Pascal Pia

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Pascal Pia
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Pascal Pia, de son vrai nom Pierre Durand, né à Paris le et mort à Paris le , est un écrivain, journaliste et érudit français. Nul ne connaît l'origine de ce pseudonyme. Il en utilisa d'autres : Avinin Mireur, Léger Alype, Pascal Rosé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ce que nous savons de son enfance est relaté par l'écrivain néerlandais Edgar du Perron. Après la mort de son père, tombé en Champagne en 1915, il semble que Pierre Durand ait quitté le domicile maternel, muni d'un certificat d'études, pour se réfugier dans le Midi auprès de son grand-père maternel. Revenu à Paris, il vit dans des hôtels, autour de Montmartre, assure l'implantation parisienne d'une revue anversoise, Ça ira, et travaille dans une compagnie d'assurances, mais aussi chez l'éditeur Albin Michel. Mais c'est surtout avec son ami René Bonnel qu'il se lance en 1925 dans l'édition clandestine d'ouvrages érotiques. C'est ainsi qu'en 1928 il réalise par exemple les maquettes pour l'édition de Histoire de l'œil de Lord Auch (attribué à Georges Bataille), illustré anonymement par André Masson. Il écrit aussi des poèmes, qu'il attribue faussement à Apollinaire, à Baudelaire et à Radiguet. Son pastiche de Baudelaire, À une courtisane (1925), a abusé la maison Gallimard, qui le fit paraître dans le premier volume consacré au poète dans la collection « La Pléiade ». Il renouvelle son talent de faussaire en faisant publier avec son ami Bonnel de prétendus inédits d'Apollinaire, comme Cortège priapique (1925) et Le Verger des amours (1927), orné de six pointes-sèches de Foujita[1].

En 1938, il est directeur d'Alger Républicain, où Albert Camus, qui lui dédiera Le Mythe de Sisyphe, fit ses débuts dans le journalisme.

À la mi-1943, il adhère au mouvement Combat sous le pseudonyme Pontault pour devenir le rédacteur en chef du journal clandestin. À la Libération, il devient l'éminence grise du quotidien Combat, derrière son brillant animateur Albert Camus. Il a dit alors : « Nous allons tenter de faire un journal raisonnable. Et comme le monde est absurde, il va échouer. » Son amitié avec Camus prend fin lorsque celui-ci quitte le journal en juin 1947. Mais il est possible aussi que Pia ait rompu avec Camus, à la suite de propos de celui-ci, qui lui auraient été rapportés. Pia fut aussi un proche d'André Malraux, rencontré en 1920 et qui lui dédiera son Saturne, essai sur Goya (Gallimard, 1950).

Le 19 mai 1949, Pascal Pia présenta La Chasse spirituelle, censé être un manuscrit inédit très recherché d'Arthur Rimbaud, texte que Verlaine prétend avoir oublié chez sa femme au moment de leur escapade en Belgique. Le journal Combat publia des extraits du recueil. La Chasse spirituelle fut publié la même année au Mercure de France. Mais André Breton dénonça rapidement l’imposture, et les comédiens Akakia-Viala et Nicolas Bataille reconnurent être les auteurs de ce faux.

En 1953 il devient Satrape du Collège de Pataphysique. Au début des années 1950 Pia crée la collection « Les Fermiers Généraux » qu'il doit revendre en catastrophe aux Éditions du Cap.

Ses feuilletons littéraires publiés dans Carrefour ont été suivis par toute une génération de lecteurs. Réunis en deux volumes publiés chez Fayard, complétés plus tard par un autre recueil paru aux éditions du Lérot, ils forment une excellente introduction à la littérature publiée entre 1954 et 1977. Simultanément, Pia signe aussi des chroniques dans La Quinzaine littéraire et dans Le Magazine littéraire. Parallèlement à cette activité de chroniqueur, Pascal Pia se mue en une agence de renseignements littéraires dont bien des chercheurs, bibliographes ou universitaires auront profité. C'est ainsi qu'en 1978 il publie en deux volumes une somme, qui fait toujours référence, sur les livres de l'enfer (partie des rayons de la Bibliothèque nationale de France où sont rangés les ouvrages réputés contraires aux bonnes mœurs), compilation de centaines de notices sur des ouvrages licencieux, dont certains sont absents de la Bibliothèque nationale : Les Livres de l'Enfer. Bibliographie critique des ouvrages érotiques dans leurs différentes éditions du XVIe siècle à nos jours.

Pia était l'homme le plus fermement nihiliste et le plus « calmement désespéré », qui aurait mis la littérature au-dessus de tout s'il n'avait pensé qu'il y avait quelque chose au-dessus de l'écriture : le silence. À la fin de sa vie, refusant qu'on parle de lui, interdisant que l'on écrive sur lui après sa mort, il revendique le « droit au néant ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Complément au Bouquet d'orties, poésies de Pascal Pia dérobées à l'auteur et ornées d'une pointe-sèche gravée par Pierre L'Espagnol, Bruxelles, Librairie particulière, 1924.
  • La Muse en rut et autres poèmes, 1928 ; réédition Paris, Locus Solus, 1999.
  • Manolo, Paris, Gallimard, collection « Sculpteurs nouveaux », 1930.
  • André Masson, Paris, Gallimard, collection « Sculpteurs nouveaux », 1930.
  • La Vie de famille (sous le pseudonyme de Pascal Rosé), Paris, Gallimard, 1935.
  • Baudelaire par lui-même, Paris, Seuil, Collections Microcosme « Écrivains de toujours », 1952.
  • Apollinaire par lui-même, Paris, Seuil, Collections Microcosme « Écrivains de toujours », 1954.
  • Romanciers, poètes et essayistes du XIXe siècle, Paris, Maurice Nadeau, 1971.
  • Dictionnaire des œuvres érotiques (préface), Mercure de France, 1971 ; rééd. Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 2001.
  • Les Livres de l'enfer, bibliographie critique des ouvrages érotiques dans leurs différentes éditions du XVIe siècle à nos jours, Paris, Courlet et Faure, 2 volumes, 1978 ; réédition en 1 volume, Paris, Fayard, 1998.
  • Poèmes et textes retrouvés, Paris, Maurice Nadeau, 1982.
  • Feuilletons littéraires I : 1955-1964, Paris, Fayard, 1999.
  • Feuilletons littéraires II : 1965-1977, Paris, Fayard, 2000.
  • Correspondance avec Albert Camus, Paris, Fayard-Gallimard, 2000.
  • Au temps du Disque vert, lettres à Franz Hellens (1922-1934), textes réunis et présentés par René Fayt, Paris, IMEC, collection « Pièces d'archives », 2006.
  • Psalmanaazaar, le menteur de Formose et autres textes, Saint-André de Najac, Patrick Fréchet, 2007.
  • Céline en liberté. Chroniques publiées dans “Carrefour”, Tusson, éditions du Lérot, 2011 (dix chroniques sur Louis-Ferdinand Céline écrites entre 1955 et 1977).
  • Chroniques littéraires (1954-1977), Tusson, éditions du Lérot, 2012.

Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Bouquet poétique des médecins, chirurgiens, dentistes et apothicaires, collection de l'Écritoire, 1933.
  • Arthur Rimbaud, La Chasse spirituelle (apocryphe), Mercure de France, 1949.
  • Guillaume Apollinaire, L'Hérésiarque et compagnie, Club français du livre, 1954.
  • Beaumarchais, Théâtre complet, Club français du livre, 1956.
  • Henri Calet, Contre l'oubli, Grasset, 1956.
  • Jules Laforgue, Poésies complètes, collection « Le Livre de Poche », Librairie générale française, 1970.

Sur Pascal Pia[modifier | modifier le code]

  • Edgar du Perron, Le Pays d'origine, Gallimard, 1980.
  • Collectif, Pascal Pia, Maurice Nadeau, 1981.
  • Roger Grenier, Pascal Pia ou le droit au néant, collection « L'un et l'autre », Gallimard, 1989.
  • Maurice Nadeau, Grâces leur soient rendues, Albin Michel, 1990 (ouvrage partiellement consacré à Pia).
  • Dossier Pascal Pia, in Histoires littéraires, n° 35, éditions du Lérot, juillet-août-septembre 2008.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Françoise Quignard commente : « À lire les pièces écrites et réunies dans ce Verger des amours, on reste, si l'on songe à la date de rédaction, confondu par la connaissance d'Apollinaire dont Pascal Pia fait preuve, de son œuvre en vers ou en prose (et jusqu'à des travaux journalistiques obscurs) comme de sa vie », « René Bonnel éditeur clandestin », L'Enfer de la Bibliothèque. Éros au secret, sous la dir. de Marie-Françoise Quignard et Raymond-Josué Seckel, Bibliothèque nationale de France, 2007, p. 358.

Liens externes[modifier | modifier le code]