Ivan Gagarine

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Le père Ivan S. Gagarine

Ivan Sergeevitch Gagarine (devenu après sa conversion au catholicisme: Jean-Xavier Gagarine), né le 1er août 1814 à Moscou et décédé le 19 juillet 1882 à Paris, était un prince et diplomate russe et, - après sa conversion au catholicisme - prêtre jésuite et écrivain. Très engagé dans l’œuvre pour la conversion de la Russie (XIXe siècle), il est un des cofondateurs de la revue Études.

Biographie[modifier | modifier le code]

Diplomate[modifier | modifier le code]

Fils du prince Serge Ivanovitch Gagarine (1777-1862) et de Varvara M. Pouchkine (1779-1854) Ivan Sergeevitch appartient à la haute noblesse russe. Son éducation se fait à domicile[1], son précepteur principal étant un professeur français, Gustave Marin-Darbel (1802-1878). Encore étudiant, mais ayant déjà voyagé à travers toute l’Europe, il entre au ministère russe des affaires étrangères en 1831. En 1835 il est Attaché d’ambassade à Munich, où son oncle Grégoire I. Gagarine (1782-1837) était ambassadeur russe. Après la mort de son oncle il est envoyé comme Attaché d’ambassade à Paris.

Neveu par alliance de Anne-Sophie Swetchine (Madame Swetchine), en exil à Paris après sa conversion au catholicisme, il fréquente son salon et y rencontre parmi d’autres personnalités du catholicisme libéral, le père jésuite Xavier de Ravignan. Il est admis dans l’Église catholique romaine le 19 avril 1842 et ajoute alors à son prénom celui de Xavier (Ivan-Xavier). Après un voyage à Moscou (juin 1842 - mars 1843), il entre dans la Compagnie de Jésus (14 août 1843)[2]

Conversion[modifier | modifier le code]

Déjà à Moscou, durant sa jeunesse, Gagarine fréquentait l’influent philosophe ‘occidentaliste’, Pierre Tchaadaiev, qui prônait plus de contacts avec la vie intellectuelle de l’Occident européen et l’Église catholique romaine pour faire sortir la pensée et l’Église russe de plusieurs siècles de léthargie. Dans un écrit intitulé Récit de ma conversion et vocation[3] Gagarine reconnaît l’influence de Tchaadaiev. Bientôt son séjour à Paris le met en contact avec de grandes personnalités du courant libéral catholique. Il voit dans l'universalité de l’Église catholique cette dimension qui manque à l’Église orthodoxe russe. L’union des Églises pourrait apporter un nouveau souffle à son pays natal auquel il est fort attaché.

Il a entendu les sermons de Xavier de Ravignan. C’est à lui qu’il se confie. Un peu plus tard, il abjure entre ses mains ‘les erreurs de l’église russe’ et fait sa profession de foi catholique (19 avril 1842). Il ajoute à son prénom celui de Xavier (Ivan-Xavier). Mais il est clair : « Je n’ai pas été converti par les jésuites. Je dois le principe de ma conversion à Tchaadaiev. Lorsque je franchis pour la première fois la maison de jésuites, tout était décidé »[4]

Après un voyage à Moscou (juin 1842 - mars 1843) - probablement pour en informer ses parents - il revient en France et entre dans la Compagnie de Jésus (14 août 1843)[5] Sa conversion devenue alors publique fait grand bruit, autant en France qu’en Russie. Dans son pays natal elle perçue comme une trahison politique, culturelle et religieuse[6].

Pour le jeune prince Jean le sacrifice est considérable : il est banni de Russie, et perd tous ses droits, son titre et sa fortune. Il n’en demeure que plus attaché à sa terre natale, qu’il ne reverra cependant jamais. Mais toute sa vie sera donnée à œuvrer pour la Russie.

Œuvre pour la Russie[modifier | modifier le code]

Après deux ans de noviciat à Saint-Acheul (Somme) Gagarine suit le cours habituel de la formation théologique jésuite et est ordonné prêtre en septembre 1848 à Laval (Mayenne). Il enseigne ensuite à Brugelette, en Belgique, où se trouvait un collège des jésuites français en exil. Il y écrit en 1851 son premier livre. C’est une indication de ce que sera l’orientation de sa vie : L’union de prières pour la conversion de la Russie.

Revenu à Paris, il fonde en 1855 l’œuvre des Saints Cyrille et Méthode, dans le but de promouvoir prière, réflexion et discussions en vue de l’une union des Églises Catholique et Orthodoxe. Il rassemble une bibliothèque pour une documentation historique et œcuménique sur l’histoire ecclésiastique des pays slaves. L’année suivante son livre La Russie sera-t-elle catholique ? fait sensation: il est rapidement traduit en plusieurs langues.

À partir de 1856, en collaboration avec les pères Charles Daniel et Jean Martinoff, il écrit et rassemble plusieurs articles qui forment les premiers volumes des Études de théologie, de philosophie et d’histoire. C’est la naissance de la revue Études. Le premier article de Gagarine traite de l’enseignement de la théologie dans l’Église russe. Dans les années qui suivent cependant la ligne éditoriale de la revue Études changera, et l’intérêt pour les questions russes et œcuméniques diminuera.

Œcuméniste avant l’heure Gagarine travaille sans relâche pour la réconciliation entre l’Église russe et celle de Rome. Ses écrits soulignent invariablement ce qui rapproche les deux Églises. Il fait connaître les trésors de l'Église orthodoxe aux catholiques et, inversement, cherche à éliminer les préjugés de la Russie contre le catholicisme. Son zèle lui fait sous-estimer la profondeur du fossé qui sépare les deux grandes traditions religieuses.

Vivant jusqu’à la fin de sa vie à Paris, mais en diverses résidences jésuites, il écrit ainsi, entre 1857 et 1882, une vingtaine de livres, tous ayant plus ou moins ce même but œcuménique. Sa piété profonde, alliée à une grande courtoisie et noblesse de cœur et soutenue par une immense érudition et des dons d’écrivain lui donnent une audience étendue. Il collabore à des revues telles que l’Ami de la Religion (Paris), les Précis historiques (Bruxelles), et d’autres. Sa bibliothèque slave, enrichie d’apports divers tout au long des XIXe et XXe siècle est une des plus riches en Europe occidentale. Elle se trouve aujourd’hui au centre d’études russes de la Compagnie de Jésus, à Meudon, près de Paris.

Jean-Xavier Gagarine meurt à Paris, le 19 juillet 1882.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Son Journal: 1833-1842 a été publié (avec introduction et notes par François Rouleau), Paris, Desclée de Brouwer, 2010.
  • Union de prières pour la conversion de la Russie et l'extinction du schisme chez les peuples slaves, Bruxelles, 1851.
  • La Russie sera-t-elle catholique?, Paris, 1856.
  • Le clergé russe, Bruxelles, 1871.
  • Les Jésuites de Russie (1772-1785), Paris, 1872.
  • Correspondance 1838-1842, Ivan Gagarine, Georges Samarine. Plamia, 2002.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Joseph Rouet de Journel: L'Œuvre des saints Cyrille et Méthode et la Bibliothèque slave, dans Lettres de Jersey, vol. 36 (1922), p. 613-648.
  • Marie-Joseph Rouet de Journel: Origines et premières années’’ (1856-1956 : Centenaire de la revue ‘Études’)’’, novembre 1956, p. 171-181.
  • Paul Pierling: Le prince Gagarin et ses amis (1814-1882), Paris, Beauchesne, 1996, 224pp.
  • Robert Danieluk: Œcuménisme au XIXe siècle (Jésuites russes et union des Églises), MHSI, Rome, 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La maison natale de Gagarine, rue Povarskaia, à Moscou, abrite aujourd'hui le 'Musée Gorki'.
  2. Le journal du prince et diplomate Ivan S. Gagarine, couvrant les années de service diplomatique a été publié en 2010: Ivan S. Gagarine, Journal 1833-1842, Paris, Desclée de Brouwer, 2010, 334pp.
  3. Journal 1833-1842, p. 265-284. Ce récit, présenté sous forme de ‘lettre’ semble inachevé et ne semble pas avoir eu de destinataire
  4. Marie-Joseph Rouet de Journel : Origines et premières années, dans Etvdes, novembre 1956, p. 172
  5. Deux autres russes suivront Gagarine au noviciat jésuite : en 1845, Jean Martinoff (1821-1894), avec lequel il fondera la revue Études, et, en 1852, Eugène Balabine (1815-1895).
  6. 'Un crime contre la patrie et l’Orthodoxie’: l’interprétation dominante en Russie sera consacrée par le roman de Dostoïevski intitulé L'Idiot où Ivan Gagarine et le père de Ravignan sont mis en scène, respectivement sous les noms de ‘Pavlitchev’ et ‘abbé Gouraud’. D’après François Rouleau (dans l’introduction de Journal 1833-1842, p. 31) Dostoïevski, dans ses Carnets, identifie explicitement Gagarine avec Pavlitchev et Ravignan avec l’abbé Gouraud.

Articles connexes[modifier | modifier le code]