Günter Schabowski

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Günter Schabowski (1982)

Günter Schabowski (né le 4 janvier 1929 à Anklam, dans la province prussienne de Poméranie) est un ancien journaliste, responsable du SED et membre du Politburo du Comité central du SED en RDA.

Schabowski est notamment connu pour avoir bredouillé « […] autant que je sache — immédiatement. » le 9 novembre 1989, à 18h57, au cours d'une conférence de presse, au journaliste qui lui demandait quand les citoyens de RDA auraient la possibilité de se rendre à l'Ouest. Cette réponse, diffusée en direct par la télévision est-allemande, provoqua la ruée de plusieurs dizaines de milliers de Berlinois de l'Est vers le Mur de Berlin qui fut ouvert dans les heures qui suivirent.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rôle dans la RDA[modifier | modifier le code]

Le tournant de 1989[modifier | modifier le code]

Conférence de presse du 9 novembre 1989

Le début de l'agitation en RDA met Schabowski, en tant que membre dirigeant du Politburo, sous une pression croissante. Le 4 novembre 1989, il est le seul haut membre du SED à la plus grande manifestation dans l'histoire de la RDA, sur l'Alexanderplatz ; aux côtés de Markus Wolf, il est hué par la foule. Deux jours plus tard est créé le poste de "Secrétaire du Comité central du SED pour l'Information" (en quelque sorte, l'équivalent d'un porte-parole gouvernemental), qui est attribué à Schabowski.

C'est dans ce poste qu'il fera son entrée dans l'Histoire : le soir du 9 novembre 1989, au cours d'une conférence de presse retransmise en direct à la télévision et à la radio est-allemandes, en réponse à une question du journaliste italien Riccardo Ehrman, il donne une information sur une nouvelle réglementation des voyages, qui avait été rédigée ainsi par deux officiers haut gradés du Ministère de l'Intérieur (Innenministerium) et du Ministère de la Sécurité d'État (Ministerium für Staatssicherheit) :

« Privatreisen nach dem Ausland können ohne Vorliegen von Voraussetzungen (Reiseanlässe und Verwandtschaftsverhältnisse) beantragt werden. Die Genehmigungen werden kurzfristig erteilt. Die zuständigen Abteilungen Paß- und Meldewesen der Volkspolizeikreisämter in der DDR sind angewiesen, Visa zur ständigen Ausreise unverzüglich zu erteilen, ohne daß dafür noch die Voraussetzungen für eine ständige Ausreise vorliegen müssen. […] Ständige Ausreisen können über alle Grenzübergangsstellen der DDR zur BRD bzw. zu West-Berlin erfolgen. »

« Les voyages à titre personnel vers l'étranger peuvent être entrepris sans conditions (motif du voyage et condition de parenté). Les autorisations seront données dans de brefs délais. Les services compétents de la Volkspolizei ont pour ordre d'accorder immédiatement les autorisations de quitter le territoire, même sans que les conditions pour une sortie du pays soient remplies. (...) Les sorties du pays sont possibles par tous les points de passage de la RDA vers la RFA comme vers Berlin-Ouest. »

À la question d'un reporter : „Wann tritt das in Kraft?“ - "Quand cela entre-t-il en vigueur ?", Schabowski répond textuellement : „Das tritt nach meiner Kenntnis… ist das sofort, unverzüglich.“ "Pour autant que je sache, cela entre en vigueur… c'est maintenant, immédiatement."

Sa vie dans l'Allemagne réunifiée[modifier | modifier le code]

La démission le 3 décembre 1989 du Comité central et du Politburo de la SED signe la fin de Schabowski comme haut fonctionnaire de la RDA. Son expulsion du SED-PDS, le 21 janvier 1990, est pour lui une déception profonde et personnelle. Professionnellement, il doit tout recommencer au bas de l'échelle. De 1992 à 1999, il travaille comme rédacteur aux Heimat-Nachrichten de Rotenburg an der Fulda (Hesse), un hebdomadaire local qu'il a fondé avec Gerald H. Wenk, un journaliste et éditeur ouest-allemand[1].En 1993 commence un procès contre lui : il est accusé d'avoir falsifié les résultats des élections municipales de la RDA en mai 1989, mais l'affaire est classée en 1997.

Parmi les procès de l'après-guerre réunissant le plus grand nombre d'accusés figure celui du Politburo. Schabowski ainsi que d'autres anciens collègues sont inculpés de meurtres devant le tribunal régional de Berlin, car on les tient pour responsables de la mort de plusieurs personnes qui avaient tenté de fuir la RDA. Mais il se trouve que le juge président du tribunal est celui qui avait eu à juger Erich Honecker. Dès le début du procès, un des défenseurs de Schabowski demande de façon spectaculaire la récusation de ce juge pour partialité ; il obtient gain de cause et le premier procès est interrompu. Après un long procès présidé par un autre magistrat, le tribunal de Berlin condamne en août 1997 Schabowski, en même temps qu'Egon Krenz et Guenther Kleiber pour homicide volontaire à une peine de trois ans de prison, le rendant solidairement responsable de l'ordre de tirer contre ceux qui franchiraient le Mur. Bien qu'il fasse appel de cette décision devant la Cour fédérale, il se reconnaît moralement coupable des coups de feu mortels. Le 8 novembre 1999, la peine est définitivement confirmée. Schabowski accepte immédiatement ce jugement – à l'inverse d'Egon Krenz, qui essaye en vain faire casser par la Cour européenne le jugement qui le condamne à six ans et six mois de prison. En décembre 1999, Schabowski commence à purger sa peine dans la prison de Berlin-Hakenfelde, mais il est gracié dès septembre 2000 par Eberhard Diepgen, alors maire de Berlin, et après près d'un an d'emprisonnement il bénéficie d'un régime de semi-liberté à partir du 2 décembre. Ses défenseurs avaient été Ferdinand von Schirach les avocats de la défense spécialisés dans les affaires et Dirk Lammer.

Il est un des rares anciens dirigeants de la SED à avoir reconnu publiquement au cours du procès du Politburo la responsabilité qu'ils portaient dans les aspects négatifs de la RDA. Aujourd'hui il ne conserve plus rien des activités qu'il avait autrefois comme responsable haut placé de la RDA. En 2001, il a travaillé avec la militante des droits civils en RDA Bärbel Bohley dans l'équipe de campagne électorale de Frank Steffel qui était alors candidat de la CDU à la fonction de maire de Berlin. Après les élections sénatoriales, il critique l'alliance entre le SPD et le PDS, parti qui a succédé à la SED[2].

Schabowski est marié et sa femme Irina lui a donné deux fils. Il vit à Berlin.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1969 : médaille en bronze de l'Ordre du mérite patriotique (Vaterländischer Verdienstorden)
  • 1977 : ordre du mérite patriotique (Vaterländischer Verdienstorden), section « Or ».
  • 1989 : ordre Karl-Marx

Citations[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.tagesschau.de/multimedia/bilder/mauerfall150.html
  2. « Nicht der Funktionärsdepp/Mauer-ÖffnerSchabowski erzählt vom schönsten Mißverständnis der Welt », Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, 23 février 2003