Camps de concentration oustachis

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Les camps de concentration oustachis ont été installés et opérés par le NDH (État indépendant de Croatie) de 1941 à 1945, durant la Seconde Guerre mondiale, pour concentrer et exterminer les populations non croates du territoire, principalement des Serbes chrétiens orthodoxes, mais aussi des Juifs et des Tziganes. Le nombre de morts dans cette dizaine de camps est de l'ordre de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Organisation[modifier | modifier le code]

La déportation est décidée uniquement par les Oustachis, qui, selon une circulaire, peuvent arbitrairement arrêter n'importe qui et l'envoyer dans un camp pour une durée de trois mois à trois ans.

La garde des camps était confiée à une unité spéciale : Ustaška obrana (Défense oustachie). Le directeur de l'ensemble des camps était Vjekoslav Luburić[1].

Liste des principaux camps[modifier | modifier le code]

Camp de Danica[modifier | modifier le code]

Le camp de Danica, situé près de Koprivnica, est créé fin avril 1941 pour désengorger les prisons. Le premier convoi, de 200 hommes, arrive le 29 avril. À la mi-mai on compte 3 000 prisonniers, qui arrivent dans des wagons plombés portant l'inscription fruits et légumes. Ce camp est principalement un centre de tri, mais les exécutions y sont nombreuses. En juillet, les 9 000 prisonniers reçoivent 1 livre de pain par jour par groupe de 14, soit 35 grammes par personne, à la fin juillet, les prisonniers présents sont exécutés et le camp est fermé[3].

Camp de Đakovo[modifier | modifier le code]

Ouvert en décembre 1941, le camp de Đakovo accueille alors 1 830 femmes et enfants juifs et 50 femmes serbes. Fin février 1942, alors que la température est tombée à −25 °C, 1 200 femmes accompagnées de plusieurs centaines d'enfants viennent grossir le nombre de prisonniers qui trouvent refuge dans un dépôt sans portes ni fenêtres. À la mi-mars, avec le froid et des rations réduites au minimum, une épidémie de typhus pétéchial emporte 5 à 6 personnes par jour. Les femmes non malades sont battues, torturées ou violées. En juillet 1942, les 19 femmes juives et les 2 femmes serbes rescapées sont exécutées et le camp est fermé. On estime à 2 400 le nombre de victimes[3].

Camp de Jadovno[modifier | modifier le code]

Plan du camp de Jadovno

Le camp de Jadovno, qui accueille ses premiers prisonniers le 22 mai 1941, est le premier véritable camp d'extermination croate. Ceux-ci reçoivent l'ordre de construire une enceinte de 4 mètres de haut avec des barbelés, ainsi que 2 baraques pour le logement des gardiens. À l'intérieur de l'enceinte, il n'y a rien pour les prisonniers qui dorment par terre sans abri au pied des montagnes du Velebit. À partir de fin juin 1941, des groupes de 300 à 400 prisonniers arrivent quotidiennement au camp ou ils sont presque immédiatement amené sur un versant appelé Fosse de Saranova, situé à 5 km du camp, où ils sont égorgés ou assommés à coup de barre de fer puis jetés dans la fosse. À la fin de juillet 1941, on estime à 10 000 le nombre de personnes ainsi exécutées. En aout, l'afflux de prisonniers augmente ainsi que le nombre d'exécution si bien que les oustachis ouvrent la fosse de Grgin Brijeg. À la fin du mois, le camp ferme ses portes. Les derniers 1 500 prisonniers sont fauchés à la mitrailleuses sur le bord de la fosse. 150 autres réquisitionnés pour démanteler le camp seront jetés vivants dans la fosse, puis tués par grenades. Le nombre de victimes varie entre 35 000 et 75 000 selon les sources[3]

Camp de Kerestinec[modifier | modifier le code]

Ce camp créé le 18 mai 1941, est installé dans un château. Les intellectuels et les personnalités civiles de Zagreb, située à 25 km, y sont enfermées puis fusillés à partir du 8 juillet. Dans la nuit du 13 au 14 juillet, un groupe de Partisans yougoslaves, lance une attaque qui échoue. 14 détenus parviendront à s'enfuir tous les autres seront fusillés le lendemain et le camp est fermé le 16 juillet[3].

Camp de Kruščica[modifier | modifier le code]

Ouvert juste avant l'arrivée des Italiens, le camp de Kruščica, accueillit un millier de femmes et d'enfants évacués de l'île de Pag. Les conditions de détention sont lamentables. Les baraques n'ont pas de toit, il n'y a pas de châlits, les prisonniers en sont réduits à dormir dans la boue et la ration journalière est de 4 morceaux de pommes de terre par jour. Toutes les femmes, et les fillettes de plus de 10 ans sont violées. Seules les vieilles en échappent. À la fin septembre 1941, le camp est fermé et les 3 000 détenus sont transférés dans les camps de Loborgrad et de Jasenovac[3].

Camp de Loborgrad[modifier | modifier le code]

Loborgrad était un ancien château, qui accueillait principalement les femmes et les enfants qui étaient en très mauvaise condition physique après leur passage au Camp de concentration de Kruščici (hr) près de Vitez. Entassés par groupe de 80-90 personnes par pièce, il n'existe que quatre latrines accessibles 10 heures par 24 heures. Après plusieurs épidémies de typhus, le camp est fermé en octobre 1942 et les prisonnières transférées à Auschwitz d'où aucune ne reviendra[3].

Camp de Slano[modifier | modifier le code]

Le camp de Slano sur l'ile de Pag fut un camp de courte durée, mais où les exécutions furent particulièrement nombreuses. Le , le camp accueille le premier groupe de prisonniers. À l'arrivée des troupes d'occupation italienne le , celles-ci trouvent des quantités de cadavres phénoménales, en particulier dans une fosse située à Fornace[4]. On estime à 10 000 le nombre de personnes massacrées en l'espace de deux mois[3].

Camp de Stara Gradiška[modifier | modifier le code]

Le camp de concentration de Stara Gradiska

Le camp de Stara Gradiška, initialement une forteresse, est un camp d'extermination pour femmes et enfants ouvert à l'automne 1941, ou tous les détenus seront tués de manière féroce. 660 femmes atteinte de typhus et de dysenterie y seront massacrées en une journée. Lorsque les troupes de Tito libèrent le camp le , les Partisans yougoslaves y trouvèrent seulement 6 survivants cachés dans un puits.

En quatre ans 75 000 personnes y furent assassinées.

Victimes[modifier | modifier le code]

Soldats croates sciant la tête d'un prisonnier serbe
Deux victimes du camp de Jasenovac
Arrivée d'un prisonnier juif dans le camp

Les Oustachis ont tenté de convertir au catholicisme les Serbes ; ceux qui restaient chrétiens orthodoxes étaient exterminés avec les Juifs et les Tsiganes, comme tous ceux qui s'opposaient à eux, notamment les partisans résistants croates pro-yougoslaves. [réf. souhaitée] Les Oustachis créèrent plusieurs camps de concentration, dont notamment celui de Jasenovac. Le ministre oustachi de la culture, Mile Budak (en), affirma lors d'un discours qu'un tiers des Serbes devaient être convertis, un tiers exterminés et un tiers chassés de l'État indépendant croate. [réf. souhaitée]

Le nombre exact de victimes, spécialement de victimes serbes, n'est pas connu, seules des estimations existent, mais il est certain que plusieurs centaines de milliers de personnes furent tuées dans les camps de concentration et en dehors. Les livres d'histoire (supervisés par le régime titiste) de la République fédérale socialiste de Yougoslavie parlent de 1 700 000 victimes pour l'ensemble de la Yougoslavie, chiffre calculé en 1946 sur la base de la perte démographique de population (la différence entre le nombre actuel de personnes après la guerre et la population qu'aurait compté le territoire si la croissance démographique d'avant-guerre s'était poursuivie). C'est le nombre qui fut utilisé par Edvard Kardelj et Moša Pijade pour la demande de réparation de guerre faite à l'Allemagne[5].

Une étude de la fin des années 1980 du Croate Vladimir Žerjavić (en) et du Serbe Bogoljub Kočović (en), Gubici stanovnistva Jugoslavije u drugom svjetskom ratu, estime à 550 000 Serbes, 20 000 Croates, 90 000 Bosniaques, 60 000 Juifs, 50 000 Monténégrins et 30 000 Slovènes le nombre de victimes du régime oustachi[6],[5]. Victimes auxquelles il faut ajouter l'envoi de centaines de milliers de Serbes sur le front contre les Allemands par Tito (croate et chef communiste de la résistance yougoslave), dont peu revinrent [réf. souhaitée].

Serbes

Selon le dossier du président Roosevelt, en vue de la conférence de Téhéran de 1943, 744 000 Serbes furent exterminés dont 600 000 exclusivement par les Oustachis, le rapport précise qu'il ne tient pas compte des pertes militaires des résistants ni des pertes civiles dues au bombardement [Lequel ?][7].

Les sources serbes officielles quant à elles estiment à 700 000 le nombre de Serbes exécutés par les Oustachis[7].Ces chiffres sont cependant grandement revus a la baisse par les autorités du mémorial américain de l'holocauste qui estiment que ces chiffre n'aurait guère dépassé les 390 000 victimes serbes dont seulement 45000 a 52000 victimes a Jasenovac..

Juifs

Sur les 35 000 Juifs vivant sur le territoire, seuls 20 % (environ 6 000) survécurent à la guerre[8]. Selon le démographe croate Vladimir Zerdajic, 19 800 Juifs ont été tués dans les camps croates, dont treize mille dans celui de Jasenovac[9]. Des milliers d'autres Juifs furent déportés vers les camps d'extermination nazis à partir de 1942, avec l'approbation du gouvernement croate, qui laisse également les dizaines de Croates juifs vivant en Allemagne être déportés[10].

Les victimes juives seraient, selon le dossier du président Roosevelt cité précédemment, 63 200 victimes dont 24 000 hors de Yougoslavie dans les camps et 39 000 en Yougoslavie[7].

Tsiganes

De même, on dénombra 40 000 Tsiganes de moins après la fin du conflit. [réf. souhaitée]

Jasenovac

Selon l'étude du Croate Vladimir Žerjavić (en), dont les résultats concordent avec ceux du Serbe Bogoljub Kočović (en), le nombre réel de victimes à Jasenovac est 85 000, dont 50 000 Serbes, 13 000 Juifs, 12 000 Croates et 10 000 Tsiganes[11]. Le lors du procès, en Croatie, du criminel de guerre Dinko Šakić, responsable du camp en 1944, l'acte d'accusation a retenu le chiffre de 50 000 victimes.

Selon le United States Holocaust Memorial Museum[12] :

« Due to differing views and lack of documentation, estimates for the number of Serbian victims in Croatia range widely, from 25,000 to more than one million. The estimated number of Serbs killed in Jasenovac ranges from 25,000 to 700,000. The most reliable figures place the number of Serbs killed by the Ustaša between 330,000 and 390,000, with 45,000 to 52,000 Serbs murdered in Jasenovac. »

« À cause des différences de point de vue et du manque de sources, les estimations du nombre de victimes serbes en Croatie varient largement, de 25 000 à plus d'un million. Les estimations de Serbes tués à Jasenovac varient de 25 000 à 700 000. Les sources les plus fiables estiment le nombre de Serbes tués par les Oustachis entre 330 000 et 390 000, dont 45 000 à 52 000 Serbes assassinés à Jasenovac. »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marco Aurelio Rivelli, Le génocide occulté, L'âge d'homme, , 286 p. (ISBN 2-825-11152-X et 978-2-825-11152-9, lire en ligne), p. 96.
  2. HolocaustE en Croatie
  3. a b c d e f et g Le génocide occulté: état indépendant de Croatie, 1941-1945 Par Marco Aurelio Rivelli
  4. Fornace en Croatie pas en Italie. Il doit s'agir d'un hameau.
  5. a et b (en) John R. Lampe, Yugoslavia as History : Twice there was a Country, Cambridge, Cambridge University Press, , 487 p. [détail de l’édition] (ISBN 0521774012).
  6. Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, Paris, éditions Complexe, coll. « Géopolitique des États du monde », , 143 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-87027-647-8) (notice BnF no FRBNF36997797), p. 43.
  7. a b et c Catherine Lutard, op. cit., p. 42.
  8. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, t. II, éd. Gallimard, , pp. 1317 et 1331.
  9. Josip Kolanovic, « La Shoah en Croatie — Documents et perspectives de recherche », dans Jacques Fredj (dir.), Les Archives de la Shoah, l’Harmattan, .
  10. Raul Hilberg, op. cit.
  11. Le Monde du 06.10.1999 et du 16.03.1999
  12. (en) « Holocaust Era in Croatia 1941-1945 — Jasenovac »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur le site du United States Holocaust Memorial Museum (consulté le 5 mai 2010).