Augustin Trébuchon

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Augustin Trébuchon
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Autres informations
Arme
9e compagnie du 415e régiment de la 163e division d'infanterie
Conflit
Grade
soldat de 1re classe
Distinction
Sépulture d'Auguste Trébuchon.JPG
Vue de la sépulture.

Augustin Trébuchon, né le au Malzieu-Forain en Lozère et mort le à Vrigne-Meuse (Ardennes), est considéré comme le dernier soldat français mort au combat de la Première Guerre mondiale.

Un Lozérien mobilisé[modifier | modifier le code]

Augustin Joseph Louis Victorin Trébuchon est le fils de Jean Baptiste et de Vissac Rosalie Trébuchon[1]. Il est né au hameau du Montchabrier[2],[3], sur la commune du Malzieu-Forain. Selon sa fiche matricule, il faisait un mètre 61, avec des cheveux blonds et des yeux gris[1].

Faisant partie de la classe 1898 (l'année de ses vingt ans), il est tiré au sort pour faire son service militaire parmi les jeunes du canton de Malzieu. Malgré le fait qu'il soit l'aîné d'une fratrie d'orphelins, il est incorporé le comme soldat de 2e classe au 142e régiment d'infanterie, caserné à Mende, jusqu'au . De 1900 à 1914, il est berger à Saint-Privat-du-Fau en Lozère, restant d'abord en disponibilité de l'armée d'active, passant réserviste en septembre 1902, puis dans la territoriale en septembre 1912. Il accompli ses périodes d'exercices, d'abord en mars-avril 1905 et en mai 1909 au 142e RI, puis du 2 au au 123e régiment territorial d'infanterie[1].

Dans le cadre de la mobilisation française de 1914, il est rappelé dès le à la caserne de Mende, toujours au 123e régiment d'infanterie territoriale, puis il est versé en renfort, malgré son âge, dans le 111e régiment d'infanterie le (ce régiment du 15e CA vient de perdre une partie de son effectif lors des batailles des Frontières, du Grand-Couronné et de Revigny). Il passe ensuite au 36e RI le , puis le 74e RI le , le 288e régiment d'infanterie territoriale le et enfin le 415e RI le . Il devient soldat de 1re classe le [1].

Tué le 11 novembre 1918[modifier | modifier le code]

Augustin Trébuchon est, en novembre 1918, soldat de 1re classe avec fonction d'estafette au sein de la 9e compagnie du 415e régiment de la 163e division d'infanterie. Cette division française atteint la Meuse le entre Charleville-Mézières et Sedan (sans s'aventurer dans ces villes). Au soir, les ordres de son corps d'armée sont de maintenir le contact avec les troupes allemandes et de franchir la vallée. Les régiments d'infanterie de la division doivent improviser le franchissement du fleuve en crue, pendant la nuit du 9 au 10, le 142e RI à Nouvion-sur-Meuse et le 415e à Vrigne-Meuse, profitant du brouillard. Seul le 415e réussit, bénéficiant des restes du barrage de Dom-le-Mesnil, mais se retrouva bloqué sur l'autre rive, isolé. Les unités allemandes (comprenant des bataillons de la Garde) contre-attaquèrent cette fragile tête de pont dans l'après-midi du 10. Les fantassins français passent la nuit du 10 au 11 en restant enterrés, encadrés en cas de besoin par les tirs de barrage de l'artillerie divisionnaire. L'annonce de l'armistice arrive au régiment le vers h 30 ; les adversaires restent ensuite prudents pendant le reste de la matinée, comptant les dernières minutes, même si les tirs d'artillerie et de mitrailleuses se poursuivent jusqu'au cessez-le-feu de 11 h[4].

Augustin Trébuchon a été tué à 10 h 55 du matin[5], soit 5 minutes avant l'heure du cessez-le-feu décidé par l'armistice du 11 novembre 1918. Selon d'autres sources, il aurait été tué aux environs de 10 h 45 et 10 h 50[6],[7],[8].

Augustin Trébuchon avait 40 ans. Il a reçu une balle dans la tête alors qu'il portait un message à son capitaine[7]. Le soldat Gazareth découvre le corps[9]. Le 415e RI a eu 68 tués et 97 blessés dans ses rangs au cours des journées des 9, 10 et [4].

Mention antidatée[modifier | modifier le code]

Mémorial de la 163e division d'infanterie, à Vrigne-Meuse.

Sur les dix Trébuchon morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918 et répertoriés sur le site SGA/Mémoire des hommes[10], seule la fiche d'Augustin Trébuchon porte la mention rectificative du lieu de son décès[2], l'armée ayant corrigé la première version situant la mort à Dom-le-Mesnil (sur la rive gauche de la Meuse) pour la remplacer par Vrigne-Meuse (sur la rive droite)[11]. La mention « Mort pour la France » est antidatée au [2] comme pour les autres Français morts le .

Le général Alain Fauveau rappelle entre autres les conditions de décès et d'enregistrement du décès d'Augustin Trébuchon dans son livre Le Vagabond de la Grande Guerre, d'après les carnets de guerre de son grand-père, le chef de bataillon Charles de Menditte en poste de commandement au village de Dom-le-Mesnil à cette époque[12]. Dans un article dédié à ce livre et cet épisode, Jean-Dominique Merchet estime que, pour les autorités militaires, « il n'était tout simplement pas possible de mourir pour la France le jour de l'armistice, le jour de la victoire. »[7].

Le dernier mort au combat ?[modifier | modifier le code]

Un doute subsiste sur le fait de savoir si Augustin Trébuchon est bien le dernier soldat français mort au combat pendant la campagne contre l'Allemagne[13] (les combats se poursuivent dans les Balkans et au Levant) ; ainsi, selon l'historien belge Jean-Emile Andreux, un autre soldat serait mort, cinq minutes avant 11 heures, par un tir d'obus allemand[11]. Selon Jean-Dominique Merchet, il pourrait s'agir de Jules Achille (né en 1893, en Mayenne) servant dans le même régiment[9].

René Richard, spécialiste de la guerre de 1914-1918 et président de l’association « Bretagne 14-18 », a mis à jour en 2017 le décès d'un autre combattant, mort à 10 h 58, soit trois minutes après Trébuchon, qui ne serait donc pas le dernier poilu mort au combat. Il s’agit d’Auguste Joseph Renault[14], né le , à Saint-Trimoël (Côtes-du-Nord)[15].

Le parait le premier roman consacré à Augustin Trébuchon, Augustin, du journaliste et écrivain français Alexandre Duyck. Il raconte de manière documentée et romancée les derniers jours de la dernière bataille de la Première guerre mondiale en France, dans les Ardennes, vus par Augustin Trébuchon[16].

Un jardin de la mémoire Augustin Trébuchon a été inauguré à Rethondes en 2012[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Fiche matricule no 906 d'Augustin Trébuchon », sur http://archives.lozere.fr/, cote R8165, folio 605.
  2. a b et c « Augustin Trébuchon », sur le site Amilo, consulté le 14 novembre 2008.
  3. Acte de naissance d'Augustin Trébuchon.
  4. a et b Alain Fauveau, « Le dernier combat : Vrigne-Meuse, 10 et 11 novembre 1918 », Revue historique des armées, no 251,‎ , p. 18-34 (lire en ligne).
  5. David Alliot, Philippe Charlier, Olivier Chaumelle, Frédéric Chef, Bruno Fuligni et Bruno Léandri, La tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'histoire, Les Arènes, , 200 p. (ISBN 978-2352042211), chap. VIII (« Trop tranquilles »).
  6. (en) « The last soldiers to die in World War I », BBC News, (consulté le 6 novembre 2008).
  7. a b et c Jean-Dominique Merchet, « 11 novembre 1918 : Vrigne-Meuse, la bataille de trop », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 11 novembre 2008).
  8. a et b Georges Dommelier, propos recueillis par Sébastien Hervier, « Qui était le Lozérien Augustin Trébuchon, dernier mort de la Grande Guerre ? », sur midilibre.fr, Midi Libre, (consulté le 13 novembre 2012).
  9. a et b Jean-Dominique Merchet, « 11 novembre 1918 : Augustin Trébuchon fut-il vraiment le dernier mort ? », sur marianne.net (consulté le 4 avril 2015).
  10. « Base des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale », sur memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 17 octobre 2018)
  11. a et b Jean-Emile Andreux, « Augustin Trébuchon, dernier poilu mort au front le 11 novembre 1918 ? », sur motsaiques2, (consulté le 4 avril 2015).
  12. Olivier Lahaie, « Alain Fauveau, Le vagabond de la Grande Guerre. Souvenirs de la guerre 1914-1918 de Charles de Berterèche de Menditte, officier d’infanterie », Revue historique des armées, no 254,‎ (lire en ligne)
  13. Toujours sur le front occidental, un soldat américain a été tué à 10 h 59 mn à Chaumont-devant-Damvillers dans la Meuse ; il s'agit de Henri Nicolas Gunther. Il appartenait au 313e bataillon de la 79e division d’infanterie de l'armée américaine.
  14. « Recensement militaire », sur sallevirtuelle.cotesdarmor.fr (consulté le 7 novembre 2018)
  15. Michel Derrien, « Le dernier tué de la Grande Guerre était breton », sur ouest-france.fr, Ouest France, (consulté le 30 juillet 2017).
  16. « Augustin », sur Éditions Jean-Claude Lattès (consulté le 17 octobre 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Alain Fauveau (préf. Jean Delmas), Le Vagabond de la Grande Guerre : Souvenirs de la guerre 1914-1918 de Charles de Berterèche de Menditte, officier d'infanterie, Geste Éditions, , 305 p. (ISBN 978-2845614048)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • David Alliot, Philippe Charlier, Olivier Chaumelle, Frédéric Chef, Bruno Fuligni et Bruno Léandri, La tortue d'Eschyle et autres morts stupides de l'histoire, Paris, Les Arènes, , 200 p. (ISBN 978-2352042211)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gérald Dardart, Mourir un 11 novembre : Vrigne-Meuse, la dernière bataille de 14-18, Nouzonville, Les Cerises aux loups, , 157 p. (ISBN 978-2913275027)