Tightlacing

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Un corset réduisant le tour de taille à 41 cm.

Le tightlacing (mot d'origine anglaise, n'ayant pas d'équivalent en français. Pourrait se traduire approximativement par "corsetage", au sens de "port d'un corset lacé très serré".) est une pratique consistant, par le port constant d'un corset sur une longue durée (généralement 23h/24, 7 jours/7, en l'enlevant uniquement pour prendre sa douche et en dormant même avec), à réduire progressivement son tour de taille.

Technique[modifier | modifier le code]

Elle consiste à acheter d'abord un corset réduisant le tour de taille naturel de huit à dix centimètres (réduction maximale possible pour la plupart des gens quand on porte un corset pour la première fois ou de façon occasionnelle), à le porter nuit et jour pendant plusieurs semaines jusqu'à y être bien habitué(e) et s'y sentir confortable, puis, quand on peut le fermer totalement sans inconfort, à acheter un autre corset qui réduira la taille de 2 à 5 cm de plus, à le porter plusieurs semaines jusqu'à ce qu'on puisse y être totalement habitué, etc. Au fur et à mesure, chaque centimètre gagné est de plus en plus long et difficile à obtenir, et il arrive un moment au bout duquel une personne ne pourra plus rien réduire.

Le degré de serrage du premier corset, la rapidité de la progression et la réduction "finale" à laquelle on arrive, dépendent énormément des particularités de chaque individu : tour de taille de base bien sûr, mais aussi écart naturel entre les côtes basses et l'os des hanches, "compressibilité" naturelle (qui varie beaucoup entre deux personnes ayant pourtant les mêmes mensurations de départ)... et bien sûr assiduité au port du corset.

Pratiquer le tightlacing est un sacerdoce auquel on ne s'adonne pas sur un coup de tête, et qui suppose des mois voire des années de dévouement au port du corset, avec une modification des habitudes quotidiennes (on ne bouge pas de la même façon avec un corset très serré, on ne fait pas les mêmes activités ou on apprend à les faire différemment). Il existe sur le net des sites donnant les conseils et expériences des tighlacers d'aujourd'hui : faire de petits repas fractionnés plutôt que trois gros repas, apprendre à bien hydrater sa peau pour qu'elle ne s'abîme pas sous l'échauffement du corset, s'habiller différemment sous et sur le corset, l'enlever une heure par jour pour se doucher et faire quelques exercices de gymnastiques afin de conserver sa ceinture abdominale... (voir liens)

Effets physiologiques[modifier | modifier le code]

Peu à peu, les côtes basses flottantes se resserrent, les organes vitaux se répartissent au-dessus et au-dessous de la taille, permettant l'affinement progressif de celle-ci [1]. Ces modifications sont lentes et très progressives, il est illusoire de vouloir réellement changer son corps par le port occasionnel d'un corset.

Ceux qui espèrent affiner définitivement leur taille par le port occasionnel voire unique d'un corset (que ce port rare ne leur permettra de toutes façons, biologiquement, de serrer que de moins de 10 cm) voient leur corps reprendre le même aspect qu'avant dès qu'ils enlèvent le corset.

1905: Vous Pouvez Serrer Messieurs Mon Corset Est En VALEINE

Critiques[modifier | modifier le code]

À travers les époques c'est davantage le Tightlacing que le port du corset qui a été vilipendé. Souvent jugé amoral car signe de coquetterie et empêchant les femmes d'enfanter correctement, le corset porté serré est ainsi mis aux rangs des vices délitant la nation par Charles Dubois dans son ouvrage Considération sur cinq fléaux : l'abus du corset, l'usage du tabac, la passion du jeu, l'abus des liqueurs fortes et l'agiotage (1857).

Le reproche le plus souvent fait par les médecins mais aussi par les réformateurs du costume à la fin du XIXe siècle, que l'on aurait pu penser plus progressistes, était en effet que l’emploi du corset, et surtout le tightlacing, était une monstruosité qui empêchait la femme de remplir sa principale fonction, son seul vrai but dans l’existence : porter des enfants. Les textes de l’époque sont terrifiants tant le ton et le vocabulaire pamphlétaire employés soulignent que le corps de la femme ne lui appartient pas, n’existe que comme « réceptacle » du fœtus[2]. Tout droit de regard sur son propre corps, sa propre sexualité, est nié et vitupéré : le ventre de la femme doit rester libre pour se remplir régulièrement. Quand les méfaits du tightlacing sont évoqués, il est troublant de remarquer que ce n’est jamais le confort ou la douleur de la femme en tant qu’individu qui sont évoqués, mais systématiquement, soit sa coquetterie satanique, soit sa coupable atteinte à « la santé de la race » en se rendant malade et en rendant malade son fœtus ou en lui interdisant l’accès à la vie. Or il semble bien que l’emploi du corset, et justement, en particulier, la pratique du tightlacing, ait représenté pour de nombreuses femmes un moyen détourné de vivre leur droit à la sexualité (l’objet était déjà fétichisé à l’époque, bien que plus troublement et inconsciemment avant les théories freudiennes[2]) et surtout à posséder leur propre corps. La pratique du tightlacing pouvait donc être une façon, plus ou moins consciente, d’exprimer son droit à accéder à son propre corps, à exister en tant que femme et non seulement en tant que mère, et à avoir une forme d’auto-sexualité, fût-elle détournée. Certaines ont pu parfois utiliser un tightlacing très poussé et quotidien pour tenter d’avorter sans avoir recours aux dangereux services de la « faiseuse d’ange » et ses aiguilles à tricoter.

En somme, le corset était beaucoup plus complexe et plurisémique qu’on ne l’imagine aujourd’hui : pas toujours « dépossession » de son corps par une autorité (bien que certaines jeunes filles aient pu très mal vivre le port imposé par leurs mères), mais aussi, parfois, reprise de possession, envers et contre les critiques, de sa sexualité de femme et de son corps en général.

En tout cas, si le port du corset était quasiment obligatoire durant tout le XIXe siècle, et dans une moindre mesure aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, il ne l’était que comme « support » physique et supposément moral, comme maintien d’une relative sveltesse et droiture par opposition à une mollesse coupable ; la réduction importante de taille (qui est ce qu’on voit à tort aujourd’hui comme la normale de l’époque) était relativement rare.

Esprit et histoire[modifier | modifier le code]

Le tightlacing peut être considéré comme faisant partie des diverses pratiques de modifications corporelles (body modification) comme le piercing, le tatouage, le branding... il s'agit là aussi d'imprimer volontairement une marque personnelle sur son corps, de le modeler de la façon dont on le désire, en en tirant fierté et personnalisation esthétique - dût-on subir, comme pour toutes modifications corporelles, la désapprobation de ceux qui ne partagent pas les mêmes choix ou ne les respectent pas chez les autres.

Il a été pratiqué de façon beaucoup plus occasionnelle qu'on ne le pense aux XVIIIe et XIXe siècles [3] : seules quelques rares femmes de la haute société s'y consacraient, par choix personnel, et étaient souvent critiquées comme coquettes excessives voire vivement réprouvées par les médecins et moralistes religieux. La très grande majorité des femmes de tout statut social portaient le corset, mais assez peu serré, plus comme un soutien pour se tenir droite et affiner très légèrement la taille mais sans excès, et l'enlevaient pour dormir. Aujourd'hui, il existe une poignée de gens pratiquant le tightlacing, essentiellement aux États-Unis mais aussi quelques-uns en Europe.

Tighlacers actuels[modifier | modifier le code]

La femme amatrice de tightlacing la plus connue aujourd'hui est Cathie Jung[4], une Américaine d'une soixantaine d'année qui pratique le tightlacing depuis plusieurs décennies et a aujourd'hui la taille la plus fine au monde : 38 cm mesurés sur le corset. Son physique extrême et surprenant provoque parfois l'admiration esthétique, parfois le respect pour sa démarche personnelle pleine de volonté et d'originalité, et plus souvent des critiques très agressives et épidermiques... Elle fait occasionnellement des apparitions télévisées, dont la plus récente dans l'émission de Tyra Banks a été accompagnée d'une attitude très irrespectueuse de la présentatrice et du public.

Parmi les autres tighlacers connus on peut citer les Allemandes Lacie et Sylphide, les Américaines Michaela Grey (qui milite pour les droits de la femme, le féminisme et plus de respect pour les minorités) et Dita von Teese, célèbre pin-up moderne [5].

On peut aussi citer l'impressionnant Mr Pearl qui est corsetier à Paris depuis 2004 et travaille avec des stars comme Victoria Beckham ou Kylie Minogue. Mr Pearl a la taille la plus fine pour un homme : 43 cm[6] !

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. [1] Effets sur les côtes flottantes (basses) d'une pratique extrême du tightlacing
  2. a et b Bound to Please: A History of the Victorian Corset, Leigh Summers. Berg Publishers, 2001. Voir bibliographie.
  3. Source : Valerie Steele, The Corset: A Cultural History, Yale University Press, 2001, 240 p.
  4. [2] Cathie Jung
  5. [3] Dita von Teese
  6. [4] Mr Pearl et autres tighlacers (en anglais)

Liens externes[modifier | modifier le code]