SN 1987A

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Le rémanent de la supernova SN 1987A dans le Grand Nuage de Magellan, observé par le télescope spatial Hubble. Les deux points brillants sont des étoiles d'avant-plan. Sur les trois anneaux visibles, l'anneau central délimite l’extension actuelle du rémanent. Les anneaux extérieur, plus grands et plus faibles, résultent de phénomènes de perte de masse antérieurs à la supernova.

SN 1987A est le nom d'une supernova du Grand Nuage de Magellan, une galaxie naine proche de la Voie lactée visible depuis l'hémisphère sud. Les premières observations du phénomène ont été faites quelques heures à peine après que son éclat eut atteint la Terre, dans la nuit du 23 février 1987 par plusieurs astronomes amateurs et professionnels d'Amérique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande[1].

SN 1987A s'avère être la première explosion de supernova observée à l'œil nu durant le XXe siècle, avec des conditions d'observations quasi-optimales. Elle a permis de confirmer les principes généraux régissant ce phénomène, ébauchés plus d'un demi-siècle plus tôt. Elle a pu être observée en continu par une batterie d'instruments terrestres ou spatiaux opérant dans à peu près tous les domaines exploitables du rayonnement électromagnétique, ainsi que par des détecteurs de neutrinos. C'est aussi la première explosion de supernova dont le progéniteur était connu avant l'explosion. Pour toutes ces raisons, cette supernova est un des objets les plus importants et notables de l'astronomie moderne.

Le phénomène proprement dit s'est produit dans le Grand Nuage de Magellan à une distance estimée à environ 51,4 kiloparsecs de la Terre, ce qui en fait la supernova la plus proche observée depuis SN 1604, qui avait eu lieu dans notre Voie lactée elle-même[2]. Sa luminosité a atteint son maximum en mai 1987, avec une magnitude apparente aux alentours de +3 ; elle a ensuite décliné dans les mois suivants. Ce fut la première occasion pour les astronomes modernes d'observer une supernova aussi proche depuis l'invention du télescope. 51,4 kiloparsecs représentant environ 168 000 années-lumière, l'évènement cosmique en lui-même s'est en fait produit il y a 168 000 ans.

Sanduleak -69° 202a, l'étoile à partir de laquelle la supernova s'est formée, était une supergéante bleue ayant une masse initiale d'environ 20 masses solaires. Le fait qu'il s'agisse d'une supergéante bleue et non rouge fut une surprise car l'on considérait alors que seules les étoiles au stade de supergéantes rouges finissaient en supernovas. Certaines autres caractéristiques font de la supernova une explosion légèrement atypique.

Plus de 20 ans après sa découverte, le rémanent de la supernova reste l'objet d'observations intensives car il s'agit du plus jeune rémanent connu. La recherche du résidu compact (trou noir ou plus probablement étoile à neutrons) laissé par l'explosion a pour l'instant échoué, mais demeure également active.

Découverte[modifier | modifier le code]

Comme toute supernova, SN 1987A a vu sa luminosité s’accroître considérablement en l’espace de quelques heures, permettant à plusieurs observateurs de la découvrir indépendamment les uns des autres. Par ailleurs, la supernova étant située dans le Grand Nuage de Magellan, une galaxie très prisée des observateurs amateurs et professionnels de l’hémisphère sud, le moment de brusque augmentation de luminosité de l’astre est connu avec une très grande précision.

Le 24 février à 1h30 TU, l’astronome canadien Ian Shelton de l’université de Toronto entreprend depuis l’observatoire de Las Campanas une photographie à longue pose (3 heures) du Grand Nuage de Magellan, dans le cadre d’un programme de recherche d’étoiles variables et de novae effectué avec un instrument de 25 cm de diamètre. Après la prise de vue, il développe son film et se rend compte par inspection visuelle de celui-ci à 5h30 TU de la présence d’un nouvel astre. À l’instar de Tycho Brahe qui près de 400 ans plus tôt avait, lors de sa découverte de la supernova SN 1572, hélé des passants pour leur demander confirmation de ce qu’il voyait, Shelton fait de même et va à une coupole voisine du télescope Swope d’un mètre de diamètre, où travaillent plusieurs confrères, dont Oscar Duhalde, Robert Jedrzejewski et Barry Madore. À ce moment-là, Duhalde confirme avoir vu l’astre vers 4h45 TU, lors d’une pause où il était parti faire du café et où il était sorti voir le ciel (d’excellente qualité ce soir là) pendant que chauffait l’eau. Peut-être fatigué, et sans doute distrait par les rires de ses confrères qui racontaient des histoires drôles à son retour dans la salle de contrôle du télescope, Duhalde avait omis de signaler ce qu’il avait vu[3]. Les quatre astronomes sortent dehors vérifier les dires de Shelton, puis Barry Madore et un confrère, W. Kunkel alertent l’Union astronomique internationale de la découverte, qui est diffusée à la communauté scientifique dans la journée du 24[4]. Quelques heures après, l’astronome amateur néo-zélandais Albert Jones annonce lui aussi avoir découvert l’astre vers 8h50 TU lors d’une observation routinière des étoiles variables du Grand Nuage de Magellan, malgré un temps plus nuageux.

Après examen de clichés du Grand Nuage pris la veille et l’avant-veille, il s’avère que les premiers instantanés de l’explosion ont en fait été réalisés par l’astronome amateur australien Robert McNaught le 23 février avec deux clichés consécutifs réalisés à 10h38 puis 10h41 TU. Un peu plus d’une heure auparavant, vers 9h20 TU, Jones avait fait une observation visuelle du Grand Nuage, mais sans voir la supernova. La supernova étant en limite de visibilité à l’œil nu sur les clichés de R. Mc Naught, c’est bien ce dernier qui a vu la supernova en premier, quoique sans s’en rendre compte. Du fait que la nouvelle fut communiquée à l’Union astronomique internationale à la suite de l’annonce de Ian Shelton, c’est ce dernier qui est le plus souvent crédité de la découverte, même si Oscar Duhalde avait pris conscience avant que Shelton ne le découvre du phénomène qu’il avait observé à l’œil nu. Le crédit de la découverte est également à partager avec Albert Jones qui avait la même nuit mais un peu plus tard pris conscience de l’apparition de la supernova.

Ceci étant, la première trace de l’explosion parvenue sur Terre n’a pas été portée par l’augmentation de luminosité de l’astre, mais par les neutrinos, particules difficiles à détecter mais brièvement émises en très grand nombre quelques heures avant l’augmentation de luminosité l’astre. C’est ainsi que trois détecteurs de neutrinos ont simultanément détecté le 23 février à 7h36 TU une grosse vingtaine de neutrinos produits par la supernova. Les trois détecteurs sont Kamiokande au Japon, IMB aux États-Unis et Baksan en ex-URSS. Un quatrième détecteur, LSD, situé sous le massif du Mont Blanc pourrait avoir détecté des neutrinos en provenance de la supernova, mais cette affirmation est hautement controversée car les éventuels neutrinos détectés auraient été émis plusieurs heures auparavant, chose très difficile à réconcilier avec la compréhension actuelle du mécanisme de supernova[5],[6].

Supernova et neutrinos[modifier | modifier le code]

L'étude des modèles théoriques indique que 99 % de l'énergie émise par les supernovas l'est sous forme de neutrinos. Pour la première fois grâce à SN 1987A, l'émission de neutrinos par une supernova a pu être observée directement. En effet, lors de l'effondrement gravitationnel du coeur de l'étoile, la pression de dégénérescence des électrons n'est pas suffisante pour contrecarrer l'effondrement, les électrons fusionnent avec les protons, produisant des neutrinos suivant la réaction ci-après. L'astre résultant est alors une étoile à neutrons, en partie stabilisée par la pression de dégénérescence des neutrons, mais surtout par l'aspect répulsif de l'interaction forte à très courte portée (à très courte portée, ce n'est plus les pions qui sont échangés, donnant son caractère attractif, mais des mésons ρ). Les neutrinos n'interagissant que très faiblement avec la matière sont immédiatement libérés, c'est pourquoi le pic de neutrinos a été détecté 3 heures avant la contre-partie optique.

p + e^- \longrightarrow n + \nu_e

Environ trois heures avant que la lumière visible du phénomène n'atteigne la Terre, un éclat de neutrinos fut observé dans trois observatoires de neutrinos différents (Kamiokande II, IMB et Baksan). À 7 h 35 TU, Kamiokande détecta 11 neutrinos, IMB 8 neutrinos et Baksan 5 neutrinos, le temps d'un éclair qui dura moins de 13 secondes. Bien que le nombre de neutrinos observés soit de seulement 24 au total, il s'agissait là d'une augmentation significative par rapport au niveau normal. Les observations corroboraient les estimations des modèles, avec un total de 10^{58} neutrinos émis, pour une énergie totale de 10^{46} joules.

Morphologie des anneaux[modifier | modifier le code]

Les étoiles donnant naissance à des supernovas de type II sont en général des géantes rouges, très différentes de Sanduleak -69° 202a. Son évolution en supernova s'explique par une perte de masse avant son explosion, ce qui peut se traduire sur un diagramme HR par un passage de supergéante rouge à supergéante bleue. Cette théorie a été confirmée par la présence de trois anneaux de gaz autour de SN 1987A. Le télescope Hubble a permis de dater l'éjection de matière les constituant à environ 20 000 ans avant l'explosion. La morphologie particulière de ces anneaux est une des principales caractéristiques de SN 1987A. Les deux anneaux extérieurs et l'anneau intérieur (plus petit) forment une sorte de « sablier », l'anneau intérieur formant le col.

Plusieurs théories de la formation des anneaux sont proposées :

  • Lors de la phase de supergéante bleue, les violents vents solaires auraient « sculpté » une géométrie particulière en forme de sablier dans la matière éjectée lors de la phase de supergéante rouge.
  • Si l'anneau central est toujours expliqué par les vents solaires, les deux anneaux extérieurs seraient « illuminés » par le gaz éjecté dans la supernova par un pulsar ou par un trou noir émettant comme un pulsar. Si l'on cherche à déterminer la position de ce pulsar à partir de la morphologie des anneaux extérieurs, on ne tombe pas sur la position de Sanduleak-69°202 mais sur un objet sombre à 0,3 année lumière de celle-ci.
  • Une explication plus simple fait appel aux propriétés de la sphère de Strömgren : l'astre très chaud crée dans un nuage constitué principalement d'hydrogène à très basse pression, une structure en première approximation de symétrie sphérique, dont la température décroît avec la distance.

Au voisinage de la sphère de Strömgren, définie par une égale population de protons et d'atomes, les atomes très excités amplifient le rayonnement Lyman alpha émis spontanément. Comme dans un laser, cette émission induite dite superradiance est d'autant plus intense que le rayonnement inducteur est plus intense, de sorte que les faisceaux de lumière les plus intenses absorbent toute l'énergie disponible, ce qui limite le nombre de modes superradiants et étouffe l'émission spontanée. C'est la « compétition des modes ». L'initiation de la superradiance se fait dans les directions où l'amplification est maximale sur une distance maximale, c'est-à-dire tangentiellement à la sphère de Strömgren, au limbe de cette sphère.

Dans une direction donnée, les rayons superradiants sont des génératrices d'un cylindre de révolution. Si l'émission est intense, la compétition des modes fait apparaître des génératrices très lumineuses formant les « perles » du collier. Un tel collier de perles peut être obtenu en masquant les modes centraux d'un laser multimode.

De nombreux limbes superradiants de sphères de Strömgren sont observés, mais généralement attribués à l'action d'un effet gravitationnel lié à un alignement (improbable) d'un astre brillant et d'un astre massif. Toutefois, cette interprétation explique difficilement la ponctuation de certains anneaux, par exemple de IPHASXJ94359.5+170901.

Burrows et al. ont démontré que les anneaux coincident avec les trois limbes du « sablier ». Le sablier doit alors être considéré comme une sphère de Strömgren « étranglée ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) W. David Arnett et al., Supernova 1987A, Annual Review of Astronomy and Astrophysics, 27, 629-700 (1989) union astronomique internationale RA%26A..27..629A Voir en ligne.
  2. La lumière d'autres explosions de supernovae galactiques a atteint la Terre depuis 1604, comme celle de Cassiopée A ou SNR G1.9+0.3, mais aucun de ces phénomènes n'avait été observé en direct.
  3. L’anecdote de l’« oubli » surprenant de Duhalde est relatée avec force détail à la page 40-41 de (en) Robert P. Kirshner, The Extravagant Universe: Exploding Stars, Dark Energy, and the Accelerating Cosmos, Princeton University Press, 312 pages (2002), ISBN 0-691-05862-8.
  4. (en) Circulaire IAU no 4316: 1987A; N Cen 1986 Voir en ligne.
  5. (en)W D Arnett, J N Bahcall, R P Kirshner, and S E Woosley, Supernova 1987A, Annual Review of Astronomy and Astrophysics, Vol. 27: 629-700 (Volume publication date September 1989) DOI:10.1146/annurev.aa.27.090189.003213
  6. (en) Neutrinos and Supernova 1987A

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • B. Strömgren ApJ 89, 526, 1939.
  • E. Michael et al. ApJ 593, 809, 2003.
  • C. J. Burrows, et al. ApJ, 452, 680, 1995

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]