Enfer (bibliothèque)

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Le mot Enfer renvoie, par métonymie, aux rayons d'une bibliothèque, d'accès restreint et regroupant pour l'essentiel des ouvrages jugés licencieux ou « contraires aux bonnes mœurs » (selon les époques : érotique, pornographique, choquant, obscène, etc.)[1].

De nos jours, l'Enfer est une figure de style : sur le plan administratif, les livres conservés en bibliothèque ont pour fonction d'être, avant tout, mis à la disposition des publics. La restriction repose alors sur l'âge légal de la majorité et oppose bien souvent "public adulte averti" et "jeune public".

Origines de l'expression[modifier | modifier le code]

Créé au début du XIXe siècle (qui est l'âge d'or de l'Enfer), il s'agissait au départ d'une simple pièce dans laquelle on enfermait ou cadenassait toutes les œuvres (livres, estampes, médailles, etc.) ou objets le plus souvent à caractère érotique et qui étaient interdits au grand public mais accessibles uniquement sur recommandation. Un tel espace existait à la Bibliothèque nationale et fut d’ailleurs exploré par des écrivains comme Charles Nodier, puis Guillaume Apollinaire et, plus proche de nous, Pascal Pia. Au musée archéologique de Naples, il existe encore de nos jours un Inferno, pièce rassemblant des collections à caractère érotique, mais à présent ouverte aux publics avertis.

On peut supposer que la conception de ces pièces réservées se fit vraisemblablement au sein des grands monastères du Moyen Âge à une époque où le christianisme, et ce dès 1275[2], fit peser une autorité considérable sur les lieux d'étude, présupposant l'hérésie ou le blasphème. La mise à l'index de tels objets par une autorité religieuse supérieure devint officielle au moment de l'Inquisition (vers 1475) qui fut suivie par la création de l'Index librorum prohibitorum (1564). Il est intéressant de noter que si bon nombre d'ouvrages ou d'objets furent détruits, il en fut mis de côté et par le fait, ils arrivèrent jusqu'à nous.

Avec la Renaissance, les princes et les grands bourgeois constituent leur cabinet de curiosité qui rassemble dans un esprit de collection teinté d'humanisme, des objets parfois hétéroclites. Peut-être en référence à cet esprit de curiosité, l'appellation curiosa vint qualifier plus tard « ces ouvrages dont on ne dit pas le nom et qui contiennent des écrits et des images jugés obscènes »[3] et que l'on retrouvait proposés sous cette appellation dans des catalogues de libraires dès la fin du XVIIIe siècle.

Le XIXe siècle commença par une reprise en main par les institutions de la Librairie : Bonaparte, dès 1800, est en quelque sorte l'inventeur de l'Enfer français, quand il met sous contrôle l'ensemble des publications, sévissant alors tant sur le plan de la Morale (après la débauche révolutionnaire) que sur celui du politique. En 1857, la British Library institue le Private Case qui regroupa des milliers d'ouvrages. En Allemagne, la notion d'Enfer correspond depuis 1835 au Remota, c'est-à-dire au retrait, à la soustraction de l'objet de la vue du public, avec une connotation parfois politique et raciste, comme ce sera le cas sous le IIIe Reich.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

À l'heure actuelle, les Enfers bibliothécaires sont plutôt des purgatoires informels (la question reste : où ranger tel ou tel livre ?), n'ayant d'enfer que la cote dont les livres indexés dépendent et auquel correspond parfois un espace de rangement où ils sont regroupés, mais la plupart, à cause de leur rareté sont remisés dans une réserve dédiée aux livres rares et précieux. Certaines bibliothèques (notamment municipales) possèdent des espaces "réservés aux adultes ou aux publics avertis", mais plus personne ne qualifie vraiment ces endroits « d'enfer ». Par ailleurs, les objets, bien souvent, vont et viennent dans des expositions ouvertes à tous, sans compter leur numérisation qui permet de les visionner en ligne.

Aujourd'hui, en Occident, et dans la plupart des pays développés, l'Enfer, qui constitue une forme de censure en bibliothèque, n'est plus de mise, sauf à certains niveaux de législature locale (ville, institution privée) : il existe un nombre infiniment réduit d'ouvrages totalement interdits de consultation, et ce, pour des raisons de conservation.

Exemples d'anciens Enfers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denis Gombert in Dictionnaire de la Pornographie, PUF, 2005, pp. 233-235 ; pp. 162-163.
  2. Gombert (2005), p. 162.
  3. "Interdits" et "Littérature" in Dictionnaire de la Pornographie, PUF, 2005, pp. 233-235 ; pp. 264-268.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Stora-Lamarre, L'Enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes, 1881-1914, Paris, Imago, 1989, IV-248 p. (ISBN 2-902702-57-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]