Arte Povera

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Arte Povera (de l'italien : « art pauvre ») est un mouvement artistique italien, qui, au départ de Turin et de Rome, est apparu sur la scène internationale dans les années 1960.

Présentation[modifier | modifier le code]

Arte Povera est une « attitude » (plutôt qu'un mouvement, terme que les artistes d'Arte Povera rejettent) prônée par des artistes italiens depuis 1967. Les artistes d'Arte Povera adoptent un comportement qui consiste à défier l'industrie culturelle et plus largement la société de consommation, selon une stratégie pensée sur le modèle de la guérilla[1].

Ce refus de l'identification se manifeste par une activité artistique qui privilégie elle aussi le processus, autrement dit le geste créateur au détriment de l’objet fini. Processus qui consiste principalement à rendre signifiants des objets insignifiants.

Arte Povera utilise des produits pauvres (d'où son nom) : du sable, des chiffons, de la terre, du bois, du goudron, de la corde, toile de jute, des vêtements usés, etc. et les positionne comme des éléments artistiques de composition.

En condamnant aussi bien l'identité que l'objet, Arte Povera prétend résister à toute tentative d’appropriation. C’est un art qui se veut foncièrement nomade, insaisissable.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'expression Arte Povera est utilisée pour la première fois en septembre 1967 par Germano Celant pour intituler une exposition présentée à Gênes. Elle emprunte le terme « pauvre » à une pratique théâtrale expérimentale ; il faut ici comprendre cette pauvreté comme un détachement volontaire des acquis de la culture. L’artiste Giulio Paolini avait déjà parlé d’un « appauvrissement de l’art », sans doute en se référant à une poétique proche du minimalisme, mais Giovanni Lista a souligné la signification particulière de ce terme au sein de la culture italienne longtemps nourrie par le catholicisme de Saint François d’Assise[2].

En 1972 Germano Celant abandonne le terme qu'il considère désormais comme « un cliché répétitif » et qui avait été choisi selon lui « parce qu'il ne veut rien dire ». Cependant en 1984 et 1985, Germano Celant le fait ressurgir lors de différentes expositions qui vont confirmer la portée historique de l'Arte Povera et qui vont fixer définitivement à 12 le nombre des artistes estampillés Arte Povera (Giovanni Anselmo, Alighiero e Boetti, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Mario Merz, Marisa Merz, Giulio Paolini, Pino Pascali, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto et Gilberto Zorio)[3].

Les textes fondateurs de G. Celant dans les années 1960 ne sont guère explicites sur l'orientation conceptuelle ou plastique du groupe.

Matériaux « pauvres » ?[modifier | modifier le code]

On a souvent suggéré qu'il s'agissait d’utiliser des matériaux pauvres, comme des objets de rebut ou des éléments naturels (sable, chiffons, terre, bois, etc.). Mais de nombreuses œuvres réfutent cette interprétation en intégrant des matières plus sophistiquées comme le néon. La référence fréquente à la nature est plutôt à considérer comme un exemple de point d’appui anti-historique à partir duquel il est possible de critiquer le présent. Ainsi, les artistes de l'Arte Povera participent pleinement à la réflexion sur la dialectique entre la nature et la culture.

Dimension spirituelle ou politique ?[modifier | modifier le code]

On a vu aussi dans l'utilisation du mot Pauvre une référence chrétienne à l'ascèse et au renoncement franciscain car on trouve dans les œuvres d'Arte Povera un matérialisme spirituel, une révélation du mystère de l'existence dans les objets les plus banals, les plus insignifiants, les plus quotidiens.

Le terme Pauvre a été aussi interprété dans un sens politique car les artistes d'Arte Povera ont adopté des positions radicales et marginales, proches dans la mentalité des mouvements de contestation de 1968.

Prise de position[modifier | modifier le code]

Les acteurs de Arte Povera, refusent de se laisser enfermer dans une définition et rejettent la qualification de mouvement, pour lui préférer celle d'attitude. Être un artiste Arte Povera, c’est adopter un comportement qui consiste à défier l’industrie culturelle et plus largement la société de consommation, selon une stratégie pensée sur le modèle de la guérilla.

Dans ce sens, Arte Povera est une attitude socialement engagée sur le mode révolutionnaire.

Le refus et l'identification et la prise de position politique se manifestent par une activité artistique qui privilégie le processus de création le geste à l'objet lui-même.

L'Arte Povera est un art qui se veut insaisissable, puisqu'il résiste à toute tentative d’appropriation en condamnant l'identité de l'objet. Il participe pleinement de l’utopie contestataire de la fin des années 1960 et revendique à sa manière une tendance de l'art contemporain italien face à la suprématie du marché de l’art américain.

Marché de l'art[modifier | modifier le code]

Longtemps, les œuvres de l'Arte povera ont échappé à la logique du marché. En effet, refusant de considérer l’œuvre d'art comme un produit, leurs auteurs n’hésitaient pas à créer des œuvres éphémères, ou bien ils avaient recours à des matériaux réputés « pauvres » comme la terre, le tissu, des végétaux, etc. Cependant l’aventure tourna court avant le milieu des années 1970, nombre des artistes du groupe adoptant alors des démarches individuelles.

L'Arte Povera n'est pas un art d'accès facile : la conservation de certaines pièces nécessite une grande attention ; d'autres, qui se présentent sous la forme d'installations, ne peuvent évidemment prendre place que dans des intérieurs adaptés.

Cependant, les grandes institutions américaines et les collectionneurs commencent à s'intéresser de près à ce courant après l’avoir longtemps mis de côté.[citation nécessaire]

Bien qu'apparenté à l'art conceptuel pratiqué dans d'autres pays — aux États-Unis, il résulta notamment d'expériences pop et minimaliste, du happening et du cinéma underground — l'Arte Povera proprement dit produisit des œuvres d'une individualité indiscutable.

À la première exposition Arte Povera in spazio d'Arte Povera qui eut lieu à la galerie La Bertesca, à Gênes, en 1967, succédèrent de nombreuses autres manifestations, tant en Europe qu'aux États-Unis.

L’Arte Povera au travers de Giovanni Anselmo[modifier | modifier le code]

Giovanni Anselmo est très discret quant à son parcours précédant son entrée sur la scène artistique. Depuis 1966, il réalise des sculptures à partir de matériaux naturels comme la pierre, le bois, le fer, ou de matières végétales.

Anselmo repositionne les matières pour tenter de leur redonner leurs qualités originelles : tension, énergie, éternité, basées sur les lois de la physique comme la pesanteur, la gravité et sur leurs transformations possibles (granit et laitue, rails de chemin de fer et éponge végétale par exemple).

Dans les années 1970, Anselmo remplace la matière par le mot, ce qui le rapproche, du point de vue des moyens, de l'Art conceptuel. Toutefois, son propos est différent puisqu’il ne s’interroge pas sur le rapport du signe linguistique à son référent.

Anselmo entend plutôt manifester une tension entre le virtuel et le réel, comme par exemple dans Infinito, 1971 où l’artiste « projette le mot infinito sur une paroi sur laquelle il ne peut être lu ; pour lire l’écrit infinito, il faut aller jusqu’au point situé à l'infini ».

Liste d'artistes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arte Povera de Maïten Bouisset, Éditions du regard, 1994
  • (it) Giovanni Lista, L’Arte Povera, Cinq Continents Éditions, Milan-Paris, 2006 (ISBN 8-874-39205-6[à vérifier : ISBN invalide])
  • (it) Francesco Poli, Minimalismo, Arte Povera, Arte Concettuale, Laterza 2002
  • (it) Adachiara Zevi, Peripezie del dopoguerra nell'arte italiana, Einaudi 2005
  • (it) Roberto Gatilloni, Boulangeri del pan intaliano, Dauni 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Arte Povera », MoMA: The Collection (consulté le 13 mai 2013)
  2. Voir le dossier réalisé par Giovanni Lista dans Ligeia, dossiers sur l’art : Arte Povera, n° 25-26-27-28, octobre 1998-juin 1999, Paris
  3. (en) Carolyn Christov-Bakargiev, Arte Povera, Phaidon,‎ 2005, 17 p. (ISBN 0-7148-4556-6)