Gond (peuple)

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Femmes de la tribu Gond, district d'Umaria, M.P., Inde.
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Le tribu Gond[modifier | modifier le code]

Les Gonds sont un peuple hétérogène d'aborigènes dravidiennes d'à peu près 11 millions d'individus, dispersés sur les territoires de Madhya Pradesh (4,5 millions), Chhattisgarh, Bihar, West Bengal, Jharkhand, Orissa, Gujarat, Andhra Pradesh et Karnataka.

Ces peuples qui se nomment eux-mêmes Koitur, c'est-à-dire montagnards, et qui correspondent aux Gondaloi de Ptolémée, parlent pour moitié le gondî, une langue dravidienne non écrite, composée d'un grand nombre de dialectes, et intermédiaire entre le tamoul et le télougou, le reste s'exprimant en hindî.

Les Gond sont constitués en 12 groupes appelés Saga partagés en clans, les Pari. Plus nombreux que les Bhîls et les Santals, ils forment le groupe aborigène le plus nombreux de l'Inde. Ils pratiquent l'exogamie au sein de leurs groupes.

Parmi les groupes les plus importants, on compte les Râj Gond, hindouisés, constitués en nation et qui régnèrent sur le Gondwâna jusqu'à leur soumission au pouvoir moghol, les Muria, les Maria, les Padal, les Dholi, les Dadare, les Katulya, les Râghuval, les Kolam. Ces différents groupes mènent des styles de vie très différents, certains étant cultivateurs ou pasteurs, d'autres, structurés en caste, étant danseurs et musiciens itinérants. Certaines tribus Gond pratiquaient des sacrifices humains jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Les Pardhan Gond[modifier | modifier le code]

La mémoire collective du Royaume des Gond[modifier | modifier le code]

Il y a très longtemps le royaume des Gond, alors prospère, s’étent sur le centre de l’Inde : le Madhya Pradesh, l’Andhra Pradesh, le Chattisgarh et le Maharastra. Cette période prospère dure peut-être 1400 ans. Le royaume est suffisamment riche pour entretenir ses artistes. Les Pardhan, bardes de la communauté, musiciens et chanteurs, sont aussi des prêtres qui permettent à la communauté de rester unie. Ils représentent la mémoire collective Gond en racontant l’histoire du peuple et de ses dieux. Après une très longue période de prospérité le peuple Gond s’appauvrit ; il n’y a plus assez de familles riches pour rémunérer les Pardhan. La tradition se perd avec ses artistes.

Venkat Shyam, acrylique sur papier, 70x50 cm (Galerie Anders hus)

L'ecole « Jangarh Kalam » des Pardhan Gond[modifier | modifier le code]

En 1982 le musée Bharat Bhavan à Bhopal, demande au grand artiste et penseur Jagdish Swaminathan d’organiser des recherches sur l’art tribal dans l’état du Madhya Pradesh. Il va apporter une vision radicalement nouvelle à l’art indien contemporain, cherchant dans l’art des artistes tribales beauté, spontanéité et traditions. La tradition des Pardhan, faite de musique et de contes va se trouver restaurée par la couleur de la peinture. Musique et couleur sont un tout en Inde.

À la recherche des artistes tribaux on découvre une maison dont les murs sont peints de couleurs merveilleuses dans le village de Patangarh. C’est l’œuvre du jeune Jangarh Singh Shyam. Swaminathan l’appelle auprès de lui pour travailler au musée Bharat Bhavan et développer ses dons artistiques. Jangarh s’installe à Bhopal avec sa jeune épouse Nankusia. Il est vite reconnu comme un maitre ! Il initie sa femme ses enfants, ses neveux et nièces. L’école « Jangarh Kalam » est née.

Sa créativité et l’originalité formelle de ses dessins le rendent célèbre, en Inde et à l’étranger. Il expose au musée tribal Bharat Mahotsav au Japon en 1988, puis à Londres, à Paris au Centre Pompidou pour Magiciens de la Terre en 1989, aux Pays-Bas en 1992 et en Australie en 1993. Jangarh se suicide au Japon en 2001, dans des conditions restées encore mystérieuses à ce jour.

La musique transformée en couleurs[modifier | modifier le code]

Baiga tatouage, artiste : Badna Gond (galerie Anders hus).

Le Jangarh Kalam est devenu le mouvement artistique actuel des Pardhan Gond. Un mouvement inspiré par l’art de Jangarh et par la musique Pardhan, celle du Bana, reprise et transformée en couleurs et en dessins. Chacun des artistes du mouvement Jangarh Kalam est inspiré par la mythologie éclatante de la tribu et développe également un style propre, symbolisé formellement par une signature pictographique, logotype formé de points et de traits, qui s’inspire souvent des tatouages et des masques rituels. Aujourd’hui grâce à ce mouvement artistique, la mémoire collective et les traditions Gond renaissent. Cet élan sert un mouvement plus global de reconnaissance des formes artistiques tribales en Inde et des populations souvent opprimées ou spoliées.

Le tatouage par les Badna Gond[modifier | modifier le code]

Les femmes du tribu Baiga accordent aux tatouages une place centrale dans leur mode de vie : Le tatouage est la seule chose qui subsiste après la mort. C’est la seule tribu où le corps des femmes est entièrement tatoué. Cet art tribal est désormais couché sur le papier. Il étonne et nous renvoie à des âges ancestraux où le corps et les esprits étaient liés. Les femmes Baiga ont aussi tatoué leur visage (le « gudna »). Ces tatouages ont une relation avec leur religion, leurs dieux et déesses, mais les tatouages sont aussi considérés comme des bijoux peints, trop chers à acquérir pour les Baiga. Leurs tatouages ont une forme ovale avec des nombreux petits points sur le front, mais aussi sur d’autres parties du corps.
Le tatouage est souvent réalisé chez les Baiga - trois à quatre mois après la mousson - par les femmes Gond, des sous-tribus Badna (Badnin) et Ojha, qui vivent dans les mêmes régions que les Baiga. Elles se déplacent dans les villages des Baiga pour faire des tatouages sur les bras, les jambes et le corps des femmes Baiga. Les jeunes filles Baiga commencent à être tatouées, pour la première fois à l’âge de sept ans ; la deuxième partie de leur corps est tatouée à la puberté.

Les dieux[modifier | modifier le code]

Jangarh Singh Shyam, Acrylique sur papier, 70x50 cm, « Bada Dev »

Les Gond ont des dieux pour toutes les occasions, tous les lieux. Ils sont animistes; pour eux, il y’a une force dans tous les êtres, tous les objets, tous les éléments. On est libre de crée son propre dieu, si un dieu n'est pas assez efficace.
Les dieux principaux sont :

  • Bada Dev, alias Boorha Dev, alias Maha Dev: Dieu principale des Gond. Le créateur de la terre.
  • Ana Devi: Déesse des graines.
  • Bagh devi: Déesse qui protège les villageois et les bêtes contre les tigres.
  • Bahnaoo Dev: Le créateur du soleil.
  • Bhooleri dev: C’est par sa faute que les gens se perdent en forêt.
  • Chulha Dev: Le dieu de la bonne nourriture (le gout).
  • Daanee Devi: Créatrice de la lune.
  • Dehri Dev: Protège les maisons contre les démons.
  • Fullwary: Son nom veut dire jardin. C’est le dieu des rivières. C’est le gardien des jardins près des rivières.
  • Ghurri Dev: Dieu du foret. Protège les Gond contre les bêtes du foret. Les frontières entre le village et la forêt sont marquées par des pierres. Aussi quand on part en forêt, on doit mettre des pierres sous son arbre pour ne pas être attaqué.
  • Jeevan Jhad Dev: Dieu pour les petites blessures.
  • Jhulan Devi: Dieu pour les Bébé.
  • Kapeesa Devi: Déesse de coton.
  • Lakshmi: Déesse de la prospérité, souvent représentée par une vache.
  • Mahrilin Devi: Protège le village contre les maladies.
  • Mahua Devi: Déesse de la justice.
  • Mallu Dev: Protège les enfants.
  • Marhi Dev: Chasse les incrusteurs du village.
  • Maswahi Dev: Dieu de la viande et poisson (et chasse et pèche ?).
  • Masahi mata: Si quelque chose de mauvais arrive de l’extérieur du village, les gens viennent prier à la petite maison de pierre où vit cette déesse pour être protégés. Ils fabriquent un chariot en bois et y placent symboliquement ces mauvaises choses, puis acheminent le chariot au-delà des frontières du village.
  • Masvasi Devi: Déesse de la chasse.
  • Matha Dev: Protège la maison
  • Meraho mata: Déesse qui défend les. frontières du village contre les intrus et aide les villageois qui voyagent en dehors du village.
  • Panghat Devi: Déesse de l’eau.
  • Ratmai Murkhudi (Devi): La déesse pour le (bon) sommeil. Protège pendant le sommeil.
  • Shesh Naag Devta: Dieu des serpents
  • Thakur Dev, Chaura Khairo Mata et Gadda Thakrain: Protège le village.
  • Tipthain Dev: Donneur de prospérité. Il protège les carrefours.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Frédéric, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, 1987
  • Un, deux, trois, dans l'arbre! - Anushka RAVISHANKAR et Sirish RAO, illustrations: Durga Bai - Acte Sud Junior - 2006 - ISBN 978-2-7427-5916-3
  • Les Animaux musiciens - Sirish RAO, illustrations: Durga Bai - Acte Sud Junior - 2008 - ISBN 978-2-7427-7804-1
  • Indian Folk and Tribal Paintings - Charu Smita Gupta - 2008
  • The Flight of the Mermaid - Gita Wolf et Sirish Rao, illustrations: Bhajju Shyam - taraBOOKS - 2009 - ISBN 978-81-906756-0-4
  • Book of Rhyme - Gita Wolf, illustrations: Durge Bai - taraBOOKS - 2010 - ISBN 978-93-80340-06-7
  • Signature - patterns of Gond Art - Gita Wolf, Bhajju Shyam et Jonathan yamakami - taraBOOKS - 2010 - ISBN 978-93-80340-02-9
  • Bhimayana - Illustrations: Durga Bai et Subhash Vyam - 2012 - Éditions MeMo - EAN 9782352891536 - La vie d'Ambedkar
  • Art contemporain indien - Hervé Perdriolle - 2012 - 5 Continents Eds - ISBN 88-7439-609-0
  • La vie nocturne des arbres - Bhajju Shyam, illustrations: Durge Bai et Ram Singh Urveti - Acte Sud Junior - 2013 - ISBN 978-2-330-02132-0
  • Des images pour les Dieux - Jean Clottes et Meenakshi Dubey-Pathak - Éditions errance - 2013 - ISBN 978-2-87772-559-0
  • Mon voyage inoubliable - Bhajju Shyam, illustrations: Bhajju Shyam - Syros - 2014 - ISBN 9782748514902

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]