Mauresse de Moret

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Original du portrait de sœur Louise-Marie de Sainte-Thérèse.

La Mauresse de Moret est une religieuse métisse, née vers 1675, fille de Louis XIV selon des archives et un portrait original récemment découverts. Elle prononça ses vœux en 1695 et devint sœur Louise-Marie de Sainte-Thérèse, au couvent des bénédictines de Moret (actuel département de Seine-et-Marne), où elle reçut durant trois décennies la visite de hauts personnages de la cour. Selon ces mêmes documents, elle serait la sœur ou la demi-sœur d'une autre religieuse noire que Louis XIV protégeait avec plus de discrétion, et qui est restée inconnue jusqu'à nos jours : Dorothée, ursuline à Orléans[1].

Suite à la découverte de ces archives inédites et du portrait alors inconnu (oublié depuis 1869 dans les combles du musée de Melun), portrait dissemblable à celui, tardif, conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, le site officiel des Archives de Seine-et-Marne a publié une synthèse qui va à l'encontre de la littérature sur ce sujet, mais qui laisse peu de doute sur la paternité du Roi Soleil[1]

Les archives d'Autriche, d'Espagne (la reine Marie-Thérèse appartient à la dynastie espagnole des Habsbourg), ainsi que les archives de Grande-Bretagne et du Vatican, dédisent formellement la littérature voulant que l'épouse de Louis XIV eût accouché d'une fille noire. Cette légende naquit de la plume de mademoiselle de Montpensier — qui n'était point présente en 1664 lors de l'accouchement —, puis fut reprise à sa suite. La vérification dans le manuscrit autographe de ses mémoires (Bibliothèque nationale, ms. Fr. 6698) objective bien l'indulgence que demande pour ses erreurs mademoiselle de Montpensier à ses futurs lecteurs, en les informant qu'elle ne prend la plume qu'en 1677 sans jamais avoir tenu de notes.

Le prétendu amant noir de la reine Marie-Thérèse, le nain Nabo, disparut de la cour.

Les archives de la bibliothèque Sainte-Geneviève (dossier Boinet 89) conservent un dossier majeur annexé à un second portrait — à l'authenticité douteuse, contrairement au portrait de Melun —, portant très exactement cette mention manuscrite en titre :

« Papiers concernants La Moresque Fille de Louis 14 »

L'analyse poussée qui a été faite du filigrane de ce papier — portant une signature de papetier, une date de fabrication et un griffon couronné — montre que ce matériau fut fabriqué en 1742 par une famille renommée de papetiers d’Auvergne, les frères Cusson. Alors que ce type de papier était très rare, et ne se rencontre point dans les archives religieuses conservées en Seine-et-Marne, le fait extraordinaire est que l'on retrouve très exactement ce matériau et pour la même année 1742 dans les liasses du couvent des bénédictines de Moret conservées dans le fonds des archives de l'archevêché de Sens. Ce dossier de preuves accablantes — au contenu subtilisé vers 1780 pour raison d'État — émanait donc du couvent-même dans lequel la « mauresse » avait vécu toute son existence.

Les archives notariales de Moret-sur-Loing portent les traces du fil de la vie de Louise Marie Thérèse — ainsi que la dénomment les notaires —, mais qui signait d'une fort belle écriture : « sœur Louise Marie de Sainte Thérèse ». L'ultime trace du fil de sa vie est daté du 10 janvier 1730.

Son portrait retrouvé en janvier 2014, en mauvais état dans les combles du musée de Melun, montre bien une jeune fille métisse et non une femme de couleur fort noire comme sur le tableau de la bibliothèque Sainte-Geneviève, à l'origine douteuse et dont le visage semble avoir été noirci à dessein pour rendre impossible tout lien de paternité royale. À Melun, le petit chef-œuvre de Pierre Gobert, « peintre ordinaire du Roy », nous révèle quelle fut la beauté, cloîtrée, voilée, de la fille métisse du Roi Soleil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Serge Aroles, « L'énigme de la fille noire de Louis XIV résolue par les archives ? », sur http://archives.seine-et-marne.fr, Archives départementales de Seine-et-Marne (consulté le 17 février 2014).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mémoires d'Anne-Marie-Louise d'Orléans (La Grande Mademoiselle) (1627-1693) Vol. 2, VII
  • Mémoires de Madame de Montespan (1641-1707), Ch. XL
  • Mémoires du duc de Saint-Simon (1675-1755) Vol 2, Ch. XII
  • Mémoires de Voltaire (1694-1778) Ch. XXVIII
  • Mémoires (apocryphes) du Cardinal Dubois (1656 - 1723), de 1829 (ne pas confondre avec les mémoires de 1815) p. 415
  • Abbé A. Pougeois, L'antique et royale cité de Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne), Abbeville, 1889, p. 169-172. (Internet Archive)
  • Juliette Benzoni, Secret d'État
  • Olivier Seigneur, La religieuse de l'obscurité, Éditions du Masque, 2000, 458 p. (ISBN 978-2702479209) (roman historique)
  • Serge Bilé, La légende du sexe surdimensionné des Noirs, 2005, Édition Serpent à plumes

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