René Binet (architecte)

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René Binet
Image illustrative de l'article René Binet (architecte)
René Binet, 1900, photographe anonyme
Présentation
Naissance 14 novembre 1866
Chaumont-sur-Yonne (France)
Décès 23 juillet 1911 (à 44 ans)
Ouchy (Suisse)
Nationalité française
Mouvement(s) Art nouveau, orientalisme, Belle Époque
Activité(s) Architecte, peintre
Formation ENSBA
Œuvre
Projets Porte Monumentale, 1900
Printemps, 1907-1910
Distinctions Prix Rougevin, 1896
Entourage familial
Père Joseph-Hyacinthe Binet
Mère Marie Grosset

René Binet, né le 14 novembre 1866 à Chaumont dans l'Yonne et mort le 23 juillet 1911 à Ouchy (Suisse), est un architecte, peintre et théoricien.

Biographie[modifier | modifier le code]

René Binet est le fils du brigadier à la pose du chemin de fer (à la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Marseille) sénonais Joseph-Hyacinthe Binet (né en 1827) et de Marie Grosset (née en 1844) (mariés en 1866). Il a une sœur, Marguerite, née en 1878. La famille s'installe à Sens entre 1873 et 1881[1].

René Binet architecte[modifier | modifier le code]

La Porte monumentale de l'Exposition universelle de 1900[modifier | modifier le code]

Le sénonais René Binet a réalisé la porte monumentale, place de la Concorde, pour l’Exposition Universelle de 1900 à Paris.

Commandée en décembre 1896, et construite de mars 1899 à mi-avril 1900, Binet eut plusieurs sources en tête lors de la conception ; des souvenirs d’enfance aux architectures polychrome de Venise, du Traité des couleurs de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) aux travaux du biologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919) dont Binet aimait se plonger dans les 50 volumes conservés la bibliothèque du Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

Binet voulait réaliser quelque chose « qui n’a jamais été fait en architecture, une architecture de couleur et de lumière ». Ainsi cette porte a été remarquée, non pas par la polychromie en elle-même, mais comme étant la première tentative de domestication de l’électricité au service de la couleur et de l’architecture.

Les magasins du Printemps de la mode et autres[modifier | modifier le code]

Il est également l'architecte des reconstructions des magasins du Printemps de la mode en 1907. Concernant les autres réalisations (maison de retraite de Couilly-Pont-aux-Dames, ponts, P.T.T., théâtre populaire du Temple, maison Cravoisier à Sens…), voir les différents chapitres du catalogue d'exposition René Binet, 1866-1911, un architecte de la Belle Époque, Sens, 2005.

Binet et l'orientalisme[modifier | modifier le code]

L'architecture orientaliste à l'Exposition universelle de 1900[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, mais plus précisément à partir de l'Exposition universelle de Londres en 1851, on voit se manifester des débats sur ces apports orientaux pour les arts décoratifs qu’il est intéressant de restituer pour rendre compte du climat de l’époque.

Selon Roger Marx, René Binet s’inspire de l’Orient dans cette porte de l’Exposition universelle de 1900 : « Les suggestions de l’art musulman ne paraissent point étrangères au style de la porte monumentale flanquée de mâts minarets, et on la croirait volontiers imaginée par quelques conteurs des Mille et Une Nuits, lorsque le soir, elle tend à travers les ténèbres son diadème lumineux d’améthyste et d’émeraudes. » Le critique confirme l'accueil favorable qu’il réserve à ces constructions venues d’ailleurs. Et il rend grâce à l’allure orientale qu’il retrouve dans l’œuvre de l’architecte René Binet qui a conçu la porte monumentale de l’exposition universelle.

On voit dans les références à l'Orient de ce critique des suggestions de l’art musulman qui élargissent la sphère de l’orientalisme et qui montrent qu’il y a une véritable correspondance entre les représentations de l’Orient en peinture, en littérature, et dans cette architecture d’exposition.

« Il est à l'Exposition, peu de monuments aussi favorisés du sort que celui-ci. Qu'ils le veuillent on non, des millions de visiteurs seront contraints de le contempler, et, nous l'espérons, de l'admirer. On se rend compte des difficultés qui étaient à vaincre pour obtenir de bons résultats avec un monument de cette situation et de cette destination. Il convenait, en effet, que, pour être monumentale, l'entrée principale de l'Exposition demeurât cependant d'un usage essentiellement pratique. Il convenait aussi que, premier monument soumis à la critique des arrivants, cette porte, tout en étant de note originale, ne dépaysât pas trop brusquement l'œil encore habitué au classicisme architectural de la place de la Concorde. Il semble que M. Binet et ses collaborateurs aient heureusement résolu ce problème double. D'abord, en effet, la Porte monumentale aura cet avantage d'être merveilleusement facile à l'écoulement du public, en dedans et en dehors, grâce à un système de guichets, qui sont déjà en place, et dont, par conséquent, nous est bien apparue l'économie. […] Pour entrer, on usera des dix-huit guichets, soit neuf de chaque côté. Mais ces dix-huit guichets constituent, en réalité, trente-six entrées, car chacun d'eux est séparé en deux par une balustrade métallique en forme de losange allongé. C'est à l'intérieur de ce losange que seront postés les agents de service. Les oblitérateurs de tickets et les encaisseurs se tiendront eux dans les baraques placées aux intervalles des guichets. Ajoutons que le sol est, à ces entrées, disposé en dos d'âne, de façon à diminuer le danger des poussées de foule. Si, maintenant, vous voulez savoir le nombre de personnes qui, grâce à ce système de guichets, pourront pénétrer dans l'Exposition par la Porte monumentale, apprenez qu'on est arrivé au chiffre minimum de 1 000 à la minute, soit, par heure, 60 000, y compris le temps nécessaire pour le paiement des entrées et l'oblitération des tickets. M. Binet, dans un premier projet, avait même trouvé le moyen de faire pénétrer 90 000 personnes par heure, en disposant des passages souterrains, mais, tel quel, projet définitivement adopté suffira, et, sous ce rapport, l'Exposition de 1900 aura réalisé encore un grand progrès sur celle de 1889 ».

Mais c'est aussi un peintre. Il ne lui suffit pas d'aménager une entrée commode ; il voulut encore faire une porte de bel aspect. D'école indépendante, et, de ses voyages en Italie, en Espagne et en Afrique, ayant conservé dans les yeux de chaudes visions d'art, il résolut de nous donner un monument où tous les jeux de la forme et de la couleur contribueraient, comme il arrive aux pays de soleil, à l'effet d'ensemble. Pour la forme, sa porte affecte, en général, l'apparence d'un dôme de style oriental, avec, du côté de la place de la Concorde, deux pylônes élevés. Mais, à notre avis, la plus grande nouveauté de l'œuvre est dans sa couleur. Ayant, en effet, pour premier objet de briller, le jour sous les feux du soleil, et, la nuit, sous l'éclairage électrique, il a fallu couvrir la carcasse du monument de revêtements tels qu'ils pussent, à la lumière naturelle ou artificielle, donner à l'ensemble un aspect vraiment éblouissant. On y est parvenu. L'intérieur de la coupole sera tout doré. Les pylônes seront, sur toute leur partie supérieure, recouverts de lames de « verre américain» bleuté à pointillé d'or, et de teintes dégradées (les plus sombres en bas, les plus claires en haut) obtenues par des bains successifs. Partout, pour le soir, sont piqués des cabochons, bleus ou jaunes d'or, d'où les lampes électriques lanceront des feux colorés. Il se trouve même que certains de ces globes produiront, à leurs alentours, un auréolage qui doublera l'effet de lumière. Ainsi comprise, la porte présentera, de nuit et de jour, l'aspect d'une sorte de vaste mosquée lumineuse à minarets étincelants. On a fait déjà des essais d'éclairage qui ont donné les meilleurs résultats, et M. Binet ainsi que son collaborateur M. Gentil, s'assurent qu'au jour de l'inauguration, Parisiens, provinciaux et étrangers ne seront pas déçus, pour le premier pas qu'ils feront dans l'Exposition, si du moins le soleil est de la fête. Mais n'en serait-il pas, que, la nuit tombée, l'effet, grâce à l'électricité, serait encore saisissant, bien qu'entièrement différent.

Il nous reste à parler de l'importante partie sculpturale que comprend la Porte monumentale, […]. Enfin, dominant la Porte tout entière, planant au-dessus de la proue d'un navire symbolique, voici que se dresse une majestueuse statue, de M. Moreau-Vauthier. Ce n'est pas la traditionnelle allégorie à péplum. C'est une femme de ce temps, moulée dans une robe très moderne et couverte d'un long manteau de bal entr'ouvert. Cette femme, c'est Paris, Paris de 1900, se dégageant du passé et se tournant vers l'avenir, Paris qui, d'un beau geste accueillant des bras, semble inviter le monde à venir puiser de la fierté et de l'espérance dans la vue de l'œuvre pacifique accomplie par un siècle d'humanité. »

— Auteur anonyme, Le Petit Journal, 20 mars 1900[2]

On peut signaler que René Binet avait une connaissance très précise de l’Orient car il a exécuté des dessins d’inspiration orientale[réf. souhaitée].

Dix aquarelles, conservées (à l’ENSBA, Paris) sous le nom “rue du Caire” [3], lui furent commandées par le baron Alphonse Delort de Gléon (1843-1899), ingénieur des mines établi au Caire. Elles représentent, non pas des vues du Caire, mais la fameuse reconstitution que le baron en avait produite sur 1 000 m² à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889 à Paris. Cet ensemble dont seules les aquarelles de Binet nous permettent d’apprécier la polychromie, se composaient d’une suite de constructions caractéristiques (portes monumentales, mosquées, école, maisons, échoppes, café…) décorées de moulages pris sur place. La mosquée était une copie à l’identique mais réduite de la mosquée sépulcrale de Qayt bay du cimetière Nord du Caire. Toutes les boiseries des maisons étaient authentiques et anciennes : les moucharabiehs provenaient de maisons démolies dans les vieux quartiers du Caire pour cause d’« haussmannisation ».

Outre l’architecture, on pouvait y contempler le travail que des artisans venus du Caire réalisaient sous les yeux du public.

Finalement, il existe ainsi une architecture que l’on peut finalement qualifier d’orientaliste [4]. C’est le cas bien sûr des Expositions Universelles qui fournissent de nombreux exemples. Lieux d’importation et d’expérimentation, les Expositions proposèrent les premiers exemples de l’utilisation architecturale de la brique émaillée, découverte avec la réduction de la mosquée verte de Brousse, de bains et d’un kiosques du Bosphore, réalisés par Léon Parvillée (1830-1885) en 1867, magnifiée au Palais des Beaux-Arts érigé par Jean-Camille Formigé en 1889, avant d’être diffusée dans la construction publique et privée[5].

L'orient et son influence dans le travail de Binet[modifier | modifier le code]

C’est donc à Paris et tout jeune qu’Étienne Binet découvrit l’art oriental, et en particulier ses expressions égyptiennes, dans un savant mélange mêlant fragments authentiques, fac-similé et reconstitutions. Il ne se rendra au Moyen-Orient qu’en 1904, dans le cadre d’une mission qui lui aurait été confiée par l’Académie des Beaux-Arts. Dans sa demande au ministre, Binet voulait se rendre « en Turquie et Asie mineure afin d’étudier les revêtements céramiques qui ornent les monuments (mosquées, fontaines, cours intérieures, etc.) et qui contribuent pour une large part au caractère des villes d’Orient » et « l’adaptation possible de ce principe de revêtements céramiques, à nos monuments modernes » (lettre de R. Binet du 15 juillet 1904).

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. SAULNIER-PERNUIT Lydwine et BALLESTER-RADET Sylvie (sous la dir.). René Binet, 1866-1911, un architecte de la Belle Époque, cat. expo. Sens, musée municipal et de l’Orangerie. 2005. Sens : musées de Sens éd. 140 p. Catalogue de l'exposition qui a eu lieu à Sens du 3 juillet au 2 octobre 2005.
  2. erreur dans la référence : http://www.jetons-monnaie.net/p/1900b.html et http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6152887/f1.image
  3. http://www.ensba.fr/ow2/catzarts/rechcroisee.xsp?op=and&f=Ensemble&v=&op=and&f=Auteur_word&v=binet&op=and&f=Titredesignation_word&v=caire
  4. OULEBSIR Nabila et VOLAIT Mercedes (sous la dir. de). L'orientalisme architectural. Entre imaginaires et savoirs. Paris, Picard. Avril 2009. 304 p. Cf. http://picard.itnetwork.fr/prospectus/224090.pdf
  5. ALLARD Sébastien et DES CARS Laurence (sous la dir. de LOYRETTE Henri). « La ville moderne » in L’art français. Le XIXe siècle. 1819-1905. 2006. Paris, Flammarion. 464 p., notamment p. 330
  6. Il s'agit certainement de l'aquarelle demandée par Alfred Picard, le commissaire général de l'Exposition, à Binet, pour appuyer le projet : “Il va falloir que vous fassiez une belle aquarelle de votre porte, que le ministre la voie, enfin une belle chose et qu'il ait au moins une heureuse impression sur quelqu'un”. Binet répond : “Je vais très vite, Monsieur, et vous donnerai une aquarelle satisfaisante”. “Je le sais”. Enfin, il écrit : “l'aquarelle pour moi, c'est l'eau pour le poisson”
  7. photo extraite du catalogue souvenir de l'Exposition Universelle 1900, Paris, collection particulière (exemplaire illustré : Paris, coll. particulière [R.S.])

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le catalogue d'exposition (René Binet, 1866-1911, un architecte de la Belle Époque, 2005), reste la source de référence à ce jour.
  • Biographie de René Binet (cf. BAUBAN-BINET Marguerite. René-Joseph Binet. Sa vie, son œuvre. 1866-1911. 17 juin 1945. non édité (manuscrit). 142 p.)