Champagne crayeuse

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Champagne crayeuse
Image illustrative de l'article Champagne crayeuse
La Champagne crayeuse

Pays France
Subdivision administrative Grand Est
Subdivision administrative Marne
Aube
Ardennes
Villes principales Reims et Troyes, chacune en limite
Siège du pays Châlons-en-Champagne
Régions naturelles
voisines
Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du nord :
- Au nord : Thiérache, Porcien et Ardenne
- À l'est et au sud-est : Argonne, Champagne humide (Perthois, Pays du Der, Briennois et Chaourçais)
- Au sud : Pays d'Othe
- À l'ouest : Sénonais, Nogentais, Brie, Tardenois, Soissonnais et Laonnois
Carte de la champagne crayeuse, avec les rendosols en vert et la limite du vignoble de Champagne en bordeaux.

La Champagne crayeuse (ou « sèche » ou bien dite « pouilleuse »)[1] est une macro-région naturelle relevant de la région administrative française Grand-Est, dont le substrat est essentiellement constitué de craie.

Géographie et paysages[modifier | modifier le code]

Cette région s’étend en arc de cercle entre la Thiérache au nord, le Pays d'Othe au sud, la Côte d'Île de France à l'ouest et la Champagne humide à l'est. C'est une vaste plaine, quelque peu ondulée voire vallonnée, dont les vallées sont très peu encaissées et dont l'altitude varie de 60 à 180 mètres[2].

Géologie et pédologie, utilisation des sols[modifier | modifier le code]

Géologiquement, cette macro-région naturelle relève de l’auréole sédimentaire du Crétacé supérieur du Bassin parisien, la roche mère est la craie. À la différence d'autres régions de craie du Bassin parisien (comme en Picardie, en Haute-Normandie ou dans l'Artois), la craie n'est que peu ou pas recouverte de lœss (limon) ou d'argile, elle affleure ainsi à la surface et forme directement la base des sols.

Les sols sont donc des rendzines sur craie, la couche de terre étant superficielle (maximum entre 30 et 40 cm) quand la craie n'affleure pas le sol, l'humus y a souvent disparu. Cette érosion de la surface des sols a commencé dès la déforestation pour l'agriculture au Néolithique[3]. C'est un phénomène naturel causé par l’absence de couche de limon (placage de lœss) ou d'argile, contrairement à beaucoup d'autres territoires calcaires du Bassin parisien (comme la Beauce par exemple, qui est recouverte d'une épaisse couche de lœss qui a fait sa richesse agricole ancienne). Le limon et l'argile auraient retenu la matière organique et les éléments nutritifs. Le calcaire riche en bases favorise une forte intensité de l'activité biologique dans le sol (micro-organismes et invertébrés de l'humus), l'humus se décompose ainsi très vite et ne s’accumule pas, et les éléments nutritifs sont rapidement lessivés par les infiltrations d'eau dans la craie.

La région était ainsi autrefois vouée aux pâturage ovin extensif pauvre et sec, avec une faible densité de population.

Au XIXe siècle la région fut convertie en une immense forêt artificielle de pin noir d'Autriche[4], une essence adaptée aux sols calcaires squelettiques, dans le cadre des grandes campagnes de boisement de la France sous Napoléon III (dans le même mouvement que pour la forêt des Landes et la Sologne par exemples, dont les sols sont cependant sableux acides et podzoliques: forte accumulation d'humus pauvre et acide se décomposant mal, et hydromorphes, soit le phénomène pédologique qui est l'extrême inverse de celui de la Champagne crayeuse). Mais cette forêt sur rendzine était peu productive. Bien qu'elle a un temps couvert la quasi totalité de la Champagne crayeuse et formé la deuxième plus grande forêt de France après les Landes de Gascogne, la forêt ne fut pas replantée par les sylviculteurs après les récoltes dans le milieu du XXe siècle, contrairement à la forêt des Landes de Gascogne qui a perduré. Seuls les vastes camps militaires, installés à l'époque où la région était entièrement boisée, constituent aujourd’hui des témoins de cette forêt de pin noir.

La région s'est alors reconvertie avec succès dans l'agriculture. À partir du milieu du XXe siècle c'est le développement de la mécanisation de l'agriculture permettant un meilleur travail du sol, ainsi que des moyens de transport modernes, qui ont permis des amendements à grande échelle par des apports notamment de fumier et d'argile, créant un sol agricole riche grandement favorisé par le mélange avec le calcaire (riche en éléments et en bases), transformant ainsi en peu de temps la champagne crayeuse en une des plus vaste et riche région de production agricole de France et d'Europe, qui rivalise aujourd’hui avec la Beauce.

Hydrographie[modifier | modifier le code]

« Champagne sèche » en raison de la porosité de ses sols, par opposition à la macro-région naturelle voisine aux sols plus perméable à l'est, la « Champagne humide », cet espace géographique est parcouru par quatre cours d'eau principaux qui sont du nord au sud :

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle était appelée autrefois « Champagne pouilleuse » qui vient probablement de l’adjectif pouilleux, miséreux, donc peu fertile, par métonymie de personne misérable, qui a des poux (anciennement püil, peoil, pouil, du latin peduculus, petit pou)[5] ou bien de la plante vivace, la Menthe pouliot très commune sur la plaine crayeuse laissée en jachère, appelée savarts. Ces espaces étaient le domaine du pâturage ovin et se tapissaient de rose en mai lors de la floraison des pouliots. C‘est une zone dépourvue de mares et zones humides à cause de la perméabilité des sols, pour cette raison peu favorable à l'agriculture et à l'élevage bovin mais qui permettait tout de même la céréaliculture (à faible rendement) et l'élevage ovin moins exigeant en prairies. Une expression locale disait : « 1 champenois et 99 moutons font 100 bêtes »[6].

Économie[modifier | modifier le code]

Jusqu'au milieu du XXe siècle, la région essentiellement agricole reste pauvre et dépeuplée. Son économie qui reposait autrefois sur l'activité pastorale et céréalière dont il ne reste plus guère de vestiges notamment dans les villages, avait été convertie au XIXe siècle vers la sylviculture du pin noir d'Autriche, les vastes camps militaires sont aujourd’hui les seuls vestiges de cette immense forêt artificielle de pin qui a pendant un temps couverte la Champagne crayeuse, les résultats de cette sylviculture furent économiquement peu probants. L'habitat dont les murs faits de torchis puis de carreaux de sable et les toitures de chaume n'ont pas résisté au temps, de même les fermes étaient moins cossues que dans la Brie ou la Beauce.

Mais aujourd’hui, elle est devenue l'une des plus grandes régions agricoles de France et d'Europe grâce à la mécanisation, l'utilisation des amendements et des engrais, produisant des céréales, oléagineux, protéagineux, légumineuses, cultures industrielles betterave à sucre, pommes de terre, chanvre, lin, etc. ces productions étant transformées par les industries agroalimentaires présentes sur tout le territoire.

Une autre de ses grandes richesses est que son sous-sol crayeux permet la culture de la vigne nécessaire à l'élaboration du vin de Champagne.

La région est donc devenue plus riche. Ce qui faisait sa faiblesse, un sol perméable naturellement pauvre voire stérile, est devenue sa force : le sol crayeux et léger s'est avéré un excellent support pour les modes culturaux de l’agriculture moderne. Toutefois, de par son histoire pédologique la région reste toujours aussi dépeuplée et est l'une des zones les plus désertes de ce que les géographes ont appelé la diagonale du vide.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Champagne-Ardenne » (consulté le 16 décembre 2014), article en ligne de l'encyclopédie Larousse mentionnant le nom.
  2. Champagne crayeuse, Atlas des paysages de Champagne-Ardenne, D.R.E.A.L., p. 33-43 (lire en ligne)
  3. DUBOIS Jean-Jacques, 1989, Espaces et milieux forestiers dans le Nord de la France. Étude de biogéographie historique. Thèse d’État, Université Paris -I Panthéon-Sorbonne, 2 vol., p. 335/1023 pages
  4. M. Bounieras, G. Arnal, C. Bock, Guide des groupements végétaux de la région parisienne, Belin, 2001
  5. Dictionnaire historique de la langue française, Robert, 1998, p. 2877
  6. « 99 Moutons et un Champenois font 100 Bêtes ! » (consulté le 16 décembre 2014), carte postale ancienne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]