Oncle Vania

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Oncle Vania
Auteur Anton Tchekhov
Nb. d'actes 4
Durée approximative 3 heures
Version originale
Titre original Дядя Ваня
Langue originale Russe
Pays d'origine Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de parution originale 1897
Date de la 1re représentation
Lieu de la 1re représentation Théâtre d'art de Moscou
Une des premières représentation d' Oncle Vania au théâtre d'art en 1899 avec Artiom (Téléguine), Lilina (Sonia), Raïevskaïa (Maria Vassilievna), Olga Knipper (Éléna), Stanislavski (Astrov), Vichnevski (Voïnitzki)

Oncle Vania est une pièce de théâtre d'Anton Tchekhov de 1897 qui mélange le drame et le comique.

Cette pièce est inspirée de la pièce Le Sauvage, également d'Anton Tchekhov. La pièce fut d'abord jouée dans des villes de province et ne fut créée au Théâtre d'art de Moscou que le , après de nombreuses retouches, avec Olga Knipper dans le rôle d'Éléna. Le succès n'est pas immédiat. Maxime Gorki, qui avait vu la pièce à Nijni Novgorod, en félicita cependant l'auteur[1]. Dès octobre 1898, Anton Tchekhov pouvait écrira à son frère Mikhaïl : « Mon Oncle Vania est joué dans toute la province. On peut vraiment dire, le succès est imprévisible. Je ne comptais pas du tout sur cette pièce[2]. »

Argument[modifier | modifier le code]

Elle raconte la fin du séjour d'été mouvementé du professeur Sérébriakov et de sa jeune épouse Eléna chez leur beau-frère Ivan Voïnitski (l'oncle Vania qui donne son nom à la pièce).

Articulations[modifier | modifier le code]

La pièce est composée de quatre actes, sans aucun découpage en scènes.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Vladimirovitch Sérébriakov : professeur à la retraite ;
  • Éléna Andréevna : la jeune femme du professeur, 27 ans ;
  • Sophia Alexandrovna (Sonia) : fille d'un premier lit de Sérébriakov ;
  • Maria Vassilievna Voïnitzika : veuve, mère de la première femme du professeur ;
  • Ivan Petrovitch Voïnitzki : « oncle Vania », son fils ;
  • Mikhaïl Lvovitch Astrov : médecin ;
  • Ilia Ilitch Téléguine : propriétaire terrien ruiné ;
  • Marina : une vieille nourrice ;
  • Un valet de ferme.

Détails[modifier | modifier le code]

Constantin Stanislavski dans le rôle d'Astrov, en 1899.
  • Ivan Voïnitski (oncle Vania), devenu rêveur et paresseux, jalouse son beau-frère, professeur à la retraite et hypocondriaque vaniteux. La pièce se déroule dans la propriété de Sonia, fille du professeur et nièce de Vania. Ce dernier a exploité toute sa vie le domaine pour en envoyer les revenus à Sérébriakov, dont il admirait la science. Environ un an avant le début de la pièce, il perd toutes ses illusions sur les qualités humaines et intellectuelles de son beau-frère, ce qui le rend particulièrement amer, car il a l'impression d'avoir gâché sa vie.
  • Elena est la seconde femme du professeur. Beaucoup plus jeune que son mari, elle est très belle, et s'ennuie profondément au domaine. Elle n'est plus amoureuse de son mari et se sent séduite par le docteur Astrov.
  • Le professeur Sérébriakov est égoïste et se plaint tout le temps. Il écrit « pour ouvrir des portes ouvertes ». Il a eu du succès auprès des femmes. C'est un intellectuel vieillissant qui se sent comme exilé dans sa propriété campagnarde. Il ne supporte pas de se voir vieillir et vit de manière décalée : il écrit la nuit, dort le jour…
  • Sonia est la fille du professeur et de sa première femme. Elle exploite le domaine avec son oncle Ivan, qu'elle appelle « Oncle Vania ». Elle est amoureuse du docteur Astrov depuis très longtemps, mais lui ne l'aime pas et ne la remarque même pas. Elle n'est pas belle et se fane encore plus dans la solitude.
  • Astrov est médecin de campagne et vient parfois en visite au domaine. Il n'aime plus s'occuper de ses patients et n'aime plus personne. Il est seulement attiré par la nature. On comprend vite qu'il est tombé sous le charme d'Elena. Ses visites au domaines sont devenues beaucoup plus fréquentes.
  • Marina est la nourrice de Sonia
  • Téléguine est un propriétaire ruiné qui vit au domaine, aux crochets de Sonia et d'Oncle Vania.
  • Maria est la grand-mère de Sonia, la mère de Vania et la belle-mère de Sérébriakov, qu'elle adule. C'est une intellectuelle russe de province, typique des années 1860.

Une dispute éclate entre Sérébriakov, qui veut gager le domaine sans se soucier de l'avenir de sa fille, et Ivan Voïnitski, qui fait mine de tuer son beau-frère. Finalement, Sérébriakov et Elena quittent la propriété à tout jamais, laissant les protagonistes à leurs frustrations et à leur destin.

Diagramme des relations[modifier | modifier le code]

Diagramme des relations entre les personnages

Valeurs[modifier | modifier le code]

Tchekhov s'emploie à briser les illusions que sont l'amour et l'argent comme cause de bonheur.

Sérébriakov est la caricature des intellectuels froids et égoïstes. Il est incapable de tendresse envers sa propre fille, Sonia.

Astrov est incapable d'aimer les autres. L'alcool lui sert de refuge pour exprimer sa sensibilité et ses rêves.

Eléna est consciente de son inutilité, c'est une femme qui n'a pas trouvé sa raison d'être.

Les personnages et leurs relations sont complexes et subtils. Les bonheurs possibles des uns et des autres s'entrecroisent sans jamais se trouver.

La pièce est une succession d'instants de vie. Les personnages sont touchants par leurs défauts, leurs qualités et leurs souffrances.

La dernière réplique[modifier | modifier le code]

  • La dernière réplique de la pièce a inspiré Sergueï Rachmaninov pour écrire Nous nous reposerons (Op. 26 no 3 : « Мы отдохнём! » en russe).
  • Jacques, le héros des Thibault, la fresque de Roger Martin du Gard, se souvient, alors qu'il vient de perdre son redoutable père :

« Une phrase, comme une réminiscence musicale, chanta dans son souvenir… « Nous nous reposerons ».
C'était la fin d'une pièce qu'il avait vue jouer à Genève : il avait encore dans les oreilles la voix de l'actrice, une slave aux traits d'enfants, avec des traits candides et fébriles, qui répétait en balançant sa petite tête : « Nous nous reposerons... ». Une intonation rêveuse, un son filé comme une harmonique, accompagné d'un regard las, où il y avait, certes, plus de résignation que d'espoir : « Tu n'as pas eu de joie dans la vie... Mais patience, oncle Vania, patience... Nous nous reposerons... Nous nous reposerons... ». »

— Roger Martin du Gard, La mort du père, 6e volume des Thibault.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Introduction à la pièce d'Elsa Triolet dans Anton Tchekhov,Œuvres 1, p. 355, La Pléiade
  2. André Markowicz Dossier d'Oncle Vania, p. 106

Traduction française[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Darnal-Lesné (préf. Desclan Donnellan), Anton Tchekhov : Oncle Vania, Paris, Bréal, coll. « Connaissance d'une œuvre » (no 96),‎ juillet 2005 (1re éd. 2005), 125 p. (ISBN 2-7495 0450 3)