Hans-Hermann Hoppe

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Hans-Hermann Hoppe

Hans-Hermann Hoppe, né le à Peine (Basse-Saxe), est un philosophe et économiste américain d'origine allemande. Interprète parmi les plus éminents de l'économie dite « autrichienne », il se dit anarcho-capitaliste et à défaut, monarchiste[1].

Carrière[modifier | modifier le code]

Il a étudié à l'université de la Sarre et à l'université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main, où il a fait ses études en philosophie, sociologie, histoire et économie. Il a obtenu son doctorat en philosophie (1974) et son habilitation en sociologie (1981).

Dans la suite, il a enseigné dans plusieurs universités allemandes et aussi à l'université Johns-Hopkins, au Bologna Center for Advanced International Studies en Italie. En 1986, il s'est transféré aux États-Unis pour étudier avec Murray N. Rothbard. C'est à cette époque qu'il est devenu libertarien, en s'associant à Rothbard jusqu'à la mort de ce dernier en janvier 1995.

Actuellement, Hoppe enseigne l'économie à l'Université du Nevada à Las Vegas. Auteur de nombreux livres et articles, son nom est surtout associé à sa démonstration de la propriété de soi comme fondement des droits individuels, qui se fonde sur une interprétation originale de l'éthique du discours du philosophe allemand Jürgen Habermas, qui avait été son professeur à Francfort.

Il a fondé en 2005 la Property and Freedom Society[2], censée être une version plus « radicale » de la Société du Mont-Pèlerin.

Contributions à la pensée sociale[modifier | modifier le code]

Se réclamant comme Ludwig von Mises de la tradition philosophique de Kant, Hans Hoppe insiste comme Rothbard et les autres économistes autrichiens sur l'appartenance de la théorie sociale à la philosophie, comme ensemble d'énoncés généraux sur la pensée et l'action humaine qui se déduisent de leur nature, et ne relèvent donc pas de la méthode expérimentale. Comme Mises en économie, et Rothbard en économie et philosophie politique, il développe sa pensée en systèmes déductifs qui se veulent cohérents, même s'il s'aventure parfois dans des domaines historiques qui ne relèvent pas de cette méthode, et où il peut être moins expert.

Démonstration a priori de la propriété naturelle[modifier | modifier le code]

Une de ses contributions essentielles à la pensée théorique en économie et en philosophie politique aura consisté à identifier les présupposés logiques de certains énoncés, ce qui a permis de déceler des contradictions et, par implication inverse, certaines vérités méconnues auparavant. C'est ainsi qu'il rappelle cette exigence souvent méconnue du raisonnement philosophique normatif :

« […] toute philosophie politique qui n'est pas construite comme une théorie des droits de propriété passe complètement à côté de son objet et doit par conséquent être rejetée d'emblée comme un verbiage dépourvu de sens pour une théorie de l'action[3] »

De même, à partir du fait que tout acte d'argumenter entraîne l'affirmation implicite qu'on est propriétaire de soi-même, il déduit qu'on ne peut pas sans contradiction argumenter contre la propriété de soi et tout ce qui s'ensuit, notamment que personne n'a le droit de disposer des possessions d'autrui sans son consentement — le principe de morale sociale naturelle qui, appliqué de façon cohérente et universelle, définit la philosophie politique libérale.

Il s'ensuit aussi logiquement que pour lui, la propriété privée est consubstantielle à la liberté et son respect la condition d'une coopération pacifique. Et qu'à l'inverse la « propriété publique » (« services publics » et « domaine public ») est le produit et l'occasion d'innombrables injustices, de sorte qu'elle crée sans arrêt des conflits d'intérêt, notamment entre leur copropriétaires nominaux, les citoyens, ainsi qu'entre ces prétendus « copropriétaires » et leurs possesseurs effectifs, les fonctionnaires et autres hommes de l'état.

Critique de la règle majoritaire[modifier | modifier le code]

En absence de société anarcho-capitaliste correspondant à son idéal, il accepte comme moindre mal la monarchie. Il soutient que celle-ci est meilleure que la démocratie parce qu'il définit celle-ci non comme un régime où chaque citoyen décide dans la mesure du possible des affaires qui le concernent — la seule interprétation non absurde de son sens étymologique — mais comme l'application sans limite de la règle majoritaire. Une autre raison pour Hoppe de préférer la monarchie est que le Roi, en sa qualité de propriétaire ultime du royaume, est plus incité à protéger le territoire et ses habitants que les élus dirigeants d'une république, lesquels ne sont « propriétaires » du territoire que pour partie, et pour une durée limitée : « après nous le déluge ». Pour Hoppe, par conséquent, l'élu démocratique diffère du monarque non élu par une préférence temporelle davantage tournée vers le présent, d'où une consommation plus rapide des ressources confisquées par l'impôt.

Distinguer la société civile de la société politique[modifier | modifier le code]

Ayant disqualifié la plus grande partie de l'État au nom même du droit naturel, Hoppe est bien placé pour critiquer la confusion, potentiellement totalitaire, entre la société civile, qui se joue des frontières et peut englober le monde entier, et la société politique, qui implique de prétendre à des droits exclusifs sur un territoire. Cela lui inspire d'opposer l'intégration économique et sociale, fondée sur le développement des échanges, et l'unification politique qui, dans la plupart des cas, est forcée. Celle-ci ne vient donc pas d'une association volontaire mais d'une violation des droits de propriété : développement des propriétés « publiques » à partir de celle des impôts, admission d'étrangers[4] contre l'opinion majoritaire et — totalitarisme ultime — interdictions de « discriminer », comme si les citoyens privés étaient des fonctionnaires d'État. C'est probablement dans ses écrits[5] que les nationalistes français pourront trouver la réfutation la plus convaincante (y compris pour eux) de leur confusion, sous la même dénomination de « mondialisme », de la liberté des échanges, déduite du principe de la propriété naturelle de soi, et du projet de gouvernement mondial qui passe nécessairement par sa violation.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Hans-Hermann Hoppe, The Economics and Ethics of Private Property : Studies in Political Economy and Philosophy, Auburn, Ludwig von Mises Institute,‎ 2006
  • (en) Hans-Hermann Hoppe, Economic Science and the Austrian Method, Auburn, Ludwig von Mises Institute,‎ 1995
  • (en) Hans-Hermann Hoppe, A Theory of Socialism and Capitalism, Auburn, Ludwig von Mises Institute,‎ 2010
  • (de) Hans-Hermann Hoppe, Handeln und Erkennen. Zur Kritik des Empirismus am Beispiel der Philosophie David Humes (Bern: Peter Lang, 1976).
  • (de) Hans-Hermann Hoppe, Kritik der kausalwissenschaftlichen Sozialforschung. Untersuchungen zur Grundlegung von Soziologie und Ökonomie (Opladen: Westdeutscher Verlag, 1983).
  • (de) Hans-Hermann Hoppe, Eigentum, Anarchie und Staat. Studien zur Theorie des Kapitalismus (Opladen: Westdeutscher Verlag, 1987).
  • (fr) Marc Grunert "Axiomatique normative : Hans-Hermann Hoppe et François Guillaumat"

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hans-Hermann Hoppe, "Political Economy of Monarchy and Democracy", Journal of Libertarian Studies, Vol. 11 Num. 2
  2. Site officiel de la Property and Freedom Society
  3. « De la théorie économique du Laissez-faire à la politique du libéralisme »
  4. (fr) Hans-Hermann Hoppe, « Pour le libre échange et une immigration limitée », Journal of Libertarian Studies, été 1998
  5. Une compilation de ses premières traductions en français est lisible et téléchargeable en ligne sous le titre Le libéralisme contre la démocratie sociale, mais on trouve bien d'autres traductions déjà faites de ses écrits sur son propre site, et pas seulement en français

Liens externes[modifier | modifier le code]