Chaïm Nissim

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Chaïm Nissim
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 67 ans)
GenèveVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Formation
Activités
Autres informations
Parti politique
Membre de
NOÉ21 (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement

Chaïm Nissim (né le à Jérusalem (Israël)[1] et mort à Genève (Suisse) le [2]) est un militant écologiste, ingénieur et homme politique suisse, auteur en d'un attentat à la roquette sur le chantier du surgénérateur nucléaire français Superphénix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Chaïm Nissim est né à Jérusalem en 1949 dans une famille de banquiers[1].

Au milieu des années 1950, sa famille émigre à Genève. Nissim obtient un diplôme d'ingénieur en électronique et informatique à l'École polytechnique fédérale de Lausanne en 1973[1].

Chaïm Nissim est marié et a trois filles[3].

Militantisme anti-nucléaire[modifier | modifier le code]

Dès 1972, Chaïm Nissim milite à Genève contre le projet de centrale nucléaire de Verbois, sur la commune de Russin, en fondant avec d'autres personnalités le Comité de coordination contre Verbois nucléaire (CCVN) regroupant différentes associations locales[4].

Le , Chaïm Nissim est interpellé par la police française lors d'une des premières grandes manifestations contre Superphénix. En 1977, il participe à l'organisation de la manifestation à Creys-Malville en 1977. Il est à nouveau arrêté par la police française et expulsé de France le , le jour de la manifestation. Lors de son expulsion, un décret est signé lui interdisant de rentrer en France pendant dix ans[5]. Revenant sur cette période pour Temps présent en 1992, quand la centrale fait à nouveau la une, Chaïm Nissim témoigne avec ces mots : « C’était la guerre. Nous l'avons perdue »[6].

Pendant 10 ans, Nissim, convaincu que les surgénérateurs à neutrons rapides pouvaient exploser[7], s'est entraîné clandestinement à la guérilla et au sabotage à l'explosif[1].

Le , Nissim tire cinq roquettes sur la centrale nucléaire Superphénix alors encore en construction. Seules deux de ces roquettes touchent la structure et causent des dommages, mais elles manquent toutes le cœur du réacteur encore vide de combustible.

Le lance-roquette, un RPG-7, a été obtenu de la part de la Fraction armée rouge grâce à Carlos et aux Cellules communistes combattantes belges[8],[9].

Chaïm Nissim a déclaré :

« Je sais qu’il peut paraître bizarre de considérer les roquettes comme un moyen d’action non violent. Pourtant, nous avons pris toutes les précautions imaginables pour être bien sûrs qu’aucun ouvrier ne risquait d’être touché, nous avons donc commis un attentat non violent.[1] »

Le , Nissim a rendu publique sa responsabilité de l'attaque à la roquette commise en 1982[8] en publiant un livre sur le sujet et sur ses relations avec les groupes terroristes[1],[10],[11].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1985, Chaïm Nissim est élu au Grand Conseil du canton de Genève, sous les couleurs des Verts. Il siège de 1985 à 1989 puis de 1993 à 2000[3], soit trois législatures, puis démissionne en automne 2000 lors d'une séance où une autre députée verte, Fabienne Bugnon, lui rend hommage[1],[12],[13].

Nissim est membre de la Commission d’attribution des fonds pour le développement des énergies renouvelables et les économies d’énergie, depuis 2010. Il est longtemps membre du comité du Rassemblement pour une politique sociale du logement[3].

Actions contre le commerce des armes[modifier | modifier le code]

Chaïm Nissim a participé à un collectif dit « du Ramoneur ». Il raconte leurs actions dans son deuxième livre, consacré aux années 1990-2010[14]. Ce groupe de militants a eu pour objectif les études d’avocats ou autres bureaux pouvant receler des informations sur le trafic d'armes. Ils sont rentrés par effraction pour trouver et emporter des documents compromettants ; parfois les dossiers et prospectus se trouvaient simplement dans la rue, aux vieux papiers ! Les informations sensibles étaient réunies dans une lettre d’information confidentielle, Le Ramoneur. Une dizaine d’éditions ont été transmises aux journaux, par exemple au Courrier et au Bureau de recherche et d’investigation de Roger de Diesbach, qui ont ensuite publiés des articles destinés au grand public. Le collectif trouve et met sous écoute les bureaux secrets (dans une firme produisant des films pornographiques) du marchand d’armes Georges Starckmann, finalement expulsé par la Confédération au début des années 1990[15].

Noé21[modifier | modifier le code]

Nissim fonde en 2003 l'association Noé21 (en)[16],[17], un laboratoire d'idées à propos des politiques énergétiques. L'association milite pour la protection du climat par le désinvestissement dans les énergies fossiles, la dénonciation des crédits-carbones, l'opposition à l'expansion constante de l'aéroport de Genève[2].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Progressivement handicapé par la maladie de Parkinson, Chaïm Nissim parvient encore à rédiger et compléter progressivement deux documents qu’il nomme ses 2e et 3e livres, qui sont accessibles sur son site Internet. L’un est consacré à la période 1990-2010, durant laquelle il lutte contre les « marchands d’armes »[14]. L’autre questionne la morale, la violence et la non-violence, la croissance et la décroissance, et est dédié aux jeunes générations. Il y fait référence à Nelson Mandela et à l’ANC[18].

Chaïm Nissim décide de mourir le par l'aide au suicide[19],[20], laquelle est légale en Suisse.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Dans son « 2e livre », Chaïm écrit : « Décidément je n’ai pas de chance, homme riche israélien cultivé, j’ai tout pour dominer le monde, sauf l’envie ! La seule que j’essaye de dominer, de posséder, elle me sourit gentiment et me dit : «non mais tu t’es déjà regardé ? vieux lubrique quand cesseras-tu ? Tu me fais honte». Le ton est gentil, le sourire est sincère, mais clair : pour la possession tu rêves ! »[21]. Et sur la page d’accueil de son site : « Moi, j’aime bien mes ennemis. Les gens de l’Autre bord. Je n’aime pas les coupures. Les inimitiés »[22].

Quand Chaïm annonce sa démission du Grand Conseil en 1989 (pour quelques mois en Israël), la chroniqueuse du Journal de Genève Françoise Buffat exprime son attachement : « Versons une larme sur Chaïm Nissim : un peu trop naïf, un peu trop spontané, c’était une voix écologiste dans toute sa fraîcheur non politicienne »[23].

Marc Moulin de la Tribune de Genève décrit Chaïm et « son regard doux, son sourire lumineux, sa silhouette frêle, presque ascétique »[20].

Philippe Bach du Courrier raconte l’éviction par les Verts en 2003, puis la réintégration : « On ne pouvait jamais en vouloir longtemps à Chaïm. Ce dernier bénéficiait de ce qu'en allemand on appelle Narrenfreiheit, la liberté de parole et de pensée du fou. Il pouvait dire les pires horreurs, court-circuiter une action collective en étant trop bavard, tout lui était pardonné ». Puis il témoigne : « Nous n’aurons plus le plaisir de manger un plat du jour avec lui, un peu crispé sachant qu’il ne tarderait pas à lancer une question incongrue à la table d’à côté ou à tomber amoureux de la serveuse »[19].

Pour les Verts genevois, « Toute sa vie durant, il s'est engagé pour protéger le climat et contre les énergies fossiles et nucléaires, avec conviction et sincérité et l’envie sans cesse renouvelée de croire en la capacité de chacun à faire un pas dans la bonne direction »[24].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Chaïm Nissim, Les chemins de la liberté. Les marchands d’armes, , 104 p. (lire en ligne)
    « 2e livre », « 2e partie de ma vie clandestine » : 1990-2010, livre testament. Publié en ligne sur le site chaimnissim.ch. « Revu et modifié hiver 2016 », « Marchands » version 32. Une image sur le site montre une page de couverture avec le titre « Comment sauver le monde » et Chaïm en Superman.
  • Chaïm Nissim, Traité sur la violence et la morale, à l’usage des jeunes générations, , 27 p. (lire en ligne)
    « 3e livre ». Publié en ligne sur le site chaimnissim.ch. « Doutes », version 51.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Chaim Nissim, Biographie sur le blog de Chaïm Nissim
  2. a et b « Décès du militant genevois Chaïm Nissim », sur Le Matin (ISSN 1018-3736, consulté le 12 avril 2017)
  3. a b et c « Chaïm Nissim », Avis de décès, sur www.hommages.ch, (consulté le 19 avril 2017). Portrait, communiqué ATS, avis de décès de la famille, du Grand Conseil et d’autres groupes.
  4. « Genève contre Malville », sur www.akademia.ch (consulté le 13 avril 2017).
  5. Superphénix dans la presse quotidienne régionale - Mémoire de fin d’études soutenu par Caroline Revol, Institut d’Études Politiques de Lyon – septembre 2006.
  6. Dorothée Zarjevski, « Superphénix, l’histoire folle d’un monstre nucléaire », Le Nouveau Quotidien,‎ , p. 30 (lire en ligne).
  7. « les surgénérateurs comme Creys-Malville, qui, avec leurs neutrons rapides, peuvent faire explosion » [1].
  8. a et b Sylvain Besson, « Après vingt ans de silence, un ex-député avoue l'attaque à la roquette contre Creys-Malville », Le Temps,‎ (lire en ligne). Publié sur le site de Sortir du nucléaire. Repris sur web.archive.org.
  9. « An industry incapable of adapting to the post-9/11 world », global-chance.org.
  10. Nissim 2004.
  11. « RSVP: Chaïm Nissim, auteur de l'attentat contre Creys-Malville en 1982 », Mise au point, 11 mai 2003, TSR.
  12. « Grand Conseil de Genève - Députés », sur ge.ch (consulté le 13 avril 2017)
  13. « Grand Conseil de Genève - Mémorial », sur ge.ch (consulté le 13 avril 2017).
  14. a et b Nissim 2016.
  15. Philippe Bach, « Quand Chaïm Nissim cambriolait les bureaux des marchands d’armes », Le Courrier,‎ (lire en ligne).
  16. Site officiel de NOÉ21
  17. Membres actifs de l'association NOÉ21.
  18. Nissim 2016.
  19. a et b Philippe Bach, « Figure de la lutte antinucléaire, Chaïm Nissim s’en est allé », Le Courrier,‎ (lire en ligne).
  20. a et b Marc Moulin, « Chaïm Nissim, l’ultime bravade d’un jusqu’au-boutiste », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne).
  21. Nissim 2016, p. 22.
  22. Chaïm Nissim, « Je vous présente mon 2e livre: (3e version) », sur chaimnissim.ch, (consulté le 13 avril 2017).
  23. Françoise Buffat, « Démissions », Journal de Genève,‎ , p. 20 (lire en ligne).
  24. « Chaïm Nissim nous manquera », sur www.verts-ge.ch, (consulté le 13 avril 2017).

Liens externes[modifier | modifier le code]