Chalara fraxinea

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Chalara fraxinea est une espèce de mycètes pathogènes jugée responsable d'une maladie fongique dite « chalarose » ou « maladie du flétrissement du frêne ».

Sa forme téléomorphe est Hymenoscyphus pseudoalbidus[2],[3]. Autrement dit, Chalara fraxinea est l'anamorphe (forme reproductrice asexuée) du champignon hymenoscyphus pseudoalbidus (V. Queloz et al., 2010).

La chalarose est une maladie émergente (phytopathologie) qui touche en Europe depuis le début du XXIe siècle les frênes Fraxinus excelsior et F. angustifolia.

La chalarose[modifier | modifier le code]

C'est la maladie causée chez les frênes par ce champignon ascomycète. Lors d'une étude faite par l'INRA, le champignon Chalara fraxinea a été trouvé sur toutes les parties de l'arbre (collet, houppier, racines, pousses, gourmands), mais toujours détecté uniquement au niveau des nécroses ou des pourritures, et non dans le bois sain (aubier, bois de cœur).

Si cela était confirmé par d'autres observations, on pourrait en déduire que la qualité de la grume n'est pas affectée (hors zones de nécrose ou pourriture)[4] ; mais la circulation de petits bois d'industrie ou de chauffage pourrait contribuer à la diffusion de bois contaminé et donc des spores[4].

Une étude menée en Suède sur des frênes malades[5] a trouvé ce champignon en association avec d'autres espèces (Gibberella avenacea, Alternaria alternata, Epicoccum nigrum, Botryosphaeria stevensii, Valsa sp., Lewia sp., Aureobasidium pullulans et Phomopsis sp.). Ces champignons ont été inoculés à de jeunes frênes sains, et après 2 ans, seules 4 espèces (A. alternata, E. nigrum, C. fraxinea et Phomopsis sp.) ont conduit à l'observation de nécroses de l'écorce et du cambium typiques de la maladie. C. fraxinea présentait le pouvoir pathogène le plus élevé : il s'est développé chez environ la moitié des arbres inoculés, alors que les autres espèces de champignon n'ont causé de nécroses que chez 3 à 17 % des frênes inoculés.

La biologie de C. fraxinea et les éventuelles causes environnementales d'une susceptibilité aggravée de F. excelsior sont encore mal comprises et doivent faire l'objet de nouvelles études[5],[6].

Prévalence géographique[modifier | modifier le code]

La chalarose est apparue en Pologne au début des années 1990 avant de s'étendre en Europe septentrionale, centrale et du sud[5].

La répartition de la maladie est encore mal connue, mais fait l'objet d'un suivi dans de nombreux pays, dont la France avec l'INRA et le DSF.

En Belgique, il fait l'objet d'un suivi sanitaire par la Région wallonne depuis 2009. Cette année-là, il n'a pas été détecté, mais en 2010, de premiers sites infectés ont été repérés[7]. Des mesures d’éradication ont cherché, sans succès à stopper la propagation de la maladie[8].

En France, où les dépérissements sont surveillés par le Département Santé des forêts du ministère de l'agriculture, les premiers symptômes ont été signalés en Haute-Saône en 2008. En 2009, il était signalé dans le Pas-de-Calais, à Lugy, près de Fruges. En 2010, onze départements étaient déclarés touchés, avec plusieurs foyers signalés dans le nord de la France (Pas-de-Calais notamment où néanmoins - en 2009 - l'État recommandait de ne pas changer les pratiques d'exploitation[9]) et dans l'est (Alsace, presque partout). En 2011, la totalité du Nord Pas-de-Calais était considéré comme touché par la chalarose, et deux départements proches, l'Aisne et l'Oise étaient jugés en situation préoccupante. La mortalité reste faible, mais la croissance est souvent réduite, et le pourcentage d’arbres adultes porteurs de symptômes peut dépasser 80 % des frênes des massifs suivis.

Origine du champignon[modifier | modifier le code]

Une étude menée à l'INRA a montré le caractère exotique et invasif de l'agent pathogène[10]. Puis il a été montré que C. fraxinea est très probablement d'origine asiatique où il a été détecté sur des frênes indigènes, F. mandshurica, au Japon, et où la diversité génétique du pathogène est beaucoup plus élevée qu'en Europe[11].

Résistance génétique chez les frênes[modifier | modifier le code]

Une étude danoise (2007 à 2009, publiée en 2012[12]) a montré que les clones de frênes (parmi une trentaine de clones différents testés) réagissent différemment à cette maladie : tous les clones infectés ont présenté des symptômes, mais avec de fortes variations. Le degré de sensibilité des clones était fortement corrélé à la sénescence des feuilles en automne (plus précoce chez les clones plus sains). L'étude a montré une résistance d'origine génétique chez certains clones, associée à cette chute plus précoce des feuilles[12]. De façon générale, plusieurs études confirment qu'il existe de la variabilité génétique héritable dans la résistance à la maladie dans les populations de F. excelsior, allant des plus résistants (moins de 5% de la population de frênes) aux très sensibles qui disparaitront rapidement[13],[14],[15]. La chalarose aura un impact économique majeur ainsi qu'un fort impact écologique sans toutefois remettre en cause la préservation de l'espèce. Les clones les plus résistants freinent la propagation du champignon[12].
Si le champignon ne contourne pas cette résistance, la sylviculture pourrait utiliser certains de ces clones[12].

Symptômes[modifier | modifier le code]

  • Flétrissement de rameaux.
  • Dessèchement de l'écorce qui devient localement orangée et qui peut cacher la présence de scolytes (Hylésine du fresne Leperesinus fraxini et/ou l'hylésine crénelé Hylesinus crenatus lors de certaines observations faites en France[4]en Haute-Saône).
  • Mort des pousses.
  • Descente de cime avec en réaction apparition de nombreux gourmands, eux-mêmes souvent mycosés.
  • Fréquentes nécroses corticales à la base des rameaux tués par le champignon, pouvant gagner toute la branche avec des faciès chancreux.
  • Parfois, le collet du frêne peut se nécroser sans symptômes dans le houppier (dans ce cas, l'armillaire semble alors aussi présent, avec risque associé de casses de l'arbre).

Ce champignon a fait l'objet d'une alerte internationale de l'EPPO et sa présence peut être maintenant diagnostiquée par PCR (plus rapidement qu'en isolant le champignon sur gélose) par certains laboratoires[5],[16]. Cette technique devrait faciliter la recherche du champignon et l'acquisition de données d'intérêt éco-épidémiologique[16].

Culture en laboratoire[modifier | modifier le code]

Chalara fraxinea ne croit que très lentement sur les supports classiques de gélose, alors qu'il se développe très vite chez les frênes infectés (pour ceux qui n'y résistent pas naturellement)[16].

Exploitation du bois[modifier | modifier le code]

En France, le ministère de l'Agriculture recommande le martelage entre le 15 août et la fin septembre, quand l'arbre est en feuille de manière à mieux apprécier l’état du houppier.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Ministère de l'Agriculture, Les symptômes de la chalarose
  • (fr) Ministère de l'Agriculture, La chalarose
  • (fr) Ministère de l'Agriculture, Carte d'évolution de la chalarose
  • (fr) Note de Service DGAL/SDQPV/N2009-8315 et sur le site du Ministère de l’agriculture (dans la rubrique Santé et protection des végétaux/Santé des forêts)
  • (fr) Gauquelin (coordinateur) et al, Guide de gestion des forêts en crise sanitaire, 2010 ed. ONF/IDF - 2011, 96 p. 2011-01-24 (Présentation et commentaires. Voir aussi (du même auteur) à propos de la gestion des dépérissements)
  • (fr) E. Paillassa, Ph. Riou-Nivert, J. Rosa, Guide de l’expérimentation forestière en liaison avec le changement climatique ; IDF, 2012, 224 pp.
  • (fr) Christophe Drenou, Vitalité et solidité de l'arbre : choisir les méthodes de diagnostic, IDF

Références[modifier | modifier le code]

  1. Catalogue of Life, consulté le 18 août 2013
  2. Queloz, V., Grünig, C.R., Berndt, R., Kowalski, T., Sieber, T.N. Holdenrieder, O. 2011. Cryptic speciation in Hymenoscyphus albidus. Forest Pathology, 41: 133-142
  3. Husson, C., Scala, B., Caël, O., Frey, P., Feau, N., Ioos, R., Marçais, B. 2011. Chalara fraxinea is an invasive pathogen in France. Forest Pathology 130: 311-324
  4. a, b et c Ministère de l'Agriculture, Les symptômes de la chalarose ; 2008
  5. a, b, c et d Renaud Ioos, Tadeusz Kowalski, Claude Husson and Ottmar Holdenrieder ; Rapid in planta detection of Chalara fraxinea by a real-time PCR assay using a dual-labelled probe : European Journal of Plant Pathology Volume 125, Number 2, 329-335, on line : 22 avril 2009, DOI: 10.1007/s10658-009-9471-x
  6. Remigijus Bakys, Rimvydas Vasaitis, Pia Barklund, Iben M. Thomsen and Jan Stenlid Occurrence and pathogenicity of fungi in necrotic and non-symptomatic shoots of declining common ash (Fraxinus excelsior) in Sweden ; European Journal of Forest Research Volume 128, Number 1, 51-60, DOI: 10.1007/s10342-008-0238-2 (Résumé)
  7. Actualités - 1er juillet 2013 sur le site de l'Office économique wallon du bois
  8. Article de Forêt wallonne.
  9. DRAF (Direction Régionale de l'Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) ; Evolution de la chalarose sur frêne.
  10. Husson, C., Scala, B., Caël, O., Frey, P., Feau, N., Ioos, R., Marçais, B. 2011. Chalara fraxinea is an invasive pathogen in France. Forest Pathology 130:311-324
  11. Zhao et al. 2012. Hymenoscyphus pseudoalbidus, the correct name of Lambertella albida reported from Japan. Mycotaxon 122:25-41.
  12. a, b, c et d McKinney L.V., Thomsen I.M., Kjaer E.D., Nielsen L.R. [2012]. Genetic résistance to Hymenoscyphus pseudoalbidus limits fungal growth and symptom occurrence in Fraxinus Excelsior. Forest Pathology 42 : 69-74 (6 p., 2 fig., 2 tab., 20 réf.).
  13. Kjær et al. 2012. Adaptive potential of ash (Fraxinus excelsior) populations against the novel emerging pathogen Hymenoscyphus pseudoalbidus. Evol. Appl. 5: 219–228.
  14. Mc Kinney et al. 2011. Presence of natural genetic resistance in Fraxinus excelsior (Oleraceae) to Chalara fraxinea (Ascomycota): an emerging infectious disease. Heredity 106: 788-797
  15. Pliura A. et al. 2011. Performance of twenty four European Fraxinus excelsior populations in three Lithuanian progeny trials with a special emphasis on resistance to Chalara fraxinea. Baltic For. 17: 17–34
  16. a, b et c Renaud Ioos, Tadeusz Kowalski, Claude Husson and Ottmar Holdenrieder ; Rapid in planta detection of Chalara fraxinea by a real-time PCR assay using a dual-labelled probe  ; European Journal of Plant Pathology Volume 125, Number 2, 329-335, DOI: 10.1007/s10658-009-9471-x (Résumé)