Hernando de Soto Polar

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Hernando de Soto Polar
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Hernando de Soto Polar en 2014
Naissance (79 ans)
Arequipa (Drapeau du Pérou Pérou)
Nationalité Péruvienne
Domaines Économie
Diplôme École internationale de Genève
Institut de hautes études internationales

Hernando de Soto Polar est un économiste libéral péruvien né en 1941 à Arequipa. Ses travaux portent sur le rôle de l'accès à la propriété privée dans l'émancipation et l'enrichissement des populations défavorisées ainsi que sur l'importance de l'économie souterraine dans les pays en développement. Il expose dans ses ouvrages sa thèse selon laquelle les habitants des pays du Sud sont riches mais riches d'un « capital mort », qu'ils ne peuvent mobiliser faute d'un système de droits de propriété efficace.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père diplomate, il émigre en 1948 à l'âge de 7 ans en Suisse. Il y suit des études supérieures à l'Institut de hautes études internationales (IUHEI) de Genève avant de devenir économiste.

Il a entre autres travaillé au GATT, à la Swiss Bank Corporation Consultant Group et été gouverneur de la banque centrale du Pérou. Il est retourné dans son pays natal en 1980 pour collaborer avec le gouvernement de Fernando Belaunde.

Son frère, le diplomate Álvaro de Soto, a notamment été ambassadeur en France.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Il a fondé à Lima en 1980 l'Institut pour la liberté et la démocratie (ILD) dont le but est de promouvoir les réformes politiques permettant aux pays pauvres de se développer. Trente pays l'ont invité à mettre en place les plans de l'ILD sur leur territoire. Il a conseillé de nombreux dirigeants d'Amérique latine ou du tiers monde[1],[2].

Il participe à la campagne présidentielle de l'écrivain conservateur Mario Vargas Llosa en 1990. Après l'échec de ce dernier, il se rallie au candidat élu, Alberto Fujimori, dont il devient le conseiller économique. Alberto Fujimori instaure un régime autoritaire et met en œuvre des réformes néolibérales[3].

Il fonde en 2001 le parti Capital Popular dans la perspective de l'élection présidentielle, mais renonce finalement à se présenter. Il est ensuite conseiller des présidents Alejandro Toledo (2001-2006) et Alan García (2006-2011). Il a notamment été désigné représentant personnel d'Alan Garcia dans le processus de signature et de ratification de l'Accord de libre-échange entre les États-Unis et le Pérou[4].

Il intègre l'équipe de campagne de Keiko Fujimori lors des élections présidentielles de 2011 et de 2016[5].

Il est candidat à l'élection présidentielle de 2021. Il est impliqué dans le « Vacunagate », un scandale très médiatisé au Pérou concernant des personnalités influentes ayant bénéficié de passes-droits dans l'accès à la vaccination contre le Covid-19. Pendant les débats présidentiels, de Soto a promis de travailler avec les Nations Unies pour empêcher les étrangers « criminels ou pauvres » d'entrer au Pérou, déclarant : « Laissez leurs gouvernements s'occuper d'eux, nous nous occuperons des nôtres »[6]. Il a également proposé de réformer le système éducatif du Pérou pour moins dépendre de l'étranger et d'augmenter le budget de la santé[7]. D'après les enquêtes d’opinion réalisées par l’Institut d’Études Péruviennes à quelques semaines du premier tour, De Soto bénéficie d’un certain soutien parmi les classes aisées du pays, en particulier chez les jeunes[8].

Travaux[modifier | modifier le code]

Hernando de Soto a publié deux ouvrages majeurs, traduits dans plus de 20 langues: Le premier paru en 1986 dans sa version espagnole: L'Autre Sentier, en référence aux terroristes du Sentier lumineux au Pérou qui avaient essayé de l'assassiner. En 2000, il publie Le Mystère du capital : Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs.

Pour De Soto, rappelant que « les pays pauvres ont besoin des solutions que les pays développés ont adoptées au XIXe siècle, pas au XXIe siècle. », une condition primordiale de fonctionnement du capitalisme est la protection du droit de propriété par l'État. Dans ce livre, il explique que l'arsenal législatif progressivement mis en place en Occident a permis une émancipation de l'individu par rapport à la communauté, la garantie de la propriété, la généralisation et la standardisation des titres de propriété[9]. Une plus grande confiance dans les relations entre acteurs économiques est créée par cette garantie étatique qui fluidifie le marché, augmentant ainsi son efficience. La création d'un système complexe de mutualisation du risque (assurances et sociétés anonymes) et l’accès plus facile au crédit, sont autant de raisons qui expliquent - et conditionnent - l’avantage comparatif dont bénéficie une économie de marché disposant de droits de propriété clairement garantis.

Ses travaux comptent parmi les sources d'inspiration de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid) et de la Banque mondiale[5].

Depuis son travail au Pérou dans les années 1980, son institut, l’ILD, a travaillé dans des dizaines de pays. Les chefs d'État de plus de 35 pays ont sollicité les services de l'ILD pour discuter de la manière dont les théories sur les droits de propriété de l'ILD pourraient potentiellement améliorer leur économie[10]. L'ILD a proposé au congrès péruvien une loi qui permettra l'enregistrement cadastral de propriétés immobilières en situation irrégulière. En 1991, la loi, appelée Ley de Registro de Predios Rurales, fut approuvée[11].

La politologue Susan C. Stokes a soutenu que de Soto était à l'origine du changement de politique économique d'Alberto Fujimori, d'une politique keynésienne à une politique libertarienne[12]. Pour le Cato Institute la réforme agraire qu'il a inspirée a affaibli la guérilla du Sentier lumineux en affranchissant les paysans de la dépendance envers les terroristes. De Soto aurait échappé à trois tentatives d'assassinat de la part du groupe terroriste[13].

En 2014, De Soto a commencé à réfuter la thèse de l'économiste français Thomas Piketty en affirmant que ses attaques contre le capital dans son livre Le capital au 21e siècle étaient injustifiées. De Soto a fait valoir que les statistiques de Piketty ignoreraient les 90% de la population mondiale vivant dans les pays en développement et les anciens États soviétiques, dont les habitants produisent et détiennent leur capital dans le secteur informel.

Critiques

La journaliste Madeleine Bunting l'a accusé d'encourager des solutions fatalistes[14], tandis que le journaliste John Gravois a critiqué sa proximité avec les milieux du pouvoir, notamment le Forum de Davos. De Soto a répondu en expliquant qu'ainsi il sensibilisait les puissants à la situation des pauvres[15]. Robert J. Samuelson lui a reproché d'aborder les problèmes du tiers monde d'un point de vue trop singulier en négligeant le culturel[16]. Alan Gilbert trouve que donner des titres de propriété aux pauvres comme à Bogota n'a eu qu'un effet à la marge sur l'accès au crédit des plus pauvres[17]. Dans son ouvrage Le pire des mondes possibles, de l'explosion urbaine au bidonville global, le sociologue Mike Davis reproche à Hernando de Soto d'être le porte-voix des politiques institutionnelles portées par la Banque Mondiale et le FMI depuis les années 1980 qui, loin d'améliorer la situation des pauvres, conduiraient, via l'affaiblissement des États et la privatisation des marchés du logement, à une dégradation très nette des conditions de vie dans nombre de bidonvilles. Il va même jusqu'à qualifier Hernando de Soto de « gourou planétaire du populisme néolibéral ».

À ses yeux, les droits collectifs de ces populations, qu’il qualifie de simples « morceaux de papier » sans valeur juridique, relèveraient de l’« extralégalité » au même titre que l’exploitation minière sauvage.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Hernando de Soto a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le Freedom Prize (Suisse), le prix Fisher (Grande-Bretagne) l’Adam Smith Award de l’Association of Private Enterprise Education (États-Unis, 2002), le Donney Fellow de l'université Yale et le prix Milton Friedman pour le progrès des libertés[18].

Il est reconnu et estimé, en particulier de Bill Clinton qui a dit de lui qu'il était le « plus grand économiste vivant », de Ronald Reagan ou de Kofi Annan[réf. nécessaire]. Time Magazine l'a désigné comme l'un des cinq plus grands innovateurs sudaméricains du XXe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • El otro sendero : La respuesta económica al terrorismo, Québec, Presses de l'Université Laval, , 245 p. (ISBN 978-2-7637-9058-9 et 2-7637-9058-5)
  • El misterio del capital : ¿Por qué el capitalismo triunfa en occidente y fracasa en el resto del mundo?,
  • Realizing Property Rights,

Ouvrages traduits en français[modifier | modifier le code]

  • L'autre sentier : La révolution informelle dans le tiers monde [« El otro sendero:La respuesta económica al terrorismo »], La Découverte, , 244 p. (ISBN 978-2-7071-2307-7)
  • Le mystère du capital : Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs [« El misterio del capital:¿Por qué el capitalismo triunfa en occidente y fracasa en el resto del mundo? »], Flammarion, , 302 p. (ISBN 978-2-08-210504-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La propriété privée et les lois du capitalisme. Que nous dit Hernando de Soto? », sur L'Economie Politique (consulté le 22 mars 2012)
  2. « El Edén Que Le Pintaron », sur Caretas (consulté le 22 mars 2012)
  3. Carlos Noriega, « Perú: se avecinan unas elecciones reñidas e impredecibles », sur Pagina12,
  4. (es) « Elecciones 2021: conoce el perfil de Hernando de Soto, candidato de Avanza País », sur andina.pe,
  5. a et b Raphaël Colliaux, « L’économiste, les indigènes et le cadastre », sur Le Monde diplomatique,
  6. (es) « Un candidato peruano prometió no dejar entrar a pobres extranjeros: “Que se ocupen sus países” », sur infobae,
  7. « Hernando de Soto: conozca las principales propuestas del candidato presidencial de Avanza País », sur Diario Expreso,
  8. Arthur Morenas, « À la veille des élections présidentielles, un Pérou fragmenté », sur lvsl.fr,
  9. Le Mystère du capital, Flammarion, coll. Champs, 2005, p. 78
  10. (en) ILD, « Achievements ILD-Inspired Reforms 2015. », sur ild.org.pe, (consulté le 28 octobre 19)
  11. « Ley de Registro Predios Rurales », sur fao.org (consulté le 22 mars 2012)
  12. « Are Parties What's Wrong with Democracy in Latin America? Prepared for presentation at the XX International Congress of the Latin American Studies Association, Guadalajara, Mexico, April 17-19, 1997. Research supported by the National Science Foundation and by a SSRC-MacArthur Fellowship in International Peace and Security. » (consulté le 22 mars 2012)
  13. « Contents Volume 151 (2003) », De Economist, vol. 151, no 4,‎ , p. 467–470 (ISSN 0013-063X, DOI 10.1023/b:ecot.0000006497.23397.3f, lire en ligne, consulté le 24 octobre 2019)
  14. « Fine words, flawed ideas », sur Guardian.com (consulté le 22 mars 2012)
  15. « The De Soto Delusion », sur Slate.com (consulté le 22 mars 2012)
  16. « The Spirit of Capitalism », sur Foreign Affairs (consulté le 22 mars 2012)
  17. « ON THE MYSTERY OF CAPITAL AND THE MYTHS OF HERNANDO DE SOTO: WHAT DIFFERENCE DOES LEGAL TITLE MAKE? », sur N-AERUS (consulté le 22 mars 2012)
  18. Hernando De Soto sur le Cato Institute

Liens externes[modifier | modifier le code]