Soleil vert (film)

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Soleil vert

Titre original Soylent Green
Réalisation Richard Fleischer
Scénario Stanley R. Greenberg, d'après le roman Soleil vert, de Harry Harrison
Acteurs principaux
Sociétés de production Metro Goldwyn Mayer
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Anticipation
Sortie 1973
Durée 93 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Soleil vert (Soylent Green) est un film américain d'anticipation réalisé par Richard Fleischer, sorti en 1973 et inspiré du roman Make Room! Make Room! d'Harry Harrison.

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'action du film se déroule en l'an 2022 à New York qui est devenue une mégapole de 44 millions d'habitants. Il règne en permanence une température élevée, soit plus de 30°C. L'eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. La nourriture issue de l'agriculture également. La plupart des habitants n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse, fournis par la multinationale « Soylent », des tablettes de formes carrée, jaunes, rouges ou bleues. Un nouvel aliment vient d'être lancé, le soylent green, beaucoup plus nutritif, cher et disponible uniquement le mardi : ce jour-là, des émeutes de citoyens affamés ne sont pas rares et sévèrement réprimées.

Thorn, un policier « de premier ordre », vit avec son ami Sol Roth, un vieux juif lettré, dans un petit appartement délabré et surpeuplé. Sol peste contre l'état du monde et a la nostalgie du passé tandis que Thorn se contente des seules choses qu'il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle.

Dans le même temps, William Simonson, un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent, est exécuté dans son appartement situé dans une tour sécurisée des beaux quartiers de Chelsea ; Thorn est chargé de l'enquête et va découvrir que cette affaire, rapidement étiquetée comme étant un crime crapuleux, se révèle être en fait un assassinat visant à empêcher Simonson de révéler un terrible secret. Thorn comprend que Tab Fielding, le garde du corps du dirigeant, est complice car il était, comme par hasard, absent au moment du meurtre et que le système de sécurité était en panne. Thorn ramène chez lui divers objets dont des aliments frais, de la viande et du bourbon, qu'il a dérobé chez la victime, et les partage avec Sol. Poursuivant son enquête, Thorn revient dans l'appartement, noue une relation avec la « compagne » de Simonson, ayant le statut de simple « meuble » et dont le prochain locataire disposera.

Puis Thorn découvre que Tab Fielding est propriétaire d'un bel appartement et qu'il a les moyens d'acheter de la nourriture naturelle, telle que de la confiture aux fraises : les soupçons du policier se confirment donc et il refuse de clôturer l'enquête. Thorn se révélant trop curieux, Donovan, l'homme en charge de la sécurité et qui travaille pour Santini, le gouverneur, décide de le supprimer par l'intermédiaire de son tueur à gage, Gilbert, l'exécuteur de Simonson.

Profitant d'une émeute due à l'épuisement des stocks de soylent green, Gilbert tente de tuer Thorn en lui tirant dessus mais échoue par deux fois, tant la foule est dense. Thorn finit par maîtriser Gilbert et l'envoie bouler sous une « dégageuse » (scoop), sorte de camion-benne tractopelle ramassant les émeutiers afin de canaliser l'émeute.

Pendant ce temps, Sol se rend à l'Échange, bibliothèque où se réunissent des gens instruits, sorte de comité de sage consultatif pouvant émettre un avis auprès d'instances internationales. Sol leur montre les deux rapports d'activité de la société Soylent que Thorn avait découvert chez Simonson. Face aux conclusions du comité, horrifié et désemparé, Sol comprend pourquoi Simonson a été assassiné : il décide alors d'aller au Foyer, endroit où l'on se fait euthanasier. Thorn arrive trop tard pour l'en empêcher mais réussit à assister aux dernières minutes de son ami : sur un immense écran, Thorn voit défiler les images de ce qu'était la Terre autrefois, des paysages magnifiques, la vie sauvage, la beauté de la nature. Avant de mourir, Sol lui demande de trouver la preuve que la société Soylent n'est pas ce qu'elle prétend être.

Thorn se glisse dans l'un des camions bennes emmenant les cadavres à l'extérieur de la ville vers un crematorium et découvre, en explorant les locaux de l'usine, que le soylent green est en réalité fabriqué à partir des cadavres euthanasiés : cet aliment est, selon le discours officiel, censé être fabriqué à partir de planctons. En réalité, même les océans sont devenus stériles et l'anthropophagie est désormais intégrée au système alimentaire humain.

Pourchassé par les tueurs au service du gouverneur Santini, dont Tab Fielding, Thorn finit par être sévèrement blessé. Quand son supérieur arrive à sa rescousse, Thorn se met à hurler que le « soylent green est fabriqué avec des gens qui servent de bétails ». Il supplie son supérieur de tout révéler.

Contexte[modifier | modifier le code]

Soleil vert, comme Fahrenheit 451, Alphaville, 2001, l'Odyssée de l'espace, Orange mécanique, ou THX 1138, fait partie de ces films d'anticipation de la décennie 1965-1975, des films très écrits et référencés, se voulant prophétiques, habités par l'angoisse d'un avenir lourd de menaces, en l'occurrence ici la surpopulation et l'épuisement des ressources naturelles. Soleil vert est devenu un classique du genre et l'un des films d'anticipation les plus sombres jamais réalisés. Le contexte politique, social et culturel explique sans doute l'émergence d'un tel film : depuis 1965, la contre culture américaine fait de la protection de l’environnement l'un de ses piliers ; par ailleurs, de nombreux essais sont parus, mettant en garde contre l'accroissement exponentiel de la population terrestre et la nécessité de contrôler les naissances.

Le titre anglais original Soylent Green, bizarrement traduit pour le marché français par « Soleil vert » (peut-être un écho de greenhouse effect, effet de serre ?), est le nom d'une multinationale imaginaire, la « Soylent Company », géant agro-alimentaire produisant des tablettes de protéines vitaminées fades, métaphore répugnante d'un progrès sans joie. Elle vient, au début du film, de lancer un nouvel « alicament », le « Soylent green », censé être à base de planctons.

Soylent green est adapté d'un roman peu connu de Harry Harrison, publié en 1966[1]: Make room! Make room!, (en français : « Dégagez, faites de la place ! » ; voir Soleil vert, le roman) qui décrit un New York surpeuplé où s'entassent des millions de chômeurs, où les automobiles ne roulent plus et où règnent le rationnement et la violence. Seule une classe de riches privilégiés profite des maigres ressources encore disponibles. L'action se situe non pas en 2022, mais en 1999. Cette dernière date, en 1966, paraissait assez crédible.

Make room! Make room! diffère sensiblement du film. Le thème central est le risque d'explosion démographique, encore porteur à une époque où la dénatalité n'a pas encore remplacé le baby boom, et où l'opinion conservatrice américaine s'oppose au contrôle des naissances pour des raisons principalement religieuses (cependant, la pilule et l'avortement sont déjà légaux dans certains États américains). Le sujet était débattu à l'époque : la pilule est longue à se généraliser en Occident, les pays en voie de développement sont encore loin de montrer le moindre signe de décollage économique. L'entassement, le manque de place (Make room!) menacent donc au Nord comme au Sud. Par ailleurs, la violence urbaine fait son apparition. Enfin la contre culture est en train de naître dans le quartier bohème de San Francisco, résolument anti-industrielle : les hippies. C'est dans ce contexte que naît Make room! Make room!, un récit moins écologiste que malthusien. Le roman est un plaidoyer appuyé en faveur de la contraception et du contrôle des naissances, s'en prenant clairement aux églises et aux conservateurs[2].

Le film, en revanche, sorti en 1973, est tourné en 1972. Depuis l'époque du roman, l'air du temps a changé. Le peur de l'explosion démographique, qui s'éloigne des pays industrialisés, passe désormais, sans disparaître complètement, derrière une nouvelle angoisse : la destruction de l'environnement et la raréfaction des matières premières. La pollution devient un thème récurrent dans l'actualité, les premiers partis et groupes de pression écologistes s'organisent. Les producteurs et agriculteurs opposés à l'agriculture intensive s'alarment, ainsi que le club de Rome, qui publie depuis 1967 rapport sur rapports, et vient de sortir son Halte à la croissance ? (Meadows Report, 1972). Il faut souligner aussi l'impact contextuel de Sortir de l'ère du gaspillage : demain et d'un essai pour le moins terrifiant du sociologue britannique Gordon Rattray Taylor intitulé Le Jugement dernier (Calmann Levy, Paris, 1970) qui annonce, à coup de graphiques, la fin du monde si rien n'est fait pour inverser les tendances consuméristes. Soleil vert arrive donc, commercialement, dans un contexte idéal.

Pourtant, comme souvent à Hollywood, Soleil vert a failli ne pas se faire. La MGM n'aime pas le scénario de départ, la seule utilisation du thème de la surpopulation leur paraît insuffisante : c'est une bonne idée, mais il faut rendre le film plus frappant. Plus ou moins associé au script, Harry Harrisson doit donc batailler pour éviter la dénaturation de son œuvre, mais reconnaîtra plus tard que les idées « imposées par le studio », étaient excellentes : à la surpopulation seront donc ajoutées l'euthanasie des vieillards (mais pas seulement : on aperçoit des jeunes gens dans la file d'attente), puis une idée encore plus terrifiante : le soylent green sera fait à partir de cadavres, c'est donc l'industrialisation du « cannibalisme ». « L'océan agonise, hurle Charlton Heston, le plancton a cessé d'exister » : telle est la cause qu'il révèle à la fin. Par ailleurs, fut décidée presque au dernier moment, avec des stock-shots choisis par le monteur du film la scène où E. G. Robinson, avant d'être euthanasié, devient le spectateur, dans un endroit qui fait penser aux futurs dômes IMAX, de documentaires animaliers, de films sous-marins, de paysages naturels magnifiques, images banales mais qui surgissent à l'écran après une heure et demi de plans généraux d'un New York devenu un bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, remplis d’émeutiers affamés et dormant dans la rue : le spectateur, en empathie avec l'acteur euthanasié, comprend que tout cela n'existe plus, détruit par la pollution. Le film décrit en outre des politiciens corrompus, des nantis cyniques repliés dans leurs tours d'ivoire sécurisées et des scènes d'émeute qui renvoient aux pires sociétés fascistes, voire à des images de camps de concentration (l'allusion à la Shoah est d’ailleurs manifeste lors de la scène de l’Échange (Exchange), avec le comité des sages : « Dieu n'est plus là » dit l'une des lectrices). Richard Fleischer avait précédemment réalisé Le Génie du mal, avec Orson Welles, un film contre la peine de mort. Il s'entoure pour ce film d'au moins trois acteurs ayant déjà tourné avec Welles : Joseph Cotten (Simonson), Charlton Heston et Edgar G. Robinson.

Harry Harrison fut également conseiller à la réalisation du « main title », l'introduction du film, un montage saisissant, qui montre en accéléré l'essor de la société industrielle moderne du XIXe siècle à nos jours, enchainement de plans fixes issus de photographies de plus en plus violentes. Cette séquence est servie par une musique signée Fred Myrow.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le tournage s'est déroulé du 5 septembre au 3 novembre 1972 à Los Angeles et El Segundo.
  • Le consultant technique du film, Frank R. Bowerman, était à l'époque président de l'Académie américaine pour la protection de l'environnement.
  • La scène où Sol Roth et Thorn partagent un repas de la « belle époque » n'était pas dans le script original. Il a été rajouté par Richard Fleischer à la suite de la demande de Charlton Heston et d'Edward G. Robinson eux-mêmes.
  • Une série de scènes où Thorn et Sol partagent leur appartement avec une seconde famille a plus tard été supprimée.
  • C'est le dernier film tourné aux studios MGM.
  • Edward G. Robinson était totalement sourd quand il a fait le film, ce qui occasionna plusieurs problèmes durant le tournage. Ce fut sa dernière apparition à l'écran ; cruelle ironie, alors qu'il interprète cette terrible scène d'euthanasie, il est déjà très malade. Atteint de cancer, il meurt peu de temps après la fin du tournage (le 26 janvier 1973). Charlton Heston a déclaré plus tard qu'il pleure vraiment dans la scène où Thorn découvre qu'il ne peut plus arrêter le suicide de Sol. En fait, il était le seul à savoir sur le plateau de tournage que Robinson était réellement en train de mourir du cancer.
  • Quand Thorn parle avec Sol Roth durant son euthanasie dans le dôme du Foyer, un texte lumineux clignote sur un pupitre de commande. Le montage des plans de coupe est mal réalisé car un câble se balade soit à droite, soit à gauche, selon la couleur du voyant.
  • Lors de la présentation visuelle regardée par Sol à la clinique, la première musique entendue est le premier mouvement de la Sixième symphonie de Tchaïkovski puis un extrait de la Sixième symphonie de Beethoven. Les deux derniers thèmes sont extraits de la musique de scène d'Edvard Grieg pour la pièce Peer Gynt d'Ibsen : lorsque le troupeau de moutons apparaît, nous entendons Au matin et la dernière musique entendue est La mort d'Ase.
  • On trouve des allusions au film dans Futurama (saison 1, épisode 1, la scène où Fry se demande si le Slurm ne serait pas fait avec des cadavres humains et Leela lui répond que la marque "Soleil Vert" le fait déjà) et Les Simpson (saison 17, épisode 16, la scène du suicide étant reproduite avec Abraham Simpson).
  • On trouve une référence au film dans le jeu Xenogears, sous la dénomination de Soylent System.
  • On trouve une référence au film dans le film Cloud Atlas : Timothy Cavendish, s'échappant d'une maison de retraite, hurle aux pensionnaires qui le regardent par la véranda « Soylent Green is made of people!» (Soleil vert est fait avec des gens !).

Distinctions[modifier | modifier le code]

L'univers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Univers de Soleil Vert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Harry Harrison, Doubleday éditeur, 1966, 213 p.
  2. Soleil vert (Make room! Make room!), deuxième partie, chapitre IV. Les idées de Harry Harrison à ce sujet sont exposées par le vieux Solomon Kahn, joué dans le film par Edward. G. Robinson (Soleil vert, 1974, Presses de la cité, traduction de E. de Morati.)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]