Peronet Lamy

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Peronet Lamy, actif à partir de 1432 et décédé avant juillet 1453, appelé « Perenet lenlumineur », est un peintre et un enlumineur français du deuxième quart du XVe siècle, dont la carrière s’est entièrement déroulée au service de la maison de Savoie.

Biographie et œuvre[modifier | modifier le code]

Si Peronet Lamy est cité plusieurs fois dans les comptes savoyards pour ses activités d'enlumineur, plusieurs des manuscrits qui lui sont attribués le sont par les historiens de l’art sur des critères esthétiques ou iconographiques[1].

On suppose qu’il est né à Saint-Claude dans le Jura français : on ne conserve pas son acte de naissance, mais son frère Jean vivait à Saint-Claude en 1453[2]

Son nom apparaît pour la première fois en Savoie en mai 1432, quand il est rémunéré de cinq florins pour ajouter les marginalia (illustrations en marge) du manuscrit de l'Apocalypse conservé au Musée de l'Escorial[3], projet sur lequel il a travaillé jusqu'en 1434. Ce manuscrit, un chef-d'œuvre de la miniature du gothique tardif, commande des ducs de Savoie Amédée VIII et Charles Ier, est un commentaire de l’Apocalypse par Bérengaud et a été illustré par trois peintres : Jean Bapteur et Péronet Lamy en 1428-1435 puis terminé par Jean Colombe en 1486-1490[4]. Les registres de compte indiquent que Lamy a réalisé non seulement les marginalia des 97 feuillets mais aussi les initiales et « certaines images »[5], qui ont été identifiées avec les miniatures des folio 24 verso – 26 recto[6].

En août 1432 Péronet Lamy travaille de nouveau avec Jean Bapteur, cette fois sur la salle neuve et la nouvelle chapelle du château de Thonon. C’est la seule œuvre de Lamy conservée qui ne soit pas un manuscrit.

En 1434, on lui attribue la centaine de lettrines d'or du livre d’heures d’Anne de Lusignan.

En 1436, il exécute une Nativité ajoutée en frontispice d’un évangéliaire réalisé pour Pietro Donato, évêque de Padoue[7] ; l’identification a été proposée par Otto Pächt en 1943 : alors que les 53 autres miniatures sont dans un style italien, le frontispice est d’un style très différent, et avait déjà été attribué à un artiste rhénan. S. Edmunds émet l’hypothèse que Peronet Lamy a pu être embauché par Donato alors que celui-ci participait au concile de Bâle[8].

Notitia Dignitatum, manuscrit latin 9661 de la Bibliothèque nationale de France, folio 139
Notitia Dignitatum, manuscrit latin 9661 de la Bibliothèque nationale de France, folio 139

Pietro Donato fait de nouveau travailler Lamy pour une copie d’un manuscrit carolingien (aujourd’hui perdu, et lui-même copie d’un manuscrit du V siècle), le Codex spirensis qui contenait une copie de la Notitia dignitatum. Une des illustrations, une vue de Constantinople, semble avoir été une addition de Peronet Lamy et ne pas avoir figuré dans l'original[9]. C’est aujourd’hui le manuscrit MS. Canon. Misc. 378 conservé à la Bibliothèque bodléienne. Peronet Lamy enlumine à la même époque une seconde copie du même texte, conservée sous la cote Latin 9661 à la Bibliothèque nationale de France.

En 1440 Lamy est payé pour une « ystoire de Nostre Dame et la première lettre et la vignette entour », dans un livre d'heures réalisé pour Yolande de France, fiancée du duc Amédée IX de Savoie.

En novembre 1443, il reçoit cinq ducats d’or pour « enluminures aucunes » : ces enluminures ont été identifiées avec celles de deux missels réalisés pour le duc Amédée VIII pendant la brève période (1439-1449) où celui-ci a porté la tiare pontificale sous le nom de Félix V[10].

Péronet Lamy travaille en 1442-1443 à l'exemplaire de dédicace du manuscrit du Champion des Dames de Martin Le Franc, exécuté sous la direction de l'auteur et remis à Philippe le Bon duc de Bourgogne[11].

Plusieurs autres manuscrits sont attribués à Lamy, notamment une copie des œuvres de Cicéron portant l'ex-libris de Martin Le Franc[12], un livre d'heures à l'usage de Rome qu'il a enluminé en collaboration avec trois autres artistes[13], ainsi qu'un livre d'heures à l'usage de Besançon[14]. L’illustration des Heures de Saluces [15] a été commencée par Peronet Lamy, avant d’être achevée par Antoine de Lonhy, vers 1460[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sheila Edmunds, « The Missals of Felix V and early aavoyard Illumination » dans The Art Bulletin, vol. XLVI, n° 2, 1964, p. 127-141.
  • (en) Sheila Edmunds, « New ligt on Bapteur and Lamy » dans Atti dell' Accademia delle scienze di Torino, vol. 102, 1967-1968, p. 501-564.
  • François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, Flammarion et Bibliothèque nationale, 1993, p. 203-216.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1.  Un premier recensement des oeuvres attribuables à cet artiste a été fait par Sheila Edmunds en 1964. Ces identifications sont acceptées par la plupart des historiens de l’art, par exemple Brigitte Buettner, « Past Presents: New Year's Gifts at the Valois Courts, ca. 1400 » dans The Art Bulletin, 83, 4, 2001, p. 617.
  2. Cf. Sheila Edmunds, p. 133 et p.140-141.
  3. Madrid, Escorial, Biblioteca Monasterio San Lorenzo, MS. E. Vit. 5
  4. Laurence Rivière Ciavaldini, Imaginaires de l'Apocalypse. Pouvoir et spiritualité dans l'art gothique européen, Paris CTHS et Institut national d'histoire de l'art, 2007 (collection L'art et l'essai, 4)
  5. Cf. S. Edmunds, p. 138 : Lamy a été payé trois ducats « pro certis ymaginibus positis ».
  6. Cf. S. Edmunds, p. 135 ; les thèmes en sont l’Adoration du dragon, deux Adoration des bêtes, et le Nombre de la Bête. Elles ont été sensiblement modifiées par Jean Colombe.
  7. New York, Pierpont Morgan Library, Ms. 180
  8. Voir aussi Ian Holgate, « Paduan culture in Venetian care : the patronage of Bishop Pietro Donato (Padua 1428–47) », dans Renaissance Studies, vol. 16, 1, 2003, p.1-23.
  9. Michael Vickers, « Mantegna and Constantinople », dans The Burlington Magazine, 118, 1976, p. 683.
  10. Missels conservés à Turin : Bibliothèque royale (cote Var. 168) et Archivio di Stato (ms. J. b. II 6).
  11. Bruxelles, Bibliothèque royale, Ms. 9466.
  12. Genève, Bibliothèque publique et universitaire, Lat. 101 ; B. Gagnebin, « Une copie du Mortifiement de vaine plaisance retrouvé à Genève », dans Scriptorium, XXVI, 1973, p. 51-53 et pl. 12-15.
  13. Grenoble, Bibliothèque municipale, ms. 162 ; F. Avril, notice n° 113 dans Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, 1993, p. 206-208.
  14. Yale, Beinecke Library, ms. 577.
  15. Manuscrit conservé à Londres (British Library, Additional 27697).
  16. François Avril, « Le Maître des Heures de Saluces : Antoine de Lonhy », dans Revue de l’art, 85, 1989, p. 9-34 ; F. Avril, notice n° 117 dans Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, 1993, p. 213-216.