Massacre de Tlatelolco

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Place des Trois Cultures à Mexico, stèle en mémoire du massacre du 2 octobre 1968. Il y existe une autre stèle à la mémoire de 40 000 victimes du 13 août 1521.
Impact de balle dans le mur du temple de Santiago Tlatelolco.

Le massacre de Tlatelolco a eu lieu dans l'après-midi et la nuit du 2 octobre 1968 sur la place des Trois Cultures à Tlatelolco au Mexique, dix jours avant la célébration des Jeux olympiques d'été de Mexico.

Le massacre de Tlatelolco de 1521[modifier | modifier le code]

Le massacre de 1968 est en fait le second massacre de Tlatelolco, le premier, qui fit 40 000 morts, ayant eu lieu le 13 août 1521. Les derniers combattants aztèques sous les ordres de Cuauhtémoc y furent massacrés ainsi que leurs familles par les troupes espagnoles et leurs alliés tlaxcaltèques sous les ordres de Hernán Cortés.

Le massacre de 1968[modifier | modifier le code]

Le nombre de victimes du massacre de 1968 est toujours sujet à controverse : les sympathisants du mouvement étudiant estiment qu'il y a eu entre 200 et 300 morts parmi les manifestants[1], les sources gouvernementales indiquent « 4 morts, 20 blessés ». Du côté des représentants des forces de l'ordre il y aurait eu 50 morts et des dizaines de blessés. Le nombre de personnes arrêtées et « disparues » n'est pas non plus clairement connu, mais il se chiffrerait à plusieurs centaines.

1968 fut une année de troubles mondiaux, mais son dénouement prit au Mexique un tour violent. Le 2 octobre 1968, en début de soirée, l'armée mexicaine a ouvert le feu sur des étudiants rassemblés sur la place des Trois Cultures de Tlatelolco à Mexico. Le nombre exact de victimes n'est toujours pas connu précisément, mais cet évènement mit fin brutalement à plus de trois mois de contestation estudiantine, contre le gouvernement socialiste du PRI.

À quelques jours de l'ouverture des Jeux olympiques, le gouvernement du président Gustavo Díaz Ordaz après une série de troubles violents en ville de Mexico décida d'assurer la sécurité des Jeux. Le bilan des morts parmi les manifestants le plus communément admis est de plus de 300 morts[1]. Cependant il n'a jamais été possible de connaître le nombre exact de victimes, certaines d'entre elles été transportées dans des hôpitaux tant civils que militaires ou à leur domicile après les événements.

Des témoignages de l'époque[réf. nécessaire] rapportent que la fusillade aurait été provoquée par des membres des forces de l'ordre, disséminés au sein des quelques centaines d'étudiants rassemblés à l'initiative du CNH — Consejo Nacional de Huelga. Les policiers auraient ouvert le feu sur l'armée qui encadrait le meeting afin de faire dégénérer cette manifestation et de donner au gouvernement l'occasion d'en finir avec les revendications étudiantes, d'autres disent que des groupuscules d'extrême-gauche avaient l'intention d'en découdre avec les forces de l'ordre et auraient sciemment ouvert le feu sur elles pour provoquer un embrasement populaire dans la ville de Mexico, mais celui-ci n'eut pas lieu[réf. nécessaire].

En effet, si cette réunion publique était en principe de caractère pacifique, de nombreux affrontements très violents avaient déjà eu lieu auparavant entre des éléments contestataires issus des classes moyennes et de la bourgeoisie et les forces de l'ordre. Un ex-agent secret de la CIA, Philip Agee, accusa a posteriori la CIA d'être impliquée dans ce massacre, ce qui l'aurait poussé à démissionner[réf. nécessaire]. Il fut aussi dit que la CIA cherchait à créer des problèmes intérieurs au gouvernement mexicain du PRI à cause de sa politique extérieure favorable à Cuba.

Un an plus tard, le président mexicain Gustavo Díaz Ordaz assuma personnellement dans son cinquième rapport de gouvernement (Quinto informe de gobierno) la responsabilité éthique, morale, juridique et historique des faits[2].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Selon ses opposants, 1968 fut également au Mexique le début de la remise en cause du gouvernement du pays par le PRI, (Partido Revolucionario Institucional membre de l'Internationale socialiste), plébiscité par le peuple depuis 1929. La croissance économique dont il fit bénéficier le pays à partir de 1945 ne s'est pas accompagnée en parallèle de mesures d'ouverture politique, installant un malaise croissant chez certains intellectuels mexicains. Cette remise en cause culmina en 2000, avec la première alternance politique depuis 71 ans, acquise par le président Vicente Fox du PAN, Partido Acción Nacional(démocrate-chrétien).

En janvier 2002, une juridiction spéciale nommée Fiscalía Especial para Movimientos Sociales y Políticos del Pasado (FEMOSPP, « Tribunal spécial pour les mouvements sociaux et politiques du passé ») ouvre une enquête pour tenter d'établir les responsabilités du massacre de Tlatelolco[3]. Le 2 juillet 2002, l'ancien président Luis Echeverría Álvarez, qui était alors Ministre de l'Intérieur, est amené à comparaître avec d'autres responsables politiques de l'époque devant le Tribunal pour répondre (entre autres) du chef d'accusation de génocide, une première en la matière au Mexique[4]. Le 30 novembre 2006, le Tribunal ordonne son assignation à domicile afin de mener à bien le procès au cours duquel celui-ci doit répondre aux chefs d'inculpations de génocide, homicides, lésions et disparitions forcées[5]. Après des années d'atermoiements, la justice mexicaine l'a finalement acquitté le 26 mars 2009 en indiquant qu'il n'existait aucune preuve permettant d'engager sa responsabilité dans les évènements du 2 octobre 1968[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Les Jeux olympiques d'Athènes à Pékin », dans Les collections de l'Histoire, n°40, juillet 2008, issn 01822411, p.70
  2. Quinto informe de Gobierno del Presidente de la República (1969)
  3. (es) Gustavo Castillo, « La fiscalía para desaparecidos buscará la verdad, no dinamitar al Estado: Carrillo », La Jornada,‎ 5 janvier 2002 (lire en ligne)
  4. (es) Jesús Aranda et Blanche Pietrich, « Impávido, Echeverría escuchó las acusaciones sobre el 68 », La Jornada,‎ 3 juillet 2002 (lire en ligne)
  5. (es) Alfredo Méndez Ortiz, « Giran orden de aprehensión contra Echeverría Alvarez por genocidio », La Jornada,‎ 30 novembre 2006 (lire en ligne)
  6. (es) Gustavo Castillo, « Exculpa tribunal a Luis Echeverría », La Jornada,‎ 27 mars 2009 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]