George Minne

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George Minne
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George Minne, né Georgius Joannes Leonardus Minne le à Gand et mort le à Laethem-Saint-Martin, est un sculpteur et dessinateur symboliste belge.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Fils de l'architecte et entrepreneur Fréderic Auguste Minne, il grandit et est éduqué dans un milieu aisé. En 1884 il suit pendant deux ans des cours d'architecture à l'Académie de Gand, mais se débat contre ses parents pour ne pas se laisser entraîner dans le sillage professionnel de son père. À l'Académie royale des beaux-arts de Gand, son professeur consterné par les libertés que prend son élève vis-à-vis des habitudes académiques, dit de lui « l'Antéchrist est dans nos murs! ». Il s'y lie d'amitié avec un étudiant un an plus jeune, un bohème qui suit les cours de peinture, Valerius De Saedeleer. À 18 ans, il brosse une énorme toile large de 8 mètres La chute des anges rebelles, peint en grandes dimensions une Marche de Bacchus et sculpte des torses gigantesques et des attitudes déclamatoires. Plus tard il jugera sévèrement ces productions et ira même jusqu'à les détruire. Un certain ascétisme plastique le fera renoncer pour toujours à l'emploi de la couleur.

La force émotionnelle de ses œuvres est vite reconnue par des poètes symbolistes belges, comme Maurice Maeterlinck avec qui il se lie d'amitié vers 1886 et dont il illustrera certaines œuvres[1], Émile Verhaeren [2] et Grégoire Leroy[3]. C'est aussi en 1886 qu'il exécute ses premières sculptures. En 1889, il sculpte Adam et Ève et certaines de ses œuvres sont montrées au Salon de Gand où il expose ainsi pour la première fois. En 1890 à Bruxelles, il expose au salon des XX [4]. EN 1891, il se rend à Paris pour y rencontrer Rodin (1840-1917) qui, constatant combien la manière du sculpteur belge est éloignée de la sienne, conseille à son interlocuteur de rester fidèle à ses conceptions.

En 1892, il épouse Joséphine, fille du poète nl:Napoléon Destanberg, et tente de vivre « à la Tolstoï » en menant de front le travail de statuaire et celui de cultivateur.Il participe aussi au premier Salon de la Rose-Croix organisé à Paris par Joséphin Peladan. Henry van de Velde fait connaître son travail dans les centres d'Art nouveau.

En 1895, à l'Académie de Bruxelles il suit les cours du sculpteur Van der Stappen. À Forest-lez-Bruxelles où il vit avec son ménage dans le dénuement, il découvre son thème préféré, L'agenouillé. Renouant avec la tradition de Claus Sluter, il sculpte en 1896 Le petit agenouillé et Les trois saintes femmes au tombeau. Il y élabore son sujet de l'adolescent nu, introverti, agenouillé, la tête inclinée, fragile et isolé du monde qu'il reprendra de nombreuses fois dans son œuvre.

Son travail est apprécié et il est connu dans les milieux artistiques ; à Vienne, il est apprécié par des artistes comme Klimt, Schiele et Oskar Kokoschka. À Munich et à Vienne, on a vu et favorablement commenté les fruits de son labeur[5].

Portrait[modifier | modifier le code]

Il est de taille plutôt petite, le visage est frais, les yeux lourds et clairs ; sur ses lèvres d'un rose vif il laisse continûment planer un sourire léger et énigmatique ; ses vêtements et sa coiffure lui donnent un peu l'allure d'un pasteur protestant. Vivant silencieux et comme reclus, il quitte rarement sa maison, du moins à l'époque de sa maturité. Par crainte d'autrui, ce catholique ne se rend jamais à l'église, pas même le dimanche. La foule lui fait peur et il souffre d'agoraphobie. Il voit peu de monde, refuse de se laisser approcher, fuit les photographes, évite les voyages, renonce à visiter les expositions - même celles de ses propres œuvres.(...) Toute son attitude dans la vie a quelque chose de fuyant et dénote, sans ostentation et comme à regret, un foncier besoin de retraite. À table il ne prend jamais l'initiative de se servir ; il attend que quelqu'un le prie de manger et même qu'on lui tende son assiettée. Quand il enseigne à l'Académie de Gand — il y fut professeur pendant quelques années — il prie sa femme de rester en faction derrière la porte de la classe pendant toute la durée de son cours. Soucieux de se bien porter, il se promène chaque jour pendant plusieurs heures mais, en ennemi juré des rencontres imprévues, il parcourt sans cesse les rares chemins qui entourent sa maison ou se contente de tourner en rond dans son jardin.(...) En art, il doute très réellement de son savoir-faire[6].

Point de chute à Laethem-Saint-Martin[modifier | modifier le code]

Installé à Laethem-Saint-Martin, Valerius De Saedeleer y attire son ami George Minne, ce qui se fait en 1898 ; Georges Minne quitte Bruxelles et fait ainsi partie du premier groupe de l'École de Laethem-Saint-Martin qui cristallisera autour d'Albijn Van den Abeele. En arrivant à Laethem, il sait ce qu'il veut et espère pouvoir poursuivre son œuvre dans l'assurance et dans le calme. Il élit domicile dans une maisonnette au cœur du village, face à la cure — un logis banal de petit employé, une fenêtre, une porte — mais il sera bientôt logé moins à l'étroit. Se souvenant de ses études d'architecte, il commence en effet à tracer les plans de la maison blanche et carrée qu'il ne quittera plus et où, entouré de sa famille qui comprendra cinq fils et trois filles, il va poursuivre patiemment son travail.

À l'époque une de ses préoccupations majeures sera la mise en œuvre d'un monument au poète Georges Rodenbach (1855-1898). En vue de ce dessein, Laethem voit arriver un énorme bloc de pierre tiré par sept chevaux de labour qui sera déposé avec précaution dans le petit jardin de Minne. Autour du bloc inerte un petit atelier en bois est construit. Durant de longs mois, Minne s'y acharne au travail. Terminée, l'œuvre est violemment décriée et refusée à Bruges, mais finalement et malgré tout placée dans un parc de Gand[7],[8].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Dans ses faits et gestes tout parle d'effacement de soi et de claustration volontaire. L'œuvre sera le miroir fidèle, la décantation de cette attitude primordiale : chez Minne, le mouvement de repli, de fuite manifesté dans la vie se retrouve en permanence dans les sujets comme dans le style de ses sculptures et de ses dessins[9].

Son modèle est Rodin, mais il n'essaie pas de rivaliser avec la force plastique de ce dernier et préfère rechercher une inspiration dans l'art médiéval et préfigure des artistes de l'expressionnisme allemand comme Ernst Barlach, Käthe Kollwitz et Wilhelm Lehmbruck. Dans son refus du pathos baroque, il se rapproche de Pierre Puvis de Chavannes et il existe un rapport manifeste entre l'Enfant prodigue et le Pauvre Pêcheur dans la restitution des personnages introvertis et repliés sur eux-mêmes.

On est cependant loin d'influence, Maeterlinck se rappellera plus tard son étonnement : « Il a vingt ans, il n'a rien vu, n'a rien lu », racontera-t-il, mais lui et ses camarades poètes ont été attirés par cet artiste, et ce sont peut-être eux qui l'ont orienté vers le symbolisme avec lequel il se sent des affinités.

En 1898, il crée La Fontaine des Agenouillés, chef-d'œuvre incontestable de la sculpture symboliste[10], pour laquelle il imagine cinq personnages autour d'un bassin : l'art introverti de Minne est là avec un maximum de clarté et de simplicité formelle.
En 1900, Gustave Van de Woestijne peint Le portrait de Madame George Minne et Saint Dominique recevant le Rosaire des mains de la Vierge Marie.
En 1902, s'ouvre à Bruges une exposition intitulée Les Primitifs flamands, de van Eyck à Breughel qui impressionnera durablement George Minne et les artistes du premier groupe.
En 1903, Karel Van de Woestijne fonde à Laethem le cercle "Open Wegen" [11].
En 1908, influencé par les idées religieusres de ses amis de Saedeleer et Gustave Van de Woestijne, George Minne se met à traiter surtout au moyen du crayon ou du fusain des thèmes bibliques et entreprend une première série de dessins dont le thème principal sera La mère et l'enfant.
En 1910 : Influencé par Meunier, George Minne s'astreint à étudier avec minutie le corps humain[12] ; il craint à bon droit que ses sculptures ne soient trop peu réalistes parce que trop stylisées, trop éloignées de la nature.
En 1912, George Minne devient professeur à l'Académie de Gand.
Pendant la Première Guerre mondiale, trois fils de Minne sont mobilisés. Durant leur absence, le reste du ménage qui a émigré au Pays de Galles (Aberystwyth, puis Llanidloes) — comme De Saedeleer et Gustave Van de Woestijne — y vit dans l'angoisse. Minne abandonne la sculpture de 1914 à 1921.
En 1919, la paix revenue et ses fils étant sortis indemnes du carnage, Minne rentre en Belgique occuper sa maison de Laethem. Il est professeur à l'Académie de Gand en modèle vivant.
En a lieu une importante exposition George Minne à la galerie Georges Giroux de Bruxelles.
En 1922 : George Minne crée le motif de son Christ eucharistique.
En 1923 : George Minne sculpte L'adolescent à la coquille.
En 1924 : Émile Claus meurt à Astene et est inhumé dans le jardin de sa villa; un monument funéraire dû au ciseau de George Minne et dénommé Réveil est érigé sur sa tombe.
En la galerie Giroux de Bruxelles met sur pied une exposition intitulée Laethem-Saint-Martin.
En 1929 : George Minne sculpte Le grand porteur de relique et dessine des Pieta. Une rétrospective de son œuvre a lieu à la galerie Giroux de Bruxelles.
En 1931 : George Minne est promu baron le et sculpte La jeune femme au bain.
En 1932 : George Minne sculpte Aspiration à la paix.
En 1937 : George Minne dessine La Vierge de l'Annonciation
En 1952, une sculpture de Minne est placée sur la tombe du peintre Constant Permeke, mort à Ostende et inhumé à Jabbeke.
Il a collaboré avec le céramiste Roger Guérin[13] (Jumet, 1896 - Bouffioulx, 1954).

Le nombre de dessins est de quatre à cinq cents, ce sont généralement des fusains, rarement des crayons ; les supports en sont du papier, du parchemin, des feuilles jaunies tirées d'archives ou de vieux livres, des panneaux de bois, de la toile, les murs des chambres où il a habité, des plaques d'éternit.

Les sculptures sont approximativement au nombre de cent cinquante. Plutôt que de sculptures monumentales, il s'agit de "sculptures d'intérieur" dont la hauteur varie entre 15 centimètres et un mètre. On s'est rarement adressé à lui pour l'exécution de monuments publics :

en 1899, on érige dans l'Ancien Béguinage de Gand son Monument à Georges Rodenbach;
en 1901, Minne sculpte un Jacques Franquart destiné à la façade de l'hôtel de ville de Bruxelles;
en 1933, il livre pour la commune de Boom deux statues de grandes dimensions, une Maternité et un groupe de deux personnages représentant la Solidarité;
Bruxelles d'abord, Gand ensuite érigent sa Fontaine aux agenouillés;
la ville d'Anvers le charge d'exécuter un Monument à la mémoire de la Reine Astrid qui soit en même temps un hommage à toutes les mères;
enfin pour la décoration de la basilique du Sacré-Cœur à Bruxelles, Minne a réalisé la sculpture du Sacré-Cœur dans le chœur de l’autel du Saint-Sacrement de l’abside. Il a également créé le Christ en croix en bronze qu’on peut voir à l’extérieur de la basilique, derrière l'abside[14].
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Sélection d'œuvres dans les musées[modifier | modifier le code]

  • Le Petit Porteur de reliques, 1897, marbre, Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers
  • Musée des beaux-arts de Gand :
    • Le Fils prodigue, 1896, plâtre
    • Homme et femme agenouillés, granit
    • Saint Jean-Baptiste, 1895, pierre de taille
    • Garçon agenouillé, marbre
    • Le Puits avec cinq adolescents ou Fontaine des agenouillés (à Gand en plâtre et à Essen en marbre)
  • Musée d'Orsay à Paris :
    • Porteur d'outre, 1897, bronze
    • L'Agenouillé à la fontaine, 1898, bronze
  • Mère affligée avec ses deux enfants, 1888, bronze, musée Van Beuningen, Rotterdam.
  • Jeune garçon debout, 1900, bronze, Neuss, Clemens-Sels-Museum.
  • Trois Saintes Femmes auprès du tombeau, 1896, bronze, musée Groeninge, Bruges.
  • Buste d'homme des Flandres, musée national des beaux-arts, Alger.

Divers[modifier | modifier le code]

Il serait apparenté à l'homme de télévision Olivier Minne[réf. nécessaire].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Haesaerts, Laethem-Saint-Martin : Le village élu de l'art flamand, Anvers, Fonds Mercator, , 523 p.
  • André De Ridder, Laethem-Saint-Martin, colonie d'artistes, Bruxelles, Lumière, , 381 p.
  • Léo Van Puyvelde, George Minne, Éditions des Cahiers de Belgique, S.A., (Collection Les Contemporains), Bruxelles, 1930

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Illustrées par George Minne, Les serres chaudes et La princesse Maleine de Maurice Maeterlinck sont éditées respectivement à Paris chez Vannier et chez Van Melle à Gand.
  2. En 1894, George Minne illustre Les villages illusoires d'Émile Verhaeren et le recueil de pièces de Maeterlinck qui contient Aladine et Palomine, Intérieur et La mort de Tintagiles.
  3. « Minne incarnait des sentiments d'incertitude et d'angoisse dans des figures oniriques, des êtres primitifs ou des figures nées quelque-part en dehors de notre réalité. » écrira Émile Verhaeren.
  4. Il fait partie du groupe des XX en 1891.
  5. Paul Haesaerts 1982, p. 18-19/67/88/105
  6. Paul Haesaerts 1982, p. 86-87
  7. Paul Haesaerts 1982, p. 67-68/105
  8. Paul Eeckhout, Minne (George-Jean-Léonard, baron), dans: Biographie nationale de Belgique, tome 43, p. 528 : [1]
  9. Paul Haesaerts 1982, p. 87
  10. La version en marbre se situe aujourd'hui dans le hall d'entrée du musée Folkwang d'Essen en Allemagne, la version en plâtre est au musée des beaux-arts de Gand ; les groupes de bronze du centre ville de Gand et dans le jardin du Parlement à Bruxelles sont des versions ultérieures.
  11. Cercle artistique dont sont membres : Gustave Van de Woestijne, Valerius de Saedeleer, George Minne, Jules De Praetere, Frits van den Berghe, Paul d'Acosta, le peintre Frans De Cock.
  12. Il assiste à des séances de dissection dans l'amphithéâtre de l'université de Gand.
  13. http://www.gresdebouffioulx.be/new/rguerin/signatures/index.htm Grès de Bouffioulx : Roger Guérin
  14. Paul Haesaerts 1982, p. 18-25/27/105/107

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