Forma Urbis

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Reconstitution d'une partie de la Forma Urbis Romae (Théâtre de Pompée)
Le mur du forum de la Paix où, autrefois, était appliquée la Forma Urbis

La Forma Urbis Romae ou Forma Urbis Severiana était une immense carte de la Rome antique en marbre, réalisée sous le règne de l'empereur Septime Sévère, entre 203 et 211, placée sur un mur intérieur du forum de la Paix. Sa reconstitution a été effectuée grâce, notamment, aux travaux de Rodolfo Lanciani.

Description[modifier | modifier le code]

Le mur en brique du portique du forum de la Paix qui portait la Forma Urbis a conservé la marque des trous de crampon qui fixaient les plaques. La Forma Urbis originale mesurait 18 m de long par 13 m de haut, et avait été taillée dans 151 plaques de marbre disposées en 11 rangées, alternativement en long et en large. Les fragments retrouvés à partir de 1562 ne représentent que le dixième environ de l'ensemble[1].

Réalisé à l'échelle 1/240 ou 1/250 (il n'y a pas consensus sur la question entre les chercheurs) et orienté avec le sud-est en haut[2], le plan recouvrait à peu de chose près l'ensemble de la ville à l'intérieur du pomœrium, l'enceinte sacrée de Rome, plusieurs fois agrandie par les empereurs. Il s'agit d'un plan au sol (c'est-à-dire plus proche d'un cadastre que de nos cartes actuelles en vue aérienne), qui représente absolument tous les éléments architecturaux de Rome, des insulae (immeubles d'habitation) aux grands monuments, en passant par les ateliers, les entrepôts, les temples. En revanche, aucun élément non architectural n'est représenté, que ce soit les éléments naturels (ainsi, le Tibre n'apparaît que par défaut, par absence de constructions) ou des éléments abstraits comme les limites des régions ou le pomerium.

Utilité[modifier | modifier le code]

La question de l'usage de ce plan fait toujours débat : on a longtemps cru que, situé dans le Temple de la Paix (bureau du préfet de la Ville), il avait un but administratif. Les recherches récentes ont infirmé cette hypothèse : le plan était trop difficilement consultable (sur un mur de 13 m de haut), immuable et sans données utiles pour l'administration. Il faut donc imaginer qu'il avait une fonction décorative, bien qu'il fût réalisé sans doute à partir de relevés topographiques à but cadastral ou administratif.

Le plan est progressivement détruit au cours du Moyen Âge, car son marbre est utilisé comme matériau de construction pour les bâtiments. C'est à la Renaissance qu'on en redécouvre des fragments. Depuis, on en retrouve fréquemment au cours des fouilles de la zone des fora impériaux de Rome. Il nous est ainsi parvenu environ 10 % de la surface originale du plan, dont la moitié est localisable, en 1 186 fragments.

Il s'agit d'une source majeure en histoire de la ville de Rome, la plus importante pour la reconstitution de la topographie de Rome[1], par exemple dans celle de monuments dont il ne reste plus aucune trace archéologique (le Temple du Divin Claude par exemple). Il fait aussi apparaître des édifices mentionnés par aucune autre source, comme l'Adonea. Il en dit long aussi sur la culture romaine. En effet, les résidences des plus pauvres sont représentées de la même façon, sans schématisation, sans contraction d'échelle, que les monuments les plus connus ou les demeures les plus cossues.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Filippo Coarelli, traduit de l’italien par Roger Hanoune, Guide archéologique de Rome, édition originale italienne 1980, Hachette, 1998, (ISBN 2012354289), p. 90
  2. Filippo Coarelli, ouvrage précité, p. 109

Sources[modifier | modifier le code]

La Forma Urbis a fait l'objet de nombreux travaux universitaires, dont les plus importants sont :

  • Heinrich Jordan, Forma Urbis Romae. Regionum XIIII (Berlin, 1874).
  • Carettoni, Gianfilippo ; Colini, Antonio ; Cozza, Lucos et Gatti, Guglielmo, eds. La pianta marmorea di Roma antica. Forma urbis Romae (Rome, 1960).
  • Rodriguez-Almeida, Emilio, Forma Urbis Romae. Aggiornamento generale (Rome, 1980).
  • Rodriguez-Almeida, Emilio, Formae urbis antiquae. Le mappe marmoree di Roma tra la repubblica e Settimio Severo (« Collection de l'École française de Rome », 305), Paris, De Boccard, 2003, 79 p., 9 pl., 3 dépliants.
  • Reynolds, David West, Forma Urbis Romae : The Severan marble Plan and the Urban form of ancient Rome (1996).
  • Tucci, Pier Luigi, « Tra il Quirinale e l’Acquedotto Vergine sulla pianta marmorea severiana : i frammenti 538 a-o », Analecta Romana Instituti Danici 23 (1996), p. 21-33.
  • Tucci, Pier Luigi, « Eight fragments of the Forma Urbis shedding new light on the Transtiberim », Papers of the British School at Rome 72 (2004), p. 185-202.
  • Tucci, Pier Luigi, « Ideology and technology in Rome’s water supply : castella, the toponym AQVEDVCTIVM, and supply to the Palatine and Caelian hill », Journal of Roman Archaeology 19, 2006, p. 94-120.
  • Ginette Vagenheim, « Pirro Ligorio et la découverte d'un plan ichnographique gravé sur marbre », Mélanges de l'École française de Rome, 103, 1991, p. 575-587.
  • Cozza, Lucos ; Tucci, Pier Luigi, « Navalia », Archeologia Classica 57 (2006), p. 175-202.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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