Ante Pavelić

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Ante Pavelić
Image illustrative de l'article Ante Pavelić
Fonctions
Poglavnik de l'État indépendant de Croatie
Monarque Tomislav (1941 - 1943)
Premier ministre Nikola Mandić (à partir de 1943)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Bradina, Konjic, Condominium austro-hongrois de Bosnie-Herzégovine
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Madrid
Drapeau de l'Espagne Espagne
Nationalité Croate
Parti politique Oustacha
Diplômé de Université de Zagreb
Profession Avocat
Religion Catholique romain

Signature

Ante Pavelić () était un homme politique croate. Fondateur du mouvement nationaliste croate des Oustachis (Ustaše), il fut le dirigeant de l’État indépendant de Croatie (Nezavisna Država Hrvatska, NDH) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il s’engage en politique au sein du Parti croate du Droit, un mouvement nationaliste partisan de l’indépendance de la Croatie. Élu député en 1927, il est contraint à l’exil en 1929 lors de l’avènement du roi Alexandre Ier. À Rome où il s'installe, il fonde le parti des Oustachis en collaboration avec les membres de la faction dure du Parti croate du Droit, exilés comme lui. Le groupe s'inspire des méthodes et reçoit les conseils de l'ORIM, avec lequel il organise l'assassinat le 9 octobre 1934 d'Alexandre Ier.

Après l'Invasion de la Yougoslavie par les forces de l’Axe, Pavelić devient le dirigeant de l’État indépendant de Croatie. Le régime en place persécute et assassine 35 000 Juifs, entre 172 000 et 290 000 Serbes et 25 000 Tziganes, ainsi que les opposants croates (notamment communistes). Après avoir promulgué des lois anti-juives, Pavelić crée le camp de concentration de Jasenovac. En 1945, Pavelić s’enfuit et se réfugie en Autriche, puis à Rome, avant de s’installer en Argentine. En 1957, il est blessé lors de deux tentatives d’assassinat, vraisemblablement commanditées par l'UDBA. Il se réfugie à Madrid, où il meurt en 1959.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ante Pavelić est né à Bradina (Condominium austro-hongrois de Bosnie-Herzégovine) le dans une famille catholique peu fortunée. Après des études de droit à Zagreb, il devient avocat et assure la défense de plusieurs patriotes croates et macédoniens poursuivis par les tribunaux serbes[1]. Il s’engage en politique dans le Parti croate du Droit, un mouvement nationaliste opposé à la monarchie du Royaume de Yougoslavie et partisan de l’indépendance de la Croatie. En 1922 il épouse Maria Lovrenčević (1897-1984) avec laquelle il aura trois enfants, deux filles Višnja et Mirjana et un fils Velimir. Maria était d'origine juive par la famille de sa mère et son père, Martin Lovrenčević, membre du Parti croate du Droit était un journaliste renommé. Élu conseiller municipal de Zagreb puis député (1927)[2], il s’exile en 1929 après l’avènement du roi Alexandre Ier, lequel met en place un régime dictatorial[2].

Exil et formation des Oustachis[modifier | modifier le code]

Pavelić rencontre alors à Sofia un dirigeant de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (ORIM), ce qui lui vaut une condamnation à mort par contumace par un tribunal serbe à la fin de l'année, source de prestige pour les années suivantes[3]. Il se réfugie d’abord à Vienne, où il prend contact avec des officiers autrichiens anti-yougoslaves. À Rome où il réside ensuite, il fonde en 1930 le parti des Oustachis[4] (de ustaš, « insurgé, rebelle »), un mouvement nationaliste, rassemblant d'autres exilés membres de la faction dure du Parti croate du Droit. Le groupe s'inspire des méthodes et reçoit les conseils de l'ORIM[5],[6]. Soutenu par le régime fasciste italien, le mouvement oustachi prend de l’ampleur et implante des camps d’entraînement para-militaires en Hongrie[7] et en Italie[1]. Pavelić se présente alors comme un guide héroïque, instillant des éléments fascistes dans le mouvement[1]. Le parti mobilise de l'argent et des combattants parmi les Croates exilés en Europe occidentale (notamment en France et en Belgique)[8]. Il a d’abord des activités terroristes[9], la plus courante étant le dépôt de bombes minutées dans des trains à destination de la Yougoslavie[8]. En 1932, une révolte dans la région de Lika est durement réprimée, médiatisant le combat des Oustachis[8].

Pavelić commandite l'assassinat le d'Alexandre Ier, en visite d'État à Marseille[10]. Le ministre français des Affaires étrangères Louis Barthou est aussi tué lors de l'attentat. Lors du procès en France, six militants sont inculpés, parmi lesquels trois seulement sont présents en France[11], l'Italie refusant d'extrader Pavelić et son adjoint Dido Kvaternik (en). Il est condamné à mort par contumace par deux tribunaux, français et yougoslave, et il reste discret les années suivantes[7]. Il est toujours sous la protection de Mussolini[12], qui le fait néanmoins mettre en détention d'octobre 1934 à 1936[13] lorsque l'Italie tente d'améliorer ses relations avec la Yougoslavie.

Seconde Guerre mondiale : l'État indépendant de Croatie[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler recevant Ante Pavelić au Berghof, le .

En 1940, alors que la situation en Europe permet à Mussolini d'envisager de nouveau d'engager des hostilités contre les Yougoslaves, le régime fasciste italien renoue son alliance avec les Oustachis. Pavelić est reçu par Galeazzo Ciano, ministre des affaires étrangères de Mussolini, qui lui propose de le mettre au pouvoir en Croatie dans l'éventualité d'une offensive italienne dans les Balkans[14]. De leur côté, les Allemands pensent d'abord à Vladko Maček, président du Parti paysan croate qui bénéficie d'un large soutien populaire, ou à Miklós Horthy, régent de Hongrie, qui déclinent tous deux la proposition. Le régime nazi accepte dès lors la proposition italienne de mettre les Oustachis au pouvoir en Croatie[15]. Le , la Yougoslavie est envahie par les forces de l’Axe. Le , l'un des seconds de Pavelić, Slavko Kvaternik, proclame l’État indépendant de Croatie (NDH)[13]. Arrivé cinq jours plus tard à Zagreb, Pavelić prend la tête du nouveau régime[13], avec le titre de Poglavnik (« Dirigeant »). Il accepte de céder des territoires à l'Italie, dont l'essentiel de la Dalmatie, affaiblissant le soutien dont il dispose dans l'administration[16]. Conformément à l'histoire et aux souhaits de son dirigeant, le gouvernement oustachi est inféodé de fait à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste[17], dont il copie les institutions. L'Allemagne et l'Italie se réservent chacune une zone d'occupation en Croatie, interdisant aussi au nouvel État la formation d'une marine de guerre[17]. En vertu des accords avec l'Italie, un prince italien est nommé roi sous le nom de Tomislav II. Il s'agit cependant d'un monarque purement symbolique, qui ne met jamais les pieds en Croatie et ne dirige rien[18]. En juillet 1943, après la chute de Mussolini et peu avant la capitulation de l'Italie, « Tomislav II » abdique, et Pavelić dénonce ensuite les accords passés avec l'Italie[19].

Joachim von Ribbentrop et Ante Pavelic en 1941.

Malgré des décrets visant à contrôler la violence dans l'application des lois[20], le régime en place suit avec enthousiasme les conseils d'Hitler visant à l'épuration ethnique[18], persécutant et assassinant 35 000 Juifs, entre 172 000[21] et 290 000[22] Serbes et 25 000 Tziganes[23], ainsi que les opposants croates (notamment communistes). Son mot d’ordre à l’égard des Serbes est d’en « exterminer un tiers, en chasser un tiers, en convertir un tiers. » Après avoir promulgué des lois anti-juives, Pavelić crée un camp de concentration appelé Jasenovac. L’armée du NDH combat également, avec les forces de l’Axe, contre le mouvement des résistants de Tito (les Partisans communistes) et les Tchetniks (royalistes).

En 1945, Pavelić s’enfuit et se réfugie en Autriche, puis à Rome pour deux ans, sous la protection du père Krunoslav Draganović[24]. L’Église catholique romaine est soupçonnée par les communistes de l’avoir aidé à fuir[25], en alléguant de l'indulgence du pape Pie XII envers le régime des Oustachis.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Installé en Argentine grâce à la protection de Juan Perón en 1948, Ante Pavelić est actif dans la communauté croate, où il fonde en 1956 le mouvement de libération croate (en)[26], actif dans la commémoration du massacre de Bleiburg[27]. En 1957, il est blessé à Buenos Aires lors de deux tentatives d’assassinat, vraisemblablement commanditées par l'UDBA, le service secret de la Yougoslavie communiste. Découvert, il doit s'exiler afin d'éviter l’extradition. Il se réfugie en Espagne à Madrid, où il meurt en 1959 des suites de ces attentats[28]. Il est ainsi enterré dans la capitale espagnole[29].

Postérité et hommages[modifier | modifier le code]

Lors des commémorations annuelles du massacre de Bleiburg, Ante Pavelić est parfois évoqué, il est même acclamé en 2005[27]. Une messe est célébrée à Zagreb en son honneur le 28 décembre 2011[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Lampe 2000, p. 175.
  2. a et b « Ante Pavelić », sur Encyclopædia Britannica (consulté le 3 février 2016).
  3. Tomasevich 2001, « Yugoslavia between the wars », p. 32.
  4. Tomasevich 2001, « Yugoslavia between the wars », p. 30.
  5. (en) Robert Bideleux et Ian Jeffries, The Balkans: a post-communist history, Taylor & Francis,‎ (ISBN 978-0-415-22962-3), p. 190.
  6. (en) Frederick B. Chary, The History of Bulgaria, ABC-CLIO,‎ (ISBN 978-0-313-38446-2), p. 71.
  7. a et b (en) Bernd Jürgen Fischer, Balkan Strongmen : Dictators and Authoritarian Rulers of South Eastern Europe, Purdue University Press,‎ , 494 p. (lire en ligne), p. 210
  8. a, b et c Tomasevich 2001, « Yugoslavia between the wars », p. 33.
  9. (de) Ladislaus Hory et Martin Broszat, Der Kroatische Ustacha-Staat. 1941-1945, Stuttgart,‎ , p. 19-27.
  10. Lampe 2000, p. 176.
  11. Frédéric Monier, « Défendre des « terroristes » dans la France de 1935. L'avocat des « oustachis croates ». », Le Mouvement Social, vol. 3, no 240,‎ , p. 105-120 (DOI 10.3917/lms.240.0105, lire en ligne).
  12. Tanner 2001, p. 130.
  13. a, b et c Tanner 2001, p. 142.
  14. Frédéric Le Moal, Le Front yougoslave pendant la Seconde Guerre mondiale : de la guerre de l'Axe à la guerre froide, Éditions Soteca,‎ , 272 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2-916385-53-2), p. 26.
  15. Lampe 2000, p. 208.
  16. Tomasevich 2001, « An Italien-German quasi protectorate », p. 237-238.
  17. a et b Tanner 2001, p. 147.
  18. a et b Tanner 2001, p. 148.
  19. Guy Gauthier, Les Aigles et les Lions : Histoire des monarchies balkaniques, Paris, Éditions France-Empire,‎ , p. 79-81.
  20. Tomasevich 2001, « The rule of lawlessness and terror », p. 401.
  21. (en) Vladimir Žerjavić, Manipulations with the number of Second World War victims, Croatian Information Centre,‎ , p. 7.
  22. (en) Marko Attila Hoare, Genocide and Resistance in Hitler's Bosnia: The Partisans and the Chetniks, Oxford University Press,‎ , p. 23–24.
  23. Patrick Barriot et Eve Crépin, On assassine un peuple : Les Serbes de krajina, L'âge d'homme,‎ (ISBN 2-8251-0674-7), p. 50.
  24. (en) « Adolf Hitler greets Ante Pavelic, leader of the Croatian puppet state, upon his arrival at the Berghof for a state visit. », sur ushmm.org (consulté le 5 février 2016).
  25. Tomasevich 2001, « The churches », p. 562.
  26. (hr) « Hrvatski Oslobodilaćki Pokret » (consulté le 5 février 2016).
  27. a et b (en) Vjeran Pavlakovic, « Deifying the Defeated. Commemorating Bleiburg since 1990 », L'Europe en Formation, vol. 3, no 357,‎ , p. 125-147 (DOI 10.3917/eufor.357.0125, lire en ligne).
  28. (en) Robert McCormick, Croatia Under Ante Pavelic: America, the Ustase and Croatian Genocide, I.B. Tauris,‎ , p. 178-180.
  29. (en) Javier Jimeno, « Grave Ante Pavelić », sur TracesofWar.com (consulté le 1er février 2016).
  30. « Croatie : scandale après une messe en l’honneur d’Ante Pavelić », sur Le Courrier des Balkans,‎ (consulté le 3 février 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]