Marie-Anne Pierrette Paulze

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Marie-Anne Pierrette Paulze

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Portrait d'Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme par Jacques-Louis David, 1788, Metropolitan Museum, New York.

Naissance 20 janvier 1758
Montbrison
Décès 10 janvier 1836 (à 77 ans)
Paris
Nationalité française

Marie-Anne Pierrette Paulze, épouse Lavoisier, puis Rumford, née à Montbrison le 20 janvier 1758, morte à Paris le 10 février 1836, est une femme de science, une artiste-peintre et une illustratrice française.

Elle est l'épouse et la collaboratrice du chimiste Antoine Lavoisier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie-Anne Pierrette Paulze est la fille du fermier général Jacques-Alexis Paulze, et la petite-nièce, par sa mère Claudine Thoynet, de l'abbé Joseph Marie Terray. Elle perd sa mère alors qu’elle n’a que trois ans. Son père décide alors de l’envoyer au couvent de la Visitation de Montbrison, afin qu’elle y reçoive l’éducation classique d’une jeune fille de la haute bourgeoisie. C’est là qu’elle forge son caractère, s’intéressant particulièrement aux sciences et au dessin. À l‘âge de 13 ans, Marie-Anne épouse Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794), fermier général, connu pour être le fondateur de la chimie moderne et de la physiologie respiratoire. Elle échappe ainsi à un mariage arrangé par son grand oncle avec un homme de 50 ans[1].

Le couple n’eut aucun enfant. Cette circonstance explique peut-être le dévouement exclusif que Marie-Anne et Antoine se vouèrent mutuellement durant leur union[2]. Elle fut pour son mari une compagne précieuse et collabora à son œuvre scientifique en lui traduisant en français diverses publications, et en dessinant toutes les planches illustrant son "Traité élèmentaire de chimie" (1789).

Après l'exécution de son mari le 8 mai 1794, elle fait publier ses mémoires inachevés.

En 1804, Marie-Anne épouse en secondes noces le savant américain Benjamin Thompson, comte de Rumford, qui meurt dix ans plus tard. Elle-même décède en 1836.

Madeleine Pinault-Sorensen a pu établir que Marie-Anne Paulze fut à titre privé élève de Jacques-Louis David, grâce à deux dessins annotés par David conservés au musée national des techniques de Paris.

Contributions à la chimie[modifier | modifier le code]

Lorsque Antoine-Laurent de Lavoisier publie en 1774 un premier ouvrage scientifique "Opuscules physiques et chimiques", celui-ci déclenche des polémiques et Marie-Anne demande à son époux de lui enseigner la chimie. Elle assimile vite les idées de son mari[3] et devient rapidement une collaboratrice indispensable, son rôle dépassant largement celui d’une épouse dévouée. Le couple se lève à 5 heures et travaille dans le laboratoire de 6 à 9 heures et de 19 à 21 heures[4]. Son écriture apparaît fréquemment dans les registres de laboratoire, mêlée à celle d’Antoine et de ses collaborateurs.

Traduction d'ouvrages scientifiques[modifier | modifier le code]

Marie-Anne prends des leçons de latin; elle apprend, également, l'anglais et l'italien et peut ainsi traduire les œuvres de Priestley, de Cavendish, d’Henry et des autres chimistes européens[5],[6].

En 1788, sa traduction de l’"Essai sur le phlogistique" du chimiste irlandais Richard Kirwan permet à Lavoisier, aidé par Guyton de Morveau, Laplace, Monge, Berthollet et Fourcroy, de réfuter chacun des arguments de l’"Essai" et de publier son "Traité élémentaire de chimie" en 1789. Marie-Anne traduit aussi, en 1790, "De la force des acides et de la proportion des substances qui composent les sels neutres"[7], de Kirwan, et publie sa traduction dans les Annales de chimie[8].

Illustration réalisée par Marie-Anne Pierrette Paulze dans le laboratoire de son mari.

Illustrations scientifiques[modifier | modifier le code]

Habile dessinatrice[9], elle perfectionne son art auprès du peintre Jacques-Louis David (1748-1825). L’œuvre picturale de Marie-Anne démontre définitivement que les arts et les sciences sont inextricablement liés et qu’il est avantageux de le reconnaître. Les treize gravures sur cuivre modestement signées « Paulze Sculptis » qui ornent le "Traité élémentaire de chimie", sont de sa main, ainsi que toutes les esquisses qui ont précédé l’épreuve finale. En plus de ces illustrations, elle grave au moins deux scènes prises sur le vif dans le laboratoire, illustrant les expériences que Lavoisier fait sur la respiration en compagnie de Pierre-Simon de Laplace et Armand Séguin. Dans ces deux scènes, « L’homme au travail » et « L’homme au repos », Marie-Anne se dépeint elle-même, à l’arrière-plan, en secrétaire consignant des notes dans les registres du laboratoire[10].

La révolution française[modifier | modifier le code]

Antoine et son beau-père, Jacques Paulze, sont arrêtés le 28 novembre 1793. Leurs biens sont saisis et inventoriés. Ils sont jugés et exécutés le 8 mai 1794. La condamnation et l’exécution de son père et de son mari le même jour sont pour Marie-Anne un choc extraordinaire qui la marque à jamais. Pleine de stupeur, elle proteste vivement contre leur arrestation ; puis, dans un virulent pamphlet, signé par plusieurs veuves et enfants de condamnés, elle dénonce Antoine Dupin (1758-1820), le conventionnel responsable des exécutions[11].

Injustement arrêtée le 24 juin 1794, elle est incarcérée. À la suite des lettres de protestation qu’elle envoie en août au Bureau des Piques, au Comité de Salut public et au Comité de Sûreté générale, elle est relâchée le 17 août, après 65 jours de détention. Elle est démunie par le séquestre de tous ses avoirs. En août 1795, elle peut finalement récupérer le domaine de Freschines. Ses biens, les instruments et les notes scientifiques de son mari ne lui reviendront qu'en avril 1796. Malgré les obstacles financiers, Marie-Anne organise la publication des derniers mémoires de Lavoisier: "Mémoires de Chimie", une compilation de ses papiers et ceux de ses collègues démontrant les principes de la nouvelle chimie. Le premier volume contient les travaux sur la chaleur et la formation de liquides, tandis que le second traite des notions de combustion, de l'air, de la calcination des métaux, de l'action des acides et la composition de l'eau. Dans la copie originale Paulze a écrit la préface et a attaqué les révolutionnaires et les contemporains de Lavoisier, qu'elle croyait être responsable de sa mort.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Madeleine Pinault-Sorensen, « Madame Lavoisier, dessinatrice et peintre », dans La revue du Musée des arts et métiers, Conservatoire national des arts et métiers, musée national des techniques, mars 1994, pages 23-25, (article écrit à la mémoire de Michelle Goupil, secrétaire général du Comité Lavoisier).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mariage », sur le CNRS (consulté le 5 juin 2013)
  2. Denis I. Duveen, op. cit., p. 18.
  3. "La Science et l'Amour-Madame Lavoisier", Poirier J.-P., 2004, Ed. Pygmalion
  4. Marelene Rayner-Canham et Geoffrey Rayner-Canham, Women in Chemistry : Their Changing Roles from Alchemical Times to the Mid-Twentieth Century, 1998, p. 18 ; R. Dujarric de la Rivière, Lavoisier économiste, Paris, Masson/Plon, 1949, p. 13, et Douglas McKie, Antoine Lavoisier, the Father of Modern Chemistry, Philadelphie, Lippincott, 1935, p. 40, indiquent « de 19 à 22 heures ».
  • Charles Clerc, op. cit., p. 189.
  • Michelle Goupil, dir., Œuvres de Lavoisier. Correspondance, Paris, Académie des sciences, 1993, vol. 5, p. 373.
  • « Strength of Acids and the Proportion of Ingredients in Neutral Salts », Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. 4 (1790), p. 3-89
  • Vol. 14 (1792), p. 152, 211, 238-286
  • R. Dujarric de la Rivière, op. cit., p. 13
  • Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier. Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993, p. 90.
  • Louis Velloz, op. cit., p. 211

Liens externes[modifier | modifier le code]