Ère commune

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En chronologie, l’ère commune, souvent abrégé EC, est une ère calendaire (en) calendairement équivalente à l’expression d’ère chrétienne en remplacement de laquelle elle est proposée.

La motivation généralement avancée pour cette proposition de substitution est une volonté de neutralité religieuse. Son usage est préconisée par différents auteurs[Qui ?] qui considèrent qu'elle n'impose pas une vision occidentale et chrétienne de l'histoire. Selon eux, si cette chronologie est arbitraire, elle est neutre.[réf. nécessaire]

D'autres[Qui ?] la tiennent pour un euphémisme superflu ou une tentative de formulation politiquement correcte, s’appuyant sur l’argument que l'année de référence, l’an 1, fut définie selon une estimation de la date de naissance de Jésus de Nazareth, icône centrale du christianisme.[réf. nécessaire] Cependant les recherches actuelles défendent la thèse que cette estimation est erronée, évaluant la naissance du personnage antérieur de 5 à 7 ans à l’an 1[1][2][3].

Sommaire

Notation [modifier]

Ère commune (EC) / Common Era (CE) [modifier]

En domaine francophone, l'abréviation « ap. J.-C. »[4] est la plus habituellement usitée. Toutefois l'abréviation « EC » est utilisée par certains historiens lorsque leurs études concernent des sociétés non européennes pour lesquelles la référence à l'ère chrétienne n'a aucun sens. On omet généralement la mention « EC » sauf pour les dates proches de l'origine. On trouve aussi, exceptionnellement, l'abréviation « EV » pour Era Vulgaris, formule latine signifiant « Ère Commune ».

L'abréviation anglo-saxonne est CE pour Current Era ou Common Era.

Avant l'ère commune (AEC) / Before Common Era (BCE) [modifier]

Pour les années antérieures à la naissance de Jésus-Christ, on utilise généralement en français « av. J.-C. » Dans le système de l'Ère commune, on note « AEC » les années « Avant l'Ère Commune » (en anglais : BCE pour Before Common Era). Comme pour la nomenclature usuelle, l'année 0 n'est pas utilisée, excepté pour des usages astronomiques. Donc l'année 1 CE est immédiatement précédée dans la chronologie par l'année 1 AEC. Les expressions « avant notre ère » et « de notre ère » sont couramment utilisées mais ne connaissent pas d'abréviation. Dans l'usage courant, les datations ne sont qualifiées par un suffixe que lorsqu'ils s'agit de dates anciennes, particulièrement de dates voisines du début de l'ère chrétienne. L'utilisation de cette notation ne modifie donc pas les usages ordinaires. Il suffit de remplacer « ap. J.-C. » par « EC » et « av. J.-C. » par « AEC » lorsque nécessaire.

Avant le présent / Before Present (BP) [modifier]

En archéologie et en préhistoire, les méthodes de datation absolue telles que la datation par le carbone 14 fournissent des résultats exprimés en nombre d'années écoulées jusqu'au présent. Par convention, afin d'avoir un point de référence fixe et universel, le présent en question est fixé à l'année 1950, date des débuts des datations radiométriques.

Les préhistoriens diront, par exemple, que tel foyer paléolithique est daté de 12 000 « avant le présent » (12 000 BP), c'est-à-dire d'environ 10 000 AEC.

Ère vulgaire (vulg.) [modifier]

Au sein du Collège de 'Pataphysique, l'usage est d'utiliser la notation vulg. pour accompagner une date qui n'utilise pas le calendrier pataphysique[5]. Le terme « vulgaire » signifie dans ce contexte que l'on utilise le calendrier non pataphysique le plus courant. Pendant une période de 25 ans pendant laquelle le Collège de 'Pataphysique n'a eu aucune manifestation publique, le calendrier spécifiquement pataphysique n'était plus mentionné dans les publications pataphysiques. Parmi les pataphysiciens, toutes les dates de cette époque (de vulg. 1975 à vulg. 2000) étaient notées exclusivement de cette manière[6].

Autres systèmes de notation [modifier]

Depuis que la République populaire de Chine a clos l'ère de la République de Chine en 1949, la langue chinoise utilise la traduction littérale de « ère commune », gōngyuán (公元), pour ses datations.

Origines [modifier]

La numérotation des années à partir de la date supposée de l'incarnation du Christ a été proposée en 525 par le moine Dionysius Exiguus (Denys le Petit, 470-540) qui la baptisa Anno Domini. Deux siècles plus tard, Bède le Vénérable, érudit anglo-saxon, utilisa le terme latin ante incarnationis dominicae (« avant l'incarnation du seigneur ») pour nommer les années précédant cette date.

L'expression « ère commune » a déjà été utilisée par le passé. En 1667, la Chronologie des Épistres de S. Paul du Nouveau Testament de Mons, première édition de la traduction par Lemaistre de Sacy, emploie la chronologie selon L'an de l'Ère commune en regard de la chronologie selon L'an après la Passion avec une différence de 33 ans[7]. À l’entrée « chronologie » de la Catholic Encyclopedia de 1908 on lit : « La plus utilisée d’entre [les ères de datation] est celle adoptée par tous les peuples civilisés et connue sous le nom d’ère chrétienne, vulgaire ou commune, pour laquelle nous vivons au XXe siècle. »

Le terme « vulgaire » vient du latin vulgāris (de vulgus, « peuple », « plèbe ») et a pour signification « venant ou appartenant à la plèbe ». Il qualifie ce qui est d’usage commun, généralisé même chez les personnes ne croyant pas à la divinité du Christ. À la fin du XIXe siècle, le mot « vulgaire » ayant pris une connotation péjorative et le sens de « cru » ou « indécent », le mot a été remplacé par son synonyme « commun ».

Une des premières utilisations juives répertoriées de cette datation est une inscription mortuaire dans le cimetière juif de Plymouth (Angleterre) :

« Here is buried his honour Judah ben his honour Joseph, a prince and honoured amongst philanthropists, who executed good deeds, died in his house in the City of Bath, Tuesday, and was buried here on Sunday, 19 Sivan in the year 5585. In memory of Lyon Joseph Esq (merchant of Falmouth, Cornwall) who died at Bath June AM 5585/VE 1825. Beloved and respected. »

« Ici est enterré l’honorable Judas, fils de l’honorable Joseph, un prince et honoré entre tous les philanthropes qui a accompli de bonnes actions, mort en sa maison de Bath mardi et enterré ici le dimanche 19 Sivan de l’année 5585. À la mémoire de Lyon Joseph Esq. (marchand de Falmouth, Cornouailles), mort à Bath en juin AM 5585 / VE 1825. Aimé et respecté de tous. »

Cette inscription utilise le calendrier juif (5585), mais se termine par la date dans l’ère commune (1825). La notation « VE » signifie sans doute « Vulgar Era » ; on peut supposer qu’elle était utilisée en lieu et place de « ap. J.-C. » pour éviter la référence au christianisme.

Usage [modifier]

Certains spécialistes juifs, musulmans et d’autres cultures n’appartenant pas à la tradition chrétienne emploient cette notation. Certains chrétiens utilisent aussi la notation EC pour signifier « Ère chrétienne ». Les Témoins de Jéhovah l’emploient dans leurs publications et soutiennent qu’elle est plus appropriée que les notations « av. J.-C./ap. J.-C. ».

Domaine anglophone [modifier]

Beaucoup d’universitaires non religieux dans les domaines de l’histoire, de la théologie, de l’archéologie et de l’anthropologie ont adopté ce système ces dernières années.

L'utilisation de la notation en « ère commune » est plus flagrante dans les grands musées du monde anglophone. La Smithsonian Institution préconise l’usage de l’ère commune, bien que les musées ou galeries qui lui sont liés ne soient pas contraints de l’appliquer. Elle est également employée par la National Geographic Society et le United States Naval Observatory[8].

Domaine francophone [modifier]

En France, la notation « EC/AEC » est peu développée. On trouve quelquefois la notation « AEC » dans certains articles traitant d'histoire ancienne. Le musée du Louvre utilise la notation « av. J.-C. » et « ap. J.-C. » dans les notices destinées aux visiteurs.

Partisans [modifier]

Les partisans de la notation « EC/AEC » insistent sur le fait qu'elle est religieusement neutre et donc adaptée à une utilisation dans un contexte multiculturel et/ou religieux.

Il existe différents arguments en faveur de cette notation :

  • Le calendrier occidental est devenu une norme mondiale (présent dans tous les ordinateurs par exemple). Il devrait donc être religieusement et culturellement neutre par considération envers les cultures contraintes de l’utiliser[9].
  • Ce système a été largement utilisé par la communautés des chercheurs et universitaires depuis presque un siècle.
  • Les jours et les mois peuvent être désignés avec des noms propres à chaque culture. Les années, elles, sont numérotées à partir d'une référence qu'il convient de rendre la plus neutre possible[9].
  • Il est facile de remplacer la notation « ap. J.-C./av. J.-C. » par la notation « EC/AEC » car la numérotation des années est exactement la même dans les deux systèmes. Il n’est pas besoin de convertir les années.
  • L'indication d’ère commune est possible avec les siècles alors qu’Anno Domini (qui s’applique à des années et non à une période) est, elle, impossible. (« Au IIIe siècle de l’ère commune » est acceptable mais pas « au IIIe siècle de l’an de grâce ».)

Détracteurs [modifier]

L'emploi de la notation « EC/AEC » a parfois donné lieu à une opposition assez forte. Les principaux arguments des détracteurs sont les suivants :

  • Le terme d’ère commune est considéré comme un euphémisme de l’expression Anno Domini. L'encyclopédie Encarta donne comme définition « Ère chrétienne (ou commune) : période s’étendant après la naissance de Jésus Christ »[10] et utilise la notation ap. J.-C./av. J.-C. dans ses articles[11].
  • « ap. J.-C./av. J.-C. » sont utilisés depuis très longtemps et sont devenus, en quelque sorte, des termes génériques ayant perdu tout contenu religieux.
  • La notation « EC/AEC » n’est encore pas assez répandue et n'est pas comprise par tous.
  • Certains[Qui ?] reprochent au système de l’ère commune de retenir comme année de référence la naissance du Christ. Cela induirait une vision centrée sur le christianisme aux dépens d’un système de datation mondial totalement areligieux.
  • Le système d’ère commune ne résout pas le principal problème posé par le calendrier chrétien : l’absence d’année 0. Il serait préférable de basculer vers un système où 1 av. J.-C. deviendrait 0, 2 av. J.-C. devenant alors 1 av. J.-C., etc. Pour résumer leur argumentaire : rien ne sert de changer de système de datation si cela ne règle pas de problème.

Notes et références [modifier]

  1. Cf. Michel Quesnel, « Jésus et le témoignage des Évangiles », dans Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 201 ; Manfred Heim, 2000 dates pour comprendre l’Église, éd. Albin Michel, 2010, p. 15 ; Pierre Geoltrain, « Les origines du Christianisme : comment en écrire l'histoire », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. XVII ; Simon Claude Mimouni in Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F./Nouvelle Clio, 2007, p. 61 ; Paul Mattei, Le christianisme antique, éd. Ellipses, 2e éd., 2011, p. 32. ; Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament, éd. Bayard 2011, p. 28 ; Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament, éd. Labor et Fides, 4e éd., 2008, cité par Le Monde de la Bible, Hors-série « Que sait-on de Jésus », printemps 2009, p. 7
  2. Georges Declercq, Anno Domini: The origins of the Christian Era (Turnhout, Belgium: Brepols, 2000), pp.143–147.
  3. G. Declercq, "Dionysius Exiguus and the introduction of the Christian Era", Sacris Erudiri 41 (2002) 165–246, pp.242–246. Annotated version of a portion of Anno Domini.
  4. Selon les règles d'abréviation du français, « après Jésus-Christ » devrait s'écrire « apr. J.-C. » ; toutefois, « ap. J.-C. » est le plus couramment utilisé.
  5. Voir par exemple la publication du Second manifeste du Collège de 'Pataphysique
  6. « L'usage s'est donc établi de remplacer la date pataphysique par des points d'Occultation et de donner entre parenthèses la traduction dans le calendrier vulgaire. Par exemple, on ne date pas du "27 sable 113" mais du "… (27 décembre 1985 vulg.)" » (Mémoire de diplôme de conservateur de bibliothèque. Alexandre Boutet. Décembre 2005).
  7. Voir l'exemplaire de la Bibliothèque de Lausanne [lire en ligne] sur Google Livres
  8. (en) Introduction to Calendars sur le site de l'United States Naval Observatory
  9. a et b (en) Guideline : « The 'Common Era' - a Secular Term for Year Definition » sur le site de la BBC, publié le 19 novembre 2004.
  10. Common Era sur Encarta
  11. Jésus-Christ on Encarta

Voir aussi [modifier]

Liens externes [modifier]