Paul Volcker

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Paul Volcker.

Paul Adolph Volcker (né le 5 septembre 1927) est un économiste américain, directeur de la Réserve fédérale des États-Unis (Federal Reserve Board) de 1979 à 1987. Il est depuis le 26 novembre 2008, conseiller du président Barack Obama en tant que directeur du Conseil pour la reconstruction économique (Economic Recovery Advisory Board) nouvellement créé. Il préside également le Group of Thirty. Il est connu pour être celui qui à la tête de la Réserve fédérale a vaincu la stagflation des années 1970 aux États-Unis grâce à une limitation de la croissance de la masse monétaire et la hausse des taux d'intérêt, conformément aux prescriptions monétaristes. Plus récemment, il a été chargé par l'ONU d'enquêter sur les manipulations du programme « Pétrole contre nourriture » de l'ONU (Affaire Pétrole contre nourriture). À l'issue de ses travaux, la commission d'enquête qu'il préside rédige un rapport de 623 pages appelé « rapport Volcker ».

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Volcker est né à Cape May, New Jersey d'une mère luthérienne et d'un père épiscopalien. Il a grandi à Teaneck, New Jersey, où son père était cadre dans l'administration municipale. Volcker a été formé à la Teaneck High School[1], puis à l'Université de Princeton, à l'université Harvard puis à la London School of Economics Il s'est marié en 1954 avec Barbara Bahnson qui est décédée en 1998 et a eu deux enfants. Il vit actuellement avec Anke Dening, son assistante depuis longtemps[2]. Volcker aime la pêche à la mouche[3] et a déclaré que « sa plus grande erreur stratégique de sa vie adulte a été d'amener sa femme en lune de miel à la pêche à la mouche dans le Maine »[4].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1952, il rejoint la Banque de réserve fédérale de New York comme économiste à plein temps. Il quitte ce poste en 1957 pour devenir économiste financier à la Chase Manhattan Bank. En 1962, il intègre le Trésor en qualité de directeur de l'analyse financière et en 1963, il devient sous secrétaire adjoint aux affaires monétaires. En 1965, il retourne à la Chase Manhattan Bank comme vice-président et directeur de la planification.

De 1969 à 1974, il sert comme sous-secrétaire chargé des affaires monétaires au département du Trésor. À ce poste, il joue un rôle important dans les décisions conduisant à la suspension de la convertibilité du dollar en or en 1971 et dans la fin du système de Bretton Woods. En général il a eu une influence modératrice plaidant pour la recherche d'une solution internationale aux problèmes monétaires. En 1975, il devient président de la Réserve fédérale de New York puis, en août 1979, président de la Réserve fédérale.

En 1975, Volcker devient également senior fellow à la Woodrow Wilson School of Public and International Affairs à l'université de Princeton.

Président de la Fed[modifier | modifier le code]

Paul Volcker, un démocrate[5], fut nommé président de la Réserve fédérale en 1979 par le président Jimmy Carter et renommé par le président Ronald Reagan en 1983[6] La Fed sous Volcker est en général vue comme ayant mis fin à la stagflation des années 1970. L'Inflation, qui culmina à 13,5 % en 1981, fut abaissée à 3,2 % en 1983[7].

Le taux directeur de la Réserve fédérale qui avoisinait les 11,2 % en 1979, fut porté par Volcker à 20 % en juin 1981[8]. L'inflation sera vaincue au prix d'une lourde récession en 1982-1983. La Fed de Volcker subit les plus fortes attaques politiques et les plus vives protestations de l'histoire de l'institution. En effet les taux d'intérêts élevés pénalisaient la construction et l'agriculture. Il y eut une manifestation de fermiers sur C Street NW qui bloquèrent avec leurs tracteurs le siège de la Fed, le Eccles Building[9].

Joseph Stiglitz Prix Nobel d'économie dit dans une interview :

Paul Volcker, l'ancien président de la Fed, connu pour avoir tenu l'inflation sous contrôle ne fut pas reconduit parce que l'administration Reagan ne croyait pas qu'il serait un dérégulateur adéquat[10].

L'après Fed[modifier | modifier le code]

Après avoir quitté la Fed, il est devenu président de la banque d'investissement J. Rothschild, Wolfensohn & Co.. En avril 2004, Volcker a dirigé une commission d'enquête sur une possible corruption politique dans le programme pétrole contre nourriture. Dans son rapport, il a critiqué Kojo Annan, fils du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, et la firme qui l'employait Cotecna Inspection SA. Il a conclu en mars 2005 « qu'il n'y avait pas de preuves que Cotecna ait été retenue en 1998 à la suite de l'influence inappropriée du secrétaire général dans le processus de sélection[11]. » Cependant, il fit part de doutes sur Koffi Anan dont « les performances en gestion […] étaient en dessous des standards que les Nations unies devraient essayer de maintenir[12]. » Volcker a été le directeur de l'association des Nations unis aux États-Unis de 2000 à 2004.

Il a été président du think tank Group of Thirty ainsi que de 1991 à 2001, du groupe Nord Américain au sein de la Commission Trilatérale[13] dont il est toujours président honoraire. Il est proche de la famille Rockefeller, comme le montrent non seulement les postes qu'il a occupés à Chase Manhattan Bank mais aussi son implication dans le Trust Committee of Rockefeller Group, Inc. (RGI), depuis 1987. Cette entité a géré un temps le Rockefeller Center.

Volcker, Obama et la régulation bancaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Règle Volcker.

En janvier 2008, il soutient le candidat Obama[14]. Le 8 avril 2008, dans un discours à l'Economic Club of New York parlant des causes et conséquences de la grande récession, il critique le système financier américain et la politique de la Réserve fédérale en 2008[15].

Volcker est actuellement un des conseillers économique du président Barack Obama[16],[17], et dirige le Conseil pour la reconstruction économique (Economic Recovery Advisory Board)[18]. Durant la crise financière de 2007-2008 Volcker a été extrêmement critique envers les banques, et, jugeant que la réponse à la crise avait été inadéquate, il plaide pour plus de régulation[19],[20],[21]. Il insiste pour une limitation de la taille des grandes banques et pour que les banques de dépôts ne puissent s'engager dans des opérations risquées (gestion sur fonds propre, capital-investissement, investissements dans des fonds de pension)[22],[23].

Le 21 janvier 2010, le président Barack Obama a proposé une nouvelle réglementation bancaire qu'il a surnommée « The Volcker Rule », en référence aux fortes plaidoiries de Volcker en leur faveur[24].

Volcker est connu pour ne pas être conforme aux stéréotypes des membres de Wall Street. Un portrait de lui dans le magazine The Week du 6 février disait de lui qu'il n'est pas partisan de la croyance selon laquelle « l'innovation financière » est nécessaire à une économie prospère. Il aime au contraire dire que « la seule innovation utile dans le domaine bancaire fut l'invention des distributeurs automatiques[25]. »

Ouvrage[modifier | modifier le code]

  • Changing Fortunes, Paul Volcker and Toyoo Gyohten, Crown, May 26, 1992, (ISBN 978-1-58648-752-2)
  • Forbes Great Minds Of Business, Fred Smith, Peter Lynch, Andrew Grove, Paul Volcker (Author), Pleasant Rowland, John Wiley and Paul A. Volcker, Simon and Schuster Audio, October 1, 1997, (ISBN 978-0-671-57722-3)
  • Good Intentions Corrupted: The Oil for Food Scandal And the Threat to the U.N., Paul Volcker, Jeffrey A. Meyer and Mark G. Califano, Public Affairs Gorgias Press, August 28, 2006, (ISBN 978-1-58648-472-9)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Treaster, Joseph B. « Paul Volcker: The Making of a Financial Legend », ouvert le 6 juillet 2007. « Donald W. Maloney, another Teaneck High School graduate, entered Princeton along with Volcker. Although they had been in the same homeroom at Teaneck High for several years and had been high achievers, they had not been especially close. »
  2. (en) « Paul Volcker is Engaged! »
  3. (en) Eberhard Faber, « Fishing with Volcker », Fortune Magazine, CNN,‎ 29/09/1986, p. 4 (lire en ligne)
  4. (en) Nick Lyons, « Gone off fly-fishing », The New York Times, The New York Times Company,‎ 03/05/1987 (lire en ligne)
  5. The main philosophical difference between Mr. Volcker, a Democrat, and Mr. Greenspan, a Republican, appears to be in their views on the structure and regulation of the banking system. Robert D. Hershey Jr., « Volcker Out after 8 Years as Federal Reserve Chief; Reagan Chooses Greenspan », New York Times, 3 juin 1987
  6. Paul A. Volcker - Council on Foreign Relations
  7. (en) « To Treat the Fed as Volcker Did », The New York Times,‎ 04/12/2008 (lire en ligne)
  8. buyandhold.com
  9. Shull, Bernard. 2005. The Fourth Branch: The Federal Reserve's Unlikely Rise To Power And Influence. Praeger/Greenwood. ISBN 1-56720-624-7. p. 142.
  10. Gardels, Nathan. Stiglitz: The Fall of Wall Street Is to Market Fundamentalism What the Fall of the Berlin Wall Was to Communism, The Huffington Post, September 16, 2008. Accessed September 27, 2009.
  11. Independent Inquiry Committee into the United Nations Oil-for-Food Programme - « Second Interim Report (29 March 2005) », p. 77
  12. Traub, James, 2006, The Best Intentions: Kofi Annan and the UN in the Era of American Power, Picardor/New York, p. 420.
  13. Composition de la commission Trilatérale
  14. (en) Jackie Calmes, « Volcker Joins List of Obama Backers », Washington Wire, The Wall Street Journal,‎ 31/01/2008 (lire en ligne)
  15. The Economic Club of New York: 8 April 2008 Transcript 101st Year, 395th Meeting, (8 April 2008) p.2, and pp.5-8
  16. Lawrence Kudlow, « Where's Bernanke's Inner Volcker? », Townhall.com, 27 juin 2008
  17. Transcript of Third Presidential Debate, October 15, 2008. http://elections.nytimes.com/2008/president/debates/transcripts/third-presidential-debate.html
  18. « President-elect Barack Obama establishes President’s Economic Recovery Advisory Board », change.gov
  19. (en) Julia Werdigier, « Volcker Criticizes Calls to Limit Bank Regulation », The New York Times,‎ 08/12/2009 (lire en ligne)
  20. (en) Alan Murray, « Paul Volcker: Think More Boldly », The Wall Street Journal,‎ 14/12/2009 (lire en ligne)
  21. (en) Charlie Rose, « Paul Volcker: The Lion Lets Loose », Business Week,‎ 30/12/2009 (lire en ligne)
  22. (en) Simon Johnson, « Paul Volcker Finds a Hammer », The New York Times,‎ 17/12/2009 (lire en ligne)
  23. (en) Victoria McGrane, « 'Big is bad' catches on in Congress », The Politico,‎ 04/01/2010 (consulté le 04/01/2010)
  24. (en) Brendan Conway, « 'Volcker Plan' Bank Units Worth Tens Of Billions », Dow Jones and Company,‎ 26/01/2010 (consulté le 27/01/2010)
  25. « Spotlight » dans The Week, 5 février 2010 (Volume 10 Numéro 449), p. 38.