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Luba-kasaï

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Tshiluba, ciluba, luba-lulua, luba-kasaï
cilubà / tshiluba (lua)
Pays République démocratique du Congo, Angola
Région Kasaï, Kasaï-Central, Kasaï-Oriental, Sankuru, Lunda-Nord
Nombre de locuteurs RDC : 12 000 000 (2024)[1]
Angola : 60 000 (2018)[1]
Total : 12 060 000[1]
Nom des locuteurs Lubaphones
Typologie SVO
Écriture Alphabet latin
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo (langue nationale)[2]
Codes de langue
IETF lua
ISO 639-2 lua
ISO 639-3 lua
Étendue Langue individuelle
Type Langue vivante
Linguasphere 99-AUR-ql – Tshiluba véhiculaire
99-AUR-qm – Tshiluba oriental
99-AUR-qn – Tshiluba central
99-AUR-qo – Tshiluba occidental
99-AUR-qp – Tshiluba méridional
WALS blu – Bena-Lulua
cil – CiLuba
Glottolog luba1249
Guthrie L.31
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme[3] :

Kanungu ka 1.

Bantu bonso badi baledibue badikadile ne badi ne makokeshi amue. Badi ne lungenyi lua bumuntu ne kondo ka muoyo, badi ne bua kuenzela'ngana malu mu buwetu.
Carte
Image illustrative de l’article Luba-kasaï
Localisation des locuteurs

Le tshiluba ou ciluba (autonyme : cilubà selon l'orthographe standardisée ou tshiluba[1]), aussi appelé luba-lulua ou luba-kasaï, est une langue bantoue du groupe de langues luba, parlée principalement par les Baluba du Kasaï dans le sud de la république démocratique du Congo et au nord de l'Angola.

Noms[modifier | modifier le code]

La langue est couramment appelée par son autonyme, écrit « cilubà » (selon l'orthographe standardisée[4],[5]) ou « tshiluba » (par exemple dans la constitution de la république démocratique du Congo). Il est aussi appelé luba-lulua[1], notamment dans la norme ISO 639[6], ou encore luba-kasaï ou luba occidental. Il est parfois aussi appelé « luba » mais ce nom peut aussi désigner d’autres langues luba. Ethnologue indique aussi le nom « bena-lulua »[1] ; Beena Luluwà (littéralement « membres de Luluwà ») désignant au sens strict les Luluwa et leur parler étant le cyeena luluwà[7] ou le nom « luva » mais celui-ci désigne plutôt le kiluba (transcrit « kiluʋa » ou « kiluva » chez certains auteurs du XXe siècle comme van Bulck[8],[9]), c’est-à-dire le luba-katanga, dans lequel la bilabiale devient une fricative entre deux voyelles.

Classification[modifier | modifier le code]

Le tshiluba appartient à la famille des langues bantoues. Dans la classification des langues bantoues selon Malcolm Guthrie, la langue à la code L.31 dans le groupe des langues luba, L.30[10].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le tshiluba est parlé par environ 7 060 000 personnes, dont[1] :

Cette langue est reconnue comme langue nationale par l'article 1 de la Constitution de la république démocratique du Congo de 2006[2].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le tshiluba est une langue bantoue classée parmi les langues luba[1], qui constituent la moitié du groupe L de la classification des langues bantoues selon Guthrie.

Écriture[modifier | modifier le code]

Selon la standardisation de l’orthographe, le tshiluba utilise l'alphabet latin, avec les digrammes ‹ ng ›, ‹ ny › et ‹ sh ›. Le trigramme ‹ tsh › couramment utilisé y est remplacé par la lettre ‹ c ›[5]. Les lettres ‹ q ›, ‹ r › et ‹ x › ne sont quant à elles utilisés que dans les mots empruntés à d'autres langues et les noms étrangers[11].

Alphabet tshiluba[11]
Lettres a b c d e f g h i j k l m n ng ny o p r s sh t u v w y z
Prononciations a b d e f g h i j k l m n ŋ ɲ o p r s ʃ t u v w y z

Dialectes[modifier | modifier le code]

Ethnologue note des différences significatives entre les régions historiques du Kasaï-Occidental (provinces actuelles du Kasaï et du Kasaï-Central, peuplées par l'ethnie Luluwa[1]) et les Bakwa-Luntu.

La province historique du Kasaï-Oriental (provinces actuelles du Kasaï-Oriental, Lomami et Sankuru, peuplées par les ethnies de Bena-Lubilanji, Bena-Konji, Bakwa-Diishò.)

Lungenyi Lumwe Maalu-Bungi (1991) donne les deux dialectes principaux, ayant chacun plusieurs variétés[12] :

  • le Cena-luluà (premier dialecte principal et parfois écrit Cilubà-lulua) ou Cena-kananga, parlé par les Bena-Luluà dans l’ancienne province du Kasaï-Occidental (les provinces actuelles du Kasaï et du Kasaï-Central);

Gilles-Maurice de Schryver (1999) inclut le parler des Bakwà-Luntu (L31c), dans la province du Kasaï-Central, comme troisième dialecte principal du tshiluba[13],[14].

Le cilubà standard, aussi appelé « tshiluba classique », est basé sur le Cikwà-diishì et le Cena-mpukà principalement parce que, historiquement, leurs locuteurs ont servi de premiers informateurs aux missionnaires[12]. Maalu Bungi et Kapudi Kalonga (1992) indiquent additionnellement que le cilubà standard des missionnaires catholiques « intègre des éléments substantiels des dialectes luntu et luluà », en faisant un parler « pan-dialectal, supra-local », contrairement au cilubà des missionnaires protestants basé essentiellement sur le Cena-luluà[15].

Grammaire[modifier | modifier le code]

Préfixes de classes nominales[16],[17]
Classe Préfixe
nominal
Préfixe
verbal
(sujet)
Exemple Traduction
1 mu- u- muntu personne
1a ∅- u- tààtù père
2 ba- ba- bantu personnes
2a ba- ba- bataatù pères
3 mu- u- mucìma cœur
4 mi- i- micìma cœurs
5 di- di- dikèlà œuf
6 ma- a- makèlà œufs
7 ci- ci- cimuma fruit
8 bi- bi- bimuma fruits
9 N- u- nyunyu oiseau
10 N- i- nyunyu oiseaux
11 lu- lu- lukàsu houe
10 N- i- nkàsu houes
12 ka- ka- kambelè cacahuète
13 tu- tu- tumbelè cacahuètes
14 bu- bu- budimi champ
6 ma- a- madimi champs
15 ku- ku- kubala lire
16 pa(-) pa- pa nzùbu sur la maison
17 ku(-) ku- ku nzùbu à la maison
18 mu(-) mu- mu nzùbu dans la maison

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Ethnologue [lua].
  2. a et b (en) The Constitution of the Democratic Republic of the Congo, , 66 p. (lire en ligne [PDF])
  3. (en + lua) « Universal Declaration of Human Rights - Luba-Kasai (Tshiluba) », sur ohchr.org.
  4. Kambaja 2016, p. 298.
  5. a et b Maalu-Bungi 2011, p. 323.
  6. « ISO 639-2 Language Code List », sur Codes for the representation of names of languages (Library of Congress)
  7. Luboya 1990, p. 164.
  8. van Bulck 1949, p. 135.
  9. van Bulck 1954, p. 85.
  10. Maho 2009.
  11. a et b (en) « Tshiluba language and alphabet », sur Omniglot (en)
  12. a et b Maalu-Bungi 1991, p. 185.
  13. de Schryver 1999, p. 11.
  14. (en) « Cilubà », sur Africanlanguages.com
  15. Maalu Bungi et Kapudi Kalonga 1992, p. 260.
  16. Coupez 1954, p. 45.
  17. Kamwangamalu 2000, p. 167.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Coupez, Études sur la langue luba, Tervuren, Musée royal du Congo belge, coll. « Annales du Musée royal du Congo belge, Série in 8o, Sciences de l’Homme, Linguistique » (no 9), , 90 p. (lire en ligne)
  • Albert Jozef De Rop, « L'orthographe du ciluba », Aequatoria, vol. 22, no 2,‎ , p. 1–6 (JSTOR 25838798)
  • Musampa Emmanuel Kambaja, « Textes de lecture et efficacité pédagogique dans une classe bilingue cilubà-français. Enquête menée à Mbuji-Mayi, RDC », dans Bruno Maurer, Les approches bi-plurilingues d’enseignement-apprentissage: autour du programme Écoles et langues nationales en Afrique (ELAN-Afrique): Actes du colloque du 26-27 mars 2015, Université Paul-Valéry, Montpellier, Éditions des archives contemporaines (EAC), coll. « Plid », (ISBN 9782813001955, DOI 10.17184/eac.9782813001955, lire en ligne)
  • (en) Nkonko M. Kamwangamalu, « Processes of nominalization in Ciluba, », South African Journal of African Languages, vol. 20, no 2,‎ , p. 165-176 (DOI 10.1080/02572117.2000.10587423)
  • Diambila Luboya, « La sage-femme et le couple mère-enfant chez les Beena Luluwà », Journal des Africanistes, vol. 60, no 2,‎ , p. 161–171 (DOI 10.3406/jafr.1990.2458, lire en ligne, consulté le )
  • Lungenyi Lumwe Maalu-Bungi, « Langue zaïroise et standardization: le cas du ciluba », dans Norbert Cyffer, Klaus Schubert, Hans-Ingolf Weier, Ekkehard Wolff, Language standardization in Africa/Sprachstandardisierung in Afrika/Standardisation en langues en Afrique, Hamburg, Helmut Buske Verlag, (présentation en ligne), p. 183-188
  • Maalu Bungi et Kapudi Kalonga, « Toponymes et anthroponymes dans les versions Luba des Écritures Saintes », dans Ernst Wilhelm Müller, Forschungen in Zaïre: in memoriam Erika Sulzmann, 1/7/11-6/17/89, Lit Verlag, (présentation en ligne), p. 259-268
  • Crispin Maalu-Bungi, « Quand la pratique lexicographique se modernise en RD Congo. Note sur Nkòngamyakù Cilubà–Mfwàlànsa, dictionnaire bilingue de NgoSemzara Kabuta », Lexikos, no 21,‎ , p. 320-336 (lire en ligne)
  • (en) Jouni Filip Maho, NUGL Online : The online version of the New Updated Guthrie List, a referential classification of the Bantu languages, , 124 p. (lire en ligne [PDF]), p. 69
  • (en) Gilles-Maurice de Schryver, Bantu lexicography and the concept of simultaneous feedback: some preliminary observations on the introduction of a new methodology for the compilation of dictionaries with special reference to a bilingual learner’s dictionary Cilubà-Dutch,
  • G. van Bulck, Manuel de linguistique bantoue, Institut royal du Congo belge, coll. « Mémoires de la Classe des Sciences Morales et Politiques » (no 17-3), (lire en ligne)
  • G. Van Bulck, Orthographie des noms ethniques au Congo belge, suivie de la nomenclature des principales tribus et langues du Congo belge, Institut royal du Congo belge, coll. « Mémoires de la Classe des Sciences Morales et Politiques » (no 28-2), (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]