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Anne Ratier

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Anne Ratier
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J'ai offert la mort à mon fils (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Anne Ratier (née Gallego) est une mère filicide et une militante pro-euthanasie, auteure de l'autobiographie J'ai offert la mort à mon fils qui raconte pourquoi et comment elle a donné la mort à son fils polyhandicapé Frédéric en 1987, paru en février 2019 chez City Editions. Fortement médiatisée en France à partir de mars 2019, elle défend son geste , décidé avec l'accord de son mari, lors de ses passages médiatiques, relançant le débat sur l'euthanasie en France. Anne Ratier a reconnu que ce qu'elle a fait relevait du meurtre par préméditation d'un point de vue légal[1]Source insuffisante .

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Gallego, elle est la fille d'Emmanuel, immigré politique espagnol et de Colette, française. Anne Ratier suit une formation d’égyptologue à l'école du Louvre[2]. Elle vit dans l'Aveyron au moment de la publication de J'ai offert la mort à mon fils[2] mais a longtemps vécu à Toulouse[3], et est la mère de deux autres enfants, Ugo et Victoria[2]. En 1984, elle accouche de Frédéric, mort-né puis réanimé[pas clair] mais demeurant d'après elle dans un état « végétatif »[4] avec un cerveau « en grande partie détruit »[5] et faisant des crises d'épilepsie[6]. Refusant qu'il soit envoyé dans un centre spécialisé, elle le tue avec préméditation par administration d'une surdose de neuroleptiques, ce qui provoque un coma de trois jours puis la mort de Frédéric le [7]. Elle explique qu'il s'agit pour elle d'un « geste d'amour »[8]. En 1991, elle entame la rédaction d'un ouvrage à ce sujet[2]. Elle explique avoir trouvé un éditeur intéressé en 1994, mais que ce dernier a finalement renoncé à la publication pour la protéger elle et son entourage[2]. Son ouvrage sort après la fin du délai de prescription pour meurtre, le [9]. Elle témoigne en ces termes : « Je pense que c’est très important pour mon fils, qui ne pouvait pas parler, qui ne pouvait pas s’exprimer que de dire que, vraiment, la vie on ne pouvait pas la vivre à tout prix, et qu’il y avait pire que mourir. Parfois, c’était vivre dans un état végétatif, ou lourdement handicapé… Sans jamais avoir conscience de vivre vraiment »[10].

Médiatisation et réactions[modifier | modifier le code]

Elle se fait connaître le en participant à une interview avec Marc-Olivier Fogiel sur RTL[11],[12] et avec la mise en ligne d'une vidéo le 4 mars 2019 sur Konbini par le journaliste Hugo Clément[13],[9]. Cette vidéo, vue 2,5 millions de fois en 24 heures[14], choque une partie des internautes[13],[14] (dont certains accusent Anne Ratier d’eugénisme[15],[16]) et de la classe politique française.

La ministre de la santé Agnès Buzyn déclare en réaction que « rien ne peut justifier que l'on puisse donner la mort à un enfant »[17]. Adrien Taquet, chargé de la protection de l'enfance, décrit cette interview comme un acte « Consternant sur la forme, inadmissible sur le fond. Quand plus d’un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups d’un membre de sa famille, on ne banalise pas ces crimes. Rien ne justifie de tuer un enfant »[18]. La secrétaire d'état aux personnes handicapées Sophie Cluzel se déclare choquée par la mise en scène de la vidéo[19]. Corinne Husse, vice-présidente de l'Unapei, déclare que « Nous ne pouvons accepter de tels actes, en France ou ailleurs. Il est absolument nécessaire de soutenir l’enfant handicapé et aussi la famille. Mais, fondamentalement, toute vie vaut la peine d’être vécue, et personne n’a le droit de prendre ou reprendre la vie d’un autre »[18].

Elisa Rojas, juriste et militante pour les droits des personnes handicapées, estime que l'exposition médiatique offerte à Anne Ratier lui permet de se « vanter de son acte » et de le « rentabiliser »[19]. D'autres parents d'enfant handicapés ont demandé un droit de réponse à la vidéo d'Anne RatierSource insuffisante [20].

Sur Le Figaro, le philosophe et éthicien chrétien Damien Le Guay, auteur sur la fin de vie, s'étonne de cette soudaine médiatisation, estimant qu'il s'agit d'une « stratégie médiatique » et d'un « plan de communication savamment déployé », relevant de « sordides manières pour relancer le débat sur l'euthanasie »[11]. Il souligne aussi la manipulation d'éléments de langage permise par une complaisance médiatique visant à « mettre en avant, sans le moindre jugement moral, le « courage » de cette mère qui, sans répondre à l'attente de son fils, lui a « offert » la mort », et note que chaque intervention médiatique d'Anne Ratier se conclut par un militantisme en faveur de l'euthanasie[11].

Des internautes ont lancé un hashtag #BoycottAnneRatier, pour défendre la qualification de meurtre, et rappeler que le handicap de la victime ne modifie pas cette qualification des faits[21]. Anne Ratier a réagi à cette polémique le 13 mars pendant l'émission Les Grandes Gueules sur RMC, en déclarant qu'elle « ne parle pas pour blesser les handicapés », mais transmet son expérience[22].

Qualification et délai de prescription judiciaire[modifier | modifier le code]

Anne Ratier a répondu à la ministre Sophie Cluzel qu'elle « se trompe de débat », car « Mon histoire c’est celle de l'euthanasie. Même si j’avais été très bien accompagnée, j’aurais fait ce choix pour mon fils Frédéric »[21]. Comme le précise Sophie Cluzel dans sa réponse, le témoignage d'Anne Ratier ne permet pas d'invoquer l'euthanasie, car Frédéric n'était pas agonisant lorsqu'il a été tué par sa mère[21]. Agnès Buzyn a déclaré : « La loi Leonetti qui est une loi sur la fin de vie permet d'accompagner les personnes à l'agonie si elles ont exprimé leur désir d'être accompagnées. Ce n'est pas une loi qui s'applique à cet enfant parce qu'il n'était pas agonisant, il était tout simplement lourdement handicapé. Aujourd'hui, il n'y a pas de loi, en Belgique ou en France, qui aurait permis d'accompagner autrement cet enfant »[23].

Dans la vidéo de Konbini, il est affirmé à tort que le délai de prescription judiciaire pour ce type de meurtre serait de 30 ans. Cette information est erronée, le meurtre d'Anne Ratier étant en réalité prescrit depuis 2012[24],[25],[26] ; les faits qu'elle détaille dans son livre ne peuvent donc plus être poursuivis[27].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Un Homme simple, Biarritz, Atlantica, 2007, 211 p.[28]
  • Un aller pour Suriki, 22 mai 2018, Kindle (nouvelles précolombiennes)[2]
  • J'ai offert la mort à mon fils, City éditions, , 224 p. (ISBN 978-2-8246-1406-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir vidéo de Konbini, 4 mars 2019, témoignage de Anne Ratier.
  2. a b c d e et f Joel Born, « Aveyron : le bouleversant témoignage d’une mère sur le droit de donner la mort », Centre Presse, .
  3. Sandrine Morin, « "J’ai offert la mort à mon fils" : témoignage choc d’une mère qui veut relancer le débat sur l’euthanasie », France Bleu Occitanie, .
  4. Ratier 2019.
  5. « Elle explique pourquoi elle a tué son fils handicapé : polémique autour de l'interview d'Anne Ratier », sur midilibre.fr (consulté le 11 mars 2019).
  6. «J'ai décidé d'offrir la mort à mon fils», sur L'essentiel (consulté le 11 mars 2019).
  7. Renard Michiels, « « J’AI OFFERT LA MORT À MON FILS », LE LIVRE QUI FAIT POLÉMIQUE », le Matin, .
  8. « "Ce n'est pas de la vie, c'est de l'agonie" : Anne Ratier explique pourquoi elle a tué son fils polyhandicapé », France Télévision, .
  9. a et b « Elle explique dans un livre comment elle a tué son fils de trois ans et crée la polémique (vidéo) », sur FranceSoir, (consulté le 10 mars 2019).
  10. « Elle explique sa décision d'avoir mis fin aux jours de son fils de 3 ans, en état végétatif », sur Magicmaman.com (consulté le 11 mars 2019).
  11. a b et c Paul Sugy, « Euthanasie : « Comment la médiatisation de cas particuliers fausse le débat » », Le Figaro, .
  12. Marc-Olivier Fogiel et Quentin Marchal, « "Prête à aller en prison" : le témoignage sur RTL d'une mère qui a mis fin aux jours de son fils », RTL, .
  13. a et b « Anne Ratier Trente ans après, elle explique pourquoi elle a mis fin à la vie de son fils de trois ans et tétraplégique », La Voix du Nord, .
  14. a et b « "J'ai décidé d'offrir la mort à mon fils" : le témoignage qui choque », sur Marie Claire (consulté le 9 mars 2019).
  15. La-Croix.com, « La révélation d’un infanticide fait scandale », sur La Croix, (consulté le 22 mars 2019)
  16. « "J'ai décidé d'offrir la mort à mon fils" : l'interview d'une femme expliquant pourquoi elle a tué son enfant lourdement handicapé choque les internautes », sur Franceinfo, (consulté le 22 mars 2019)
  17. « Agnès Buzyn répond à Anne Ratier : "Rien ne justifie qu'on puisse donner la mort à un enfant" », Le Nouvel Observateur, .
  18. a et b Denis Sergent, « La révélation d’un infanticide fait scandale », La Croix, .
  19. a et b Émilie Tôn, « "J'ai offert la mort à mon fils" handicapé : le témoignage d'une mère ne passe pas », L'Express, .
  20. Caroline Becker, « Les parents de Gaspard réagissent à la vidéo de Konbini », sur Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle, (consulté le 11 mars 2019).
  21. a b et c David Bême, « "J’ai offert la mort à mon fils", le livre polémique d’Anne Ratier », sur Doctissimo, (consulté le 11 mars 2019).
  22. « « Je ne parle pas pour blesser les handicapés, je transmets mon expérience ! » Anne Ratier #GGRMC », RMC, (consulté le 17 mars 2019)
  23. Aurélie Haroche, « Agnès Buzyn en campagne… pour la santé des femmes et l’éthique », sur JIM.fr, (consulté le 11 mars 2019).
  24. Pauline Moullot, « L'homicide commis par Anne Ratier, qui a avoué avoir tué son fils handicapé en 1987, est-il prescrit ? », Libération, .
  25. Pauline Moullot, « L’homicide d’Anne Ratier sur son fils est-il prescrit ? », Libération, .
  26. « Elle avoue avoir tué son fils lourdement handicapé : Anne Ratier peut-elle être poursuivie ? », France Télévision, .
  27. Vincent Ollivier et Sofia Massou, « Affaire Ratier : précisions sur la prescription », Dalloz, .
  28. « Anne Ratier-Gallego », BNF (consulté le 9 mars 2019).