Carlos Kleiber

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Carlos Kleiber
Description de cette image, également commentée ci-après
Carlos Kleiber en répétition.
Nom de naissance Karl Ludwig Kleiber
Naissance
Berlin (Drapeau de la république de Weimar Allemagne)
Décès (à 74 ans)
Konjšica (en) Drapeau de la Slovénie Slovénie)
Activité principale Chef d'orchestre
Lieux d'activité Zurich, Stuttgart, Munich, Bayreuth, Berlin et Vienne
Éditeurs Deutsche Grammophon
Ascendants Erich Kleiber (son père)

Répertoire

Symphonie germanique, opéra italien et allemand

Carlos Kleiber, né à Berlin le et mort à Konjšica (en) en Slovénie le , est un chef d'orchestre autrichien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du chef d’orchestre autrichien Erich Kleiber et de Ruth Goodrich, une Américaine, Carlos Kleiber est né Karl Ludwig Kleiber à Berlin, où son père occupe alors le poste de directeur musical de la Staatsoper. Opposé aux autorités nazies, notamment sur des questions musicales, Erich émigre en 1935 avec sa famille en Argentine, où il va diriger les opéras allemands au célèbre Teatro Colón de Buenos Aires. C’est là, en 1950, que le jeune Karl s’initie à la musique, apprenant le piano et les timbales. Il modifie son prénom[1]. Sa nationalité réelle demeure un mystère. Certains affirment qu'il a pris, lors de son exil à Buenos Aires, la nationalité argentine et qu'il ne l'a jamais quittée ; d'autres prétendent qu'il a été naturalisé autrichien en 1980.

De retour en Europe avec ses parents à la fin de la guerre, il entame des études de chimie à l'École polytechnique fédérale de Zurich sous la pression paternelle. L’atavisme sera néanmoins le plus fort et il se remet vite à la musique, composant parfois à ses heures. En 1952, il obtient un poste de répétiteur au Gärtnerplatz Theater de Munich puis, en 1956, à Vienne, à la Volksoper, où il sera nommé chef d'orchestre en 1958. C'est également en 1954 qu'il fait ses débuts de chef d'orchestre à Potsdam sous le pseudonyme de Karl Keller.

De 1958 à 1964, il est nommé maître de chapelle à la Deutsche Oper am Rhein de Düsseldorf/Duisburg. De 1964 à 1966, il occupe les mêmes fonctions à Zurich. Entre 1966 et 1973, il devient premier Kapellmeister à Stuttgart, mais se fixe dès 1968 à Munich, où il dirigera régulièrement l'orchestre de la Bayerische Staatsoper, même après en avoir quitté le poste d'attaché musical en 1973[2].

Un chef d'orchestre itinérant[modifier | modifier le code]

En 1966, Carlos Kleiber est invité au Festival d'Édimbourg, où il dirige Wozzeck d'Alban Berg, une œuvre dont son père avait assuré la première en 1925. Même si le fils a des choix personnels, sa carrière ressemble beaucoup à celle d'Erich.

En 1974, il fait ses débuts au Festival de Bayreuth en dirigeant une série de représentations deTristan et Isolde où sont réunis Catarina Ligendza, Helge Brilioth et Yvonne Minton. Il reprendra souvent cet opéra avec des distributions différentes et l'enregistrera en imposant Margaret Price face aux sceptiques.

En 1976, il enregistre en public à la Scala de Milan Otello. Placido Domingo, qui le surnommait « le magicien » [réf. nécessaire], interprète le rôle-titre,Mirella Freni celui de Desdémone et Piero Cappuccilli celui de Iago. Le chef n'avait encore jamais dirigé cet opéra. « On y entend le tonnerre gronder comme jamais et puis soudain, dans le duo d'amour entre Otello et Desdémone, à la fin du premier acte, c'est un miracle de délicatesse et de douceur », écrit Elisabeth Forbes dans la notice nécrologique qu'elle lui a consacrée le 21 juillet 2004 dans le journal londonien The New Independant, Londres.

Kleiber se produit également aux États-Unis en 1977 avec l'Opéra de Los Angeles puis, en 1983, avec le Chicago Symphony Orchestra. Ses débuts au Metropolitan Opera de New York datent de 1988 ; il y dirige La Bohème de Puccini avec Luciano Pavarotti et Mirella Freni. Par ailleurs il est également souvent présent au Festival de Vienne.

En 1985, il vient à Florence diriger La Traviata dans une mise en scène de Franco Zefirelli. Il prête aussi plusieurs fois son concours au traditionnel Concert du nouvel an télévisé de Vienne, où il dirige les valses et les polkas de Johann Strauss fils. Également de manière occasionnelle, il dirige des productions de la Chauve-Souris du même compositeur sur la scène de l'Opéra de Munich à l'occasion de Noël.

N'aimant pas voyager, Carlos Kleiber se déplace peu en dehors de l'Europe. Mais il ne résiste pas aux cachets importants que lui propose le Japon, où il se rend à de nombreuses reprises pour diriger Chevalier à la rose. Fasciné par la musique française, il rêvera toute sa vie de diriger en France Carmen de Bizet[3].

À la mort de Herbert von Karajan en 1989, il est fortement pressenti pour lui succéder à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin, formation de réputation internationale qui n'a connu que quatre chefs depuis sa fondation en 1882. Mais des raisons commerciales se mêlent aux choix artistiques, car un artiste placé sous le label de la Deutsche Grammophon doit prendre en priorité les rênes de cet orchestre. Carlos Kleiber, pourtant lié par un contrat avec cette firme, décline la proposition, son répertoire restreint ne coïncidant pas avec la réputation de l'orchestre[4].

Un grand chef trop rare[modifier | modifier le code]

Effectivement Carlos Kleiber dirige peu d'œuvres et se fait plutôt rare, annulant souvent à la dernière minute. Réputé perfectionniste, il ne se liera en fait jamais à un orchestre ni à une scène lyrique déterminés. Son perfectionnisme l'amène à travailler en détail les partitions et à organiser un grand nombre de répétitions (34 pour son premier Wozzeck et 17 pour La Bohème de Covent Garden)[réf. nécessaire]. La cantatrice Gwyneth Jones disait de lui en 1982 : « C'est un géant. Son sens de l'analyse est unique ; et cet homme connu pour être peu bavard peut vous donner, des heures durant, et avec humour, des centaines de précisions qui, toutes, se révèlent utiles. »[5] Sa Maréchale et l'Octavian de Brigitte Fassbaender du Chevalier à la rose de 1979 à Munich feront date.

Peter Jonas, à la tête de l'orchestre de l'opéra de Chicago, dit de Kleiber en 1983 : « Certains chefs d'orchestre ne font les choses que lorsqu'ils le décident. Pour Kleiber, c'est différent. Il ne s'agit pas du quand il veut interpréter une œuvre ; mais de comment il sent une œuvre. Tout paraît extrêmement difficile, et force est de dire que chaque pièce qu'il a dirigée est née d'un terrible conflit personnel »[6].

En dehors de l'opéra, le chef autrichien dirigera tout particulièrement Beethoven (symphonies no 4, no 5, no 6, no 7) et Schubert (symphonies no 3 et no 8 Inachevée) avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, le Concertgebouw Orchestra d'Amsterdam ou encore l'Orchestre de l'Opéra d'État de Bavière. De cette 5e de Beethoven, un journaliste du magazine Time écrivit, en 1975, qu'il lui semblait, en l'écoutant, qu'« Homère était soudain ressuscité pour réciter L'Iliade »[7]. Il dirige aussi Mozart, Haydn, Alban Berg ou, en souvenir de son père, la symphonie no 2 de Borodine.

Le 20 octobre 1994 il fait ses adieux à l'opéra avec Le Chevalier à la rose, qu'il dirige une nouvelle fois à Tokyo. Ses derniers concerts symphoniques ont lieu à la tête du Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, en janvier 1999, à Las Palmas de Gran Canaria et à Santa Cruz de Tenerife, lors du Festival de Música de Canarias, et, finalement, en février 1999, à Valence et Cagliari.

Marié à la ballerine slovène Stanislava Brezovar, dite Stanka (1937-2003), dont il a eu deux enfants (Marko et Lillian), Carlos Kleiber est mort à soixante-quatorze ans dans sa maison de vacances en Slovénie, sept mois après le décès de sa femme. Il est enterré auprès d'elle dans le village de Konjšica, à quelques kilomètres de Litija. Les circonstances réelles de son décès demeurent incertaines, car nul ne sait s'il a succombé au cancer qui le minait ou s'il s'est suicidé[8], comme peut-être déjà son père et sa mère[9].

Carlos Kleiber n'a jamais accordé d'interview télévisée. Par ailleurs, à la différence de son père, il ne s'est pas intéressé à la musique de son temps.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Opéras
Hors Opéras

Divers

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Mauro Balestrazzi, Carlos Kleiber : angelo o demone?, Palermo, L'Epos, coll. « Interludi con musica », 2006 (ISBN 88-8302-325-0)
  • (en) Charles Barber, Corresponding with Carlos ; a biography of Carlos Kleiber , Lanham, Scarecrow Press, 2011 (ISBN 978-0-8108-8143-3) [avec discographie et filmographie]
  • (de) Christina Drexel, Carlos Kleiber : ... einfach was dasteht!, Köln, Dohr, 2010 (ISBN 978-3-936655-89-6) [avec discographie et vidéographie]
  • (de) Jens Malte Fischer, Carlos Kleiber : der skrupulöse Exzentriker, 6e éd., Göttingen, Wallstein, coll. « Kleine Bibliothek der Bayerischen Akademie der Schönen Künste » 2016 (ISBN 978-3-8353-0138-2) [avec discographie]
  • Wernfried Koeffler, Jean-Luc Pouliquen; Le poète et le diplomate : les mots et les actes, Paris, L'Harmattan, 2011 (ISBN 978-2-296-54922-7) [Koeffler évoque sa rencontre avec le chef d'orchestre aux p. 127-128]
  • Bruno Le Maire, Musique absolue : une répétition avec Carlos Kleiber, Paris, Gallimard, coll. « L'infini », 2012 (ISBN 978-2-07-013708-4)[10]
  • (de) Alexander Werner, Carlos Kleiber : eine Biografie, Mainz, Schott, 2008 (ISBN 978-3-7957-0598-5) [avec discographie et vidéographie]
Articles 
  • Olivier Bellamy, Patrick Szersnovicz et François Lafont (discographie), « Carlos Kleiber : une énigme à tout jamais », Le Monde de la musique, Paris, no 290,‎ , p. 38–49

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabian Gastellier, « Carlos Kleiber », in « L'Opéra », sous la direction de Pierre Brunel, Paris, Bordas, 1980
  2. « Carlos Kleiber », op.cit.
  3. Fabian Gastellier, « Carnets d'opéras : Carlos Kleiber », in Opera international, 1995.
  4. Gérard Mannoni, « Quel roi pour un trône ? », in Le Quotidien de Paris.
  5. Fabian Gastellier, « La fièvre Jones », in Elle, 1982
  6. Nicholas Kenyone, « Carlos Kleiber, un génie enveloppé dans une énigme », in The Observer, 1989
  7. Propos rapporté par Matt Schudel dans le Washington Post, 2004
  8. « Carlos Kleiber, un chef de légende », sur la chaîne de télévision Arte, émission du 9 juin 2011
  9. « Carlos Kleiber : I am lost to the world », film produit par Bernhard Fleischer
  10. Bruno Le Maire publie un 1er roman, Le Figaro, 20 août 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]