Wuchereria bancrofti

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La filaire de Bancroft (Wuchereria bancrofti) est un ver filiforme dont la présence dans les lymphatiques entraine la filariose de Bancroft ou filariose lymphatique.


Morphologie[modifier | modifier le code]

Petits vers blancs, translucides, ayant l'aspect de catguts fins ; le mâle mesure 4 cm et a l'extrémité postérieure enroulée, la femelle atteint 10 cm, leur diamètre est le 1/400 de leur longueur.

Biologie[modifier | modifier le code]

Cycle biologique de Wuchereria bancrofti

Les adultes vivent dans le système lymphatique de l'homme. Le cycle évolutif, à deux hôtes, exige un moustique (Culex surtout) comme hôte intermédiaire.

Les filaires mâles et femelles forment des couples étroitement peletonnés dans les gros troncs chylifères profonds et les ganglions lymphatiques qui les bloquent. Pendant 5 ans et plus, les femelles fécondées, vivipares, vont émettre des larves de 300 microns de long qui aboutissent dans la circulation sanguine, mais n'apparaissent dans les vaisseaux superficiels que vers minuit, d'où leur nom microfilaria nocturna. Elles y sont aspirées, à travers le repas de sang, par des moustiques à mœurs nocturnes (Culex quinquefasciatus (synonyme = "fatigans"), certains anophèles), passent dans leur cavité générale et, devenues larves infestantes en 8 à 10 jours, passent dans la gaine de la trompe. Elles s'en échappent lors des piqûres suivantes pour pénétrer activement à travers les téguments du sujet neuf, gagner son système lymphatique profond et donner des adultes.

Deux faits sont à noter :

  • le rythme d'apparition nocturne des microphilaires s'inverse avec le mode de vie : travailleurs de nuit ;
  • dans les îles du Pacifique, Wuchereria bancrofti pacifica (variété locale) donne des filarioses apériodiques, avec microfilaires à toute heure dans le sang périphérique, ce qui permet leur transmission par un moustique semi-diurne, Aedes polynesiensis.

Répartition géographique et importance[modifier | modifier le code]

Cette filaire, répandue très généralement dans toutes les zones intertropicales du globe, fut longtemps considérée comme seul agent de l'éléphantiasis, et, partant, comme la plus importante pour l'homme ; on sait actuellement que l'on rencontre également des éléphantiasis chez les porteurs de Brugia malayi ou, moins répandu, de Brugia timori et dans quelques autres maladies.

Clinique[modifier | modifier le code]

Les tableaux cliniques traduisent, à la fois, les effets directs de la filaire (obstruction mécanique, actions inflammatoire et allergisante) et ses effets indirects (porte ouverte aux infections streptococciques, réactions secondaires scléro-fibreuses des tissus).

La période d'incubation, entre l'envahissement par des larves infectieuses et leur arrivée au stade adulte, dure de 3 à 15 mois ; elle est muette, asymptomatique.

La période de début traduit surtout l'action directe des adultes installés dans le système lymphatique :

  • malaises mal définis, avec insomnie ou réveils nocturnes dus à des douleurs localisées (aine, aisselle, face interne de la cuisse, région génitale, scrotum ou testicule) ;
  • gonflement local avec adénopathie satellite; puis adénopathie généralisée, à petits ganglions durs, à infiltration éosinophilique, qui, associée à l'asthme, à une éosinophilie sanguine atteignant 70 à 90 %, à des infiltrats pulmonaires éosinophiliques tenaces, à des épisodes fébriles à 38 - 38,5 °C, constitue un syndrome de Weingarten typique. Ce dernier s'accompagne bientôt de poussées lymphangitiques localisées aux membres, au scrotum, avec funiculite, épididymite et orchite triplant le volume testiculaire.
  • Enfin, urticaire, prurit et douleurs articulaires signent également l'action allergisante.

La période d'état, très longue, traduit surtout la gêne apportée à la circulation lymphatique :

  • varices lymphatiques, très volumineuses, sur la paroi abdominale, les jambes, les bras, les aisselles ;
  • lymphangites à répétition, amenant aux infections secondaires, à des abcès ou à une septicémie ;
  • adénolymphocèle du triangle de Scarpa, du creux poplité, de l'aisselle;
  • lymphoscrotum compliquant un varicocèle lymphatique, ou lésion équivalente touchant les grandes lèvres chez les femmes ;
  • lymphorragies entraînant, selon les cas, chylurie, diarrhée chyleuse, ascite chyleuse.

La période tardive ou de chronicité, est celle des réactions secondaires ; elle comporte 2 tableaux classiques de la lymphangite endémique tropicale

  • accès répétés de lymphangite streptococcique
  • pachydermie par hypertrophie scléro-fibreuse des tissus sous-cutanés, recouvrant un œdème parfois considérable. Cet éléphantiasis qui peut ainsi peser 50 et même 100 kg, touche principalement les membres inférieurs, le scrotum et le pénis chez l'homme ; les grandes lèvres et les seins chez la femme.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La symptomatologie, la notion de passage en zone d'endémie, l'éosinophile sanguine (surtout importante dans les primo-infestations), dirigent vers le diagnostic de laboratoire :

  • par recherche des microfilaires dans le sang périphérique recueilli au milieu de la nuit, à partir de 22 h., ou dans les liquides d'épanchements, urine chyleuse, liquide d'hydrocèle, ou de ponction ganglionnaire ;
  • par immuno-électrophorèse, donnant des arcs caractéristiques ;
  • par immunofluorescence surtout, qui donne des résultats très nets sur coupes transversales de Dirofilaria immitis adultes.

Traitement[modifier | modifier le code]

  • L'ivermectine est utilisé per os dans le traitement de la filariose à Wuchereria bancrofti par le produit Mectizan des laboratoires MSD ;
  • la chirurgie corrigera les lésions éléphantiasiques ;
  • antibiotique(s) si surinfection(s).