Le Rameau d'or

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Illustration par Turner de la scène du rameau d'or dans l’Énéide.
(J.M.W. Turner, The Golden Bough, vers 1834, huile sur toile, Londres : Tate Britain).

Le Rameau d'or (en anglais The Golden Bough, A Study in Magic and Religion) est une étude comparative de la mythologie et de la religion publiée par l'anthropologue écossais Sir James George Frazer (18541941). L'œuvre parut d'abord en deux volumes en 1890. La seconde édition de 1900 en comprenait trois. La troisième édition, publiée de 1911 à 1915, comprenait douze volumes. Une édition abrégée paraît en 1922 et un treizième tome en 1935, intitulé Aftermath[1].

Le titre s'inspire d'un épisode du chant VI de L'Énéide, où Énée et la Sibylle tendent un rameau d'or au gardien des Enfers afin d'être admis dans le royaume des morts.

L’œuvre[modifier | modifier le code]

Destiné à un vaste public, l'ouvrage offre une approche moderniste de la religion en la traitant d'une manière dépassionnée[2], en tant que phénomène culturel plutôt que dans une perspective théologique.

Selon Nicole Belmont : « Le Rameau d'or constitue un ample parcours où le lecteur est convié à suivre un itinéraire qui le conduira des rituels de la Diane antique à ceux des peuplades primitives, de la mythologie des anciens Scandinaves à celle des hautes cultures de l'Amérique, des croyances de la Chine ancienne à celles des sociétés paysannes de l'Europe[1]. »

Frazer déclare dans la préface du volume intitulé Adonis : « En publiant Le Cycle du rameau d'or, j'ai pris soin de le composer de monographies complètes en elles-mêmes et indépendantes les unes des autres, de sorte que le lecteur qui ne s'intéresserait qu'à une branche du vaste problème dont je m'occupe pourrait comprendre l'une ou l'autre de ces études sans avoir à lire le cycle entier. »[1]

Influences[modifier | modifier le code]

Une partie de l'œuvre de Frazer, notamment son analyse de la magie, reste valide aujourd'hui. Cependant, ses théories sur le thème de l'agonie du dieu ne sont plus reconnues[réf. nécessaire] et son analyse du totémisme apparaît désormais dépassée[3]. Si la valeur de sa contribution à l'anthropologie est réexaminée à chaque génération, son influence sur la littérature européenne contemporaine demeure significative.

Selon Nicole Belmont : « Le Rameau d'or constitua un apport sans précédent à l'histoire contemporaine des idées. En premier lieu, il fait entrer l'anthropologie dans le champ de la culture occidentale. Écrivains et poètes, Rudyard Kipling, Ezra Pound, William Butler Yeats, James Joyce, David Herbert Lawrence, y ont puisé l'idée que la nature humaine comporte un verso mystérieux et sombre. Thomas Stearns Eliot reconnaissait sa dette envers Frazer dans les notes pour The Waste Land (1921-1922). [...] D'autres disciplines que l'anthropologie bénéficièrent de la lecture de Frazer. Les spécialistes des études classiques comprirent qu'au-delà de l'analyse philologique et littéraire de leurs matériaux il était possible d'en faire apparaître la signification anthropologique. La psychanalyse, que Frazer a délibérément ignorée, utilisa largement la masse de documents qui était ainsi mise à la disposition des lecteurs. Freud déclare, dans Ma Vie et la psychanalyse, à propos de ses recherches sur le totémisme : « Ma source principale pour mes travaux dans ce domaine fut les ouvrages si connus de Frazer (Totemism and Exogamy, The Golden Bough), un trésor de faits et d'aperçus précieux. » [...] La plupart des thèses du Rameau d'or ont été reprises par le psychanalyste et ethnologue Geza Róheim, qui leur a apporté une interprétation psychanalytique dans son ouvrage Animism, Magic and the Divine King[1]. »

Critiques[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Frazer a subi les critiques des anthropologues et des sociologues : « Le reproche le plus général qui fut (et qui est encore) formulé contre lui concerne le fait qu'il ne se soucie jamais de replacer les matériaux réunis par lui dans le contexte de la culture dont ils sont issus ni, par conséquent, d'en faire apparaître la signification sociale et culturelle. Cette critique fondamentale, sur laquelle tous les anthropologues tombent d'accord, ne devrait pas masquer que Le Rameau d'or constitua un apport sans précédent à l'histoire contemporaine des idées[1]. »

Wittgenstein[modifier | modifier le code]

Le philosophe Ludwig Wittgenstein est revenu à plusieurs reprises sur le Rameau d'or, et ses commentaires critiques ont été rassemblés dans Remarks on Frazer's Golden Bough (1967 et 1971)[n 1].

Éditions[modifier | modifier le code]

En langue française[modifier | modifier le code]

  • Le Rameau d'or (1911-1915), édition fr. par Nicole Belmont et Michel Izard, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1984
    • Ier volume : Le Roi magicien dans la société primitive ; Tabou et les périls de l'âme, 1981, 1080 p.
    • IIe volume : Le Dieu qui meurt ; Adonis ; Atys et Osiris, 1983, 750 p.
    • IIIe volume : Esprits des blés et des bois ; Le Bouc émissaire 1983, 880 p.
    • IVe volume : Balder le Magnifique, bibliographie générale, 1984, 740 p.

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • First edition, 2 vol., 1890.
  • Second edition, 3 vol., 1900.
  • Third edition, 12 vol., 1906-15.
  • Abridged edition, 1 vol., 1922.
  • Aftermath : A supplement to the Golden Bough, 1937
  • Abridged edition, edited by Robert Fraser for Oxford University Press, 1994 (ISBN 0-19-282934-3)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Ackerman, The Myth and Ritual School: J. G. Frazer and the Cambridge Ritualists, Theorists of Myth, 2002 (ISBN 0-415-93963-1)
  • Eric Csapo, Theories of Mythology, Blackwell Publishing, 2005, p. 36-43, p. 44-67 (ISBN 0-631-23248-6)
  • Robert Fraser, The Making of The Golden Bough: The Origins and Growth of an Argument, Macmillan, 1990 ; et Palgrave, 2001

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Wittgenstein (trad. Jean Lacoste), « Remarques sur Le Rameau d’Or de Frazer », revue Agone, no 23,‎ 2000, p. 13-31. (DOI 10.4000/revueagone.797, lire en ligne). Il écrit notamment  : « Frazer est bien plus sauvage que la plupart de ces sauvages, car ceux-ci ne seront pas aussi considérablement éloignés de la compréhension d’une affaire spirituelle qu’un Anglais du vingtième siècle. Ses explications des usages primitifs sont beaucoup plus grossières que le sens de ces usages eux-mêmes. (Alinéa 56 du texte en ligne) »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Nicole Belmont, « FRAZER JAMES GEORGE - (1854-1941)  », Encyclopædia Universalis, [lire en ligne].
  2. Magic and Religion, Chap. 4.,
  3. Claude Levi-Strauss, Le Totémisme aujourd'hui, 1962.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]