Château de la Mothe-Chandeniers

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Château de la Mothe-Chandeniers
Image illustrative de l'article Château de la Mothe-Chandeniers
Début construction XIIIe siècle
Fin construction XIXe siècle
Propriétaire initial Famille de Bauçay
Propriétaire actuel SAS Château de la Mothe-Chandeniers
Site web http://www.mothe-chandeniers.com
Coordonnées 47° 05′ 32″ nord, 0° 01′ 57″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Vienne
Commune Les Trois-Moutiers

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Le château de la Mothe-Chandeniers est un château du Loudunais situé dans la commune des Trois-Moutiers, dans le nord du département de la Vienne.

En décembre 2017, la ruine devient la propriété de milliers de donateurs, après une campagne de financement participatif qui a largement dépassée les frontières de la France. Le site est dès lors géré par la SAS Château de la Mothe-Chandeniers.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Construit vraisemblablement vers le XIIIe siècle, l'édifice est d'abord appelé château de la Mothe de Bauçay (ou Baussay)[1]. Il était la propriété de la famille de Bauçay, l'une des plus anciennes familles de la région[2]. Au cours de la guerre de Cent Ans, les Anglais s'emparent plusieurs fois du château qui est à chaque fois repris par les armées françaises. Mécontent de la mauvaise défense du fort, Charles V confisque la seigneurie à Amaury de Bauçay et la donne en 1371 à Guillaume Le Cuens[3]. Le fief est finalement rendu à son fils, Jean de Bauçay[2]. Au XVe siècle, Marie de Bauçay apporte le château en dot à Guillaume de Chaunay, seigneur de Champdeniers[4]. Les seigneuries passent en 1448 à la famille de Rochechouart lorsque leur petite-fille, Anne de Chaunay, se marie à Jean[5], formant ainsi la branche des Rochechouart-Chandeniers. Dès lors, l'édifice est conjointement nommé La Mothe-Bauçay et La Mothe-Chandeniers jusqu'en 1624, date à laquelle il conserve définitivement la seconde dénomination[1].

Splendeurs et déboires[modifier | modifier le code]

Le domaine reste pendant plus de deux siècles dans la famille de Rochechouart, dont plusieurs membres naissent au château.

Ayant pris parti pour la Fronde, François de Rochechouart, vicomte de Rochechouart[note 1] est exilé de la cour en 1650[6]. Il s'installe au château de la Mothe-Chandeniers et en fait un lieu faste et incontournable[2]. À l'issue d'une visite en 1657, le poète Léonard Frizon témoigne de la richesse du domaine dans un poème intitulé Motha Candeneria : statues de marbre et meubles précieux, chevaux de races rares, théâtre et pyramide dans les jardins. Il écrit :

« Partout la richesse, le luxe et le goût offrent une splendeur véritablement royale »

— Léonard Frizon[2]

François de Rochechouart ne peut cependant pas maintenir ce rythme de vie. En faillite personnelle, il abandonne La Mothe-Chandeniers à ses créanciers en 1668[2]. Sa sœur Marie le rachète, puis le cède à Nicolas de Lamoignon, seigneur de Basville, qui obtient son érection en marquisat en 1700[7]. Plus tard, le domaine est attribué conjointement à René-Charles de Maupeou, vice-chancelier et garde des Sceaux de France, et à Antoine-Jean de Gagne de Perigny, qui avaient chacun épousé l'une des petites-filles de Nicolas de Lamoignon[2]. Le marquisat est confirmé sous le nom de Maupeou par lettres patentes de juillet 1767, enregistrées au Parlement le 13 août, en faveur de René-Nicolas de Maupeou[8]. Il récupère la part de Antoine-Jean de Gagne de Perigny en 1781[2].

François Hennecart, riche entrepreneur parisien, l'achète en 1809 et le fait restaurer ainsi que ses alentours. Hennecart conserve cependant une grande partie de l'édifice médiéval.

Le domaine passe en héritage à sa fille Alexandrine Hennecart. Ayant épousée Jacques Ardoin, celle-ci lègue le château à sa troisième fille, Marie Ardoin, qui épouse en 1857 le baron Edgard Lejeune fils de Louis-François Lejeune, général, baron de l'Empire et peintre, et de Louise Clary, nièce de la reine de Suède Désirée Clary, écuyer de l'empereur Napoléon III (1808-1873). Edgard Lejeune entreprend aux alentours de 1870 une reconstruction massive dans le goût romantique amorcé par Louis II de Bavière. Cette reconstruction métamorphose le château puisque l'architecte anglais chargé des travaux s'inspire des châteaux de la Loire notamment celui d'Azay-le-rideau. Le château est désormais entouré d'eau.

Mais le dimanche 13 mars 1932, alors que le baron Robert Lejeune vient d'y faire installer le chauffage central, un violent incendie se déclare[6]. Les pompiers, venus de toute la région, ne peuvent éviter le désastre. Seule la chapelle, les dépendances et le pigeonnier sont épargnés. Les pertes sont considérables et se chiffrent à plusieurs millions d'après les journaux qui relatent le fait divers, comme Le Figaro[9] ou L'Ouest-Éclair :

« Des tapisseries de grande valeur, des objets rares, des tableaux précieux et une bibliothèque importantes ont été, outre les bâtiments de style Renaissance, la proie des flammes. »

— L'Ouest-Éclair[10]

En 1963, après la guerre d'Algérie, l'industriel à la retraite Jules Cavroy rachète le domaine (deux mille hectares dont mille deux cents en forêt et huit cents en terre agricole) à la veuve du baron Lejeune. Des rapatriés d'Algérie exploitent les terres de la Mothe (cinq cent cinquante hectares autour des ruines du château), qu'un mémoire d'histoire cite comme une exploitation pilote[réf. à confirmer]. Au début des années 1980, le Crédit Lyonnais rachète les bois avant de les vendre en différents lots à plusieurs propriétaires[réf. nécessaire].

Dans les années 1980, le château est racheté par un ancien professeur de mathématiques qui tente de le sauver, en vain[4]. La nature reprend ses droits dans les ruines laissées à l'abandon.

Renaissance[modifier | modifier le code]

En avril 2016, une association est créée pour s'efforcer de sauver le château de l'anéantissement et valoriser le site[11]. A l'époque, il est envisagé de proposer un bail emphytéotique au propriétaire des ruines[12].

Les bois voisins de la propriété accueillent un village de vacances Center Parcs. En novembre 2016, le groupe Pierre & Vacances-Center Parcs a annoncé, par l'intermédiaire de son directeur des grands projets Éric Magnier, vouloir racheter le château et ses abords. Le projet ne prévoit pas de reconstruire le château mais la consolidation de la ruine pour l'ouvrir à la visite, l'aménagement des jardins et l'installation d'un parc animalier[13]. Cela ne semble pas aboutir car la date de la promesse d'achat est dépassée[14].

En 2017, le projet « Et si on adoptait la Mothe-Chandeniers » lancé par Dartagnans et Adopte un château, après un premier échec avec le château de Saint-Vincent-le-Paluel[15], offre la possibilité, via financement participatif, de devenir un des futurs co-propriétaires du château. Le prix d'achat du château est de 500 000 euros, somme atteinte le [16]. Le projet dépasse le million d'euros le 8 décembre 2017. La campagne de récolte de fonds se clôture le 25 décembre 2017 au soir avec plus de 1 610 000 euros et plus de 18 560 contributeurs de 115 pays[17]. L'argent collecté (au-delà de l’investissement immobilier avec l'achat des murs) doit servir aux premiers travaux de sécurisation et de rénovation du site[18]. Début 2018, une SAS est créée dans laquelle chaque donateur devient actionnaire en fonction des parts qu'il a achetées. Les décisions sont prises de façon collective et démocratique[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. François (1611-1696), vicomte de Rochechouart, fils de Jean-Louis de Rochechouart (1582-1635) - ce dernier ayant participé en 1627 au siège de la Rochelle commandé par le cardinal de Richelieu - et de Marie-Sylvie de La Rochefoucauld, appartient à l'illustre famille de Rochechouart. Appelé le chevalier de Jars, François est proche de la reine Anne d'Autriche. Exilé en Angleterre, à son retour en 1632 il est enfermé à la Bastille et interrogé par Laffemas, le « Bourreau du cardinal », qui le fait condamner à mort. Conduit à l'échafaud le 10 novembre 1633, François est gracié quelques instants seulement avant son exécution. Après un long séjour en prison, il s'exile en Italie où il devient proche de Mazarin (qui succède à Richelieu en 1643). Il joue un rôle important aux premières heures de la Fronde. En 1661, il est fait comte de Limoges. Ne pas confondre avec son aïeul François de Rochechouart, nommé gouverneur de Gênes par Louis XII en 1508.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Léo Desaivre, « Inventaire du mobilier du château de la Mothe-Chandenier en 1530 », Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest,‎ , p. 583-611 (lire en ligne).
  2. a, b, c, d, e, f et g Charles de Grandmaison, Modeste Lahaire, Xavier Barbier de Montault et Roger Drouault, Paysages et monuments du Poitou photographiés par Jules Robuchon, t. IV, 1887-1892, 292 p. (lire en ligne), p. 72-74.
  3. Ambroise Ledru et Louis-Jean Denis, La maison de Maillé, t. II, Paris, A. Lemerre, , 534 p. (lire en ligne), p. 158.
  4. a et b Denys Frétier, « Qui peut sauver ce château ? », La Nouvelle République,‎ (lire en ligne)
  5. Antoine-René d'Argenson, marquis de Paulmy, Mémoires pour servir à l'histoire de la maison de Rochechouart, 1601-1700, 150 p. (lire en ligne), p. 16.
  6. a et b « Vienne : un château abandonné digne d'un conte de fées », Le Point, 29 novembre 2015.
  7. Société des sciences, arts et belles-lettres du Tarn, Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, Albi, (lire en ligne), p. 108.
  8. Arch. nationales, série X1B 9047.
  9. « Des châteaux historiques sont ravagés par le feu », Le Figaro, no 75,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  10. « Un château historique complètement détruit », L'Ouest-Éclair, Nantes, no 12913,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  11. « l'Association des Amis du Château de la Mothe-Chandeniers », sur l'Association des Amis du Château de la Mothe-Chandeniers (consulté le 24 février 2018).
  12. « Compte-rendu de la réunion de travail du bureau du 28 mai. », l'Association des Amis du Château de la Mothe-Chandeniers,‎ (lire en ligne).
  13. Baptiste Bize, « La Mothe-Chandeniers va renaître de ses ruines », sur La Nouvelle République, .
  14. « La Mothe-Chandeniers – Le château sauvé grâce au crowdfunding ! », Souterrains de Lyon,‎ (lire en ligne).
  15. Emilien Gomez, « Une société luxembourgeoise surenchérit pour le château de Saint-Vincent-le-Paluel (24) », sur Sud Ouest, .
  16. « Le château La Mothe-Chandeniers, vendu 500.000 euros à 6.500 internautes », sur Le Point, (consulté le 10 décembre 2017).
  17. a et b « Et si on adoptait la Mothe-Chandeniers », sur Dartagnans (consulté le 24 février 2018).
  18. « La Mothe-Chandeniers, le château aux 25.000 propriétaires », sur Les Échos, (consulté le 30 décembre 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]