Omar Khadr

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Omar Khadr.
Image de la vidéo diffusée par la défense.

Omar Khadr (né à Toronto le , d'origine égypto-palestinienne) a été enfant soldat pendant la guerre d'Afghanistan. Il est le fils d'Ahmed Saïd Khadr, un Égyptien qui fut cadre d'Al Qaïda avant d'être abattu par la police dans un raid au Pakistan. Il a été capturé en Afghanistan par les forces armées américaines le à la suite d’un échange de tirs durant lequel il aurait tué, avec une grenade, un soldat des Special Forces. Lui-même a été blessé dans l'affrontement. Il avait alors 15 ans. Omar Khadr est actuellement emprisonné à l'établissement de Millhaven (Ontario), une prison à sécurité maximum.

Après avoir plaidé son innocence pendant toutes ces années, Omar Khadr a accepté de plaider coupable (le 25 octobre 2010) à cinq chefs d'accusation : (1) crimes de guerre, (2) meurtre du soldat américain Christopher Speer, (3) complot, (4) soutien matériel au terrorisme et (5) espionnage, en échange d'une peine réduite de sept ans de prison plus une année supplémentaire de détention à Guantanamo, les huit années qu'il y a déjà passées ne comptant pas. S'il plaidait innocent, Khadr risquait la prison à vie pour chacun de ces chefs d'accusation. Le 31 octobre 2010, le jury le condamne à 40 ans de prison. Il ne devra en purger que huit, faisant suite à l'entente entre les avocats de Khadr et ceux des États-Unis stipulant qu'il purgerait la peine la plus courte entre les huit ans de détention et la peine du jury[1].

Après l'élection de Barack Obama, l'avocat David Iglesias (en), qui avait été contraint de démissionner dans des circonstances polémiques fin 2006 (en), a été chargé, en tant que membre du Judge Advocate General's Corps, de remplir la fonction de procureur à son procès[2].

Au Canada, son dossier judiciaire a obtenu une couverture médiatique notable en 2009 notamment pour les violations de droits qu'il aurait subies[3]. Son procès a aussi alimenté une vive controverse en raison du refus catégorique du gouvernement canadien de le rapatrier. Omar Khadr a aussi affirmé à plusieurs reprises qu'il aurait été torturé et maltraité pendant sa détention à Guantanamo, Cuba[4].

Le 4 août 2011, Omar Khadr change d'avocats au Canada[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Khadr est le cinquième enfant de la famille Khadr, des salafistes de Toronto. Formé à l'adolescence dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda, Khadr combattait aux côtés des insurgés talibans. Son père était un cadre d'Al Qaeda et un proche d'Oussama ben Laden[4].

Après plusieurs mois de convalescence en détention à Bagram, il a été transféré au Camp de Guantánamo le 28 octobre 2002. Il y est toujours détenu en octobre 2010. Âgé aujourd’hui de 24 ans, Omar Khadr a passé le tiers de sa vie enfermé à la base militaire de la baie de Guantánamo, à Cuba, où il aurait été exposé à des traitements cruels et inhumains. Il aurait été maintenu en isolement, battu, étranglé et menacé de viol par des interrogateurs qui auraient aussi utilisé des chiens pour l’humilier.

La justice militaire américaine lui reproche d’avoir tué le sergent Christopher Speer au moyen d’une grenade. Comme d'autres prisonniers du camp, il aurait été soumis à la torture, notamment à la privation de sommeil et au waterboarding. Les autorités américaines l'ont jugé devant un cour martiale comme un adulte, alors qu’il aurait dû être jugé devant une cour pour délinquants juvéniles, Omar Khadr étant mineur lors de sa capture. Le gouvernement canadien était au courant de ces faits depuis 2004, mais n'a pas fait de démarches pour faire sortir de Guantanamo.

Son dossier judiciaire est un cas unique, puisque le Canada est le seul pays occidental qui ait refusé de poursuivre l'extradition d'un de ses citoyens ou son rapatriement, malgré les exigences d’Amnesty International. En avril 2009, un tribunal fédéral canadien a déclaré que le premier ministre Stephen Harper avait l'obligation de demander aux États-Unis son rapatriement, ce que ce dernier refuse de faire[6]. Le jugement de Khadr devant les commissions militaires a été suspendu depuis la décision de l'administration Obama.

En juillet 2009, le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, un comité de surveillance du Service canadien du renseignement de sécurité, a blâmé ce dernier pour ses agissements envers Khadr pendant qu'il était interrogé par les forces armées américaines[3]. En octobre 2010, suite à l'annonce du plaidoyer de culpabilité de Khadr, l'ONU et le général Roméo Dallaire intercèdent en faveur de ce dernier.

En novembre 2011, le gouvernement conservateur canadien ne souhaite pas rapatrier Omar Khadr. Pourtant, une entente Canada-États-Unis avait stipulé un tel rapatriement, une année après le début de la peine d’emprisonnement, débuté le 1er novembre 2010. Le ministre de la sécurité publique du Canada invoque des délais administratif de 18 mois en moyenne[7], avant de statuer sur un éventuel rapatriement d'Omar. Le 29 septembre 2012, Omar Khadr fut rapatrié au Canada[8].

Reportage sur les circonstances reprochées à Omar Khadr[modifier | modifier le code]

Le 11 octobre 2008, l'émission Enquête de la chaine d'état Radio Canada produit un reportage[9] sur une enquête exhaustive sur ce qui est reproché à Omar Khadr.

En résumé : Lors du bombardement qui a précédé l'attaque au sol, par les Américains, Khadr a été blessé aux yeux et l'enquêteur américain a écrit qu'il se demandait comment Khadr aurait pu lancer une grenade, étant donné l'étendue des blessures qu'il avait aux yeux. Selon les photos, les blessures à la poitrine de Khadr sont des sorties de balles et qu'il a été tiré dans le dos.

L'un des principaux soldats américains déclare avoir vu un combattant tirer avec un AK-47. Le soldat l'a alors abattu. Le même soldat a alors vu, dans le même couloir, Khadr, face contre un mur. Ce soldat affirme lui avoir tiré dans le dos. De plus, l'affirmation officielle selon laquelle seul Khadr était encore vivant après le bombardement, est contredite par les soldats américains présents. Un rapport, écrit le lendemain de l'attaque, d'un des chefs de commando américain affirme que celui qui a lancé la grenade a été tué par le commando. Quelques jours après, le rapport officiel a été corrigé, pour retirer cette affirmation.

Le reste du reportage relate les mauvais traitements qu'aurait subis Khadr et la vraisemblable implication des services de renseignements canadiens dans ces mauvais traitements. Alors qu'il est interné à Millhaven, Omar Khadr prépare une poursuite de 10 millions de dollars contre le gouvernement canadien.

Film documentaire sur son interrogatoire par des agents du SCRS[modifier | modifier le code]

En 2010, les cinéastes Patricio Henriquez et Luc Côté présentent Vous n'aimez pas la vérité, un film sur Omar Khadr articulé autour des enregistrements de son interrogatoire réalisé par deux agents du SCRS en 2003. L'enregistrement, qui s'étale sur quatre jours, dure près de huit heures. À travers cet interrogatoire, les cinéastes donnent la parole à des intervenants qui ont été impliqués de près avec Omar Khadr, notamment des prisonniers qui ont été en contact avec lui pendant leurs séjours respectifs et qui sont aujourd'hui libres. Le film prend position en faveur de sa libération, seul ressortissant d'un pays occidental encore en détention à la prison de Guantanamo.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Malorie Beauchemin, « Le jury voulait 40 ans, Omar Khadr en fera huit », La Presse,‎ 30 octobre 2010 (lire en ligne)
  2. Miami Herald, « Pentagon taps former U.S. attorney as Guantanamo prosecutor », Washington Post avec le Miami Herald,‎ 27 avril 2010
  3. a et b Alec Castonguay, « Le SCRS a violé les droits d'Omar Khadr », Le Devoir,‎ 19 juillet 2009 (consulté le 19 juillet 2009)
  4. a et b « Les aveux d'Omar Khadr présentés aux jurés », Radio Canada,‎ 27 octobre 2010
  5. Omar Khadr change d'avocats au Canada
  6. Kate Yule, « Harper Must Repatriate Khadr: Judge », CFRA,‎ 23 avril 2009
  7. Marie Vastel, « Retour de Khadr: Ottawa est dans l'embarras », Le Devoir,‎ 2 novembre 2011 (lire en ligne)
  8. Philippe Teisceira-Lessard, « Omar Khadr content d'être de retour au Canada », La Presse,‎ 29 septembre 2012 (lire en ligne)
  9. « Le cauchemar d'Omar Khadr », Radio Canada,‎ 16 octobre 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]