Basilique des Saints-Pierre-et-Paul (Saint-Hubert)

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Basilique Saint-Hubert
(Saint-Hubert)
Image illustrative de l'article Basilique des Saints-Pierre-et-Paul (Saint-Hubert)
Présentation
Culte catholique romain
Type basilique
Rattachement diocèse de Namur
Début de la construction 1526
Fin des travaux 1564
Style dominant Gothique flamboyant brabançon,
Baroque
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1938, no 84059-CLT-0001-01)
Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine exceptionnel (2016, no 84059-PEX-0001-03)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Luxembourg Province de Luxembourg
Ville Saint-Hubert
Coordonnées 50° 01′ 34″ nord, 5° 22′ 27″ est

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Basilique Saint-Hubert(Saint-Hubert)

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Basilique Saint-Hubert(Saint-Hubert)

La basilique Saint-Hubert[1], ancienne église abbatiale Saint-Pierre, est l'église principale de la ville belge de Saint-Hubert située en Région wallonne. Elle est parfois aussi nommée basilique Saint-Pierre et Saint-Paul ou des Saints-Pierre-et-Paul, peut-être en raison des statues de ces deux saints qui ornent le maître-autel et de celles qui occupaient les niches de la façade. Église abbatiale de l'abbaye de Saint-Pierre en Ardenne (687-1797), devenue église paroissiale en 1809, elle fut élevée au rang de basilique mineure en 1927 par le Pape Pie XI. Elle fait partie, avec le quartier abbatial qui la jouxte, du Patrimoine majeur de Wallonie.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'église actuelle succède, au même emplacement, à un édifice roman du XIe siècle à trois nefs, précédé d'un avant-corps de style gothique primaire construit au XIIIe siècle sous l'abbatiat de Thierry III de Waha (1212-1242)[2].

Cette église médiévale est détruite le 20 novembre 1525 par un incendie criminel allumé dans le bourg qui atteint également l'abbaye, le quartier abbatial et le cloître. Les ruines de l'église sont rasées, à l'exception de l'avant-corps[3].

Pour l'essentiel, la construction de la nouvelle église, nettement plus vaste que la précédente (90,5 m en longueur, 30,5 m en largeur, environ 25 m de hauteur dans la nef[3]), s’étale de 1526 à 1564, sous la direction de trois maîtres d’œuvre : Nicolas III de Malaise (1503-1538), son neveu Jean V de Schennemaele (1538), tous deux brabançons, et Remacle de Marche (1538-1564).

Les tours du XIIIe siècle, rescapées de l'incendie, sont conservées. Elles seront englobées dans la nouvelle façade classique au XVIIIe siècle.

La charpente de la nef est édifiée du 22 avril au 24 septembre 1557, après celle du chœur dont les arbres ont été abattus entre 1538 et 1548. Ces charpentes soutiennent un toit à deux versants très inclinés et haut de 10 m. Les assemblages sont à tenon-mortaise, maintenus par des chevilles[4].

La crypte est consacrée le 18 août 1560, le chœur le 16 novembre de la même année[5].

Les voûtes des nefs latérales sont datées de 1564 (première clé de voûte du déambulatoire sud).

Le 15 octobre 1568, l'abbaye est pillée et incendiée par des soldats huguenots français envoyés au secours des Gueux des Pays-Bas par le prince de Condé[6]. Ils causent de très importants dégâts à l'église.

En 1683 (dates aux clés des bras du transept), l'abbé Cyprien Mareschal (1662-1686) fait voûter de briques la nef centrale, le choeur et le transept couverts jusqu'alors d'un simple plancher de bois[7].

La façade actuelle, de style classique est construite de 1700 à 1702, sous l'abbatiat de Clément Lefèbvre (1686-1727). Elle serait due au Frère Bérégise[3], architecte bénédictin, et à Arnold de Hontoire[8], sculpteur et décorateur liégeois. Le relief en pierre à son sommet est vraisemblablement de la main d'Arnold de Hontoire. Il est surmonté d'une statue du saint, œuvre du sculpteur Jean Willame. Cette statue, posée le 1er juillet 1986, remplace l’originale, enlevée par précaution en 1958 après que sa tête soit tombée sur la place de l’Abbaye en 1949.

Vers 1730, une impressionnante roue d'écureuil de 4 m de diamètre fut construite, et est toujours en place dans les combles au-dessus de la nef. Un ou deux hommes marchaient à l'intérieur pour hisser des charges atteignant 3 tonnes[4].

Le 2 février 1795, la République française met sous séquestre les biens de l'abbaye. Le 27 janvier 1797, ses derniers occupants sont chassés par la force. L'abbatiale, vendue le 10 octobre 1797 au sénateur français Jean Barthélemy Lecouteulx de Canteleu, puis cédée par lui le 20 mars 1807 à un certain Boigneux, est un temps menacée de destruction[9]. Le 7 juin 1808, dix notables de Saint-Hubert l'achètent au profit de la ville. Elle devient église paroissiale en 1809, remplaçant dans cette fonction l'église Saint-Gilles[10].

Suit une période d'abandon qui rend nécessaire un important effort de sauvegarde à partir de 1841. Lors de ces travaux de restaurations, des modifications néo-gothiques affectent le bâtiment[11].

En 1927, l'ancienne église abbatiale devient basilique[10].

Elle est classée comme monument le 22 février 1938 et est inscrite sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie depuis le 25 juillet 1996 (dernière confirmation en 2016).

Structure[modifier | modifier le code]

Plan de la basilique de Saint-Hubert

Derrière une façade classique se cache un édifice de style gothique appartenant au groupe mosan, mais présentant certaines caractéristiques du type brabançon[12]. L'église, à cinq vaisseaux, se compose d'une nef de cinq travées à collatéraux échelonnés, d'un transept non saillant à un seul vaisseau et d'un chœur de cinq travées également, avec déambulatoire, chapelles latérales et chapelles rayonnantes. Le sanctuaire, surélevé, surplombe la crypte.

Quelques chiffres :

  • longueur totale, avant-corps inclus : 90,50 m;
  • longueur intérieure : 81,50 m;
  • largeur : 30,50 m;
  • hauteur du vaisseau central : 25,10 m;
  • largeur du vaisseau central (entre les piliers) : 9,50 m;
  • distance entre les piliers du vaisseau central : 5,30 m (première travée, du mur aux piliers : 3,30 m);
  • longueur totale de la nef : 32,80 m;
  • hauteur du premier collatéral : 12,20 m;
  • largeur du premier collatéral (entre les piliers) : 3 m;
  • hauteur du second collatéral : 9,40 m;
  • largeur du second collatéral (entre pilier et mur) : 3,60 m;
  • largeur du transept : 8,40 m;
  • distance entre les piliers du vaisseau central du chœur : 4,20 m (dernière travée avant l'abside : 4,60 m);
  • hauteur des deux tours de façade : 60 m.

L'intérieur[modifier | modifier le code]

Le décor général est de Arnold de Hontoire, chef de file d'une célèbre école liégeoise de sculpture, contemporain et concurrent de Jean Delcour qui, comme lui, s'est perfectionné auprès de grands maîtres italiens pendant plus de 10 ans. La statuaire a été réalisée par ses disciples, Cornelis Vander Veken, Renier Panhay de Rendeux et surtout Guillaume Evrard, de la même école liégeoise et romaine, considéré comme le plus grand sculpteur liégeois du XVIIIe siècle, dont on peut admirer cinq des huit chefs-d'œuvre à Saint-Hubert : les quatre évangélistes et l'autel saint Sébastien, actuellement maître-autel de l'église d'Awenne, qui provient de la chapelle de l'abbé.

Vitraux[modifier | modifier le code]

L'église conserve, dans la première travée du bras nord du transept, en surplomb de l'arc ouvrant sur le déambulatoire, un vitrail posé en avril 1542, don d'Adolphe de Schauenburg (1511-1556), chanoine (1528), puis prévôt de la cathédrale de Liège (1533), alors coadjuteur de Cologne[13] (1533-1547), enfin archevêque de Cologne (1547-1556).

Mobilier[modifier | modifier le code]

La basilique conserve un mobilier important :

  • l'autel de saint Hubert, réalisé en 1648, sous l'abbatiat de Nicolas de Fanson ;
  • un retable de la Passion du Christ comportant 24 panneaux en émaux de Limoges du second tiers du XVIe siècle (1530-1560), fortement endommagé par des soldats huguenots en octobre 1568, rattaché à l'atelier de Martin Didier et inspiré de la Petite Passion (1511) d'Albrecht Dürer[14]. Le vol de deux des panneaux ("L'ascension à Béthanie" et "Le miracle de la Pentecôte") a malheureusement été constaté le 11 avril 2017[15],[16].
  • un maître-autel en marbre[17], de 1721, avec comme élément central une Vierge à l'enfant signée du nom du sculpteur Renier Panhay de Rendeux, les autres statues qui le décorent (Christ triomphant, saints Pierre et Paul, saint Benoît, sainte Scholastique, anges et angelots) pouvant être attribuées à Cornélis Vander Veken[18] ;
  • des statues monumentales des quatre évangélistes de Guillaume Evrard (4 de ses 8 chefs-d’œuvre)[18] ;
  • les stalles, œuvre d’ébénisterie de qualité terminée en 1733, sculptées par Jean-François Louis, gendre de Arnold de Hontoire, et construites par Pierre Martiny, menuisier du bourg[19]. Elles sont décorées de dix-huit panneaux de chêne sculptés en bas-relief et présentent les principaux épisodes des vies de saint Benoît (au nord) et saint Hubert (au sud). Au solstice d'été (21 juin), le soleil levant illumine le troisième bas-relief des stalles de saint Hubert, représentant la conversion de saint Hubert[20],[21].
  • des orgues classiques, installées dans un buffet à deux corps daté de 1685, construites par Antoine le Picard (de Noyon, France)[22]. Le buffet est vraisemblablement de Arnold de Hontoire. Elles comptent actuellement 44 jeux complets, mais ont cependant été fortement modifiées vers 1930, où de nombreux jeux ont été transformés pour passer d'un orgue classique de la grande tradition française à un orgue romantique (wagnérien). On dote l'instrument d'un ventilateur électrique en 1923.
  • le cénotaphe de saint Hubert, sculpté par Guillaume Geefs en 1847, commandé et offert à l'église par le roi Léopold Ier de Belgique. Il est placé dans la grande chapelle à l'extrémité nord du transept. Réalisé en pierre de France, il se présente comme un sarcophage en forme de parallélépipède de style néo-gothique, surmonté d'une statue de saint Hubert en marbre de Carrare. Huit scènes de la vie du saint décorent les faces du monument.
  • un ensemble de seize toiles monumentales réalisées entre 1840 et 1865 : le chemin de croix par trois professeurs de l'Académie d'Anvers, la conversion de saint Hubert par Lambert Mathieu et saint Hubert en prière dans la forêt par Maximilien Gillard, deux peintres importants de la région, ainsi que quelques copies d’œuvres célèbres (Rubens...) qui complètent l'ensemble.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Jacques Charneux et Bernard Wodon écrivent à propos de l'édifice religieux :

« Unique en son genre au sud de la Meuse, l'ensemble abbatial hubertin possède la monumentalité, la grandeur et l'élégance ; aux formes archaïques parfois, racées souvent, éloquentes toujours[23]. »

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après la Bulle du Pape Pie XI conservée dans la trésorerie de la basilique.
  2. Denis Henrotay et Philippe Mignot, « L'église Saint-Pierre et Saint-Paul d'Andage. Étude archéologique », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  3. a, b et c Pierre-Paul Dupont, « L'abbatiale du XVIe au XXe siècle », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  4. a et b Patrick Hoffsummer et David Houbrechts, « Les charpentes », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  5. Pierre-Paul Dupont, « Section 3 : Architecture - Arts - Artisanat », dans Exposition - Terre et Abbaye de Saint-Hubert, Saint-Hubert, Editions du Cercle d'Histoire et d'Archéologie Terre et Abbaye de Saint-Hubert, , 168 p.
  6. Réjalot 1924, p. 34-35.
  7. Paul Cugnon, « Section 2 : Histoire de l'Abbaye et de la Terre de Saint-Hubert », dans Exposition - Terre et Abbaye de Saint-Hubert, Saint-Hubert, Editions du Cercle d'Histoire et d'Archéologie Terre et Abbaye de Saint-Hubert, , 168 p.
  8. Michel Lefftz, « La conversion de saint Hubert, une œuvre inconnue d'Arnold Hontoire », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  9. Jacques Charneux, « À la Révolution, l'abbatiale l'échappe belle », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  10. a et b Yvon Delepierre, « Section 7 : Le XIXe siècle et la réanimation », dans Exposition - Terre et Abbaye de Saint-Hubert, Saint-Hubert, Editions du Cercle d'Histoire et d'Archéologie Terre et Abbaye de Saint-Hubert, , 168 p.
  11. Véronique Pittie, « Historique des restaurations des XIXe et XXe siècles », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  12. Simon Brigode, Les églises gothiques de Belgique, Bruxelles, Éditions du Cercle d'Art, , 110 p.
  13. Richard Jusseret, « Quelques précisions sur le vitrail d'Adolphe de Schauenburg », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  14. Jacques Toussaint, « Le retable de la Passion du Christ », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  15. « Nouvelles | Saint-Hubert d'Ardenne », sur www.sha.be (consulté le 16 avril 2017)
  16. lesoir.be, « Deux pièces du XVIe siècle volées dans la Basilique de Saint-Hubert », lesoir.be,‎ (lire en ligne)
  17. Joseph Delmelle, Abbayes et beguinages de Belgique, Rossel Édition, Bruxelles, 1973, p. 75-76.
  18. a et b Michel Lefftz et Ignace Vandevivere, « Mobilier, sculptures et ornements », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  19. Josette Paquay, « L'iconographie des dix-huit bas-reliefs des stalles », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  20. « Le 21 juin, à 6 h 08, à la basilique », sur www.lavenir.net (consulté le 3 avril 2016)
  21. Raymond Vbb, « Basilique de Saint Hubert, solstice été », (consulté le 3 avril 2016)
  22. Jean-Pierre Félix et Jérôme Lejeune, « Le buffet d'orgue », dans L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2)
  23. Le Patrimoine majeur de Wallonie, Namur, 1993, p. 398.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Dierkens (dir.), Jean-Marie Duvosquel (dir.), Nathalie Nys (dir.) et al., L'ancienne église abbatiale de Saint-Hubert, Namur, Ministère de la Région wallonne, Division du Patrimoine, , 228 p. (ISBN 978-2-874-00391-2).
  • Pierre-Paul Dupont, Saint-Hubert en Ardenne, Gembloux, Éditions J. Duculot S.A., coll. « Wallonie, Art et Histoire », , 64 p.
  • Thierry Réjalot o.s.b., Saint Hubert-en-Ardenne : Manuel du Pèlerin & du Visiteur au Sanctuaire de Saint Hubert-en-Ardenne, Gembloux, Imprimerie J. Duculot, , 144 p.
  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 14 : Wallonie, Luxembourg, Neufchâteau, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, (ISBN 2-8021-0090-4), p. 274-280

Liens externes[modifier | modifier le code]