Apocalypse 2024

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Apocalypse 2024

Titre original A Boy and His Dog
Réalisation L.Q. Jones
Scénario Harlan Ellison (nouvelle originale)
L.Q. Jones (adaptation)
Wayne Cruseturner (non crédité au générique)
Acteurs principaux
Pays d’origine États-Unis
Genre science-fiction
Sortie 1975
Durée 91 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Apocalypse 2024 (titre original, A Boy and His Dog) est un film de science-fiction américain tiré de la nouvelle A Boy and His Dog d'Harlan Ellison publiée en 1969 et traduite sous le titre Un Gars et son chien.

Thème[modifier | modifier le code]

L'intrigue se situe dans un futur relativement proche (50 ans après la date de tournage du film), dans une situation post-apocalyptique (après une guerre atomique). Les deux principaux personnages sont un jeune homme débrouillard mais inculte, et son chien, télépathe à l'intelligence aigüe, qui est le mentor de son compagnon. Le récit oppose deux univers : le monde de la surface anomique et violent, et celui souterrain, théocratique, apparemment plus policé mais où la lutte pour la survie, de manière plus feutrée, n'est finalement pas moins âpre qu'en surface.

On peut lire cette œuvre comme un « film d'initiation » tel qu'on l'entend pour le roman d'apprentissage ou d'initiation, dans lequel on suit le parcours d'un jeune personnage guidé par un mentor, au cours duquel le héros rencontrera diverses situations qui formeront son jugement et sa connaissance de la réalité humaine. Il s'agit ici d'une initiation déceptive, assez proche dans son déroulement d'un roman comme le Candide de Voltaire, sinon que le chien-philosophe qui guide le héros a une approche de la réalité nettement moins optimiste que Pangloss.

Intrigue[modifier | modifier le code]

En 2007 eut lieu la « quatrième guerre mondiale » (la troisième est située entre 1948 et 1983 et qualifiée de « guerre froide et chaude »), qui dura cinq jours et provoqua la destruction de toute civilisation par le feu nucléaire. Le récit commence 17 ans plus tard, en 2024[1], à l'emplacement ancien de la ville de Phoenix, où les deux personnages principaux, qu'on ne peut strictement qualifier de « héros », le jeune Vic (interprété par Don Johnson) et le chien Blood (Prof en version française), « discutent » pendant que se déroule une scène sanglante, le viol et l'assassinat d'une femme, qui ont été précédés de l'assassinat de son compagnon. Parallèlement, Vic, informé de sa présence par Blood, prend à revers un autre individu et l'assomme et probablement, le tue.

Après le départ des massacreurs, Vic et Blood s'approchent du lieu du massacre, et Vic constate tristement que la femme est morte (« elle aurait pu servir encore deux ou trois fois » dit-il avec regret à Blood), puis ils s'activent à rechercher de la nourriture tout en devisant, pendant que se déroule au loin une seconde scène de massacre.

En quelques minutes le contexte est posé : nous sommes « après l'apocalypse », dans un monde violent où règnent le chacun pour soi et la lutte de tous contre tous, avec des groupes de « rovers » (de « rôdeurs ») plus ou moins circonstanciels et plus ou moins violents, des « solos » comme le sont Vic et l'homme qu'il assomme, et des chiens mutants qui pensent aussi bien ou mieux que les humains et ont des pouvoirs télépathiques, comme Blood[2].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film se déploie en trois parties de longueur à-peu-près équivalente, « le monde de la surface », « l'appât » et « le monde d'en bas », encadrées par une séquence d'introduction, celle décrite précédemment, et une séquence de conclusion cruellement ironique.

Le monde de la surface

On suit d'abord les pérégrinations de Blood et Vic dans les ruines d'un monde dévasté, parcours au long duquel ils font des rencontres plus ou moins favorables. Durant ces déambulations, Blood tente d'inculquer des bribes de son savoir à Vic, des échanges qui sont aussi l'occasion pour le spectateur d'en savoir un peu plus sur ce « monde d'après ». Dans un mode certes moins violent, cette première partie a quelques rapports avec des films comme Mad Max[3].

L'appât

À un moment de ce parcours, des personnes dont on ne verra que les jambes, étrangement emmaillotées, observent nos héros, et s'interrogent pour savoir si Vic « fera l'affaire ». Suite à une interaction où il fait montre de son impétuosité et de sa débrouillardise en dérobant sous son nez le butin que vient de se procurer une bande de pillards, une des personnes entrevues conclut : « C'est notre homme. Sortez l'appât ».

L'« appât » est une jeune fille, Quilla June Holmes (interprétée par Susanne Benton) que Vic rencontre « fortuitement » le soir du même jour. Il décide de se l'accaparer pour assouvir ses pulsions sexuelles, ce qui lui permettra une nouvelle fois de démontrer ses capacités à se sortir d'une situation difficile, puisqu'à cette occasion il est confronté à l'arrivée d'une bande de 23 rovers dont il parvient à se défaire.

Quilla parle à Vic du « monde d'en bas », qu'elle décrit comme merveilleux, et lui propose d'y aller avec elle. Le jeune homme refuse, après quoi elle l'assomme et s'enfuit, en prenant cependant soin de lui laisser un passe qui permet d'ouvrir l'accès au « monde d'en bas ». Contre l'avis de Blood, Vic décide de la rejoindre. Ils se rendent alors vers la porte d'accès à son monde souterrain.

Le monde d'en bas

Cette séquence se divise elle-même en trois sous-parties, « la capture », « la rébellion » et « la fuite ».

La capture

Vic pénètre dans l'entrée du monde d'en bas, laissant Blood à l'extérieur, car celui-ci refuse d'y aller. Il descend une longue échelle puis parcourt des couloirs où apparaît la tuyauterie des mécanismes qui permettent le bon fonctionnement du monde d'en bas. Au bout de son chemin il trouve une porte ouvrant sur la caverne de ce monde souterrain, et comme prévisible, se fait capturer.

Après cela, il est récuré, habillé, puis convoqué par le Comité, l'instance dirigeante de cette ville, dénommée Topeka. Les membres du comité lui expliquent que leur vie souterraine a pour conséquence de rendre les hommes stériles, et pour pallier ce problème son rôle sera de féconder des jeunes filles. Vic se réjouit alors de cette opportunité d'assouvir sa libido, mais déchantera très vite : il se retrouve ficelé à un lit, baillonné, et branché sur une « trayeuse à sperme », ce qui est assez loin de ses fantasmes érotiques...

La rébellion

Peu avant la comparution de Vic devant le Comité, Quilla a une entrevue avec ses membres, où l'on apprend que c'est la promesse d'en faire partie qui l'a motivée à risquer le pire en servant d'appât pour Vic. Mais le comité, peu pressé de tenir cette promesse, diffère la décision à une réunion ultérieure. Cette déconvenue amène Quilla et d'autres jeunes gens à planifier une rébellion pour renverser le Comité et s'emparer du pouvoir.

Pour parvenir à ses fins, Quilla libère Vic de son lit de torture en comptant s'en servir comme instrument de sa vengeance. Mais après cette libération, quand il a récupéré ses armes, Vic refuse d'entrer dans le jeu des insurgés et décide de retourner à la surface.

La fuite

Sur le chemin vers la sortie, Vic et Quilla tombent sur une réunion improvisée où les insurgés sont condamnés à aller à « la Ferme » (dit moins euphémistiquement, à être exécutés). L'homme de main du Comité, en réalité un androïde, repère les deux jeunes gens et fond sur eux ; Vic parvient à l'éliminer et le couple s'enfuit vers la surface.

Arrivé à l'entrée du monde souterrain, Vic retrouve un Blood affamé et agonisant. Il cherche un moyen de le sauver mais Quilla l'incite à abandonner le chien. Dans la toute dernière scène du film, on voit les restes d'un feu surmonté d'une broche, un Blood revigoré, mais pas de Quilla. La discussion entre Vic et Blood laisse imaginer ce qui est arrivé à la jeune fille...

Analyse[modifier | modifier le code]

Apocalypse 2024 est une sorte de conte moral ou de conte philosophique, ou comme on l'a dit d'autres œuvres de cette époque, un « western métaphysique », qu'on peut rapprocher formellement de films comme El Topo d'Alejandro Jodorowsky, Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah. Il existe d'ailleurs un fort lien entre L.Q. Jones et Peckinpah puisque, de 1961 à 1975, Jones joua dans presque tous ses films de cinéma ou de télévision. On peut aussi mettre ce film en rapport avec THX 1138 de George Lucas et Soleil vert de Richard Fleischer, par l'aspect déceptif du futur proposé.

Le monde de la surface est représentatif de l'imaginaire d'une époque : celle du moment fort de la Guerre froide où l'ampleur de l'arsenal nucléaire russo-américain, combiné à un « réchauffement » de la guerre froide liée aux conflits de l'après-décolonisation, où les deux superpuissances menaient une stratégie de confrontation indirecte, fit planer l'angoisse d'une apocalypse probable, combinée avec le développement de « guerres sales » qui semblaient donner un avant-goût possible du « monde d'après ».

Le monde souterrain participe plutôt au courant dystopique plus ancien, particulièrement illustré en littérature par Le Meilleur des Mondes, 1984 et Fahrenheit 451. De nombreux traits de "Topeka"[4] doivent d'ailleurs tant au Meilleur des Mondes (eugénisme, stratification figée de la hiérarchie sociale...) qu'à 1984 (emploi d'une forme de novlangue, État policier, omniprésence de haut-parleurs diffusant sans cesse des mots d'ordres et des propos insipides...).

le spectateur, un acteur ?[modifier | modifier le code]

Formellement, le film vise à établir une relation de proximité entre le spectateur et l'action en évitant tout effet de caméra distanciatif (plongées et contre-plongées, mouvements de grues, panoramiques, etc.).

La focalisation du récit est de type interne, sans cependant qu'on s'attache à un seul point de vue : le cadreur est presque toujours de plain-pied et filme à hauteur d'homme ou de chien. La majorité des séquences est filmée entre plan américain et plan rapproché poitrine, les plans larges étant le plus souvent des plans d'ensemble ou de demi-ensemble (voir la partie échelle des plans de l'article sur le cadre en art).

À plusieurs reprises au cours du film, on a le point de vue d'un des acteurs de la scène, notamment le point de vue de Vic sur Blood et inversement, mais le plus souvent le cadreur se trouve dans la position d'un observateur assez ou très proche de la scène observée.

Les deux premières parties sont essentiellement tournées en plans fixes, avec assez peu d'effets narratifs (champ-contrechamp, travelling), les mouvements de caméras étant généralement lents. Dans la partie souterraine le montage est plus serré, avec un usage plus important des travellings avant mais en caméra subjective, ce qui maintient l'impression d'un acteur évoluant dans la scène.

Cette manière de filmer, alliée au fait que le format du film est le Techniscope (une variante d'origine italienne du cinémascope), donne au spectateur la sensation physique, lors d'une projection sur grand écran, d'être « dans la scène », et prête une apparence naturaliste à un récit pourtant très loin de la réalité ordinaire.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Drapeau des États-Unis États-Unis : mars 1975 (FilmEx - Festival du film de Los Angeles)
Drapeau des États-Unis États-Unis : novembre 1975
Drapeau de la France France : 21 avril 1976

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ceci explique le titre français du film
  2. Si la chose n'est pas explicite, on peut penser que Vic est lui aussi un mutant puisqu'il semble le seul capable d'« entendre » ce que pense Blood
  3. Il est à remarquer d'ailleurs que le scénario de Mad Max 3 est très proche dans son déroulement de celui de Apocalypse 2024, même s'il en diffère profondément dans le déroulement de l'action.
  4. Le choix du nom est probablement une référence ironique au Magicien d'Oz, Topeka étant la capitale du Kansas


Liens externes[modifier | modifier le code]