David Martin (théologien)

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David Martin (né à Revel le 7 septembre 1639 et mort à Utrecht le 9 septembre 1721) est un savant théologien protestant.

Description[modifier | modifier le code]

Fils de Paul Martin, qui fut à deux reprises revêtu de la dignité de consul à Revel, et de Catherine Cardes (alias Corde). Martin fit sa rhétorique à Montauban, en 1655, et sa philosophie à Nîmes, en 1655, sous le fameux Derodou. Le 21 juillet 1659, il prit le grade de maître-ès-arts et de docteur en philosophie, après avoir soutenu avec éclat, depuis le matin jusqu'au soir et sans président, des thèses in universam philosophiam. Comme il se destinait à la carrière ecclésiastique, il se rendit à l'académie de Puy-Laurens, où professaient Verdier et André Martel, et il se fit remarquer parmi ses condisciples par son application et ses succès. L'Écriture Sainte, les écrits des Pères et ceux des commentateurs de la Bible étaient son étude favorite ; les langues orientales et l'histoire ecclésiastique n'avaient guère moins d'attraits pour lui, et la lecture des chefs d'œuvre de l'antiquité, sacrée ou profane, le délassait de ses travaux plus sérieux. Son ardeur pour apprendre faillit lui coûter la vie : une tension de l'esprit trop soutenue, jointe au défaut d'exercice corporel, lui occasionna une maladie qui le conduisit aux portes du tombeau. À peine guéri, il se rendit à Mazamet, où s'était assemblé un synode provincial, qui l'admit au ministère, en 1663, et le donna à l'église d'Espérausses, alors agitée de funestes dissensions. Son humeur douce et conciliante ne tarda pas à y rétablir la paix que son prédécesseur n'avait pas su maintenir. En 1670, il fut appelé à La Caune (Lacaune (Tarn)), où il exerça son ministère jusqu'à l'interdiction du culte réformé. Chéri de son troupeau, respecté des Catholiques, dont il s'était concilié l'estime par l'aménité de ses mœurs, il ne voulut jamais consentir à quitter son église, ni pour celle de Milhau, dont il reçut vocation à plusieurs reprises, ni pour la chaire de théologie à l'académie de Puy-Laurens, qu'on lui offrit, en 1681, après la mort de Théophile Arbussi. Il fallut que la révocation de l'édit de Nantes l'en arrachât violemment.

Pendant les persécutions qui préludèrent à cet acte inique, Martin rendit d'importants services aux églises. Son zèle, sa fermeté, sa prudence étaient si bien connus que ses collègues le chargeaient toujours de la défense des intérêts de l'Église protestante dans les affaires les plus délicates. Aussi était-il particulièrement en butte à la haine du clergé romain. Il était impossible qu'on ne lui suscitât par quelque procès. C'est ce qui eut lieu, en effet ; mais il se défendit avec tant de dignité, de force et d'esprit, qu'il confondit ses accusateurs, et, contre toute attente, força l'évêque de Castres lui-même à reconnaitre son innocence. Son zèle le jeta dans un plus grand danger lorsque la révocation de l'édit de Nantes ferma son temple. Convaincu qu'il devait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, il voulut continuer les fonctions de son ministère ; mais il n'aurait pas tardé à payer cher son imprudence, si des Catholiques de ses amis ne l'avaient averti assez à temps qu'il allait être arrêté, et ne lui avaient facilité les moyens de fuir, en se chargeant généreusement de cacher sa femme et ses enfants, qui le rejoignirent plus tard en Hollande, où il se réfugia.

Martin arriva à La Haye dans le mois de novembre 1685. Quelque temps après, il fut placé à Utrecht comme ministre surnuméraire. Son mérite ne pouvait tarder à lui procurer une place de pasteur ordinaire. Dès le 16 février 1686, il fut nommé professeur de théologie à l'École illustre de Deventer; mais la régence d'Utrecht, qui avait déjà pu apprécier ses talents, ne voulut point le laisser partir et le retint comme ministre de l'église wallonne. Ce fut en vain que plusieurs universités lui offrirent des emplois honorables; il les refusa pour ne point se séparer de son église. Il ne voulut pas non plus, en 1695, accepter la vocation que lui adressa l'église de La Haye comme successeur d'Isaac Claude, fils du célèbre Jean Claude, son amie et son allié. Modeste et sans ambition, il n'aspirait pas à un poste élevé; il ne cherchait pas à briller, mais à être utile. Dans ce but louable, il ne se contenta pas de s'acquitter de ses fonctions pastorales avec une scrupule fidélité, et de composer des ouvrages dont quelques-uns, comme son Histoire du Vieux et du Nouveau Testament et sa révision de la Bible, ont, sans aucun doute, puissamment contribué à l'instruction, ainsi qu'à l'édification dans les églises protestantes; il consentit même à recevoir chez lui quelques jeunes gens pour leur enseigner la philosophie et la théologie et leur inspirer l'amour de la vertu par ses instructions et son exemple. Il eut l'honneur de compter parmi ses disciples des fils même de souverains.

Le vœu le plus ardent de Martin était de mourir en chaire; il fut exaucé. Le 7 septembre 1721, à l'âge de 82 ans, il fit sur la sagesse de la Providence un sermon où il se surpassa: mais après avoir terminé sa prédication, il se sentit si épuisé qu'il fallut le transporter chez lui. Une fièvre violente l'enleva en deux jours.

"Il avait l'esprit vif, pénétrant et très présent, la mémoire heureuse, le jugement excellent, lit-on dans la Vie de D. Martin par Claude. Il cherchait toujours à s'instruire; continuellement il faisait des questions, sans avoir la fausse honte de donner à connaître qu'il ignorait quelque chose; tout excitait sa curiosité, arts, sciences, affaires; cependant rien ne se confondait dans son esprit, il ne mettait chaque chose qu'en sa place... Avec lui la conversation ne tarissait jamais, il y portait la franchise et la gaité de son pays: il était plein de feu, et il avait la repartie prompte... A le considérer du côté du cœur, on le lui trouvait affectueux, tendre, compatissant. Il était si attaché à ses amis qu'on l'a vu, trente ou quarante ans après leur mort, s'intéresser vivement au sort de ceux qui leur avaient appartenu."

David Martin avait épousé à Castres, en 1666, Florence de Malecare, fille de Pierre de Malecare, avocat à la Chambre de l'édit. Il en eut trois fils, DAVID, LOUIS et N.; et deux filles: MARIE, femme de Renouard, marchand à Londres, et FLORENCE, qui entra dans la Société de La Haye. C'est cette demoiselle qui fut en butte aux calomnies de La Chapelle.

Comme écrivain, Martin mérite de prendre rang parmi les bons prosateurs du Refuge. Il s'était appliqué avec un soin tout particulier à l'étude de la langue française, et s'était si bien pénétré de son esprit que, lorsque l'Académie annonça la publication de la seconde édition de son Dictionnaire, il lui envoya des observations que ce corps savant trouva judicieuse, comme il le lui témoigna dans une lettre de remerciements très flatteuse. Son style est donc généralement clair et correct; mais il est un peu dur et manque presque toujours de chaleur et de mouvement. Dans ses écrits de polémique, il se montre d'une orthodoxie rigide, ennemi de toute nouveauté; cependant il combat toujours ses adversaires avec modération et courtoisie. Ses sermons sont remplis de pensées solides, mais monotones et froids. Dans notre opinion, ce sont ses travaux sur la Bible qui le recommandent surtout à l'attention de la postérité, et qui le placent parmi les théologiens protestants du XVIIe siècle renommés pour leur érudition.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Voici la liste de ses ouvrages:

  • Le Nouveau Testament de Notre Seigneur Jésus-Christ expliqué par des notes courtes et claires sur la version ordinaire des églises réformées: avec une préface générale touchant la vérité de la religion chrétienne, et diverses autres préfaces particulières sur chacun des livres du Nouveau Testament, Utrecht, F. Halma, 1696, in-4°. - Dans la Préface générale, Martin défend l'autorité de l’Écriture et la vérité de la religion chrétienne contre les Sociniens et les Juifs. Les notes sont ou dogmatiques ou simplement littéraires. On a fait usage de ces notes dans l'édit. du N.T., trad. en français selon la Vulgate, édit. évidemment catholique, publiée à Bruxelles, 1700, 4 vol. in-12.
  • Rome convaincue d'avoir usurpé tous les droits qu'elle s'attribue injustement sur l’Église chrétienne, Utrecht, 1700, in-12. - Réponse à la Lettre pastorale adressée, en mars 1699, par l'archevêque de Paris aux nouveaux catholiques de son diocèse. Ouvrage inconnu à Claude, à Prosper Marchand et à Chauffepié, mais attribué à D. Martin par le Catalogue de la Bibl. royale.
  • Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, Amst., P. Mortier, 1700, 2 vol. in-fol., avec 424 excellentes gravures; contref. à Gen., 1707 3 vol. in-12, sans grav.; réimp. avec de plus petites grav., Amst., 1724, in-4°; trad. en holl., Armst., 1700, 2 vol., in-fol. - Auteur, imprimeur et graveurs ont rivalisé de zèle pour faire de cet ouvrage un chef-d'œuvre.
  • La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament, expliquez par des notes de théologie et de critiques sur la version ordinaire des églises réformées, revue sur les originaux et retouchés dans le langage, Amst., 1707, 2 vol. in-fol.; réimp. avec des notes plus courtes, Amst. et Utrecht, 1707, in-4°; réimp. sans notes et avec l'ancienne Préface des édit. genevoises, Amst., 1710, in-8°; 1714, in-12, et des centaines de fois depuis. - Entreprise à la demande des églises wallonnes, cette révision de la Bible de Genève fut approuvée, en mai 1710, par le synode de Leuwarden. Martin y a joint une Préface générale sur les versions du texte sacré, des notes théologiques, morales et critiques, des préfaces particulières à chaque livre et l'indication des passages parallèles. Le style, retouché par l'auteur dans ce qui avait vieilli, eut bientôt besoin d'être de nouveau rajeuni, travail intégral et pénible dont se chargea, au XIIe siècle, le pasteur neuchâtelois Ostervald.
  • Sermons sur divers textes de l’Écriture Sainte, Amst., 1708, in-8°.
  • L'excellence de la foy et de ses effets expliqués en XX sermons sur Héb. XI, Amst., 1710, 2 vol. in-12.
  • Traité de la religion naturelle, Amst., P. Brunel, 1712, in-8; trad. en holl., Utrecht, 1720, in-8°; en angl., Lond., 1720; en allem., Leipz., 1735, in-8°. - Cet ouvrage eut un véritable succès.
  • Le vrai sens du psaume CX, opposé à l'application qu'en a faite à David l'auteur [Jean Masson] de la Dissertion ins. dans les trois premiers vol. de l'Hist. critique de la républi. des lettres, Amst., 1715, in-8.
  • Deux dissertations critiques: la 1re sur I Jean V, 7, dans laquelle on prouve l'authenticité de ce texte; la 2e sur le passage de Josèphe touchant J.-Ch., où l'on fait voir que ce passage n'est point supposé, Utrecht, 1717, in-8°; trad. en angl., Lond., 1719, in-8°.
  • Traité de la religion révélée, où l'on fait voir que les livres du V. et du N.T. sont d'inspiration divine; on donne des règles générales pour les expliquer, et l'on prouve invinciblement, contre les hérétiques modernes, la vérité des plus profondes doctrines de la religion chrétienne, Leuwarden, 1719, 2 vol. in-12; Amst., 1723, 2 vol. in-8°; trad. en anglais.
  • Examen de la réponse de M. Emlyn à la Dissertation critique sur I Jean V, 7, Lond. 1719, in-8°.
  • La vérité du texte de I Jean V,7 démontrée par des preuves qui sont au-dessus de toute exception, Utrecht, 1720, in-8°; trad. en anglais, Lond., 1722, in-8°.
  • On trouve, en outre, de notre David Martin, une Réponse à la lettre du P. Lelong, relative aux fameux passage de I Jean V,7, dans l'Europe sav. (T.XII), et In lucii Caecilii Librum ad Donatum Demortibus persecutorum notae, ins. dans les Miscellan. Observationes criticae d'Amsterdam (T. X, 2e partie). Avant de quitter la France, Martin avait entrepris une réfutation de l'Exposition de Bossuet, qui n'a pas vu le jour, ainsi qu'un Commentaire latin sur l’Épitre aux Éphésiens que le maladie le força d'interrompre au 4e chapitre.

Source[modifier | modifier le code]

  • E. Haag, La France Protestante, t. VII, Paris, 1857.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]