Siège de Candie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Siège de Candie
Description de cette image, également commentée ci-après
Représentation de Candie assiégée vers 1667.
Informations générales
Date 1648 – 1669
Lieu Héraklion (Crète)
Issue Victoire de l'Empire ottoman
Changements territoriaux Occupation ottomane de la Crète
Belligérants
Fictitious Ottoman flag 4.svg Empire ottoman Drapeau de la République de Venise République de Venise
Royaume de France Royaume de France
Drapeau des chevaliers hospitaliers Hospitaliers
Commandants
Fictitious Ottoman flag 4.svg Fazıl Ahmet Köprülü Flag of Most Serene Republic of Venice.svg Francesco Morosini

Guerre de Candie

Batailles

26 mai 1646 (en) · Candie · Focchies · 10 juillet 1651 (en) · Dardanelles (1er) (en) · Dardanelles(2e) (en) · Dardanelles (3e) (en) · 3 mai 1657 (en) · 18 mai 1657 (en) · Dardanelles (4e) · 27 août 1661 (en) · 29 septembre 1662 (en) · Porto Delphino

Cette boîte : voir • disc. • mod.
Coordonnées 35° 20′ nord, 25° 08′ est

Géolocalisation sur la carte : Méditerranée

(Voir situation sur carte : Méditerranée)
Siège de Candie

Géolocalisation sur la carte : Crète

(Voir situation sur carte : Crète)
Siège de Candie

Le siège de Candie est un épisode de la conquête de la Crète par les Ottomans. Il oppose les Vénitiens, alors maîtres de l'île, à l'Empire ottoman de 1648 à 1669. Long de vingt et un ans, le siège de Candie est considéré comme le plus long de l'histoire.

Le contexte de l'expansion ottomane en Méditerranée orientale[modifier | modifier le code]

Aux XVe et XVIe siècles, l'Empire ottoman poursuit son expansion dans la mer Égée. Rhodes tombe en 1522. En 1537, Venise perd ses possessions de Morée, Nauplie et Malvoisie. Chios tombe en 1556[1], en 1570, les Turcs débarquent à Chypre que le Pape Pie V tente de sauver, en vain. Néanmoins, cette défaite aboutira à l'instauration de la Sainte-Alliance. Les forces de la chrétienté catholique romaine s'uniront pour gagner la bataille de Lépante qui donnera un coup d'arrêt à l’expansion ottomane pour plusieurs décennies.

À la suite de l'attaque le à quelques lieues de Rhodes, par six galères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous commandement du Sieur Gabriel De bois-Brodant, amiral des galères, du convoi ottoman de dix navires sous le commandement de Zemis Aga, dont trois furent pris d'assaut mais seulement deux capturés (le galion de 1 200 tonneaux de la Sultane et une galère flottant entre deux eaux, en raison de grands dégâts à la coque et de son lourd et précieux chargement) ralliant Alexandrie à Constantinople, rapatriant entre autres butins, une partie du harem du sultan Ibrahim Ier, son héritier et la mère de ce dernier (morte quelque temps plus tard, des conséquences des mauvais traitements infligés par ses geôliers), de retour de leur pèlerinage à La Mecque. L'héritier, jamais libéré, fut envoyé aux frères dominicains pour en faire un bon chrétien[réf. nécessaire].

Le Sultan tient les Vénitiens pour responsables, en particulier parce que la ville de Candie abrite les chevaliers de Malte. Entre 1645 et 1648, l'ensemble de la Crète tombe sous domination ottomane, à l'exception de quelques places dont Gramvoussa, Spinalonga, Souda et Candie, l'actuelle Héraklion[2],[3]

Plus de vingt ans de siège[modifier | modifier le code]

Un assaut turc contre la ville durant les longues années de siège.

Le siège de Candie débute en mai 1648. Emmenés par Deli Hussein[4], les Turcs installent leur camp 7 km à l'ouest de Candie[5]. Les premiers assauts ont lieu le et sont repoussés par les Vénitiens. Candie était jusqu'à présent alimentée en eau depuis les sources d'Aghia Irini par un aqueduc : les Turcs détruisent cet aqueduc et assiègent totalement la ville, coupant la route aux Vénitiens vers l'intérieur des terres. Seule la voie maritime leur reste ouverte[5].

Au cours des six premiers mois de siège, les Turcs perdent 20 000 hommes[6]. Cependant, jusqu'en 1666, le siège de Candie semble au point mort. En guerre dans les Balkans, l'Empire ottoman n'est pas en mesure d'apporter davantage d'aide aux assiégeants de Candie[7]. Dans le même temps, l'affaire commence à prendre une dimension européenne. Venise insiste auprès des grandes puissances européennes pour qu'elles interviennent dans le conflit. L'Espagne fournit du blé et donne 154 000 realia et 8 navires de guerre. En 1660, Mazarin envoie le prince Almerico d'Este (it) et 4 000 hommes afin de reprendre La Canée ; une expédition qui tourne court et qui voit la destruction des villages crétois ayant soutenu les forces françaises. Une épidémie de peste aggrave un peu plus la situation et entraîne la mort du prince d'Este à Paros.

En août 1664, la Paix de Vasvár soulage la Porte du front des Balkans et elle peut désormais venir en aide aux troupes de Crète[8]. Le vainqueur des Allemands et des Autrichiens à Neuhaüsel (de), le grand vizir Fazıl Ahmet Köprülü, prend la tête des opérations le [9]. Une nouvelle force vénitienne doit aussi être envoyée en Crète, sous le commandement d'un général français, le marquis de Ville. Sa présence n'apporte pas de réels changements, Venise envoie par la suite Francesco Morosini[10], provéditeur et futur doge. Au cours des 3 dernières années de siège, les toutes dernières technologies de l'époque sont mises à l'essai dans les deux camps.

Au , 64 galères transportant 40 000 Turcs du Péloponnèse débarquent en Crète[11],[12]. La ville est alors bombardée quotidiennement. Au cours du siège, la désertion est largement encouragée par les Turcs. Köprülü aurait dépensé 700 000 pièces d'or à cette tâche. En , le colonel Andreas Barotsis déserte et passe du côté turc, leur indiquant les points faibles des fortifications de Candie. C'est probablement l'événement décisif du siège[13].

Des troupes continuent d'affluer en provenance de toute l'Europe : 600 Français le , décimés lors d'un unique assaut contre les Ottomans le , 2 000 soldats du Saint-Empire romain germanique, 4 000 hommes du duc de Hanovre, 200 du grand maître de l'ordre Teutonique, 900 Italiens sont envoyés par Venise, 2 500 le puis 1 300 Strasbourgeois et Bavarois. Malgré ce flux régulier de renforts, la mésentente entre les commandants occidentaux empêche une réelle amélioration de la situation.

L'intervention française (1669)[modifier | modifier le code]

Vue du siège de Candie en 1669 au moment de l'intervention française avec l'escadre du duc de Beaufort.

Pour la France, l'expédition de Candie est un prélude à la guerre de Hollande qui commence en 1672, l'une des premières grandes opérations militaires de Louis XIV, qualifiée de « croisade » par les historiens Ozkan Bardakçi et François Pugnière, car il s'agit de défendre Venise, alors la principale alliée de la Papauté, face aux Turcs. Le but principal de l'expédition française est selon les historiens d'obtenir une place plus importante des Français, déjà bien placé au Vatican, une part plus importante et plus influente au conclave de Rome[14].

Sollicité par les milieux catholiques, Louis XIV et son nouveau secrétaire d'État à la Marine Colbert envoient une expédition de grande ampleur de 6 000 hommes et 42 navires[15], en deux temps, sous la bannière du pape Clément IX, pour dissimuler son double jeu à ses alliés ottomans. Au nombre des régiments de l'expédition française figure le régiment de Vendôme, commandé par son lieutenant-colonel, François de Rose, marquis de Provenchère.

Le , 6 000 Français avec 31 navires débarquent, commandés par le prince François de Vendôme, duc de Beaufort[16]. La première sortie a lieu le  ; après un succès initial, les Français sont repoussés par la contre-attaque ottomane et subissent un désastre, avec la perte de 800 hommes et la mort du duc de Beaufort.

Le second contingent arrive le . Une nouvelle sortie a lieu le , appuyée par un intense bombardement, mais est un nouvel échec. Un navire français explose par accident, causant des pertes et des dégâts à la flotte.

Ces revers enveniment les relations entre les Vénitiens et les Français, dont les troupes sont décimées par les combats et les épidémies.

Le , la flotte française et les alliés lèvent donc l'ancre pour le retour. L'expédition a coûté plusieurs dizaines de bateaux à la marine française[17].

Prise de la ville[modifier | modifier le code]

Le départ des troupes françaises ( au ) précipite la tenue de négociations entre Morosini et les Turcs en vue de la reddition de la ville[18]. Les négociations débutent à la fin du mois d'août et durent une vingtaine de jours, jusqu'au . Les hostilités cessent alors immédiatement, et les Vénitiens ont douze jours pour évacuer la ville[19]. Le traité autorise la population chrétienne à quitter la ville avec tout ce qu'elle peut emmener[19]. Ainsi, le , la ville est presque vidée de sa population. Une partie de la population s'est réfugiée sur l'îlot de Dia, à proximité de Candie, avant de s'embarquer vers d'autres îles de la mer Ionienne ou de l'Égée[20].

Le coût humain du siège est important. Les sources turques font état de 137 116 Turcs tués dont 25 000 janissaires et 15 pachas, mais désormais, la présence vénitienne en Crète se limite à trois ports : Gramvoussa, Souda et Spinalonga[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tulard 1979, p. 106.
  2. François Savinien d’Alquié et Giovanni Battista Rostagno, Histoire curieuse du siège de Candie, comprenant tout ce qui s'est passé, p. 12-20.
  3. Daru 1821, t. VI, p. 44-45.
  4. Greene 2002, p. 18.
  5. a et b Detorakis 1994, p. 237.
  6. Daru 1821, t. V, p. 46.
  7. Detorakis 1994, p. 238.
  8. Daru 1821, t. V, p. 84.
  9. Detorakis 1994, p. 239.
  10. Daru 1821, t. V, p. 87.
  11. Detorakis 1994, p. 240.
  12. Pour Tulard 1979, p. 108, Köprülü dispose alors de 80 000 hommes.
  13. Detorakis 1994, p. 241.
  14. Jean Bart et Louis XIV : drames maritimes du XVIIe siècle, par Eugène Sue et Jean Adolphe Beauce.
  15. https://www.jstor.org/pss/20523764.
  16. Pierre Daru, Histoire de la République de Venise 1853 p. 214.
  17. Revue des deux mondes sur Google Livres p. 488.
  18. Daru 1821, t. V, p. 118-121.
  19. a et b Daru 1821, t. V, p. 122.
  20. Detorakis 1994, p. 243.
  21. Daru 1821, t. V, p. 123.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Molly Greene, Shared World : Christians and Muslims in the Early Modern Mediterranean, Princeton University Press, , 228 p. (ISBN 9780691095424, lire en ligne).
  • Jean Tulard, Histoire de la Crète, Presses Universitaires de France, (ISBN 2-13-036274-5).
  • (en) Theocharis E. Detorakis, History of Crete, Héraklion, (ISBN 960-220-712-4). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Daru, Histoire de la République de Venise, F. Didot Frères, .
  • Histoire des trois derniers empereurs des Turcs depuis 1623 jusqu'à 1677, t. 3 ; traduit de l'anglais par Ricaut ; Paris, 1683.
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'Histoire, Marines Éditions, , 620 p. (ISBN 9782357430778). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]