Bagatelles pour un massacre

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Bagatelles pour un massacre est un livre de Louis-Ferdinand Céline publié en décembre 1937 par les Éditions Denoël. Rédigé durant le deuxième semestre de l'année 1937, c'est son deuxième pamphlet, après Mea Culpa publié au début de la même année[1]. Il est dédié à Eugène Dabit et « À mes potes du Théâtre en Toile ».

À sa publication, Bagatelles pour un massacre est vendu à 75 000 exemplaires, mais en mai 1939, le décret Marchandeau oblige l'éditeur à le retirer de la vente, tout comme L'École des cadavres. Sous Vichy, Denoël le réédite à deux reprises, en 1942 puis en octobre 1943, dans une édition augmentée de vingt photographies hors-texte, dont certaines semblent avoir été fournies par la Propaganda Staffel[2]. L'ouvrage est un best-seller pour l'éditeur, et Bagatelles pour un massacre est, avec Les Décombres de Lucien Rebatet, l'un des titres qui se vendent le mieux sous l'Occupation[réf. nécessaire].

Les pamphlets antisémites de Céline sont aujourd'hui introuvables en librairie en France, excepté chez des bouquinistes. Lucette Destouches, veuve de l'écrivain, s'oppose en effet à toute réédition, tenant à respecter la volonté de Céline qui ne voulait pas que ces textes fussent republiés après 1945. Bagatelles pour un massacre est cependant facile à trouver sur internet, et devrait être republié lorsque Lucette Destouches mourra[3].

Résumé[modifier | modifier le code]

L'incipit : « Le monde est plein de gens qui se disent des raffinés et puis qui ne sont pas, je l'affirme, raffinés pour un sou. »

L'ouvrage s'ouvre et se clôt « sur un dialogue très authentique avec un ami juif, sincère, cultivé, brillant, médecin, (...) Léo Gutman », en fait le docteur René Gutmann, « qui eut la rude tâche d'être l'ami juif de Céline et de Morand »[4]. Les deux hommes discutent de danse, et Céline confie à Gutman son désir de faire jouer à l'opéra un ballet féerique, « La Naissance d'une fée », dont le texte suit. Mais Gutman échoue à le placer. Céline lui propose alors de faire lire « Voyou Paul, brave Virginie » aux commissaires de l'exposition universelle de 1937, sans succès de nouveau. Il accuse les Juifs de ces échecs.

Ensuite, le monologue intérieur reprend. Céline évoque, en rendant à chaque fois les Juifs responsables des problèmes qu'ils causent, l'URSS et la publicité. Puis poursuit sa dénonciation des Juifs en faisant parfois intervenir son ami « Popaul » (l'artiste Gen Paul) ou son cousin Gustin Sabayote.

À la fin de l'ouvrage, Gutman « se révolte contre le délire paranoïaque de Céline et pose un diagnostic définitif sur sa démence[4]. » Puis Céline revient sur sa nouvelle tentative de faire jouer un de ses ballets « Van Bagaden - Grand Ballet Mime et quelques paroles », dont le texte clôt le livre.

Le contenu[modifier | modifier le code]

Bagatelles pour un massacre est un livre au langage cru, parfois obscène, d’un style fait de phrases courtes se terminant par des points de suspension ou un point d’exclamation, comme souvent chez Céline. Les chapitres se résument parfois à une phrase.

L'antisémitisme de Céline est avec cet ouvrage pour la première fois ouvertement affiché, bien qu'il ne constitue pas le sujet unique du livre[5],[6]. En effet, bien que le propos violemment antijuif du livre le classe parmi les œuvres antisémites, celui-ci traite de sujets de son temps, de thèmes chers à l'écrivain, tels que l'alcool, le cinéma, le surréalisme, en passant par l'académisme de la langue française et la littérature, et y dénonce la décadence dans laquelle, selon lui, s'enfonce la société française des années 1930.

Extraits[modifier | modifier le code]

  • Sur la publicité « Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l’or et devant la merde !... Elle a le goût du faux du bidon, … »
  • « Je lui apprends tout de suite d’emblée que je suis devenu antisémite et pas un peu pour de rire, mais férocement jusqu’aux rognons ! »
  • « Mais si Hitler me disait Ferdinand, c’est le grand partage ! on partage tout ! il serait mon pote ! les juifs ont promis de partager, ils ont menti comme toujours… »
  • Sur ses relations avec le milieu artistique « Il ne faut pas imaginer que tous ces gens sont des potes ou le furent … peut-être sans doute qu’ils me détestent … je ne tiens pas du tout à les voir, ni à leur plaire, au contraire. Ce sont les coiffeurs de la vie qui tiennent beaucoup à plaire, les putains. Plus on est haï, je trouve, plus on est tranquille … Ça simplifie les choses, c’est plus la peine d’être poli, je ne tiens pas du tout à être aimé …je n’ai pas besoin de tendresse … c’est toujours les pires saloperies de l’existence que j’ai entendu soupirer après les tendresses.»

La réception par les critiques[modifier | modifier le code]

En 1938, après la parution de Bagatelles pour un massacre, Jules Rivet, journaliste au Canard enchaîné accueille le pamphlet en ces termes :

« Voici de la belle haine bien nette, bien propre, de la bonne violence à manches relevées, à bras raccourcis, du pavé levé à plein biceps ! [...] C'est une barricade individuelle, avec, au sommet, un homme libre qui gueule, magnifiquement[7]... »

Dans La Nouvelle Revue française d'avril 1938, André Gide écrit :

« Quand Céline vient parler d'une sorte de conspiration de silence, d'une coalition pour empêcher la vente de ses livres, il est bien évident qu'il veut rire. Et, quand il fait le juif responsable de sa mévente, il va de soi que c'est une plaisanterie. Et si ce n'était pas une plaisanterie alors il serait, lui Céline, complètement maboul[8]. »

Édition[modifier | modifier le code]

  • Paris, Éditions Denoël, 1937. Rééditions 1941 et 1943.
  • Les Éditions de la Reconquête, 2009.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Derval, L'Accueil critique de Bagatelles pour un massacre, Paris, Éditions Écriture, coll. « Céline & Cie »,‎ 2010, 297 p. (ISBN 978-2359050028)
  • Francis Chateauraynaud (avec le logiciel Prospéro) Une vision noire du monde. Céline, le peuple et la critique d'authenticité, document Doxa, pdf disponible en ligne, juillet 1995, 63 pages.
  • Alice Kaplan, Relevé des sources et citations dans "Bagatelles pour un massacre", Tusson, Ed. du Lérot, 1987.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://lewebceline.free.fr/contreceline/bagatelles_pour_un_massacre.htm
  2. http://lewebceline.free.fr/contreceline/les_beaux_draps_et_la_r%C3%A9%C3%A9dition_.htm
  3. Pierre Assouline, « Lettres de Céline », dans Le Magazine littéraire, 26/11/2009
  4. a et b Jacques Lecarme, « Images de la S.D.N. chez Céline et Cohen », dans Alain Schaffner et Philippe Zard (dir.), Albert Cohen dans son siècle: actes du colloque international de Cerisy-la-Salle, septembre 2003, Le Manuscrit, 2005, p. 232-3
  5. Notice de L'encyclopédie Larousse en ligne sur Louis-Ferdinand Céline
  6. Notice sur L.-F. Céline sur alalettre.com
  7. Le Canard enchaîné, 12 janvier 1938, p. 4.
  8. André Gide, Essais critiques, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, p. 302.