Moule zébrée

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La moule zébrée (Dreissena polymorpha) est un mollusque bivalve d'eau douce d'origine russe (bassin de la mer Caspienne). D'une taille plus petite que ses cousines marines, elle se nourrit comme elles de plancton et petites particules de matières organiques par filtration de l'eau. En tant que filtreur très efficace et capable de construire des structures, c'est une espèce ingénieur qui structure fortement sa niche écologique[1], au détriment d'autres espèces là où elle se montre invasive, mais au profit de certains macroinvertébrés (benthiques, qui profitent d'un effet récif en partie semblable à celui d'un récif artificiel par exemple étudié au Canada)[2], et en apportant une capacité de filtration de l'eau qui peut être considérée comme un service écosystémique.

Sur les coques et dans les ballaste de péniches et navires, elle s'est répandue en Europe de l'Ouest puis aux États-Unis et au Canada (d'abord dans la région des grands Lacs[3], dans le lac Sainte-Claire où elle a été découverte en juin 1988 au sud du lac où elle pourrait avoir été introduire en 1986[3], puis dans le lac Erié.
Une analyse génétique des allozymes a prouvé que la population du lac Ste-Claire était génétiquement très diversifiée (polymorphe à 73,9% des loci étudiés, avec en moyenne 31?6 % d'hétérozygoties individuelles), ce qui indique que la métapopulation de ces deux lacs a été « fondée par un nombre important d'individus et n'a pas connu de goulot d'étranglement subséquent à la fondation. La population se reproduit avec des densités maximales dépassant 200 individus∙m−2. La fixation des juvéniles se produit à la fin de juillet et en août, et les larves véligères s'installent de préférence sur les coquilles de moules vivantes. L'espèce semble en passe de devenir un membre dominant du benthos des eaux peu profondes dans l'ensemble des Grands Lacs inférieurs »[4]

Capacité de dispersion[modifier | modifier le code]

Elle est exceptionnelle ; grâce d'une part à une forte fécondité[3], et d'autre part à une capacité importante de dérive des larves pélagiques[3], et et au stade bysso-pélagique des juvéniles[3].

Les activités humaines (trafic maritime, pêche de loisir, pêche sportive ou professionnelle sur tous les cours d'eau, lacs et étangs) favorisent aussi la dispersion de cette espèce[3].

Capacité de fixation[modifier | modifier le code]

Une expérience utilisant la puissance d'un jet d'eau pour décoller la moule zébrée de différents substrats a montré que grâce à son byssus, cette espèce est très solidement fixée aux subtrats durs et pérennes[5]. L'expérience montre cependant des différences selon le subtrat (roche calcaire dolomitique, acier inoxydable, béton, PVC, aluminium, Plexiglas...)[5]. Les postlarves de moules (moins de 1 mm) sont cependant beaucoup moins solidement fixées que les adultes (différence de deux ordre de grandeur[5]). Des essais de traction sur les moules donnent des résultats similaires[5].

Invasivité[modifier | modifier le code]

Considérée comme invasive dans de nombreux pays où elle a été répandue hors de son milieu d'origine, elle peut former des « récifs » très épais et compacts, d'une densité jusqu'à 20 000 moules par mètre carré[6].

Venue de l'Europe de l'Est via les canaux, puis transportée par les navires, elle a envahi progressivement les écosystèmes d'eau douce d'Europe et d'Amérique du Nord en se fixant sur la coque des bateaux et en colonisant peu à peu de nombreux canaux, lacs et cours d'eau.

Cet organisme invasif cause de graves problèmes à certains utilisateurs d'eau en obstruant des conduites, en bloquant des écluses ou en rehaussant les radiers.

Elle peut supplanter puis éliminer d'autres espèces moins résistantes. En particulier, là où la nourriture en suspension serait plus rare, et bien que n'occupant pas exactement la même niche écologique, la moule zébrée pourrait faire concurrence aux mulettes autochtones [7], par exemple dans le Bassin du Missisipi où environ 60 espèces de moules d'eau douces endémiques ont été répertoriées et sont presque toutes menacées d'extinction en raison des effets combinés d'une dégradation de la qualité de l'eau et de l'arrivée de la moule zébrée. Les effets les plus négatifs sont redoutés en Amérique du Nord, où l'on trouve le plus grand nombre d'espèces de moules d'eau douce (186 espèces d'Unios, soit 1/3 de toutes les espèces de moules d'eau douce[8].

Impacts écosystémiques[modifier | modifier le code]

Ils sont encore incomplètment mesurés. Plusieurs effets plutôt « positifs » ont été observés :

  • les effets de filtration des particules en suspension dans l'eau à différentes profondeurs ;
  • une forte capacité de filtration, de fixation et/ou de bioturbation de certains métaux indésirables ou franchement toxiques[9]  : là où ces moules sont présentes, le temps de résidence des métaux dans l'eau est divisé par deux, et ces derniers se retrouvent beaucoup plus vite dans les sédiments (via les excréments et pseudofèces de moules, puis via les coquilles de moules mortes) [9] (provisoirement au moins, dans les coquilles). Cette espèce se montre particulièrement efficace pour capter le zinc et l'envoyer vers le sédiment. En présence de l'espèce ce transfert (« dépôt biologique ») augmente de plus de 90 %[9].
  • l'effet "récifs" : ces récifs ou substrats couverts d'une couche souvent dense de moules abritent ainsi un plus grand nombre de macro invertébrés et des éponges d'eau douce et parfois des algues et des bactéries.

Ces effets sont au moins en partie contrebalancés par le caractère invasif de l'espèce dans un nombre croissant de régions du monde. A la différence des unios, la moule zébrée ne mélange ni n'oxygènent la couche supérieure du sédiment[10]. Elle ne semble pas non plus pouvoir la remplacer dans le cycle des nutriments[10]
De plus, là où le zinc en temps qu'oligo-élément serait rare, la moule zébrée peut interférer négativement avec le cycle du zinc ou d'autres métaux de ce type, en le captant à son profit. De nombreux auteurs pensent que là où elle est en concurrence avec des moules autochtones, elle risque souvent de les faire disparaitre et de ne pas pouvoir les remplacer dans toutes leurs fonctions écosystémiques[10].

La réponse du phytoplancton et du zooplancton à sa présence va dépendre du degré de turbidité et d'eutrophisation (naturelle ou anthropique) du cours d'eau[10].

L'espèce est aussi vectrice d'une maladie pouvant toucher certains poissons.

Vecteur de bucéphalose larvaire[modifier | modifier le code]

La moule zébrée sert d'hôte aux larves de Bucephalus polymorphus, vecteur de la bucéphalose larvaire qui touche de nombreux Cyprinidae[11].

Coûts économiques[modifier | modifier le code]

Outre les coûts d'entretien des écluses, vannages, crépines, etc. quand ils sont envahis de moules zébrées, l'Amérique du Nord pourrait perdre d'importants revenus à l'export, par exemple avec l'industrie perlière japonaise qui ne pourrait plus se fournir en nacre. Au début des années 1990, le japon achetait environ 39 million de dollars US de coquilles de certaines espèces d'unios qui fournissent une nacre de qualité que les moules zébrées ne peuvent produire[12].

Consommation[modifier | modifier le code]

Cette espèce n'est habituellement ni consommée, ni commercialisée. Elle peut accumuler des quantités importantes de toxines, dans la chair, mais surtout dans la coquille (métaux lourds) qui lui sert d'organe de protection contre les substances toxiques.

Le rat musqué en consomme de grandes quantités en hiver quand les nourritures végétales manquent. Les moules ouvertes et mangées par le rat musqué sont reconnaissables car toujours ouvertes de la même manière.

Valeur de bioindicateur[modifier | modifier le code]

Entant que filtreur relativement ubiquiste ou devenue ubiquiste, elle constitue un biointégrateur,et un bioindicateur intéressant en termes de biosurveillance (On a montré par des études en laboratoires ou des transplantation d'une rivière propre à un milieu urbain qu'elle bioaccumule dans sa chair et/ou dans sa coquille un grand nombre de polluants, dont éventuellement radioactifs[13],[14]).

Elle reflète dans une certaine mesure une partie de la pollution de son milieu (éléments traces métalliques, pesticides, hydrocarbures, plastifiants, résidus pharmaceutiques, etc.)[15], et on peut assez facilement y étudier des biomarqueurs connus de génotoxicité[16]. Comme elle filtre l'eau, elle peut être complémentaire d'espèces se nourrissant dans le sédiment).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références externes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Krkošek M & Lewis MA (2010) An R 0 theory for source–sink dynamics with application to Dreissena competition. Theoretical Ecology 3:1, 25-43 Online 2010/02/01.
  • Reilhes O (1997). Caractérisation de la moule zébrée, Dreissena polymorpha, comme bioindicateur de pollution radioactive. Rapport de DEA Toxicologie de l’Environnement. Univ. de Metz.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ricciardi A Whoriskey FG & , Rasmussen JB (1997), The role of the zebra mussel (Dreissena polymorpha) in structuring macroinvertebrate communities on hard substrata ; Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 54(11): 2596-2608, 10.1139/f97-174 (résumé)
  2. Stewart TW & Haynes JM (1994) Macroinvertebrate Communities of Southwestern Lake Ontario Following Invasion of Dreissena ; Journal of Great Lakes Research, 20(2), 479-493. PDF, 13 pages
  3. a, b, c, d, e et f Griffiths RW, Schloesser DW, Leach JH & Kovalak WP (1991) Distribution and dispersal of the zebra mussel (Dreissena polymorpha) in the Great Lakes region. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 48(8), 1381-1388.
  4. Hebert, P. D., Muncaster, B. W., & Mackie, G. L. (1989). Ecological and genetic studies on Dreissena polymorpha (Pallas): a new mollusc in the Great Lakes. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 46(9), 1587-1591 (résumé).
  5. a, b, c et d Josef Daniel Ackerman, C. Ross Ethier, Jan K. Spelt, D. Grant Allen, Catherine M. Cottrell (1995), A wall jet to measure the attachment strength of zebra mussels ; Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 52(1): 126-135, 10.1139/f95-012 (résumé)
  6. Paquet, A. et al. (2005). Les mulettes au Québec. Le Naturaliste Canadien. vol. 129: p. 82
  7. Ricciardi, A., Neves, R. J., & Rasmussen, J. B. (1998) Impending extinctions of North American freshwater mussels (Unionoida) following the zebra mussel (Dreissena polymorpha) invasion. Journal of Animal Ecology, 67(4), 613-619 (PDF, 7 pages)
  8. Bogan AE (1993) Freshwater bivalve extinctions (mollusca Unionoida) a search for causes ; American Zoologist ; 22; 488�598
  9. a, b et c Klerks PL, Fraleigh PC, Lawniczak JE (1997), Effects of the exotic zebra mussel (Dreissena polymorpha) on metal cycling in Lake Erie ; Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 54(7): 1630-1638, 10.1139/f97-071 (résumé)
  10. a, b, c et d Caraco NF, Cole JJ, Raymond PA, Strayer DL, Pace ML, Findlay SE & Fischer DT (1997) Zebra mussel invasion in a large turbid river (phytoplankton response to increased grazing) ; Ecology 67-477�591
  11. P. de Kinkelin, G. Tuffery, G. Leynaud et J. Arrignon, « La bucéphalose larvaire à Bucephalus Polymorphus (Baer 1827) : Pathogénie, Epizootiologie, possibilités d'intervention », Bulletin français de pisciculture, no 234,‎ 30 septembre 1969 (lire en ligne)
  12. Williams JD, Warren, ML, Cummings KS, HarrisJL & Neves RJ (1993), Conservation status of fresh water mussels of the United States and Canada Fisheries, Volume 18, no 9
  13. Fraysse, B., Baudin, J. P., Garnier-Laplace, J., Adam, C., & Boudou, A. (2002). Effects of Cd and Zn waterborne exposure on the uptake and depuration of< sup> 57 Co,< sup> 110m Ag and< sup> 134 Cs by the Asiatic clam (Corbicula fluminea) and the zebra mussel (Dreissena polymorpha)—whole organism study. Environmental Pollution, 118(3), 297-306.
  14. Reilhes O (1997) Caractérisation de la moule zébrée, Dreissena polymorpha, comme bioindicateur de pollution radioactive. Rapport de DEA Toxicologie de l’Environnement. Univ. de Metz.
  15. Bourgeault A (2010) Bioaccumulation par Dreissena polymorpha : quel reflet de la contamination chimique du milieu? Expérimentation–Observation–Modélisation (Thèse de Doctorat, Université Pierre et Marie Curie-Paris VI) ; PDF, 250 pages.
  16. Michel C (2011) Biomarqueurs de génotoxicité chez Dreissena polymorpha: indicateurs de la pression chimique urbaine et variabilité naturelle des lésions de l'ADN (Doctoral dissertation, Université Pierre et Marie Curie-Paris VI).