Jean François Billeter

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Jean François Billeter, (pseudonyme chinois : 畢來德 Bì Láidé), né à Bâle en 1939, est un sinologue suisse et professeur émérite de l'Université de Genève (titulaire de la chaire d'études chinoises depuis sa création en 1987 jusqu'en 1999, date à laquelle il prend sa retraite académique pour se consacrer à la rédaction d'ouvrages).

Son enseignement reste partiellement accessible grâce à une dizaine de cours enregistrés dans les années 1990 et mis en ligne par l'Université de Genève, notamment une "Histoire de la pensée chinoise" et une "Introduction à la civilisation chinoise et à la Chine d'aujourd'hui"[1].

Il se fait d'abord connaître en 1989 par un ouvrage sur L'Art chinois de l'écriture. Révisé en 2010, cet essai analyse la calligraphie chinoise comme un art savant et subtil qui donne accès à l'un des noyaux de la pensée chinoise traditionnelle, "l'idée de l'activité parfaite". Il montre aussi comment l'art de l'écriture, tel que les calligraphes l'ont conçu, est intimement lié à un ordre culturel, social et politique, celui de la Chine impériale.

Ses Leçons sur Tchouang-tseu (Zhuang Zi), prononcées au Collège de France en novembre 2000, proposent une lecture profondément renouvelée du plus remarquable des philosophes chinois, trop souvent rattaché au taoïsme.

Dans le cadre de ses recherches, Billeter s'est notamment intéressé à l'hypnose, en particulier aux travaux de François Roustang, Bertrand Méheust et Milton Erickson. Dans Études sur Tchouang-tseu, il fait un rapprochement entre certains dialogues rapportés dans le Zhuang Zi et l'induction de la transe hypnotique selon Erickson[2].

Son pamphlet Contre François Jullien s'en prend avec vigueur au "mythe" qui fonde, selon lui, l'approche de la philosophie chinoise par le plus prolifique et le plus célèbre des sinologues français : celui de la Chine comme "autre" radical de l'Occident. Billeter critique les méthodes de lecture des textes philosophiques chinois par François Jullien et pointe les limites du concept d'"immanence" présenté comme la clé de la "pensée chinoise". "Il [François Jullien] a repris, sans les critiquer, des penseurs non critiques, qui ne voient pas leur enfermement et voient encore moins les causes historiques de cet enfermement" (p. 67).

Extraits[modifier | modifier le code]

"L'idée générale que l'on se fait de la Chine, particulièrement en France, relève de l'idéologie impériale, elle en est un décalque idéalisé. Il en résulte une difficulté que l'accumulation de connaissances positives ne saurait résoudre. Seule la critique de l'idée peut nous faire avancer. Il faut que, sous notre mythe de la Chine nous apercevions l'idéologie impériale et, dans cette idéologie, un phénomène historiquement daté." (Etudes sur Tchouang-tseu, p. 185)

"Pour moi, il n'y a rien au-dessus de la "personne" [l'individu libre et responsable], et surtout rien au-dessus de deux personnes qui s'entendent par l'usage de la parole et de la raison. C'est pourquoi je me sens en accord avec Tchouang-tseu, qui a une position voisine et que je tiens en raison de cela pour le philosophe chinois le plus précieux et le plus actuel de tous. Je le vois ainsi pour l'avoir lu d'un œil neuf, en écartant l'exégèse de l'époque impériale.
C'est pourquoi j'estime que ce que nous considérons aujourd'hui comme la "civilisation chinoise" est intimement lié au despotisme impérial. Je pense qu'elle a été conçue pour empêcher l'émergence de la personne, au sens que je viens de donner à ce mot, et que nous devons la juger là-dessus – non pour nier sa grandeur, ni pour réduire le rôle qu'elle a joué dans l'histoire, mais pour déterminer le rapport que nous voulons entretenir avec elle."

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. https://mediaserver.unige.ch/cours/search/auteurs:2475/Billeter%20Jean-fran%C3%A7ois
  2. Études sur Tchouang-tseu Allia 2004, page 17

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