres requins[2].

Biologie et écologie[modifier | modifier le code]

Les espèces de requins dominantes dans l'aire de répartition du Requin bécune sont le Requin tiqueue (Carcharhinus porosus) et le Requin-marteau tiburo (Sphyrna tiburo)[4]. Son museau allongé et ses yeux minuscules sont des adaptations probables à la vie dans les eaux troubles chargées de sédiments[1]. Cela reflète une emphase adaptative sur l'électroréception et d'autres sens rostraux plutôt que sur la vision[réf. nécessaire]. En raison de son long museau allongé, le Requin bécune ressemble aux rhinochimaeridés, au Requin-lutin (Mitsukurina owstoni) ou à certains requins du genre Apristurus[1].

Le Requin bécune est vivipare avec un placenta vitellin. Une fois que les embryons, qui sont en développement, épuisent leur réserve de vitellus, le sac vitellin appauvri est converti en une connexion placentaire à travers laquelle la mère se nourrit. Les femelles donnent naissance à des portées de trois à huit petits[3]. Le cycle des naissances se produit tous les deux ans, après une première période d'un an de développement des follicules ovariens puis une période de gestation d'une année. Il n'y a pas de corrélation entre la taille de la femelle et le nombre de descendants. Les naissances ont lieu durant la saison des pluies, quand la salinité de l'eau est au plus bas[1]. Cependant, le Requin bécune est capable de déplacer le calendrier de son cycle de reproduction d'au moins quatre mois, peut-être en réponse à des conditions environnementales variables.[réf. nécessaire] Les femelles s'installent dans les pépinières côtières peu profondes pour donner naissance[5]. Une importante pépinière existe au large de l'état brésilien de Maranhão[6].

Les Requins bécunes mesurent entre 38 et 43 cm de longueur à la naissance[3]. Les mâles atteignent leur maturité sexuelle une fois qu'ils mesurent environ 90 à 110 cm, ce qui correspond à un âge de cinq ans, tandis que les femelles atteignent leur maturité entre 105 et 112 cm, ce qui correspond à un âge de sept ans[3]. L'âge moyen de reproduction est cependant inconnu[1]. A partir des spécimens les plus vieux jamais étudiés (douze ans pour une femelle et sept ans pour un mâle), l'extrapolation des taux de croissance suggère que le record de longévité des femelles et mâles est de respectivement vingt et douze ans[7].

Le Requin bécune est une espèce marine endémique de la région Atlantique Sud-Ouest[8]. C'est un requin des eaux tropicales côtières peu profondes, qui fréquente les estuaires, les mangroves et les embouchures de rivières. Il n'est pas rapporté qu'il puisse remonter les cours d'eau[1].

Interactions avec les humains[modifier | modifier le code]

Le Requin bécune pose peu de danger pour les humains en raison de sa petite taille et de ses dents. Ce requin est capturé en petit nombre par des pêcheurs de subsistance[9] à Trinité, au Guyana, au Suriname, en Guyane française et peut-être au centre du Brésil[6]. Ce requin est souvent trouvé sur les marchés, mais n'est pas très considéré comme poisson de consommation[6]. Les spécimens pêchés sont matures depuis environ deux ans, ce qui limite les chances de reproduction[10]. La pression de pêche est en augmentation, notamment au Brésil[10]. Au nord du Brésil, il compose environ un dixième de la capture des pêcheries flottantes au filet maillant ciblant le Thazard franc (Scomberomorus brasiliensis) et l'Acoupa rouge (Cynoscion acoupa), qui est pratiquée dans les estuaires pendant la saison sèche[11]. Il est également une prise accessoire dans les filets maillants ciblant Sciades parkeri, dans les chaluts à crevettes dPenaeus et de manière générale dans les palangres[11].

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a évalué cette espèce comme étant en danger critique d'extinction[4], car sa distribution est limitée et elle est très sensible à la surpêche en raison de son faible taux de reproduction[10]. La population de Requin bécune a décliné de plus de 90% au cours de la dernière décennie au large du Brésil, et des déclins similaires se sont probablement produits ailleurs dans son aire de répartition alors que la pression de pêche dans la région continue à augmenter. L'UICN a recommandé de toute urgence la mise en œuvre de programmes de conservation et l'expansion de la surveillance de la pêche pour cette espèce[4]. Des indices indiquent également que cette espèce est sur le point de ou est déjà en effondrement reproductif[4].

Une étude réalisée en 2016 montre que le Requin bécune est l'une des espèces de requin les moins résilientes en raison de son faible taux de reproduction et du grand nombre de jeunes capturés comme prises accessoires[11]. Le taux de mortalité à cause de la pêche est de 47 % et le taux d'exploitation de l'espèce est de 72 %, ce qui indique que l'exploitation de l'espèce n'est pas durable[11]. Ces signes indiquent un probable effondrement des populations[11].

L'espèce est protégée par la loi au Brésil[12]. Au Brésil, l'espèce est considérée comme en danger d'extinction depuis 2004 et en danger critique d'extinction depuis 2006[11]. En 2014, le ministère de l'Environnement brésilien a de nouveau classé l'espèce en danger critique d'extinction[11]. Toutefois, les chercheurs mettent en avant l'absence de régulation des pêcheries artisanales dans les aires marines protégées et, plus généralement, des manquements dans le contrôle et l'inspection des pêcheries brésiliennes[11]. La pêche au filet maillant au Brésil n'est pas gérée par le gouvernement et les espèces-cibles (Cynoscion acoupa et Sciades parkeri) sont d'ailleurs en train de disparaître en raison de la surpêche. Les scientifiques mettent en exergue une fuite en avant avec l'emploi de filets maillants de plus en plus grands pour compenser la perte de productivité[11]. Les recherches menées au Brésil sont très pessimistes sur la survie de l'espèce[11].

Bien que des migrations saisonnières soient suspectées, le Requin bécune n'est pas protégé par la convention de Bonn sur les espèces migratrices[13].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Avec de longues mâchoires et de nombreuses petites dents, le Requin bécune est bien adapté pour capturer les petits poissons en banc qui composent la majeure partie de son régime alimentaire. Parmi les proies connues, citons les harengs, les anchois, les silures et les courbines[1].

Habitat[modifier | modifier le code]

L'espèce fréquente les côtes découpées de faible profondeur, avec de nombreuses rivières, îles et estuaires dominés par des mangroves. Au nord du Brésil, il est pêché entre 4 et 40 mètres de profondeur. Il préfère les eaux très troubles et diminue en nombre avec la clarté croissante de l'eau. L'espèce est peut-être restreinte au nord du Brésil par un habitat inapproprié d'eau trop claire, sans mangrove, avec des côtes trop profondes. Les femelles ont tendance à vivre à des profondeurs plus grandes que les mâles. Son aire de répartition englobe une large plate-forme continentale avec un climat tropical humide[1].

La salinité de l'eau dans cette zone varie de 20 à 34 ppm, tandis que l'amplitude de la marée peut atteindre 7 m. Le Requin bécune est plus communs sur les bancs boueux peu profonds et dans les estuaires et les embouchures des rivières. Il semble intolérant à l'égard de la faible salinité, se déplaçant vers la côte pendant la saison sèche (de juin à novembre) et au large pendant la saison des pluies (de décembre à mai)[1].

Cette espèce n'est pas connue pour effectuer des migrations sur de longues distances. Des mouvements saisonniers locaux sont documentés : le Requin bécune est plus présent sur les marchés aux poissons brésiliens pendant seulement la moitié de l'année. Il est probable que l'espèce se déplace vers le nord — du côté de l'Amérique centrale et des Caraïbes — durant la première moitié de l'année lorsque le débit de l'Amazone augmente[14], ce qui diminue la salinité de l'eau[13].

Les femelles, vivant dans des eaux plus profondes, sont moins souvent prises dans les filets maillant. Au nord du Brésil, elles sont en surnombre par rapport aux mâles avec un ratio de 1 pour 0,8[1].

Distribution[modifier | modifier le code]

"Carte du nord de l'Amérique du Sud, avec en rouge les zones côtières de Trinité-et-Tobago, du Guyana, Suriname, Guyane française et la côte nord du Brésil"
Aire de distribution du Requin bécune.

Le Requin bécune se trouve le long de la côte nord-est de l'Amérique du Sud, au large de Trinité-et-Tobago, du Guyana, du Suriname, de la Guyane et du nord du Brésil jusqu'au 3°S. Il est peut-être présent au Venezuela. Il aurait également été vu aussi loin au sud que Valença dans l'état de Bahia au centre du Brésil, bien que les relevés de pêche n'aient pas détecté cette espèce dans la région et que les pêcheurs locaux ne la connaissent pas[4],[10]. Le Requin bécune est l'une des espèces de requin qui occupe l'aire de distribution la plus étroite dans le monde[11].

Culture[modifier | modifier le code]

Dénominations[modifier | modifier le code]

Le nom scientifique Isogomphodon provient du grec ancien « iso », signifiant « égal », « gomphos », signifiant « nez » et « odous », signifiant « dents »[15]. En français, le terme « bécune » provient probablement de l'espagnol « becuna » et désigne les sphyrènes, des poissons tropicaux ressemblant barbeau[16]. Le Requin bécune est également appelé « demoiselle » en Guyane française[11]. Au Brésil, l'espèce est appelée « quati » ou « pato »[11].

Recherches[modifier | modifier le code]

En-dehors de rares publications de paléontologie et de taxonomie, les études sur le Requin bécune ont été menées uniquement sur les côtes Nord du Brésil et ont porté sur son abondance, sa reproduction, sa croissance et sur les études génétiques[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Fowler et al. 2005, p. 307
  2. a et b « Requin bécune », sur faluns-loire.pagesperso-orange.fr (consulté le 2 mars 2018)
  3. a, b, c et d Fowler et al. 2005, p. 442
  4. a, b, c, d et e « Isogomphodon oxyrhynchus (Daggernose Shark) », sur www.iucnredlist.org (consulté le 2 mars 2018)
  5. Fowler, Sarah L. et International Union for Conservation of Nature and Natural Resources., Sharks, rays and chimaeras : the status of the Chondrichthyan fishes : status survey, IUCN, (ISBN 2831707005, OCLC 63692852, lire en ligne)
  6. a, b et c Fowler et al. 2005, p. 308
  7. Référence UICN : espèce Isogomphodon oxyrhynchus (Müller et Henle, 1839) (en) (consulté le )
  8. Fowler et al. 2005, p. 132
  9. fredshark, « Requins.eu », sur www.requins.eu (consulté le 2 mars 2018)
  10. a, b, c et d Kyne et al. 2012, p. 73
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Lessa, Batista et Santana 2016
  12. Shark Specialist Group 2007, p. 24
  13. a et b Shark Specialist Group 2007, p. 41
  14. Shark Specialist Group 2007, p. 10
  15. Référence FishBase : espèce Isogomphodon oxyrhynchus (Müller & Henle, 1839) (en) (+ traduction (fr)) (+ noms vernaculaires 1 & 2)
  16. « bécune », sur http://www.cnrtl.fr/, Centre national de ressources textuelles et lexicales

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sarah L. Fowler, Rachel D. Cavanagh, Merry Camhi, George H. Burgess, Gregor M. Cailliet, Sonja V. Fordham, Colin A. Simpfendorfer et John A. Musick, Sharks, Rays and Chimaeras: The Status of the Chondrichthyan Fishes, IUCN/SSC Shark Specialist Group, (ISBN 2-8317-0700-5, lire en ligne). 
  • (en) Peter M. Kyne, John K. Carlson, David A. Ebert, Sonja V. Fordham, Joseph J. Bizzarro, Rachel T. Graham, David W. Kulka, Emily E. Tewes, Lucy R. Harrison et Nicholas K. Dulvy, The Conservation Status of North American, Central American, and Caribbean Chondrichthyans, Vancouver, Canada, IUCN/SSC Shark Specialist Group, (ISBN 978-0-9561063-2-2, lire en ligne). 
  • (en) Review of Migratory Chondrichthyan Fishes, IUCN/SCC Shark Specialist Group, coll. « Technical Report Series 15 », (lire en ligne). 
  • (en) Rosangela Lessa, Vandick S. Batista et Francisco M. Santana, « Close to extinction? The collapse of the endemic daggernose shark (Isogomphodon oxyrhynchus) off Brazil », Global Ecology and Conservation, vol. 7,‎ , p. 70-81 (DOI 10.1016/j.gecco.2016.04.003, lire en ligne). 

Liens externes[modifier | modifier le code]