Exécias

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Dionysos et son fils Œnopion, amphore attique à figures noires, v. -540--530, British Museum (B 210).

Exécias (grec ancien : Ἐξηκίας) est un peintre sur vase et céramiste de la Grèce antique, le plus grand peut-être des peintres-potiers grecs[1]. Sa période de production se situe approximativement entre 550 et 525 av. J.-C. à Athènes. Sa poterie fut cependant exportée vers d'autres régions, comme l'Étrurie. Il peignait principalement selon la technique dite de la figure noire, qui ne fut utilisée que pendant une période relativement courte, ce qui permet de dater précisément sa période d'activité.

Un art novateur[modifier | modifier le code]

Signature du céramiste Exécias : ΕΧΣΕΚΙΑΣ ΕΠΟΙΕΣΕ (« Exékias m'a fait(e) »), v. -550--540, Louvre F 53.

Les œuvres d'Exécias continuent le style de Nearchos, dont il semble être le disciple, mais elles se distinguent par leur composition ample, la précision du trait et un art subtil du portrait. Selon l'historien de l'art grec John Boardman[2], « la marque de son style approche la dignité de la statuaire, ce qui amène, pour la première fois, la peinture sur vase au rang d'art majeur. » Son art se caractérise par la noble gravité de ses figures et de toute la composition, une calligraphie ferme et nette, et porte la technique de la peinture à figures noires jusqu'à son plus parfait achèvement[1]. Peintre et potier novateur, Exécias a expérimenté de nouvelles formes et imaginé des techniques inhabituelles, tel le lavis de rouge-corail pour faire ressortir les couleurs. Selon un procédé employé occasionnellement, le fond rouge brillant était obtenu par une cuisson spéciale de la même substance que pour la décoration ; celle-ci, en passant au four, devenait noire[3].

Onze œuvres signées d'Exécias ont survécu et environ vingt-cinq autres récipients et plaques lui ont été attribués. L'une de ses œuvres les plus célèbres est une amphore, aujourd'hui exposée à Rome dans les musées du Vatican, qui montre Ajax et Achille à Troie, en train de jouer aux dés. On y lit la signature :

« Eksekias egraphse m'kapoiesen »
« Exékias m'a faite et m'a décorée ».

D'autres œuvres montrent aussi des scènes de la guerre de Troie, comme Achille poignardant Penthésilée, la Reine des Amazones, ou Ajax se préparant pour le suicide. Autre œuvre, dont tous les textes sur l'art grec s'accordent à reconnaître la perfection, la kylix (une coupe) dans laquelle est peinte l'image du dieu du vin Dionysos sur un vaisseau. Elle porte la signature : « Exékias m'a faite ».

Ces vases sont des chefs-d'œuvre ; seuls quelques-uns existent encore. Il semble peu probable qu'Exécias ait pu vivre de ces quelques pièces soigneusement exécutées. Il est plus vraisemblable qu'il a produit de nombreuses poteries non signées, faites plus grossièrement et destinées à la consommation courante.

Les thèmes[modifier | modifier le code]

Exécias se plaît à décrire les grands moments de la vie, de la mort et de la religion, plutôt que les détails liés à la mythologie.

Ses peintures sont comme des arrêts sur image soigneusement mis en scène dans le film de la vie ; elles montrent des personnages à des moments symboliques. Les scènes de la vie journalière sont élevées jusqu'à l'héroïque, et l'art d'Exékias sait se mesurer avec le tragique, sans exclure une observation charmante de l'action[1]. Sa peinture s'apparente à ce que l'on appellerait du grand style en littérature.

Dans la kylix de Dionysos, découverte dans la cité étrusque de Vulci, en Italie, le fond de la coupe à vin est utilisé comme surface de travail pour le scénario principal. Dionysos est le dieu de l'inspiration. La peinture représente son premier voyage en bateau vers Athènes. Des pirates ont capturé le navire et vont peut-être vendre Dionysos comme esclave. Mais le dieu fait pousser des vignes sur les mâts, ce qui effraye tellement les pirates qu'ils sautent par-dessus bord et sont changés en dauphins. On remarquera que les pirates ne sont pas tués mais transformés en des êtres inférieurs qui batifolent désormais autour du bateau et escortent le dieu.

Dionysos veut inspirer le retour à l'ordre à Athènes, laquelle, comme tout le pourtour de la mer Égée, a souffert de la piraterie, du banditisme et du chaos social pendant les « années noires » grecques. Dans la scène, le dieu glisse avec sérénité sur le cosmos, figuré par l'espace rouge qui grandit à son gré sous lui, tandis que les dauphins batifolent en l'escortant. La voile blanche, gonflée, trahit la présence du vent, qui souffle également au gré du dieu, en l'occurrence vers Athènes. Le voyage de Dionysos a été décrit comme un « nostos », un retour à la maison.

Meurtre de Penthésilée. British Museum.

L'amphore évoquée dans l'introduction de cet article montre Achille et Ajax absorbés devant un jeu, au milieu d'une bataille. On ne sait trop de quel jeu il s'agit ; certains y ont vu un jeu d'échecs ou de dames, d'autres un jeu de dés. Les postures des guerriers montrent qu'ils sont en tension, suspendus au dénouement de la partie. La guerre est un jeu, de stratégie ou de hasard. Les deux hommes sont pris dans un jeu dont ils n'ont pas choisi les règles et tentent d'influencer le dénouement en leur faveur.

Un autre vase met en scène le meurtre de Penthésilée. Son visage et ses membres sont blancs, symbole de la féminité. Elle regarde avec effroi l'homme qui la tient désormais totalement à sa merci. La nature l'a douée de pouvoirs extraordinaires mais ses armes - sa féminité et sa lance - ne lui ont pas permis de vaincre. Certaines légendes racontent que Penthésilée et Achille s'éprennent l'un de l'autre au moment où il est trop tard pour l'amour et la pitié. Ironie du sort opposant ce qui fut à ce qui aurait dû être.

Le Suicide d'Ajax, amphore attique à figures noires 530 av. J.-C. Château-musée de Boulogne-sur-Mer.

L'amphore du musée municipal de Boulogne-sur-Mer met en scène la préparation du suicide d'Ajax. Dans cet épisode de l’Iliade, Ajax perd, au profit d'Ulysse, le concours qui devait déterminer celui qui gagnerait l'armure d'Achille. Ajax, dans un accès de rage, massacre alors un troupeau de moutons qu'il a confondus avec les chefs grecs. Il ne supporte pas cette disgrâce et décide de se tuer en se jetant sur sa propre épée, selon la coutume grecque propre aux guerriers déshonorés. Exécias montre Ajax préparant son suicide. Ajax, accroupi, est occupé à fixer son épée en terre, pointe vers le haut, il est dos à un palmier et face à son barda, son bouclier décoré de la Gorgone protectrice, sa lance et son casque empilés. Son équipement et le palmier forment les bords de la scène, centrée sur le visage d'Ajax et l'épée. La place centrale du visage d'Ajax préparant son suicide et l'évocation de sa mort prochaine donnent une tension psychologique importante à la composition, tension renforcée par la pudeur de la scène qui est suggérée sans être crûment montrée. Si cette représentation donne une indéniable dimension tragique à l'action, la charge pathétique est souvent bien plus importante dans la plupart des autres illustrations du suicide d'Ajax : on le voit la plupart du temps déjà planté sur son épée, comme sur le décor d'un cratère en calice étrurien à figures rouges, peint vers 400–350 av. J.-C. et conservé au British Museum.

La composition[modifier | modifier le code]

Exécias essaie de couvrir la totalité de la surface du pot avec une décoration aussi dense que possible. Chacun des scénarios est en outre soigneusement encadré, comme si l'artiste suivait un principe d'ordre cosmique. Le tableau principal est complété par des scènes annexes. Les espaces entre les différentes scènes sont comblés par divers motifs, rangées de rosettes, flèches, spirales et bandes pleines. Parfois, le tableau principal est simplement entouré de noir, ce qui le fait ainsi comme jaillir soudain de l'obscurité. C'est une technique propre à Exécias que d'utiliser la forme du récipient et ses saillies comme des surfaces qu'épousent les lignes et les formes de la peinture. Si l'on observe de face le tableau, l'œil est attiré par un centre d'attraction principal : le plateau de jeu, le visage de Penthésilée, la robe étoilée de Dionysos, l'épée plantée dans le sol. Sur la surface arrondie du vase, ce point est le plus proche de l'œil et visible immédiatement. Toutes les autres lignes essentielles sont ou bien concentriques de ce centre thématique ou y ramènent ainsi que les rayons d'une roue : les lances des guerriers, les dos arrondis de leurs formes voûtées, les voiles gonflées de vent du navire et sa quille courbe, le cercle des dauphins, etc.

Le souci du détail[modifier | modifier le code]

Un second trait caractéristique d'Exécias est de remplir entièrement les contours de ses silhouettes avec des lignes soigneusement incises, montrant tout une minutie de détails, surtout dans les vêtements et les armures de ses personnages. C'est le seul peintre sur vase grec à procéder de la sorte. Les détails du vêtement reprennent, à plus petite échelle, les thèmes rencontrés sur le vase dans son entier. On ne peut que s'étonner, par exemple, des fioritures sur la tête et les épaules d'Ajax s'apprêtant au suicide. L'objet n'est qu'un pot de terre certes, mais Exécias le traite avec le même soin que s'il s'agissait d'un vase d'or incrusté de niellures.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John Boardman (trad. Anne Duprat), Les Vases athéniens à figures noires (Athenian Black Figure Vases), Thames & Hudson, coll. « L'Univers de l'art », Paris, 1996 (1re édition 1974, révisée en 1991) (ISBN 2-87811-103-6), p. 201-202.
  • (de) Werner Technau, Exekias, Leipzig, 1936

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Martin Robertson, La Peinture grecque, Skira, 1959, p. 62-63.
  2. John Boardman, Athenian Black Figure Vases, 1974.
  3. Martin Robertson, La peinture grecque, Skira, 1959, p. 72.

Liens externes[modifier | modifier le code]