Carmen Miranda

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Carmen Miranda

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Carmen Miranda en 1941.

Nom de naissance Maria do Carmo Miranda Da Cunha
Surnom La bombe brésilienne
Naissance
Marco de Canaveses, Portugal
Nationalité Drapeau du Portugal Portugaise
Décès (à 46 ans)
Beverly Hills, États-Unis
Profession actrice
chanteuse
danseuse
Films notables Une nuit à Rio
Banana Split

Maria do Carmo Miranda Da Cunha, dite Carmen Miranda, est une actrice et chanteuse portugaise[1], née le à Marco de Canaveses (Portugal) et morte le à Beverly Hills (Californie).

Surnommée « la bombe brésilienne », elle fit preuve d'un indiscutable tempérament comique et participa à beaucoup de comédies musicales, latino-américaines dans les années 1940, à la 20th Century Fox. En 1945, elle était la femme la mieux payée aux États-Unis[réf. nécessaire].

Considérée comme précurseur du « tropicalisme », mouvement culturel brésilien des années 1960, Carmen Miranda a été la première star latino-américaine à poser ses empreintes devant le Grauman's Chinese Theatre en 1941.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Maria do Carmo Miranda da Cunha naît à Várzea da Ovelha e Aliviada, un village dans la municipalité portugaise nord de Marco de Canaveses. Elle est la deuxième fille de José Maria Pinto da Cunha (1887-1938) et Maria Emília Miranda (1886-1971)

En 1909, son père émigre seul au Brésil et s'installe à Rio de Janeiro, où il ouvre un salon de coiffure. Sa mère le rejoint en 1910 avec leurs filles Olinda (1907-1931) et Maria[2]. Quatre autres enfants naîtront : Amaro (1911), Cecilia (1913-2011), Aurora (1915-2005) et Oscar (1916).

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Carmen Miranda en 1930.

Miranda est présentée au compositeur Josué de Barros, qui lui fait enregistrer son premier album pour Brunswick, une société allemande, en 1929. L'année suivante, elle enregistre Tai (Pra Você Gostar de Mim) écrit par Joubert de Carvalho et devient une des chanteuses les plus populaires du Brésil, place qu'elle maintiendra tout au long des années 1930[3]

En novembre 1930, elle négocie un contrat d'enregistrement avec RCA Victor, la filiale brésilienne du conglomérat américain. En 1933, elle signe pour deux ans avec Radio Mayrink Veiga, la station brésilienne la plus populaire, devenant la première chanteuse sous contrat avec une radio dans l'histoire du Brésil. En 1934, elle est invitée à se produire sur Radio Belgrano, à Buenos Aires. En 1935, enfin, elle passe chez Odeon Records, gravant un certain nombre de titres, dont beaucoup sont maintenant des classiques de la musique brésilienne[4].

La célébrité de Miranda est étroitement liée à la popularité croissante d'un style typiquement brésilien de musique : la samba. Les deux ont fortement contribué à une reconceptualisation du nationalisme brésilien par le régime du président Getúlio Vargas[5] Durant les années 1930, Miranda a enregistré près de trois cents chansons, dont beaucoup écrites exclusivement pour elle par les compositeurs les plus célèbres du Brésil, comme Ary Barroso, Synval Silva et Dorival Caymmi, et avec les meilleurs musiciens du Brésil[6]. Sa grâce et sa vitalité, tant sur scène qu'au disque, lui ont valu immédiatement les qualificatifs de Cantora do It (« chanteuse qui-en-a »[7]), Ditadora Risonha do Samba (« joyeuse dictatrice de la samba »), jusqu'à ce que le présentateur de radio Cesar Ladeira impose en 1933 A Pequena Notável (« la fille remarquable »).

Carmen Miranda in 1935.

Pendant l'enregistrement ou l'exécution à la radio et la scène, elle comptait sur les

De 1933 à 1939, dans une industrie cinématographique en plein essor, elle tourne dans cinq films qui lui permettent de mettre en valeur son talent vocal. Comme d'autres chanteurs populaires de l'époque, elle fait ses débuts à l'écran dans le documentaire brésilien A Voz Do Carnaval (1933). Deux ans plus tard, elle apparaît dans son premier long métrage intitulé Alô, Alô Brasil. Mais c'est le film Estudantes en 1935 qui l'impose dans l'esprit du public. Dans Alô, Alô Carnaval! (1936), elle interprète la célèbre chanson Cantoras do Rádio pour la première fois aux côtés de sa sœur, Aurora Miranda[8]. En 1939, Carmen Miranda participe au film Banana da Terra réalisé par João de Barros. Elle doit y interpréter deux chansons de Ary Barroso: Na Baixa do Sapateiro et Boneca de Piche, mais Barroso est remplacé par le nouvel auteur à succès Dorival Caymmi qui lui écrit O que é que a Baiana Tem? (« Ce que la Baiana a »).

Lors d'une présentation au Casino da Urca, Miranda est remarquée par le dramaturge américain Marc Connelly, en vacances à Rio avec la patineuse artistique norvégienne Sonja Henie, et le puissant producteur de Broadway Lee Schubert. Ce dernier engage Miranda pour sa revue The Street of Paris[9].

Les États-Unis[modifier | modifier le code]

Carmen Miranda au Grauman's Chinese Theatre, en 1941.
The Age - Masthead 1946.jpg
Étoile de Carmen Miranda sur le Boulevard Walk of Fame à Hollywood.

Miranda arrive à New York le 18 mai 1939 à bord du paquebot SS Uruguay. Elle apparaît pour la première fois dans The Street of Paris le 19 juin. Bien que sa participation reste modeste, elle reçoit de bonnes critiques et devient un phénomène médiatique[10],[11][12]. Time Magazine la surnomme le « punch qui arrête le spectacle[pas clair] ». Les publics de New York sont enchantés par son costume et ses accessoires exotiques. Un critique la désigne « plus grande sensation théâtral de l'année »[réf. nécessaire]. À la fin de l'été 1939, la presse salue Miranda comme « la fille qui a sauvé la Broadway »[13].

Sa notoriété grandi rapidement et elle est officiellement présentée au président Franklin D. Roosevelt lors d'un banquet à la Maison-Blanche, peu de temps après. Elle signe un contrat de cinq ans avec la 20th Century Fox : Sous le ciel d'Argentine constitue sa première apparition dans un film américain. L'année suivante, elle partage l'écran avec Alice Faye dans Une nuit à Rio et Week-end à la Havane.

Suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, elle est encouragée par Roosevelt à participer en tant qu'ambassadrice de bonne volonté à la « politique de bon voisinage » destinée à favoriser les rapports avec l'Amérique latine. Dès 1940, l'Office of the Coordinator of Inter-American Affairs (OCIAA), basé à Rio de Janeiro, œuvre en effet à obtenir le soutien des gouvernements et sociétés latino-américaines à l'engagement militaire des États-Unis[14]. Les studios hollywoodiens, à commencer par Walt Disney et la 20th Century Fox, prennent une part active à cette politique[15].

Critique[modifier | modifier le code]

Mais si la popularité de Miranda aux États-Unis continue d'augmenter, elle perd la faveur de certains Brésiliens. Le 10 juillet 1940, elle retourne au Brésil où, bien qu'accueillie par de nombreux fans, la presse brésilienne commence à critiquer sa soumission au mercantilisme américain et l'image négative du Brésil qu'elle projette. La bonne société juge son image « trop négroïde » et un journal parle, à propos de son répertoire, de « sambas pour noirs de mauvais goût ». D'autres lui reprochent d'incarner le stéréotype de la « bimbo latina », belle et intéressée, depuis son arrivée aux États-Unis. Lors de sa première interview au New York World-Telegram, Miranda, dont la connaissance de l'anglais était alors limitée, avait en effet déclaré : « I say money, money, money. I say twenty words in English. I say money, money, money and I say hot dog! »[16].

Les films de Miranda sont accusés de caractériser l'Amérique centrale et du Sud d'une manière culturellement homogène, au travers du prisme des préjugés américains, et non pas dans leur diversité réelle. Ainsi Sous le ciel d'Argentine apparaît comme une fusion de cultures en provenance du Mexique, Cuba et le Brésil et est interdit en Argentine au motif qu'il dépeint « à tort la vie à Buenos Aires »[17]

Des sentiments similaires sont ressentis à Cuba lors de la sortie de Week-end à la Havane (1941). Les critiques estiment que la danse de Miranda n'a rien de cubaine et que son interprétation n'est qu'une hybridation de la culture brésilienne et d'autres cultures latines[18].

Le 15 juillet 1940, elle apparaît lors d'un concert de charité organisé par la première dame Darcy Vargas, devant les membres de la haute société. Elle salue le public en anglais, mais est accueillie par un silence. Lorsque Miranda commence à chanter une chanson d'un de ses numéros, The South American Way, le public se met à la huer. Elle tente de terminer son numéro, mais renonce et quitte la scène. L'incident la blesse profondément. Le lendemain, la presse brésilienne lui reproche d'être « trop américanisée »[19]. Quelques semaines plus tard, elle répond à la critique par la chanson Disseram Que Voltei Americanizada. Elle ne reviendra pas au Brésil avant quatorze ans.

Hollywood[modifier | modifier le code]

De retour aux États-Unis, Miranda reprend ses nombreuses activités. Le 24 mars 1941, elle devient l'une des premières latino-américaines à poser ses empreintes sur le trottoir du Grauman's Chinese Theatre[20].

De retour à Broadway, elle joue dans la revue musicale Sons o'Fun à partir du 1er décembre 1941. Le spectacle est un mélange de slapstick, de chansons et de sketches. Richard Watts Jr. du New York Herald Tribune écrit : « Dans son mode excentrique et fortement personnalisé, Mlle Miranda est par manière d'être un artiste et ses numéros donner le spectacle de sa une touche de distinction ».[réf. nécessaire] Le 1er juin 1942, elle quitte la production, son contrat avec Shubert ayant expiré. Elle a entre temps enregistré quelques-unes de ses chansons pour Decca Records, dont Chica, Chica Boom Chic, O Tic-Tac do Meu Coração' et Chattanooga Choo Choo[21]

En 1943, elle apparaît dans Banana Split réalisé par le célèbre chorégraphe Busby Berkeley. Dans le numéro The Lady in the Tutti-Frutti Hat, une illusion d'optique rend le chapeau orné de fruits qu'elle porte démesuré. Enfermée dans le rôle de la chanteuse exotique, elle doit participer par contrat à des événements publics dans ses costumes de films. Sa chanson Bananas Is My Business est un hommage quelque peu ironique à ce stéréotype. L'année suivante, elle fait une apparition dans Four Jills in a Jeep. En 1945, elle est la femme la mieux payée aux États-Unis, gagnant plus de 200 000$ (l'équivalent de 2,2 millions de dollars en 2010) cette année-là[22].

Décès[modifier | modifier le code]

La mort de Carmen Miranda annoncée en une du quotidien brésilien A Noite.

Le 4 août 1955, Miranda enregistre un numéro pour The Jimmy Durante Show, lorsqu'elle se dit essoufflée[23]. Elle termine néanmoins et rentre chez elle. Aux environs de 4 heures le lendemain, elle subit une crise cardiaque fatale à son domicile de Beverly Hills[24].

Conformément à ses souhaits, le corps de Miranda est rapatrié à Rio de Janeiro, où le gouvernement brésilien déclare une période de deuil national. Plus d'un demi-million de Brésiliens escortent le cortège funèbre jusqu'au cimetière de São João Batista[25].

En 1956, tous ses biens sont donnés par son mari et sa famille pour la création d'un musée, qui ouvre ses portes à Rio le 5 août 1976[26]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Chegou a hora da fogueira (info)
Carmen Miranda and Mário Reis, released in 1933

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bien qu'ayant vécu toute sa vie entre le Brésil et les États-Unis et avoir déclaré « se sentir brésilienne », elle a toujours conservé sa nationalité de naissance.[réf. nécessaire]
  2. Elle ne retournera jamais au Portugal, mais conservera sa nationalité.[réf. nécessaire]
  3. (pt) Luis Fernando Vianna, « Ruy Castro mostra que Carmen Miranda foi além das marchinhas », Folha de São Paulo,‎ (lire en ligne)
  4. (en) « 50 (more) Years ff Carmen Miranda », Connect Brazil,‎ (lire en ligne)
  5. (pt) Alessander Kerber, « Carmen Miranda entre representações da identidade nacional e de identidades regionais », Revista Acadêmico,‎ (lire en ligne)
  6. (en) Vicki L. Ruíz et Virginia Sánchez Korrol, Latina Legacies: Identity, Biography, and Community,‎ (lire en ligne)
  7. Le pronom anglais « It » (« ça ») désignant à cette époque en portugais une sorte de charme, de magnétisme indéfinissable.
  8. (en) « Miranda's Legacy Still Bears Fruit of Controversy 40 Years After Death », Deseret News,‎ (lire en ligne)
  9. (pt) « Morte de Carmen Miranda completa 50 anos nesta sexta », Terra Networks,‎ (lire en ligne)
  10. (en) Antonio Pedro Tota, The Seduction of Brazil: The Americanization of Brazil during World War II (lire en ligne)
  11. (pt) « Relato da estréia de Carmen Miranda em Nova York é de arrepiar; leia », Folha de São Paulo,‎ (lire en ligne)
  12. (en) Henry Chu, « Let's get ready to rumba », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Martha Gil Montero, Brazilian Bombshell: The Biography of Carmen Miranda (lire en ligne)
  14. (pt) Anos de Incerteza (1930–1937): a Política de boa vizinhança, Fundação Getúlio Vargas (lire en ligne)
  15. (en) Marcio Siwi, US–Brazil Cultural Relations during World War II (lire en ligne)
  16. « Je dis [connais] l'argent, l'argent, l'argent. Je dis vingt mots en anglais. Je dis l'argent, l'argent, l'argent et je dis “hot dog”! » Cité Ruíz et Sánchez Korrol 2005, p. 200
  17. (en) Amanda Ellis, Captivating a Country With Her Curves: Examining the Importance of Carmen Miranda's Iconography in Creating National Identities, thèse, université d'État de New York, Buffalo, 2008, p. 31–33.
  18. (en) Shari Roberts, « The Lady in the Tutti-Frutti Hat: Carmen Miranda, a Spectacle of Ethnicity », Cinema Journal 32, n°3, 1993.
  19. (Ruíz et Sánchez Korrol 2005, p. 200)
  20. (en) Frank D. McCann, Brazil and World War II: The Forgotten Ally. What did you do in the war, Zé Carioca?, University of New Hampshire (lire en ligne)
  21. James Robert Parish et Michael R. Pitts, Hollywood Songsters: Garland to O'Connor (lire en ligne)
  22. (en) « Large Earnings by Films Stars », The Age,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  23. Cette dernière apparition est diffusé deux mois après sa mort, le 15 octobre 1955.
  24. (en) « Hollywood Mourns 2 Actresses: Suzan Ball, Carmen Miranda, 41 », The Free Lance–Star,‎ (lire en ligne)
  25. (en) Michael Astor, « In Rio, Carmen Miranda's Still Hard to Top », The Washington Post,‎ 1er décembre 2005 (lire en ligne)
  26. (en) Sandra Lawrence, « Brazil: In search of the queen of samba », telegraph.co.uk,‎ (lire en ligne)


Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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