Soleil vert (film)

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Soleil vert

Titre original Soylent Green
Réalisation Richard Fleischer
Scénario Stanley R. Greenberg, d'après le roman Soleil vert, de Harry Harrison
Acteurs principaux
Sociétés de production Metro Goldwyn Mayer
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Anticipation
Sortie 1973
Durée 97 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Soleil vert (Soylent Green) est un film américain d'anticipation réalisé par Richard Fleischer, sorti en 1973 et inspiré du roman Make Room! Make Room! d'Harry Harrison.

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'action du film se déroule en l'an 2022. New York baigne alors dans une étrange lumière jaune, qui a détruit la faune et la flore. Très peu de terres sont encore cultivables et les habitants qui n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels, à cause de prix exorbitants, mangent un aliment de synthèse, produit par la multinationale « Soylent » : le soylent green (contraction de « soybean-lentil » soit « lentille de soja »). Des émeutes de citoyens affamés sont fréquentes et sévèrement réprimées.

Thorn, un policier « de premier ordre », vit avec son ami Sol Roth, un vieillard, dans un petit appartement new-yorkais. Sol peste contre l'état du monde et a la nostalgie du passé tandis que Thorn se contente des seules choses qu'il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle.

Dans le même temps, William Simonson, un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent, est tué chez lui ; Thorn est chargé de l'enquête et découvre que ce meurtre qui semblait passer pour un crime crapuleux se révèle en fait être un assassinat pour l'empêcher de révéler un terrible secret. Thorn va découvrir que le garde du corps de Simonson, Tab Fielding, est complice car il était absent au moment du meurtre.

Puisque le garde du corps est propriétaire d'un bel appartement mais aussi parce qu'il a les moyens d'acheter de la nourriture naturelle, telle que de la confiture, les soupçons du policier sont éveillés. Thorn se révélant trop curieux, Donovan, l'homme chargé de la sécurité de l'État, décide de le supprimer par l'intermédiaire de son tueur à gage, Gilbert, qui se révèle être également l'assassin de Simonson.

Profitant d'une émeute due à l'épuisement des stocks de nourriture, Gilbert tente de tuer Thorn en lui tirant dessus mais échoue par deux fois, tant la foule est dense. Thorn finit par maîtriser Gilbert et l'envoie sous une dégageuse, sorte de camion-benne ramassant les émeutiers et les vidant dans la benne, afin de canaliser l'émeute.

Pendant ce temps, Sol se rend à l'Échange, bibliothèque où se réunissent les gens instruits et apprend que Simonson a été assassiné parce qu'il a été jugé inapte à conserver un secret ; en apprenant ce secret, Sol décide d'aller au Foyer, endroit où l'on se fait euthanasier. Thorn arrive trop tard pour l'en empêcher mais découvre ce qu'était le passé, des paysages magnifiques, la vie sauvage, la beauté de la nature.

Sol lui demande de trouver une preuve de ce qui se passe ; Thorn se glisse dans un camion emmenant les cadavres à l'extérieur de la ville et découvre que le « Soleil vert » est fabriqué à partir de cadavres humains. Cet aliment est, dans le discours officiel, fabriqué à partir de planctons, mais en réalité il n'y en a plus, ce qu'avait pressenti Sol. Pourchassé par les tueurs au service de l'État, dont Tab Fielding, il n'a pas le temps de révéler ce qu'il sait à l'Échange mais, tout en étant sérieusement blessé, il parvient à prévenir son supérieur et le supplie de tout révéler.

Mais alors que les services hospitaliers l’emmènent, Thorn persévère à révéler le secret à qui pourra l'entendre, pressentant qu'il sera éliminé…

Contexte[modifier | modifier le code]

Soleil vert, comme 2001, l'Odyssée de l'espace, Orange mécanique, Fahrenheit 451 ou THX 1138, fait partie de ces films d'anticipation « intellectuels », prophétiques, inspirés par un avenir lourd de menaces, en l'occurrence celle de la surpopulation et de l'épuisement des ressources naturelles. Soleil vert est, lui aussi, devenu un classique et, de surcroît l'un des films d'anticipation les plus sombres jamais réalisés. Il exprime parfaitement la peur, selon les mots de Krishnamurti, de « vivre dans un monde semblable à la mort »[1].

Le titre anglais Soylent Green, bizarrement traduit par « Soleil vert » (peut-être un écho de greenhouse effect, effet de serre, alors que « Soylent » est la contraction de « soybean-lentil » soit « lentille de soja »), est le nom d'une multinationale imaginaire, la « Soylent Company », géant agro-alimentaire produisant des pastilles vitaminées sans goût ni texture, métaphore répugnante d'un progrès sans joie. Elle vient, au début du film, de lancer un nouvel « alicament », le Soylent « green », censé être à base d'algues.

Soylent green est tiré d'un roman peu connu de Harry Harrison, publié en 1966[2]: Make room! Make room!, (en français : « Dégagez, faites de la place ! » ; voir Soleil vert, le roman) qui décrit un New York surpeuplé où s'entassent des millions de chômeurs, où les automobiles ne roulent plus et où règnent le rationnement et la violence. L'action se situe non pas en 2022, mais en 1999. Cette date paraissait assez lointaine en 1966 pour être crédible.

Make room! Make room! diffère sensiblement du film. Le thème en est centré sur le risque d'explosion démographique, encore porteur à une époque où la dénatalité n'a pas encore remplacé le baby boom (boum des naissances de l'après-Seconde Guerre mondiale), et où l'opinion conservatrice (aux États-Unis) s'oppose au contrôle des naissances pour des raisons principalement religieuses. Le sujet était débattu à l'époque : la pilule va apparaître massivement comme moyen contraceptif et les pays en voie de développement sont encore loin de montrer le moindre signe de décollage économique : l'entassement, le manque de place (Make room!) menacent donc au Nord comme au Sud. Par ailleurs, la violence urbaine fait son apparition. Enfin une nouvelle culture est en train de naître dans le quartier bohème de San Francisco, résolument anti-industrielle : les hippies. C'est dans ce contexte que naît Make room! Make room!, un récit moins écologiste que malthusien. Le livre était un plaidoyer appuyé en faveur de la contraception et du contrôle des naissances, s'en prenant clairement aux églises et aux conservateurs[3].

Le film en revanche est tourné en 1973. Une décennie plus tard, l'air du temps a changé. Le thème de l'explosion démographique, qui s'éloigne dans les pays industrialisés, passe désormais, sans disparaître complètement, derrière une nouvelle peur millénariste : la destruction de l'environnement et la raréfaction des matières premières (le premier choc pétrolier a eu lieu). La pollution devient un thème récurrent dans l'actualité, les partis et groupes de pression écologistes s'organisent. Les premiers producteurs de produits biologiques critiquent l'agriculture intensive, le club de Rome vient de sortir le rapport Meadows (1972) Halte à la croissance ?, puis Sortir de l'ère du gaspillage : demain ; enfin un essai terrifiant du sociologue britannique Gordon Rattray Taylor, Le Jugement dernier (Calmann Levy, Paris, 1970) annonce la fin du monde si rien n'est fait pour inverser les tendances. Soleil vert arrive donc, commercialement, dans un contexte idéal.

Pourtant, comme souvent à Hollywood, Soleil vert a failli ne pas se faire. La MGM n'aime pas le scénario de départ, la seule utilisation du thème de la surpopulation leur paraît insuffisante : c'est une bonne idée, mais il faut rendre le film plus frappant. Harry Harrisson devra donc batailler pour éviter la dénaturation de son œuvre, puis reconnaîtra plus tard que les idées « imposées par le studio », étaient excellentes : à la surpopulation seront donc ajoutées l'euthanasie des vieillards, puis une idée encore plus terrifiante : les tablettes vitaminées (le pain synthétique Soylent green) s'avèrent faites à partir de cadavres (industrialisation du cannibalisme) au lieu de plancton (« l'océan agonise, hurle Charlton Heston, le plancton a cessé d'exister ») ; et surtout sera créée (presque au dernier moment, avec des stock-shots choisis par le monteur du film) la scène la plus célèbre, où E.G. Robinson, avant d'être euthanasié, se voit montrer, dans un endroit qui fait penser aux dômes IMAX d'aujourd'hui, des documentaires animaliers, des films sous-marins, des paysages naturels magnifiques, images banales mais qui, après deux heures de plans généraux d'un New York à aspect de bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, agité d'émeutes dégagées au bulldozer, prennent une tonalité bouleversante : le spectateur comprend que tout cela n'existe plus, a été détruit par la pollution et l'empoisonnement planétaire qui en résulte. Le film décrit en outre des politiciens corrompus, des capitalistes cyniques et des scènes d'émeute qui, de façon subliminale, évoquent des images de camps de concentration. Richard Fleischer avait d'ailleurs déjà réalisé le Génie du mal, avec Orson Welles, film contre la peine de mort.

C'est encore Harry Harrison qui conseillera la réalisation du « main title » saisissant, qui montre en accéléré l'essor de la société industrielle moderne du XIXe siècle à nos jours et au-delà, par un montage de photos fixes, et son effondrement au XXIe siècle. Le film est bien plus compréhensible grâce à cette introduction servie par une musique de Fred Myrow, sorte de blues symphonique à la Lalo Schifrin.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le tournage s'est déroulé du 5 septembre au 3 novembre 1972 à Los Angeles et El Segundo.
  • Le consultant technique du film, Frank R. Bowerman, était à l'époque président de l'Académie américaine pour la protection de l'environnement.
  • La scène où Sol Roth et Thorn partagent un repas de la « belle époque » n'était pas dans le script original. Il a été rajouté par Richard Fleischer à la suite de la demande de Charlton Heston et d'Edward G. Robinson eux-mêmes.
  • Une série de scènes où Thorn et Sol partagent leur appartement avec une seconde famille a plus tard été supprimée.
  • C'est le dernier film tourné aux studios MGM.
  • Edward G. Robinson était totalement sourd quand il a fait le film, ce qui occasionna plusieurs problèmes durant le tournage. Ce fut sa dernière apparition à l'écran ; cruelle ironie, alors qu'il interprète cette terrible scène d'euthanasie, il est déjà très malade. Atteint de cancer, il meurt peu de temps après la fin du tournage (le 26 janvier 1973). Charlton Heston a déclaré plus tard qu'il pleure vraiment dans la scène où Thorn découvre qu'il ne peut plus arrêter le suicide de Sol. En fait, il était le seul à savoir sur le plateau de tournage que Robinson était réellement en train de mourir du cancer.
  • Quand Thorn parle avec Sol Roth qui se suicide dans le dôme, un texte lumineux clignote sur un pupitre de commande. Le montage est mal réalisé car un câble se balade soit à droite, soit à gauche, selon la couleur du voyant.
  • Lors de la présentation visuelle regardée par Sol à la clinique, la première musique entendue est le premier mouvement de la Sixième symphonie de Tchaïkovski puis un extrait de la Sixième symphonie de Beethoven. Les deux derniers thèmes sont extraits de la musique de scène d'Edvard Grieg pour la pièce Peer Gynt d'Ibsen : lorsque le troupeau de moutons apparaît, nous entendons Au matin et la dernière musique entendue est La mort d'Ase.
  • On trouve des allusions au film dans Futurama (saison 1, épisode 1, la scène où Fry se demande si le Slurm ne serait pas fait avec des cadavres humains et Leela lui répond que la marque "Soleil Vert" le fait déjà) et Les Simpson (saison 17, épisode 16, la scène du suicide étant reproduite avec Abraham Simpson).
  • On trouve une référence au film dans le jeu Xenogears, sous la dénomination de Soylent System.
  • On trouve une référence au film dans le film Cloud Atlas : Timothy Cavendish, s'échappant d'une maison de retraite, hurle aux pensionnaires qui le regardent par la véranda "Soylent Green is made of people !" (Soleil vert est fait avec des gens).

Distinctions[modifier | modifier le code]

L'univers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Univers de Soleil Vert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Krishnamurti, Se libérer du connu, p. 52, Stock, Paris, 1983 (ISBN 2-234-00746-1)
  2. Harry Harrison, Doubleday éditeur, 1966, 213 p.
  3. Soleil vert (Make room! Make room!), deuxième partie, chapitre IV. Les idées de Harry Harrison à ce sujet sont exposées par le vieux Solomon Kahn, joué dans le film par Edward. G. Robinson. Soleil vert, 1974, Presses de la cité, traduction de E. de Morati

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]