Disposition bépo

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Bépo
Insigne bépo.svg

Développeur Communauté Bépo
Environnement GNU/Linux, BSD,
Mac OS, Windows
Type Disposition de clavier
Licence Licence libre : CC-BY-SA
Site web bepo.fr

La disposition bépo est une disposition des touches de clavier inspirée de la disposition Dvorak américaine et conçue pour faciliter la saisie du français et des langages informatiques. Elle permet d’accéder à de nombreux caractères, notamment ceux des langues officielles de l’Union européenne[1]. La disposition — conçue pour les claviers européens 105 touches[2] — est disponible sous licence libre sur de nombreux systèmes d’exploitation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte simplifiée de la disposition de clavier francophone bépo.

La démarche du projet est fondée sur la méthode utilisée dans les années 1930 par August Dvorak pour mettre au point sa disposition de clavier ergonomique pour la langue anglaise. Le principe fondamental consiste à placer les lettres les plus fréquentes d’une langue sur les touches les plus accessibles du clavier. Ceci permet notamment de diviser par deux les déplacements des doigts par rapport à la disposition traditionnelle qwerty.

Des initiatives visant à créer une disposition optimisée pour la langue française ont vu le jour au début du XXe siècle, dans les années 1970 (clavier Massan) et en 2002 (clavier Dvorak-fr de Francis Leboutte). Malheureusement, cette dernière initiative, la plus aboutie, n’était pas libre et un conflit de licence est apparu lors de la tentative d’inclusion du dvorak-fr dans la distribution Debian[3]. Suite à cela, il est apparu nécessaire de développer une disposition sous licence libre.

Les premières discussions ont lieu sur la liste de diffusion dvorak-fr début 2003[4],[5], elles aboutirent à une version préliminaire début 2005[6] qui a évolué depuis par consensus jusqu’à la version actuelle. Les pilotes de la disposition et les programmes utilisés pour générer ces différents pilotes sont disponibles sous licence libre ce qui permet leur diffusion et leur modification. Ces fichiers peuvent être utilisés pour retracer l’évolution de la configuration, ou pour générer une disposition adaptée à soi-même ou à d’autres langues.

En août 2008, le projet décide de figer la disposition bépo. Bépo est alors disponible pour les principaux systèmes d’exploitation : FreeBSD, GNU/Linux, Mac OS X, OpenBSD, NetBSD, OpenSolaris et Windows. En décembre, la version 1.0rc2 est intégrée dans la version de développement du système de fenêtrage X.Org utilisé par linux[7]. La version stable suivante du gestionnaire de claviers de X.Org sort le 27 janvier 2009[8] et est supportée par les distributions linux quelques mois plus tard[9]. Le projet bépo promeut la normalisation de la disposition par un organisme reconnu ce qui faciliterait son inclusion dans les divers systèmes d’exploitation comme c’est le cas pour les systèmes Unix récents[Quand ?] ; en effet, les systèmes Windows et Mac OS ne prennent pas en charge la disposition bépo par défaut.

Si quelques entreprises offrent la possibilité d’afficher la disposition bépo de manière physique[10], le projet ne recommande pas cette pratique car elle incite l’utilisateur à poser les yeux sur le clavier ce qui peut ralentir la phase d’apprentissage[11].

En 2010, la disposition bépo apparaît sur le grand écran dans le film français Le Nom des gens où les parents du personnage principal lui présentent le clavier Marsan et en expliquent le principe[12].

Il est difficile de quantifier le nombre d’utilisateurs de la disposition bépo. Depuis 2008, le projet a une certaine visibilité dans la blogosphère francophone, plus spécialement dans la communauté des utilisateurs de logiciels libres[13]. En janvier 2012, deux sondages ont été menés. Le premier, lancé par le blogueur Lionel Dricot sur les réseaux sociaux[14], dont les résultats furent publiés dans le forum Bépo[15] et le second sur le site LinuxFr.org, révélant que 12,8 % des votants étaient utilisateurs de la disposition bépo et 7,2 % envisageaient de l’apprendre[16]. Le manque de méthodologie et la non-représentativité de l’échantillonnage empêchent toutefois de tirer des conclusions précises. En juin 2012, le forum officiel comportait 332 inscrits[17] et la page d’accueil du wiki a été vue plus de 370 000 fois.

Principes[modifier | modifier le code]

Les concepteurs ont pris principalement en considération les éléments suivants :

  • les lettres les plus utilisées sont les mieux placées ; les plus courantes sur la rangée du milieu ;
  • alternance des mains et répartition du nombre de frappes entre les deux mains ;
  • prévention de la surcharge des petits doigts qui font aussi les touches « système » : entrée, Maj., Ctrl, retour arrière (←) ;
  • amélioration de l’accessibilité des digrammes les plus courants ;
  • regroupement des paires : (), {}, <>, «», [], “”, ‘’.

La disposition des caractères et symboles a été étudiée et optimisée pour :

  • « sortir » le moins souvent les doigts de la ligne de repos. Elle contient les caractères AUIE, à gauche et TSRN à droite. En bépo les deux tiers de la frappe se font sur cette ligne contre un peu plus de 20 % en azerty ;
  • répartir le nombre de frappes entre main gauche et main droite ;
  • diviser au moins par deux la distance parcourue par les doigts sur un azerty ;
  • réduire le nombre de digrammes à une main (chiffres) ;
  • ne jamais avoir recours à la rangée du haut du clavier (chiffres et symboles) pour un texte en français ;
  • s’adapter aux claviers (dont les claviers ergonomiques qui ont la plupart du temps 104 touches) sans perte d’efficacité ;
  • simplifier les digrammes comprenant des caractères de la rangée inférieure du clavier, sous la main gauche (zone peu accessible sur les claviers décalés).

Valorisation de la touche modificatrice[modifier | modifier le code]

Pour pallier l’insuffisance de touches face à la multitude de caractères utiles, la touche modificatrice AltGr, actionnée par le pouce droit a vu ses effets multipliés pour les motifs suivants :

  • présente sur tous les claviers ;
  • utilisation d’un doigt fort, mobile et bien peu sollicité sur les dispositions actuelles ;
  • les pouces ne travaillent que peu lors de la frappe, leur ajouter le travail consistant à actionner la touche AltGr ne les surcharge pas du tout, de fait les claviers ergonomiques ont tous cette démarche : donner plus de travail — donc de touches — aux pouces ;
  • pas d’augmentation du nombre de frappes (contrairement à une touche morte qui nécessite deux frappes consécutives pour une lettre) ;
  • pas ou très peu de perte de vitesse car les caractères faits avec une touche modificatrice se font par l’appui simultané de deux touches, et le bépo a été conçu de façon à utiliser le couple AltGr effectué par la main droite associé à une touche située sous la main gauche dans le but d’éviter les frappes simultanées d’une seule main.

Apprentissage[modifier | modifier le code]

Plusieurs facteurs facilitent l’apprentissage du bépo, mémorisation des emplacements et des combinaisons de touches :

  • accès immédiat aux caractères courants ;
  • optimisation des digrammes courants ;
  • logique de placement des caractères et symboles permettant de les trouver sans difficulté, même s’ils sont peu utilisés.

L’apprentissage de la dactylographie à dix doigts peut se faire en même temps que la disposition bépo[18].

Les gains prévus par la disposition bépo sont en principe effectifs dans le cadre d’une dactylographie déjà efficace, c’est-à-dire à l’aveugle et à dix doigts, ainsi que d’une bonne ergonomie du poste de travail. Au contraire, la disposition fait double emploi avec les efforts semblables des claviers décalés et de la plupart des claviers dits « ergonomiques ». Faute de pouvoir partir d’un clavier vierge d’autres contraintes, la disposition est conçue pour les claviers les plus répandus — les claviers azerty 105 touches — et sa compatibilité a été assurée avec les claviers ayant une autre disposition et ceux dépourvus de touches Windows ou de 105e touche. Les utilisateurs de la disposition bépo semblent, en majorité, promouvoir les claviers orthogonaux[19].

L'apprentissage de cette disposition peut se faire avec le logiciel Klavaro.

Caractères disponibles[modifier | modifier le code]

Outre le respect scrupuleux du français et le souci des langages de programmation, le bépo fournit de nombreux symboles et caractères accentués des langues étrangères. Ainsi, toutes les langues officielles de l’Union Européenne basées sur l’alphabet latin sont disponibles, mais aussi de nombreuses touches mortes comme les lettres grecques, tous les symboles monétaires, les chiffres en indice et en exposant, ou encore les caractères typographiques des autres langues tels « ¿ », « ¡ » ou « „ ».

Exigences typographiques du français[modifier | modifier le code]

Autres langues et symboles[modifier | modifier le code]

La disposition gère différents caractères :

  • les caractères nécessaires aux langues officielles de l’Union européenne utilisant l’alphabet latin : ă ā å ą ć ċ č ď ė ě ē ę ġ ģ ħ ī į ij ķ ļ ł ń ň ņ ő ø ŕ ř ś š ș ț ť ū ů ų ű ź ż ž ß et leurs majuscules ;
  • l'occitan : á ò ó í ú
  • le gallois : ŵ ŷ Ŵ Ŷ ; le turc et l’azéri : ğ Ğ ı İ Ə ə ; l’islandais : ð Ð þ Þ ;
  • l’espéranto : ĉ ĝ ĥ ĵ ŝ ŭ Ĉ Ĝ Ĥ Ĵ Ŝ Ŭ ;
  • le grec monotonique : α β γ δ ε ζ η θ ι κ λ μ ν ξ ο π ρ σ τ υ φ χ ψ ω (+ majuscules) ;
  • les chiffres en exposants ¹²³⁴⁵ et en indices ₆₇₈₉₀ ;
  • quelques symboles scientifiques : ± − ÷ × ≠ ≃ ≮ ≯ ≤ ≥ ≰ ≱ ≲ ≳ ¼ ½ ¾ ‰ ;
  • les symboles monétaires : € ฿ ₵ ¢ ₡ ₫ € ƒ ₲ ₴ ₭ £ ₤ ₥ ₦ ₱ ₨ ৲ ৳ 元 圓 $ ₪ ₮ ₩ ¥ ₳ ₢ ₰ ₯ ₠ ₣ ℳ ₧ ;
  • et bien d’autres caractères grâce à un système complet et logique de vingt touches mortes.

Logiques de frappe des touches[modifier | modifier le code]

En vue de faciliter l’apprentissage et l’utilisation, la disposition a été créée de façon à simplifier au maximum le schéma corporel correspondant au clavier, ou à réduire la charge mentale nécessaire à son utilisation, et pratiquement en intégrant les contraintes suivantes :

  • toute majuscule se trouve sur la combinaison Maj. de sa minuscule ;
  • les deux caractères membres d’une paire — (), {}, <>, «», [], “”, ‘’ — sont toujours côte à côte, du même côté du clavier (à gauche) et sur les mêmes paires de doigts (quelques exceptions) ;
  • les opérateurs mathématiques sont regroupés ;
  • dans la mesure du possible, les accents morts sont tous sur la couche AltGr et placés sur la touche la plus logique possible qui leur correspond, rendant leur accès simple et logique même pour des accents peu utilisés. Ils ne sont jamais placés sur les combinaisons [Altgr]+[Maj.] sur la main droite, pour garantir qu’ils soient réellement utilisables ;
  • tout est fait pour rendre l’usage d’un français de qualité facile, logique et indépendant des logiciels utilisés :
    • accès direct aux guillemets français : “«” et “»” ;
    • accès au tiret sur cadratin « — », à l’apostrophe typographique « ’ », ou encore aux vrais points de suspension « … » ;
    • toutes les majuscules accentuées sont présentes et en position [Maj.] de leur minuscule ;
    • œ et Œ respectivement en AltGr et Maj+AltGr « o » ;
    • æ et Æ respectivement en AltGr et Maj+AltGr « a » ;
    • accès facile à l’espace insécable, en Maj+espace ;
    • placement de signes qui nécessitent l’espace insécable sur le même modificateur qu’elle : l’espace insécable est sur Maj.+espace ; les « ; », « : », « ! » et « ? » sont tous en position Maj ;
    • placement logique de la ponctuation : le point « . » est avec le double point « : » et les points de suspension « … », la virgule « , » avec le point-virgule « ; » ;
  • accès à tous les signes nécessaires à la programmation dans la logique de leur utilisation, sans diminuer la facilité d’usage du français (ce qui nécessite quelques concessions). En particulier, aucun caractère ASCII n’est disponible uniquement en AltGr+Maj.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sauf le Bulgare qui utilise l’alphabet cyrillique et le grec en partie, pour lequel toutes les formes diacritiquées des lettres ne sont pas disponibles.
  2. Elle est compatible avec les claviers 104 touches américains.
  3. Historique du clavier bépo sur le Framablog par Lionel Dricot.
  4. Création de la version 0.1, sur bepo.fr.
  5. liste des versions avec un bref historique, sur bepo.fr.
  6. Version 0.1, sur bepo.fr.
  7. (en) Bug 17821 - update of french-dvorak "bépo" keyboard mapping sur le gestionnaire de bugs du projet X.Org. 12 décembre 2008.
  8. (en) Journal des modifications du programme xkeyboard-config.
  9. Par exemple, en ce qui concerne Ubuntu, le fichier est intégré le 28 janvier 2009 pour faire partie de la version jaunty jackalope sortie le 23 avril 2009 (voir journal des modifications du paquet xkeyboard-config d’Ubuntu).
  10. Marquage des touches à l’aide d’autocollants ou peau en silicone sur les claviers Typematrix 2030.
  11. « Claviers bépo » sur le wiki officiel de la disposition.
  12. Clavier bépo dans « Le Nom des gens » (extrait) (vidéo sur Youtube).
  13. Quelques blogs parlant du bépo, listés sur bepo.fr.
  14. Annonce initiale du lancement du sondage.
  15. Résultat du sondage de Lionel Dricot sur le forum bépo.
  16. Sondage sur l’utilisation du bépo sur le site LinuxFr.
  17. Forum de la disposition bépo.
  18. Exemple d’un méthode d’apprentissage de la frappe à dix doigts en bépo.
  19. Ergonomie du clavier, sur le site officiel de la disposition bépo.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]