Commanderie de Coulommiers

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Commanderie de Coulommiers
Image illustrative de l'article Commanderie de Coulommiers
Présentation
Fondation 1173
Reprise Royaume de France 1308
Ordre de Saint-Jean de Jérusalem 1312
Protection Logo monument historique Classé MH (1994)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Seine-et-Marne
Ville Coulommiers
Coordonnées 48° 49′ 26″ N 3° 05′ 40″ E / 48.823917, 3.094511 ()48° 49′ 26″ Nord 3° 05′ 40″ Est / 48.823917, 3.094511 ()  

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Commanderie de Coulommiers

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La commanderie de Coulommiers, usuellement appelée localement Commanderie des Templiers, est une commanderie templière située à Coulommiers, dans le département de la Seine-et-Marne en région Île-de-France, à environ 20 kilomètres au sud-est de Meaux et 60 kilomètres à l'est de Paris. Elle se trouve en ville haute, dans le quartier dit « des Templiers » situé dans le nord de la ville.

État[modifier | modifier le code]

La commanderie de Coulommiers est la dernière complète pour la France au nord de la Loire. Elle a été sauvée de justesse de la démolition en 1966 par une association locale appelée « les Amis du Musée du Papier », présidée par le maire de l'époque, Bertrand Flornoy, puis par Jean Schelstraete, ingénieur agronome habitant à Coulommiers. La commanderie est ainsi restaurée depuis quarante ans par des bénévoles lors de chantiers internationaux, dans le cadre de l’Union REMPART. Son intérêt national et public lui a valu un classement comme Monument historique en 1994[1]. L'architecte en chef est Hervé Baptiste.


Historique[modifier | modifier le code]

Coulommiers - Gravure de Claude Chastillon - 1600

La commanderie fut fondée entre 1172 et 1173 sur des terres offertes par Henri, comte palatin de Troyes en Champagne. Elle est en effet mentionnée dans un acte de confirmation de donation du comte Henri écrit à une date comprise entre le 8 avril 1173 et le 23 mars 1174. Par contre cette maison du Temple n'est pas mentionnée dans les rôles des fiefs du comté de Champagne vers 1172[2]. La fondation a eu lieu entre ces dates.

Sa principale activité était la culture des céréales : froment, avoine. La vie au sein de la communauté de Coulommiers était secouée par des contentieux avec le comte Thibaud IV (comte de Champagne de 1201 à 1253). En effet, celui-ci s'inquiétait fortement de la montée en puissance de l'Ordre et notamment de sa richesse. Il en vint à adresser une requête au roi Louis IX afin d'interdire aux Templiers d'acheter des biens sans autorisation du comte. Ce qui fut accepté.

Détail de la gravure, montrant la commanderie surplombant la ville

Lors de l'arrestation des Templiers en octobre 1307, il n'y avait plus que quatre frères dans la commanderie. Parmi eux, Jacques le Verjus de Rebais-en-Brie, âgé de 70 ans, Lambert de Cormelles, âgé de 45 ans et le frère sergent Rémi qui était le précepteur. Elle fut confiée au prévôt de Coulommiers, Gillon Barillat, en 1308 par Philippe le Bel[3]. La commanderie fut finalement cédée aux Hospitaliers sur ordre du pape. Ils y entreprirent de nombreux travaux de rénovation au XVIe siècle.

À la Révolution française, elle fut vendue comme bien national à un fermier du nom de Pierre Josse. La chapelle fut désacralisée et transformée en grange à paille et à foin. La commanderie changea de nom et fut appelée la ferme de l'Hôpital. On s'aperçoit que le nom des Templiers disparaît et avec lui la connaissance de l'origine du lieu. Cette ferme fut en activité pendant 172 ans avant d'être achetée par la commune de Coulommiers qui fit bâtir ses terres à partir de 1964. Menacée de démolition, cette ancienne commanderie templière fut sauvée de justesse par une association locale qui entreprit bénévolement sa restauration

et la fondation d'un projet de réutilisation culturelle et pédagogique.

Commandeurs templiers[modifier | modifier le code]

Seuls les noms de quatre commandeurs templiers nous sont parvenus :


Nom du commandeur Dates
Raimbaud, chevalier XIIIe siècle
Arnould mort avant septembre 1268[4]
Robert le Frison vers 1267-1291
Rémi, sergent vers 1300-1307

Possessions[modifier | modifier le code]

De nombreux actes notariés attestent durant tout le XIIIe siècle des donations de terre, près, vignobles et bois faites aux Templiers de Coulommiers par des nobles de la région.

Ils acquièrent aussi les moulins d'Ouches, d'Aulnoy et de la porte du château de Coulommiers.

En 1308, le domaine comptaient 420 arpents de terre qui rapportaient 240 livres petit tournois. Cette surface correspond à 210 hectares actuels. Les Templiers de Coulommiers possédaient également la grange de Bibartaut située à sept kilomètres au nord ouest et qui devint une commanderie indépendante.

Organisation[modifier | modifier le code]

Coulommiers templiers plan-fr.jpg

Cette commanderie comprenait une chapelle, une salle capitulaire, un corps de logis, une grange et quelques autres bâtiments modifiés aux cours des siècles.

La chapelle[modifier | modifier le code]

Vue intérieure de la chapelle

La chapelle date du début du XIIIe siècle. Construite dans le style gothique, elle était placée sous le vocable de sainte Anne.

C'est un bâtiment de plan rectangulaire orienté vers l'est. Le mur du chevet est plat et percé de trois fenêtres en arc brisé. Les murs construits en moellons sont enduits à l'intérieur comme à l'extérieur. À l'intérieur, il persiste des faux joints peints au lait de chaux qui donnent l'impression que le mur est en pierre de taille. Des peintures templières sont encore visibles au chevet et autour de la clé de voûte du chœur. Elles sont blanches (lait de chaux) ornées d'un trait ocre. Il y a un Saint-Georges terrassant le Dragon, une scène de l'Annonciation, un Christ en Gloire, et quatre anges. Dix chapiteaux sculptés soutiennent les arcs de la voûtes. Six représentent des motifs végétaux, quatre figurent des têtes humaines. La voûte culmine à onze mètres de hauteur.

Au-dessus de la voûte, fait exceptionnellement rare, se trouve encore la charpente d'origine de construction soit du début du XIIIe siècle. C'est une charpente en chêne à chevrons formant ferme. Il a existé au XVIe siècle un clocher en bois qui fut démonté à la Révolution. Le toit est couvert avec de grandes tuiles plates qui étaient à l’origine vernissées de couleur verte. Le sol actuellement en terre battue était recouvert d'un carrelage en terre cuite vernissé de couleur verte. La chapelle possède toujours ses quatre portes : la porte des moines vers le logis au nord, la porte des morts vers le cimetière au sud, la porte principale vers la salle du chapitre à l'ouest au-dessus de laquelle se trouve la porte dite du commandeur donnant accès à l'étage du bâtiment du chapitre.

Le logis[modifier | modifier le code]

Vue extérieure du logis

Le logis est situé à l'est de la cour. C'est un vaste bâtiment constitué de trois niveaux : un rez-de-chaussée, un étage et des combles sous charpente. Il comprenait un cellier, une cuisine équipée d'une cheminée monumentale, un réfectoire au rez-de-chaussée, et probablement deux dortoirs à l'étage, séparé par une cloison. Deux tours octogonales d'escalier servaient d'accès dans les angles est. Le bâtiment templier a été remanié par les Hospitaliers dans la première moitié du XVe siècle, selon un compte-rendu de visite de 1456. Tout d'abord, le bâtiment a été amputé de sa partie nord (cellier, escalier et cuisine). Les portes et certaines fenêtres d’époque templière bouchées et reconstruites dans le style renaissant. Une tour d'escalier octogonale sur plan carré a été plaquée à la façade ouest, côté cour. Ce bâtiment contraste avec les autres en raison de ses maçonneries en rangs alternés de briques et de pierres. L'intérieur présente six pièces qui étaient toutes équipées de cheminées et séparées par des cloisons à pan de bois avec remplissage de briques. La charpente traditionnelle en chêne est constituée de vingt-et-une fermes de chevrons et d'un double sous-faîtage. Cette charpente dont les parties basses sont en mauvais état est en cours de restauration. Tout le bâtiment a nécessité des étaiements intérieurs comme extérieurs par la pose de tirants métalliques intérieurs et de contrefiche en bois sur la façade est. (données 2006)

La maison du chapitre[modifier | modifier le code]

Salle du chapitre

Ce bâtiment à un étage, prolonge la chapelle à l'ouest. Le colombier est ancré au milieu de la façade nord. La salle du chapitre de plan carré est couverte d'une voûte romane enduite au plâtre qui s'appuie sur quatre colonnes. Les deux colonnes est sont d'origine. Les enduits des murs ont disparu ainsi que le carrelage probablement vernissé vert. La salle était ouverte par deux portes barrées, l'une donnant vers la cour, l'autre vers la chapelle. L'absence de fenêtre ou de trace de fenêtre renforce le huis clos nécessaire au réunion des frères.

Il n'existe pas de texte décrivant l'agencement de cette salle au Moyen Âge et le mobilier templier ou hospitalier a totalement disparu. Les bancs actuels installés entre les colonnes (cf photo) sont les anciens bancs du chapitre de l'abbaye bénédictine de Jouarre situées à douze km au nord de Coulommiers.

L'étage du bâtiment est constitué d'une grande pièce. On y accède par l'escalier du colombier. Une première porte donne accès à la tour de la chapelle. Une deuxième porte donnait accès à la chapelle par un escalier aujourd'hui disparu. On peut supposer qu'il s'agissait de l'appartement du commandeur templier.

Le colombier[modifier | modifier le code]

Vue de la commanderie depuis la cour, le colombier est presque au centre de la photo.
Vue intérieure du colombier

L'actuel colombier a été construit par les Hospitaliers après 1640. Il servait à l'élevage de pigeons.

Il est situé au milieu de la façade nord de la maison du chapitre en saillie côté cour.

Il s'agit d'une tour cylindrique avec une corniche en plâtre, une toiture conique en tuiles plates posées sur une charpente à enrayure.

Ces maçonneries en moellons sont minces, environ 50 cm d'épaisseur. La tour servait à deux usages avec un escalier en bois en partie basse qui permettait d'accéder à l'étage de la maison, et le colombier en partie haute. Un plancher de séparation en chêne existait encore en 1970.

La partie supérieure comporte deux étages de nichoirs construits en chaux sur encorbellement de bois. Deux fenêtres permettaient le passage ou l'enfermement des pigeons. On compte 993 nichoirs qui correspondent à cinq cent hectares, surfaces estimées des terres de la commanderie avant la Révolution.

On ne sait rien du colombier que les Templiers devait posséder dans cette commanderie.

La grange aux dîmes[modifier | modifier le code]

Grange aux dîmes

Refermant la cour à l'ouest, cette grange d'origine templière était bâtie initialement à l'extérieur de la cour en face de la porte primitive de la commanderie. Il s'agissait d'un vaste grenier de 33 mètres de long qui permettait de remiser la récolte de céréales de l'année. Les maçonneries en pierre des champs sont renforcées aux pignons par cinq contreforts en grès. La moitié supérieure du bâtiment restait vide afin d'assurer l'aération nécessaire au stockage des grains. Très sombre, cette grange ne possédait à l’origine qu’une seule ouverture à l'est, vers la cour, c’est-à-dire une large porte à deux battants pour entrer les charrettes. Le sol primitif était en terre battue. La charpente traditionnelle en chêne est posée sur des dés en grès taillé. Elle a été reconstruite par les Hospitaliers au XVIe siècle. La toiture à deux pans, en tuiles plates était à l'origine en chaume comme tous les autres bâtiments, hormis la chapelle.

Les communs[modifier | modifier le code]

La cour, la grange aux dîmes et les communs

On compte quatre bâtiments annexes :

  • la porcherie ;
  • la petite grange et charretterie ;
  • écuries et étables : refermant la cour au nord, ce bâtiment a perdu tout son intérêt architectural en raison d'une rénovation faite par la municipalité de Coulommiers dans les années 1970.

Cave et souterrain[modifier | modifier le code]

Grande cave

La cave templière est constituée de deux salles construites en moellons maçonnées au mortier de chaux à gros grain. Son accès se fait par un escalier en marches de grès.

La première salle longitudinale est voûtée en berceau. La deuxième salle est carrée. En son centre, une grosse colonne soutient la voûte. Le chapiteau est décoré de quatre crochets d'angle en forme de boule. Dans le mur ouest, une cavité pourrait être l'entrée d'un souterrain, aujourd'hui désaffecté.

Il semble qu'un souterrain prolongeait la cave à l'ouest. Son entrée large de 1 mètre 55 a été écroulée et bouchée par les fermiers vers 1850 et ce pour des raisons de sécurité (absence d'oxygène). Ce souterrain servait d'accès discret et de sécurité pour les frères de la Commanderie. Il est probable qu'il débouchait à une centaine de mètres plus loin dans un champ ou un bois qui appartenait à la Commanderie.

Les abords[modifier | modifier le code]

L'environnement de la commanderie a été complètement transformé à partir de la seconde moitié du XXe siècle en raison d'une grande opération d'urbanisme. Un quartier moderne a été construit à partir de la fin des années 1960 : logements sociaux, hôpital, centrale géothermique, châteaux d'eau en béton de 45 mètres de hauteur surmontés depuis d'antennes de téléphonie, lycées et terrains de sports. Ces constructions se trouvent actuellement dans le périmètre de protection monument historique.

La commanderie était entourée d'un mur en moellons qui a été en partie détruit en 1984 par la municipalité de Coulommiers et partiellement reconstruit depuis. Ce mur couvert en tuiles délimite une surface d'environ deux hectares autour de la Commanderie. Il protège au sud un jardin d'inspiration médiévale, un verger et l'ancien cimetière. Deux puits ont été découverts. Celui du sud a été en partie restauré, l'autre situé à l'est devant le logis a été détruit et bouché.

Un étang qui servait aussi d'abreuvoir, se trouvait encore devant l'entrée de la commanderie au XIXe siècle. Il est aujourd'hui comblé. Deux chemins conduisaient à la commanderie. Un plan de 1747 indique l'emplacement de prés ou pâturages, de vignoble et d'une culture de chanvre.

Le jardin médiéval[modifier | modifier le code]

Vue des bâtiments depuis le jardin médiéval

Le jardin médiéval de la commanderie de Coulommiers a été créé en 1993 par l'association ATAGRIF sous la direction du paysagiste Joël Chatain. À l'emplacement d'un ancien jardin disparu, il s'étend sur 4 000 m2 et présente une collection de 250 plantes sauvages ou cultivées, connues au Moyen Âge.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages écrits
  • Alain Demurger, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2008 (1re éd. 2005), poche, 664 p. (ISBN 978-2-7578-1122-1), p. 164-165 & 170
  • (it) Gaetano Curzi, La pittura dei Templari, Silvana Editoriale,‎ 2002, 141 p. (ISBN 88-8215-429-7), p. 62,105,109,114
  • Hervé Baptiste, La Commanderie des Templiers de Coulommiers : vie et résurrection, Édition Lefèvre,‎ 2000, 299 p.
  • Georges Bordonove, La vie quotidienne des Templiers au XIIIe siècle, Hachette,‎ 2008 (réimpr. 1978, 83, 88, 90, 92), 7e éd. (1re éd. 1975), 246 p. (ISBN 978-2-0127-9483-2), p. 54
  • Ernest Dessaint, Histoire de Coulommiers, Édition Res Universis, 1989, fac-similé de l'édition restaurée de 1908
  • Julien Frizot, Sur les pas des Templiers en terre de France, Éditions Ouest-France, 2005
  • Jules Michelet, Le procès des Templiers, Éditions du comité des Travaux historiques et scientifiques, préface de Jean Favier, 2 tomes, 1987, (version originale en latin), (ISBN 2-7355-0152-3)
  • Jean Schelstraete, « Les compagnons de la Commanderie », Édition des Amis du Musée du Papier, 1974, 200 exemplaires.
  • Eugène Mannier, Ordre de Malte : Les commanderies du grand-prieuré de France d'après les documents inédits conservés aux Archives nationales à Paris, Aubry & Dumoulin,‎ 1872, 808 p. (lire en ligne)
Audiovisuel
  • « La commanderie de Coulommiers », reportage de Hélène Frandon, diffusé le 14 septembre 2005, dans l'émission des racines et des ailes, « "j'aime mon Patrimoine" ».
Ouvrages de fiction
  • L'héritière des Templiers : tome 3 - Les Apôtres du Nouveau Temple, Renaud Chantefable, édition du Rocher.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]